CHAPITRE IX ÉLEVAGE
Sommaire. — Élevage à l'écurie : élevage de 6 mois à 1 an, de 1 an a î ans, de 4 à S ans, de 3 à 4 ans; élevage dans les prairies: avantages et inconvénients ; élevage mixte : avantages et inconvénients ; préparation h la vente.
împorunce. L'élevage est une des parties les plus importantes de l'amélioration des races, une des branches principales de l'industrie chevaline ; car, pour avoir de bons chevaux, il ne suffit pas de bien choisir les reproducteurs et de les appareiller ou croiser convenablement, il faut surtout bien élever tes produits. En effet, un poulain aura beau provenir d'un père et d'une mère bien conformés et de bonne origine, et apporter en naissant les meilleures dispositions, si un élevage bien entendu ne vient pas seconder la nature et ne répond pas à ce qu'elle a fait déjà, il perdra tous ses dons naturels. Par contre, un poulain issu de parents médiocres, médiocre lui-même à la naissance, deviendra unbonoheval, s'il est bien élevé.
L'observation directe démontre de la manière la plus évidente la vérité de ces faits. Effectivement, jetez un coup d'ceil sur la population chevaline de nos départements et vous verrez que partout où l'on élève sans soins, où la nourriture est peu abondante et de mauvaise qualité, les chevaux sont petits, à poitrine étroite, à charpente osseuse forte, à membres grêles, et manquent de distinction et de sang; tandis que dans ceux où l'élevage est bien compris, les chevaux acquièrent de la taille ; leurs systèmes osseux et musculaire se développent dans de bonnes proportions et sont denses et fermes; leur poitrine spacieuse; leurs membres forts et bien proportionnés; ils ont les attributs du tempérament sanguin, et acquièrent de la distinction ; leur développement est précoce, et ils sont propres à rendre des services bien plus tôt.
L'élevage présente, en France, des différences notables qui sont une des causes les plus actives et les plus puissantes des différences qui existent entre nos races chevalines. Ce qui le prouve, ce sont les transformations qui s'opèrent chez les poulains transportés d'une contrée dans une autre. Le poulain breton, vendéen, de la Charente, etc., élevé en Normandie, prend insensiblement les caractères et les qualités des chevaux normands, à tel point qu'à 4 ou 5 ans, il est vendu comme pur normand. La supériorité des chevaux anglais sur les nôtres dépend plutôt de la supériorité de leur élevage que des autres conditions dans lesquelles ils se trouvent.
En France, l'élevage varie à l'infini, quant aux détails; mais envisagé sous un point de vue général, il peut être réduit à trois modes principaux : 1° élevage à l'écurie ; 2° élevage dans les prairies; 3° élevage mixte.
Art. I". — Élevage a l'écurie.
L'élevage à l'écurie, considéré pendant longtemps comme impropre à donner de bons chevaux, était très-peu suivi
autrefois. Mais l"expérience a démontré que cette opinion est trop absolue et que les chevaux, élevés d'après ce système, ont plus de distinction, de plus belles formes, sont moins souvent tarés, moins exposés aux maladies du jeune âge que ceux élevés dans les prairies. Aussi, aujourd'hui, le préfère-t-on aux deux autres, surtout pour les chevaux de pur sang.
Mais pour que l'élevage à l'écurie soit réellement avantageux, il faut que les chevaux soient placés dans de bonnes conditions hygiéniques : écuries larges, spacieuses et bien distribuées ; nourriture abondante, variée et de bonne qualité ; parcours étendus où ils puissent prendre l'air et se livrer à une gymnastique en rapport avec leur âge; soins de propreté bien entendus ; conditions qui demandent des frais considérables et augmentent beaucoup le prix de revient des chevaux.
Nous allons exposer en quoi doit consister ce système d'élevage, en l'examinant à toutes les époques de la vie. Liment. Élevage de six mois a UN an. — Après le sevrage, les poulains seront placés par deux dans la même écurie. S'ils sympathisent, on les laisse libres et ensemble, en ayant soin de les attacher au moment où ils mangent l'avoine. S'ils ne s'accordent pas, on les sépare par une cloison pleine jusqu'à un mètre au-dessus du sol, à claire-voie au-dessus et assez élevée pour les empêcher de se frapper et de se mordre, tout en leur permettant de se voir.
Le système de séparation, au moyen de cloisons à clairevoie, est préférable à la vie en commun ; car, lorsqu'il y a, parmi les poulains vivant ensemble, un sujet faible, les autres le mordent, le frappent et l'empêchent de prendre sa part de nourriture.
Mais ce qui est plus nuisible que la vie en commun, c'est l'isolement, le système cellulaire. Le poulain qui vient d'être sevré et qu'on isole complètement, maigrit, mange peu, tombe malade et prend des habitudes vicieuses ; tandis que
celui qui vit avec d'autres se ressent peu de cette transition.
A cette époque de la vie, il est bon de séparer les sexes et de ne pas loger ensemble un poulain et une pouliche de pur sang. La même précaution n'est pas aussi utile pour les sujets de demi-sang ; néanmoins il faut réunir les jeunes animaux d'après leur caractère, leur degré de force, etc.
La nourriture des poulains, nouvellement sevrés, doit Nourriture, être variée, abondante et de bonne qualité. L'avoine, en France, l'orge, en Algérie, conviennent à cet âge, parce que, riches en principes nutritifs, elles favorisent le développement et la densité des os et des muscles. Or, les effets des aliments se faisant sentir d'autant mieux que les chevaux sont plus jeunes, plus on en donne, à cet âge, plus les effets en sont avantageux. Les Anglais donnent aux poulains de 6 à 12 mois, jusqu'à 8 litres d'avoine par jour. En France, peu de propriétaires nourrissent aussi copieusement les ieurs. Mais, hâtons- nous de le dire, cette nourriture doit être associée à des aliments doués de la propriété de pousser au gros, sinon les poulains sont grêles et d'un tempérament très-irritable. En associant à l'avoine, au foin et à la paille, des fourrages verts, ou des carottes, on arrive à l'heureuse association du sang et du gros. Les aliments doivent être distribués en petite quantité et souvent.
Tous les jours, si le temps le permet, les poulains doivent EiercM*. être conduits dans les prairies ou dans les parcours pour y prendre l'exercice nécessaire à leur développement, et y respirer un air pur. Les mâles de pur sang y seront mis individuellement ; ceux de demi-sang et les pouliches peuvent sans inconvénients y vivre ensemble. Tous se livrant souvent à une gymnastique au-dessus de leurs forces et prenant plus d'exercice que leur âge ne le comporte, on les surveillera pour être à même d'arrêter les progrès de la fatigue, dans le cas où elle se traduirait par la maigreur, l'apparition de dilatations synoviales, etc.
Drewage. Il faut continuer, après le sevrage, les soins de dressage commencés pendant l'allaitement : habituer les poulains à se laisser conduire avec la longe; attacher au râtelier ; lever les pieds ; mettre le surfaix, la croupière et la couverture ; éponger les yeux et les naseaux ; mettre le doigt dans la bouche ; prendre les oreilles ; approcher facilement à l'écurie ; et, lorsqu'ils sont dans les pâturages, les accoutumer à obéir à la voix.
On doit éviter de taquiner le poulain, même en jouant. Celui que l'on taquine commence par s'amuser et ûnit par mordre ou frapper. Beaucoup d'éleveurs conseillent, avec raison, de ne pas lui donner de sucre dans la crainte de l'habituer à lécher les murs et à tiquer.
On surveillera très-attentivement les pieds, qui sont alors si sujets à changer de direction.
Il faut aussi éviter tout mouvement brusque, tout geste menaçant ; parler au poulain avec douceur, à moins qu'il ne commette une faute. En ce cas, il ne faut pas craindre de le corriger ; mais la correction doit arriver à propos ou elle produit de mauvais effets.
t .,imb.tBtioQ. Élevage de 1 a 2 ans. — Les soins à donner dans îa deuxième année diffèrent peu de ceux que nous venons de décrire. A l'écurie, comme dans les prairies, les mâles de toutes espèces doivent être séparés, mais non attachés, pour prévenir les accidents. Les femelles peuvent encore vivre ensemble.
Nourriture. La nourriture continuera à être variée et abondante. Quant à la quotité de la ration, elle sera subordonnée à l'espèce des chevaux. A ceux de pur sang, il faut donner des aliments très-substantiels, qui poussent au développement de la poitrine, des os et des muscles, et maintiennent l'abdomen dans de petites proportions. Les chevaux de demi-sang recevront moins d'avoine, mais plus de foin, de vert et de tous les aliments qui poussent au gros. Beaucoup d'éleveurs ont le grand tort de nourrir leurs poulains de demi-sang
exclusivement avec du foin, des carottes, des betteraves, etc. ; ils devraient y joindre de l'avoine.
L'exercice des poulains consistera en une gymnastique vive dans les prairies, où ils pourront rester le jour et la nuit, si le temps le permet ; mais on devra les surveiller attentivement.
Pour sortir les poulains et les conduire, il faut se servir Drcs»agC d'un caveçon sans ferrements, les mener avec douceur et éviter de faire usage du bridon et du caveçon ordinaire.
Élevage de deux a trois ans. — C'est à cet âge qu'on doit TraTaii. châtrer les mâles qui ne donnent pas assez d'espérance pour faire plus tard des étalons. C'est aussi à cette époque que la plupart des éleveurs commencent à faire travailler les poulains. Les sujets destinés à l'hippodrome sont entraînés; ceux qui doivent faire, plus tard, des chevaux de selle ordinaires ou de trait léger, sont employés aux travaux agricoles. Mais le travail est alors trop précoce et souvent nuisible, d'autant plus qu'il est rarement renfermé dans des limites convenables, rarement proportionné aux forces et à l'état des organes. Les os , à cet âge , n'ont pas assez de force et de densité ; les éminences ne sont pas assez solidement unies au corps de l'os; les muscles ne sont pas assez forts ; les articulations manquent de solidité pour résister au poids du cavalier, et surtout aux efforts violents et aux élans de gaieté auxquels se livrent les jeunes sujets. Le travail prématuré auquel les chevaux d'hippodrome sont soumis, est la cause des tares osseuses que l'on voit chez la plupart de ces chevaux, à l'âge de 3 à 4 ans.
On nous objectera peut-être que tous les peuples essentiellement cavaliers, Arabes, Bédouins, Tartares, etc., se servent de leurs chevaux à 18 mois. Cela est vrai, mais nous ferons observer qu'ils les font monter par des enfants de 10 à 1 2 ans, sans selle et sans mors, pour les mener boire ou aux pâturages. L'enfant et le poulain étant en rapport d'âge et de force, l'exercice qu'ils prennent l'un et l'autre ne peut que
leur être salutaire : le cheval se développe, se fortifie ; l'enfant apprend à devenir cavalier. Quelle différence entre cette gymnastique et le travail de l'entraînement? A cet âge, les Arabes ne se servent de leurs chevaux que lorsqu'ils y sont poussés par un besoin impérieux.
Le travail a moins d'inconvénients pour les chevaux de trait que pour ceux de selle. Pour ceux-là, il est même indiqué, et il ne peut y avoir que des avantages à les soumettre à un travail léger et modéré. S'il est proportionné à leur force et à leur conformation, le travail les rend dociles et obéissants, assouplit les articulations, donne de la force aux muscles, en même temps qu'il dédommage le propriétaire d'une partie des frais d'élevage.
Nourriture. Dans cette période de la vie, la nourriture doit être la même que l'année précédente : aliments secs, unis au vert ou aux carottes, suivant la saison. L'avoine doit être donnée à haute dose aux chevaux de sang, à dose moins forte à ceux de demi-sang.
Dr«Mge. Les moyens de dressage précédemment indiqués seront employés avec plus de suite et de régularité. On peut commencer à faire usage du caveçon pour sortir les poulains; mais il faut n'user de cet instrument qu'avec de grands ménagements. Le caveçon, entre des mains brutales, inhabiles, est un instrument dangereux. Ses saccades produisent sur le chanfrein une douleur excessive qui force le poulain à se mettre sur les jarrets; de là des souffrances très-grandes. On habitue le poulain au bridon ; on lui met le surfaix d'enrênement, et on lui fait faire quelques promenades, étant cnrêné.
Fermre. Beaucoup de propriétaires font ferrer les poulains à 30 mois, et même auparavant, pratique vicieuse dont les conséquences sont funestes. Il ne faut ferrer les poulains que quand on ne peut faire autrement; car la plupart des lésions du pied qu'on observe alors n'ont d'autre cause qu'une ferrure prématurée.
Élevage de trois a quatre ans. — Les soins hygiéniques que réclament les poulains, de trois à quatre ans, sont à peu près les mômes que ceux indiqués pour Tannée précédente. La nourriture doit être la môme, mais plus copieuse.
Le dressage attirera particulièrement l'attention de l'éleveur, qui préparera le poulain à recevoir la bride et la selle, à se laisser monter et à porter le cavalier. Après quarante mois, les poulains, bien nourris, sont assez forts pour ôtre montés par des cavaliers légers, en bridon d'abord, puis en bride. Mais ce qu'on exigera d'eux sera plutôt un exercice hygiénique, un travail de dressage qu'un service actif; car alors, les poulains ne sont pas encore assez forts pour porter un cavalier lourd et faire de longues courses. Les poulains du Haras de l'École de cavalerie sont montés, à 40 mois, en bridon, par des jeunes gens de quatorze à quinze ans, qui leur apprennent simplement à marcher au pas et au trot dans toutes les directions, exercice qui leur est très-salutaire.
Art. II. — Élevage dans les pâturages.
Ce système d'élevage est moins commun aujourd'hui cootr*<»on qu'autrefois. La raison en est, d'une part, dans la division a8°Prat,<i,,etoujours croissante de la propriété et dans les progrès de l'agriculture, et, d'autre part, dans l'extension qu'a prise l'élevage à l'écurie. L'élovage dans les prairies n'est plus guère usité que dans les contrées de grands pâturages, de marais ou de landes, comme les environs d'Alençon, de Melle, de Séez, du Pin, dans le Merlerault, la Camargue, les Landes, les marais de Rochefort, de Marenne, de la Rochelle, les palus de la Gironde.
Dans ces contrées, les poulains naissent dans les prairies, En qnoi y vivent libres, exposés à toutes les intempéries des saisons, u conM8tedepuis leur naissance ou peu de temps après, jusqu'à l'époque de leur livraison à la Remonte. Ils n'y reçoivent pas de soins de la part de l'homme; aussi deviennent-ils irri-
tables, quinteux, d'un caractère indépendant, qu'ils conservent toute leur vie, et ne s'accoutument-ils au travail qu'après beaucoup de temps et de difficultés. Au printemps et en été, les chevaux trouvent partout une nourriture abondante, tandis qu'à la fin de l'automne et en hiver surtout, ils souffrent de la faim; aussi, au commencement du printemps, sont-ils dans un état de maigreur et de misère excessif. Dans quelques contrées cependant, où l'on comprend mieux l'élevage, les propriétaires aisés donnent aux poulains, dans la mauvaise saison, un peu de foin ou de paille, sous des hangars où les chevaux trouvent un abri contre la pluie, la neige, etc. Il serait à désirer qu'un peu d'avoine fût ajouté à cette nourriture; elle faciliterait le développement des muscles des jeunes sujets, les rendrait forts et énergiques, tout en donnant à leurs formes de la grâce et de l'élégance, .uantaj.». L'élevage en liberté rend les poulains sobres et rustiques, mais il a l'inconvénient de leur donner un caractère demisauvage, difficile à dompter et indocile. Quand ces chevaux passent de la vie libre à celle de l'écurie, ils souffrent et contractent des maladies. Le poulain élevé dans les pâturages est moins familier, et d'un dressage plus difficile ; mais, une fois acclimaté et soumis au régime de l'avoine, il se développe, s'étoffe, grandit, devient plus gracieux et plus élégant.
Art. III. — Élevage mixte.
contré*» où ii Dans ce système d'élevage, le poulain vit en partie à l'ée*t adopté. curje^ en par^je dans les pâturages. Tantôt, comme cela a
lieu en Auvergne et dans plusieurs autres contrées du Sud-Ouest, il reste dans les pâturages pendant toute la belle saison et rentre à l'écurie en automne, lorsque les neiges et les froids commencent à se faire sentir. Tantôt, ainsi que cela se pratique en Normandie, aux environs d'Argentan, d'Écouché, de Ptitange, et dans plusieurs
localités de la Bretagne, le poulain natt à l'écurie, où il reste ordinairement jusqu'à l'époque du «sevrage; cependant, au bout d'un mois, et dans la bonne saison, il accompagne sa mère à la prairie, à certaines heures de la journée. A douze ou treize mois, le jour, il est mis au piquet dans les prairies artificielles, ou conduit au pâturage ; le soir, on le ramène à l'écurie, où il trouve des fourrages artificiels.
L'élevage mixte jouit des avantages des deux autres systèmes, sans en avoir les principaux inconvénients. Le pou- Ar.nug«. lain qui y est soumis reçoit pendant la plus grande partie de Tannée, une nourriture qui convient à son âge, respire un air pur et prend un exercice raisonnable. D'autre part, il n'a pas à redouter les misères et les intempéries de l'hiver. Quand, à dix-huit mois, il rentre à l'écurie, on commence son dressage, on lui lève les pieds, on le bouchonne, on l'attache au râtelier, on le conduit avec la longe. Alors on le soumet à un travail, d'abord léger, puis de plus en plus fort, jusqu'à trois ans, époque à laquelle on l'emploie aux charrois les plus fatigants, sans qu'il reçoive pour cela une nourriture plus forte. Ce n'est qu'exceptionnellement que quelques propriétaires donnent de l'avoine.
Préparation a la vente. — Que l'élevage ait lieu complètement dans les pâturages, ou moitié à l'écurie, moitié dans les prairies, les poulains, une fois arrivés à trois ans et demi ou quatre ans, époque de leur livraison aux remontes, subissent invariablement un régime de préparation à la vente. La préparation est à peu près la même partout, dans le Poitou, en Bretagne, en Normandie, etc. Voici, d'après M. Gillet, quelle est celle que les éleveurs normands font subir à leurs chevaux : « Tout est mis en usage pour les pousser à la graisse. Rentrés deux ou trois mois avant la foire, enfermés dans des écuries basses, sombres, chaudes et mal aérées, ils reçoivent une nourriture abondante et sans cesse variée pour exciter l'appétit. Les aliments ordinaires ne suffisent plus, on les combine avec d'autres, dans
l'intention de forcer les animaux à manger constamment et d'éviter une satiété qui serait contraire à ce qu'on veut obtenir. Ainsi donc, à l'herbe des prairies, au foin naturel, au maïs plus rarement, à la luzerne, au trèfle, au sainfoin et quelquefois à la petite quantité d'avoine qui, jusqu'à ce moment, ont été leurs seuls aliments, succèdent le blé bouilli, l'orge crevée, les féverolles, les haricots, les gesses, les vesces, les pois, les lentilles, le seigle cuit, les carottes, les navets, la graine de lin, le laitage, et souvent encore les pommes de terre et les pâtées de toute espèce qui ont bientôt changé, à l'aide de quelques saignées faites dans l'intention d'éviter les accidents de la pléthore, la maigreur que le travail ou le manque de nourriture avait déterminée, en un état étonnant d'obésité, souvent cause de maladies graves et de pertes fréquentes. Mais les chevaux ont un poil fin et luisant ; par suite de l'impatience naturelle aux jeunes animaux, et surtout de l'inaction dans laquelle on les a maintenus pendant longtemps, ils n'ont pas une minute de tranquillité et paraissent, au moment de la vente, doués d'une vigueur qui, souvent, dissimule leurs défauts. » (Mémoires de la Commission d'Hygiène hippique, tom. III, p. 340.)