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CHAPITRE PREMIER DES RACES EN GÉNÉRAL

Sommaire. — Définition, origine ej. division des races, pur sang,

chevaux communs.

Définition. On donne le nom de race à une collection d'individus présentant des caractères propres et transmissibles par voie de génération des ascendants aux descendants. Ces caractères se tirent de la conformation extérieure, de la taille, de la robe, du tempérament, etc., et se développent sous l'influence du climat, du régime, du croisement, etc.

Origine. Les auteurs sont partagés d'opinion sur l'origine des races. Les uns les font descendre d'une souche unique, les autres admettent deux types primordiaux, d'autres enfin ne reconnaissent pas de type primitif.

Les hippologues qui penchent pour un type unique lui donnent l'Asie pour berceau, et pensent que tous les chevaux existant actuellement, descendent du cheval arabe qui, en changeant de climat, de nourriture, d'habitudes, etc., se serait peu à peu modifié, et aurait formé les nombreuses •variétés répandues sur la surface du globe.

Mais cette opinion n'est pas admise sans conteste. Des hippologues de mérite ne reconnaissent pas de patrie primitive au cheval, et soutiennent qu'il a dû exister partout en même temps, le Nouveau Monde excepté. Huzard père est le premier écrivain que l'érudition et la logique aient conduit à avancer que le cheval arabe n'est pas la souche de tous les autres. Pariset a invoqué, en faveur de cette opinion, des arguments historiques irrécusables ; il a mis hors de doute que le cheval existait dans la plupart des pays avant

d'être en Arabie ; que son origine se perd dans la nuit des temps ; qu'il a môme précédé le monde que nous habitons, puisqu'on trouve ses débris fossiles, mêlés à ceux des animaux perdus, et que partout, dans le Nouveau Monde excepté, il y a des traces de son existence f.

1 On a dit, on a répété, on a consigné dans les meilleurs ouvrages, que la véritable patrie du cheval est l'Arabie ; qu'en Arabie, la culture de ce bel animal remonte aux premiers âges du monde; et que c'est de l'Arabie qu'il s'est répandu sur toute la terre. Consultez l'histoire. Loin d'appuyer le moins du monde ce sentiment, elle le rejette par les démentis les plus formels. Le plus ancien de tous les monuments littéraires, le livre de Job peint a la vérité le cheval de guerre; mais Job écrivait en syro-chaldéen. En quel lieu * dans quel siècle? avec qui l'Arabie était-elle en guerre? Si Job était Arabe, et si tout Arabe nourrissait des chevaux, pourquoi n'en a-t-il pas un seul? Moïse ne cite que les chevaux d'Egypte ; c'est de l'Egypte que Salomon tirait les siens. Voyez l'étonnante statistique de Tyr par Ezéchiel. Tyr recevait d'Arabie toute autre chose que des chevaux; elle n'avait que ceux de Cappadoce ou d'Arménie. Xerxès marche contre la Grèce à la tète de plus d'un million d'hommes, il a une cavalerie nombreuse : les Arabes eu fout partie, et ue montent que des chameaux. C'est que le chameau est la propriété de l'Arabe, comme le cheval est la propriété du genre humain. Lorsque César met le pied dans la Gaule et dans la Bretagne, les chevaux gaulois, si estimés des Romains, les chevaux infatigables des Bretons, provenaient-ils d'Arabie? Est-ce l'Arabie qui alimentait les haras de l'Epire, de la Thessalie, du Péloponèse, et ces magnifiques haras de la Médie, où l'on voyait à la fois 150,000 chevaux, les plus beaux du monde? Est-ce l'Arabie qui avait peuplé tout le nord de l'Europe de ces chevaux sauvages que l'on y voyait encore du temps de Pline ? Est-ce elle qui avait donné à toute la Scythie ces chevaux si variés de taille et de couleur dont parle Hérodote ? et ceux de ces Mamelouks femelles que l'on connaît sous le nom d'Amazones? et ces innombrables chevaux que la Chine avait de si bonne heure distribués en autant de races ou de castes, que les Indous les Arabes, les Egyptiens, les Ibères avaient partagé leurs populations? D'un autre côté, quoi de plus explicite? le géographe Strabon écrivait sous Auguste, trente ans avant Jésus-Christ. En traitant de l'Arabie il dit ces propres paroles : On trouve en Arabie des animaux de toute espèce, excepté le cheval : remarque déjà faite par d'autres géographes, et dont s'étonnait, il y a quatre-vingts ans, le voyageur danois Niébuhr. J'ajoute que deux

M. le général Morris admet l'existence de deux races mères. « Deux branches principales et primordiales du type commun (equus caballus), dit ce savant hippologue, se sont répandues sur la surface du globe, en donnant un cachet particulier à leur descendance. Elles ont subi, toutefois, les

siècles après Strabon , Oppien , en énumérant les races les plus distinguées parmi les chevaux, en cite quatorze avant de citer la dernière, celle des Erimbes. Et les Erimbes, que sont-ils? Arabes? On en doute. Il y a quelque apparence que ces Erimbes étaient des Troglodites voisins du Sennaar; de ce Sennaar où Bruce, il y a soixante-dix ans, admirait des chevaux supérieurs en taille, en force, en beauté aux chevaux même d'Arabie. Du temps d'Arrien , les Arabes n'étaient encore que des pasteurs de brebis et de chameaux. Enfin, ce qui serait sans réplique, c'est que dans les premières guerres allumées en Arabie par l'islamisme, on ne voyait de cavalerie ni dans l'armée du prophète, ni dans l'armée de ses ennemis, et que, dans les riches dépouilles qu'il recueillit après la victoire, il n'y eut pas un seul cheval.

D'où viennent donc à l'Arabie ces chevaux que le monde entier lui envie de nos jours? Du temps d'Arrien, et, sans doute, depuis des siècles, au nombre des objets qu'on exportait d'Egypte en Arabie pour le commerce, se trouvaient des chevaux que l'on offrait aux princes arabes , avec des vases d'or et d'argent et des métaux monnayés. Ces tributs étaient acquittés sur différents points de la Péninsule. Plus tard, pour se concilier l'amitié de ces mômes princes, des empereurs grecs firent passer en Arabie quelques centaines de chevaux de Cappadoce , lesquels, avec les chevaux nyséens, ont été le» plus célèbres de l'antiquité. C'est à ces faibles commencements que l'Arabie doit ces chevaux superbes qui sont aujourd'hui pour elle un titre d'orgueil et une source de richesses plus féconde que ses aromates. Au huitième siècle, elle n'en avait encore qu'un petit nombre et de peu de valeur; mais, en 1272, le vénitien Marco-Paulo étant àAden, voyait embarquer une infinité de chevaux arabes que l'on transporta» t dans toutes les parties de l'Inde, où l'on en donnait des prix très-élevés. Or, Aden touche au Nedjd, dont je parlerai tout-à-l'heure ; et, du reste, ne vous étoDnex pas d'une propagation ai rapide; on sait avec quelle vitesse va la multiplication des animaux. Ces chevaux devenus sauvages qui courent par millions dans les vastes plaines de l'Amérique, entre la rivière de la Plata et la Patagonie, d'où viennent-ils? d'un petit nombre de juments et de chevaux abandonnés, il y a 3 siècles, dans ces déserts, par quelques aventuriers espagnols.

Ainsi donc, loin d'avoir été le berceau primitif du cheval, l'Arabie

modifications inévitablement apportées à leur nature par le sol, le climat et les habitudes des races humaines avec les rameaux desquelles elles avaient émigré. Leurs caractères particuliers sont encore assez tranchés après une longue suite de siècles pour qu'il soit impossible de les méconnaître. Ce sont les races arabe et barbe.

» La race arabe à tête carrée, s'est maintenue dans les hauts plateaux de l'Asie et a répandu sa descendance en Perse, dans la Tartarie, l'Asie mineure, la Thrace, la Macédoine. Elle a passé le Danube, avec la race slave, en jetant ses rameaux dans la Thessalie et dans la Grèce, où nous la voyons reproduite sur les frises du Parthénon et par la sta-

serait au contraire la dernière partie de l'ancien monde , où le cheval s'est naturalisé. Voilà pourquoi ces fastueuses généalogies que l'on faisait remonter jusqu'à Salomon et même jusqu'à Ismaël , n'ont quelqu'authenticité que depuis une époque très-rapprochée. L'Arabie n'a donc pas donné le cheval, elle l'a reçu ; mais elle l'a perfectionné ; elle a rempli, sans y songer peut-être, le plus noble rôle que l'homme puisse jouer sur la terre, qui serait, à commencer par lui-même, de rendre accomplies les œuvres du Créateur. En Arabie, tout conspire pour le cheval. Ce sont les soins qu'il reçoit qui forment son paisible et généreux caractère, et qui l'identifient avec l'homme; c'est le lait de chamelle et la chair cuite, dont il est si souvent nourri, qui concourent, avec la sécheresse et la chaleur du climat et du sol, à donner à ses solides cette fermeté, cette fixité de composition qui le rapproche du chameau, et le rend, comme lui, sobre, agile, rapide, patient, infatigable. Au rapport de d'Obsonville, un régime analogue est suivi dans les Indes; il l'était depuis longtemps dans les villes barbaresques que visitait du temps de Léon X, son protégé Léon l'Africain. Selon lui, le cheval élevé pour la chasse ne prend du lait de chamelle que deux fois par jour; il est maigre, svelte, élégant, et si rapide, qu'il passe à la course les plus vites des animaux. Le cheval destiné à la guerre est nourri autrement. Il a plus de corps et d'apparence ; mais il n'a ni la même légèreté, ni la même vitesse.

Je reviens à la patrie du cheval. S'il n'est pas né dans l'Arabie, où donc est-il né? Partout, le nouveau moude excepté. Serviteur de l'homme, il est, comme lui, cosmopolite : il l'accompagne, il le suit partout. Dans l'ancien monde, où l'Arabie n'est qu'un point, on le rencontre à toutes les époques, chez tous les peuples, sous toutes les

tuaire grecque. Elle est venue, plus tard, se mêler, en Afrique, à la race barbe, avec les flots de l'islamisme.

» La race barbe s'est répandue, par le sud et l'ouest, dans la Perse, l'Egypte et la Nubie, et enfin dans l'Afrique, où elle a toujours conservé son cachet, jusqu'à l'époque de la conquête arabe.

» Les Romains ont rencontré la tète busquée à Carthage, où elle montait la célèbre cavalerie numide ; depuis longtemps elle avait passé en Espagne. Annibal lui avait fait franchir les Pyrénées. Le cheval barbe est le père de l'andalou et des races du midi de l'Europe.

» Les chevaux napolitains, fameux dans les xm* et xiv*

latitude», avec des variétés infinies de forme, de taille, de couleur, de force et de talents naturels. Il a même précédé le monde que nous habitons, puisqu'on trouve ses débris mêlés avec ceux des animaux perdus. Assurément ces chenaux fossiles n'étaient point venus d'Arabie. Le nord-est de l'Asie a eu des chevaux avant nous. Il en a probablement peuplé tout le nord de l'Europe ; et si, malgré cette sorte de priorité, nous voulions donner au cheval un autre point de départ, nous le ferions naître, non dans les environs du Caucase, mais dans l'intérieur de l'Afrique. Au nombre des animaux singuliers qu'elle nourrit, l'Afrique compte en effet, dans le genre cheval, plus d'espèces que n'en peut compter l'Asie; et, s'il était vrai que le meilleur fut toujours le premier, ce qui n'est pas, nous dirions que le cheval africain est la souche, l'origine et le type de tous les autres. Né presque dans le centre de ce grand continent, avec toutes les belles qualités de l'arabe et du barbe, sans avoir un de leurs défauts, ce cheval si parfait se serait, avec le temps, répandu vers Test en Egypte, en Syrie, dans la Mésopotamie, dans la Perse, et même en Grèce, n travers la Méditerranée, comme le prouverait la fable de Neptune ; puis, vers l'ouest, dans toute la Barbarie, et de là, en Espagne, en Sicile, en Italie et sur le littoral de la Gaule : montant ainsi du midi vers le nord, tandis que les races du nord descendant vers le midi, ces deux grandes races se sont enfin rencontrées, selon la conjecture de Fréret, aux deux revers de l'Apennin, se modifiant de part et d'autre dans ces migrations, et recevant des climats, des localités, de la nourriture et de leurs propres mélanges, tous les changements que de semblables causes impriment toujours à la matière animale. (Pariset.)

siècles, sortent des barbes, comme les andalous ; leurs descendants peuplent encore, avec leur cachet barbe, une grande partie de la péninsule italique.

)> Les chevaux danois, que nous avons si maladroitement introduits en Normandie, au xvi* siècle, avaient été prototypés par les chevaux espagnols, venus dans les pays du Nord à la suite des armées de Charles-Quint ; aussi les chevaux normands, conservent-ils encore, malgré les derniers croisements avec la race anglaise, le type barbe et tous ses caractères.

» On peut donc annoncer avec certitude et preuves, que la race chevaline européenne vient principalement des races arabe et barbe. La race pure anglaise est elle-même formée par des chevaux et juments purs arabes et barbes.

» Il est bon de remarquer ici qu'à l'époque de l'introduction des chevaux orientaux dans la formation de la race anglaise, les Arabes s'étaient, depuis des siècles, implantés en Afrique, et que le type du cheval arabe dominait aussi bien que les conquérants arabes sur les races autochtones.

» Pendant les deux années de la guerre d'Orient, tous les chevaux du monde ancien ont passé sous nos yeux ; depuis les tartares, les kurdes, ceux des tribus voisines de la Perse, ceux de l'Egypte, de l'Asie mineure, ceux des steppes kalmoucks de la Russie d'Asie, jusqu'aux chevaux allemands, anglais, français, africains, etc. Le type arabe dominait partout, le spécimen à la léte busquée se maintient chez quelques chevaux persans et dans notre cavalerie d'Afrique, mais, dans tous , on pouvait remarquer, soit le caractère arabe, soit le caractère barbe, nous n'en connaissons pas d'autres. »

Division. — Les races ont été divisées : 1° Tantôt, d'après la situation géographique des pays qui les produisent, en races d'Orient et en races du Nord;

2° Tantôt, d'après le genre de service auquel elles sont propres, en races de selle, de trait léger et de gros trait;

3' Tantôt en races nobles et en races communes; 4° Aujourd'hui, la plupart des hippologues classent les chevaux, en cheveux de pur sang , chevaux communs, chevaux de demi-sang, chevaux trots-quarts de sang. caractère. du Par les mots pur sang, on désigne, en Hippologie, un enpur «mg. semD|e je caractères extérieurs et de qualités innées qu'on

ne rencontre que chez les races nobles. Les chevaux de pur sang ont de la distinction, de l'élégance et de la grâce dans les formes; la peau fine et souple; les crins soyeux, fins, généralement peu abondants et denses ; les muscles fermes, bien dessinés sous la peau ; les os durs et compactes ; le tissu cellulaire peu abondant et serré; les vaisseaux sous-cutanés très-apparents; les allures très-rapides; le système nerveux et les facultés intellectuelles bien développés. Cet ensemble de caractères et de qualités rend les chevaux qui en sont doués, capables de faire de grands efforts. Hacu» Les hippologues ne sont pas d'accord sur les races auxde pur «ng. <jue||eg on ^0\i donner la qualification de pur sang. Les uns,

avec Huzard père et de Dompierre, ne considèrent comme pur sang que le cheval arabe. Les autres, avec le Jockey- Club, réservent ce titre au cheval de course anglais, inscrit au stud-book. Pour le duc de Grammont, les deux races précédentes sont considérées comme de pur sang. L'Administration des Haras admet, comme pur sang, le cheval arabe et ses dérivés : le barbe, le turc et le persan; le cheval de course anglais, et les descendants des races précitées, croisées entre elles !.

Il ne faut pas confondre les mots pur sang et pure race.

i»nre race. Par pure race, on désigne une race, quelle qu'elle soit,

noble ou commune, qui n'a jamais été croisée avec une au-

1 Les chevaux de pur sang sont inscrits sur un registre spécial appelé Stud-Book, qui est tenu par l'Administration des Haras. L'inscription des chevaux au Stud-Book , est uue coudition sine qud non pour qu'ils soient de pur sang.

tre ; ainsi on dit : pure race bretonne, boulonnaise, comtoise, arabe, barbe, anglaise.

Les chevaux communs 1 sont ceux qui n'ont jamais été ciutm» croisés avec les races de pur sang.

On donne le nom de demi-sang, au produit d'un individu cheraui de de pur sang avec un individu de race commune. Exemple : dem' Mng l'anglo-normand qui est le produit du croisement du cheval de pur sang anglais avec la jument normande.

Le produit d'un pur sang et d'un demi-sang donne lieu J*™^ à un trois-quarts de sang. lrd« «îî^u

En suivant le croisement dans le môme sens, on obtient des sept^huitièmes, des quinze-seizièmes de sang, etc.

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