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DEPOT DE REMONTE DE GUÉRET

Le dépôt de remonte de Guéret a pour circonscription origine, d'achat, la Haute-Vienne , la Creuse, Y Indre et le Cher; mais son principal centre d'exploitation est l'ancien Limousin, qui était autrefois une de nos meilleures contrées de production de chevaux légers de France, et en possession d'une de nos meilleures races de selle, la race limousine, dont nous allons tout d'abord faire l'histoire.

Cdeval limousin.

La race limousine devait son origine, d'après la plupart 0rigine des hippologues, à l'introduction de chevaux et de juments arabes, lors de l'occupation de l'Espagne par les Maures, et de l'invasion des Sarrasins dans toute la partie méridio-

nale de la France. D'autres prétendent qu'au retour des croisades, plusieurs gentilshommes limousins ramenèrent de l'Orient, à différentes époques, des reproducteurs qui donnèrent à la race limousine le cachet, le caractère qu'on retrouve encore en elle après tant de siècles. Enfin, au dire de quelques autres, le cheval limousin serait issu d'étalons arabes et de juments barbes, importés en Limousin au temps des croisades.

Quoi qu'il en soit, ce cheval était celui de France qui avait le plus conservé le cachet oriental et rappelait le mieux le type barbe «. Il était long à se développer, et n'avait acquis toute sa force qu'à sept ans; mais il était bon jusqu à 25 et même 30 ans.

Qualité». Le cheval limousin était plein de bonnes qualités; il était doux, souple, élégant, adroit, sûrdansles mauvais chemins, intelligent et sobre. Ces qualités précieuses et rares en faisaient un cheval de selle par excellence et le faisaient rechercher , notamment pour l'armée et le manège. « Lorsque la race limousine, la plus belle de France, était dans toute sa vigueur productive, elle fournissait les écuries de la cour, montait les grands seigneurs et les officiers généraux; ce qu'elle offrait de moins distingué, servait aux remontes de deux régiments de hussards et deux régiments de dragons. » (Grognier.)

Cette race avait son principal centre de production dans la Haute-Vienne, et surtout aux environs de Limoges, mais

1 Voici les caractères que les auteurs lui assignaient: 1in,52 au plus; tète longue, fine, expressive et légèrement busquée; oreilles longues, biou plantées, se terminant en croissant ; encolure légère, gracieuse et ordinairement séparée du garrot par le coup de hache; corps ressemblant à celui du barbe, mais plus étoffé; rein et dos souvent un peu longs; hanches saillantes; croupe tranchante; poitrine bien cylindrée; \eutre peu volumineux; membres sec*, bien musclés, d'une belle conformation aux rayons supérieurs, mais un peu grêles inférieurement; tendons denses et secs; jarrets purs, quoique souvent clos; paturons longs; pieds bien faits, mais petits.

on ne sait pas exactement à quelle époque elle était dans toute sa vigueur productive. Bourgelat écrivait en 4770 : « Le cheval limousin n'existe plus, pour ainsi dire; il a tellement dégénéré qu'on ne le reconnaît à aucun des signes et à aucune des nuances auxquels on le distingue. » Cependant, M. Houël dit : « Vers la fin du règne de Louis XV, la renommée du cheval limousin avait atteint son apogée. » Sous la République et l'Empire, le Limousin fournit encore bon nombre de chevaux de troupe.

A différentes époques, on a introduit, en Limousin, des étalons étrangers, dans le but d'améliorer la race. Sous Louis XV, on y amena des chevaux arabes, anglais, espagnols, qui y apportèrent le trouble, la confusion, et firent disparaître, en grande partie, le cachet de la race mère. Sous l'Empire, on se servit de chevaux arabes, ramenés d'Égypte pour la plupart. Depuis 4830, le pur sang anglais a été fréquemment employé à la reproduction, dans le but d'élever la taille de la race indigène, de la mettre plus en rapport avec les besoins de l'époque, de faire des chevaux plus rapides, le cheval d'hippodrome.

Le cheval anglais a produit, dans le Limousin, les mêmes résultats qu'en Auvergne et en Navarre : il a élevé la taille, en allongeant les rayons des membres, et en ouvrant les angles qu'ils forment; donné à la poitrine plus de hauteur, mais la côte est moins ronde ; la tête a une conformation qui se rapproche de la sienne ; la croupe est plus horizontale et modifiée dans sa forme ; les allures sont devenues plus rapides au détriment de leur élégance et de leur solidité. Le cheval anglais n'a pas seulement modifié la conformation extérieure, il a apporté aussi de grands changements dans les qualités morales. La douceur, la sobriété, la résistance aux fatigues, n'existent plus au même degré dans la race actuelle que chez l'ancien cheval limousin.

En résumé, l'introduction du pur sang anglais, dans le Limousin, a été plus nuisible qu'utile, au point de vue des

services de l'armée. Là, comme dans la Navarre, il aurait mieux valu s'en tenir au pur sang arabe, bien choisi, et chercher à élever la taille par une nourriture abondante et substantielle. Le cheval limousin de l'époque ne présente donc plus les caractères et les qualités qu'il avait jadis; par suite des croisements divers qu'il a subis, notamment avec le pur sang anglais, ses formes et ses aptitudes se sont profondément modifiées, production. Le Limousin est une de nos principales contrées de production. Il fait naître et élève un grand nombre de chevaux, mais la production dépasse de beaucoup l'élevage. Tous les ans, dejs marchands du Sud-Ouest, du Sud et de l'Est, y achètent des poulains de douze à vingt-quatre mois, qu'ils emmènent dans leurs départements. Il ne reste, dans le pays, que les pouliches et une partie des poulains, qui sont élevés jusqu'à 4 ans, époque à laquelle on les livre à la remonte ou au commerce. Le département de la Haute- Vienne produit et exporte le plus.

Le cheval limousin présente des différences dans les trois départements qui formaient l'ancienne province qui lui a donné son nom.

caractère Haute -Vienne. — Les plus beaux représentants de l'esparticuiier». limousine sont dans la Haute -Vienne. Ici, le cheval est grand, élégant et tient de l'anglais plus que partout ailleurs : il en a la tôte, l'encolure, la croupe, la queue; sa poitrine est souvent étroite, et ses membres sont longs et grêles. Il arrive presque toujours à la taille de la cavalerie de ligne. Il a du sang, de l'énergie, de la distinction ; mais sa conformation le rend plus propre au service du luxe qu'à ceux de l'armée; aussi la Remonte n'en achète-t-elle qu'un petit nombre.

Production. La Haute -Vienne convient mieux à l'élevage et à la production du cheval que les autres départements du Limousin; elle est considérée, avec juste raison, comme une des meilleures contrées de production de la France. Le chiffre des

poulains qu'elle produit est plus considérable que celui des animaux qu'elle élève, aussi son commerce d'exportation est-il considérable, et presque toujours, et quel que soit le pays où on le mène, le poulain de la Haute -Vienne fait un cheval de cavalerie légère et même de ligne. Celui qui reste dans le département est élevé dans les pâturages et y passe la journée; le soir on le rentre dans de bonnes écuries, où il reçoit de l'avoine dès l'Age de six mois.

Le dépôt de Guéret achète dans la Haute-Vienne de bons chevaux de troupe et d'officiers de cavalerie légère et quelques chevaux de cavalerie de ligne et d'artillerie.

Creuse. — Le cheval de la Creuse est moins grand, moins distingué, plus commun que celui de la Ilaute-Vieunc; il a 1B,50: une bonne et solide conformation, et ne manque ni de cachet ni de distinction. La tète est forte, mais sèche; le front large ; l'œil vif et grand ; les oreilles bien plantées et les naseaux bien ouverts ; l'encolure bien sortie ; la poitrine large; les lignes de dessus belles; les membres larges, solides et bien articulés ; les pieds solides et larges. Ce cheval est sobre, rustique, d'un caractère un peu sauvage; plein de vigueur et de fond; il a de bonnes allures.

Dans la Creuse, la moitié des poulains sont élevés dans le pays, en vue d'être livrée à la Remonte, l'autre moitié est vendue jeune et exportée dans les départements voisins. Le poulain reste en plein air et passe la plus grande partie de sa vie dans des pâturages de médiocre qualité. En hiver, quand la neige couvre le sol, on le rentre dans des étables souvent insalubres, où il vit avec les autres animaux de la ferme. On ne lui donne, pour toute nourriture, que du foin de médiocre qualité. Jamais on ne le panse. A quatre ans, on le prépare à la vente et on le présente à la Remonte.

La Creuse vend à la remonte des chevaux de cavalerie légère et quelques chevaux de ligne et d'artillerie.

Cher. — Le cheval de poste et de diligence, plus ou moins grand et corpulent, suivant l'abondance et la richesse nutri-

tive des fourrages qu'il reçoit, est le plus répandu dans le département du Cher. Néanmoins, dit M. Gayot, vers Château-Meillant et Lignières, on trouve des chevaux de cavalerie légère, et vers Nérondes et une partie de l'arrondissement de Sancerre, le cheval d'attelage, fort ou léger, et celui de ligne ou de réserve. Le point de départ des chevaux de ces dernières contrées parait être le mélange, entre elles, des races poitevine, percheronne et bretonne, croisées avec des étalons rouleurs du Nivernais et du Morvan.

Le Cher importait jadis un grand nombre de pouliches; aujourd'hui, il n'y a plus que l'arrondissement de Bourges qui introduise des poulains entiers, qui y sont élevés en travaillant jusqu'à cinq ans.

Le Cher fournit à la Remonte un très-petit nombre de chevaux.

Indue. — Le département de l'Indre produit et élève, mais sa population chevaline n'est pas homogène. Les arrondissements d'Issoudun et de Châteauroux élèvent des poulains poitevins, achetés, à l'âge de deux ans, aux foires de Saint-Maixent, de Niort et de Fontenay. Ces poulains sont employés avec beaucoup de ménagements aux travaux agricoles, jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur quatrième année, époque à laquelle ils sont vendus pour le service des postes et des messageries.

Vers La Châtre, dans le canton d'Ardentes, il existe un petit noyau de chevaux plus grands et plus corsés, qui sont le résultat des croisements des juments du Perche, du Poitou et de la Bretagne, avec les étalons du dépôt de Blois.

Vers Argenton, le cheval se présente avec les caractères du limousin , mais avec plus d'étoffe et de corps.

Dans l'arrondissement du Blanc, le cheval le plus répandu est celui de Brenne, bon pour l'agriculture, mais trop petit pour l'armée f.

1 Voici le* caractères du cheval Rrenuou : Taille de 1n,,4o au plus;

Le département de l'Indre fournit à l'armée un nombre A«iut. assez considérable de chevaux de cavalerie légère et d'artillerie, quelques chevaux de réserve, dont un petit nombre sont chevaux de tète.

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