CHAPITRE IV
I. De tous les monuments littéraires qui se rapportent aux. époques primitives de l'Asie occidentale, le plus important sans contredit, le plus riche en documents , c'est la Bible. Ce n'est pas seulement à cause de l'autorité religieuse que ce livre a conservée parmi nous, qu'il réclame impérieusement notre attention: ceux-là même qui ont fait de la Bible l'objet de leurs attaques , n'ont pu s'empêcher de recourir sans cesse au texte sacré, toutes les fois qu'ils ont voulu jeter quelques lumières sYir les vieux souvenirs de l'Asie. La seule différence qu'il y ait entre eux, et ceux pour lesquels la -Bible conserve toute sa valeur religieuse, est dans la substitution d'un système d'interprétation, plus ou moins rigoureusement critique, à la foi
implicite des précédents historiens. Depuis que les progrès des études archéologiques et orientales ' ont élargi le terrain des recherches, l'importance de la Bible n'a point diminué. Les monuments historiques de l'Egypte dans lesquels on commence à pénétrer , ceux de llnde dont on appréciera peut-être un jppr l'âge el J^utorité , les antiquités de la Perse dont les voiles se soulèvent , les mystères de la Chaldée qui ne seront sans doute pas toujours rebelles à la méthode d'analyse déjà si féconde en résultats , toutes ces ressources dont la science doit tirer un jour parti , ne promettent néanmoins rien d'aussi circonstancié, d'aussi libre, d'aussi vivant que les annales du peuple juif. Pour quiconque établit déjà une comparaison entre le protocole officiel de la Perse et de l'Egypte et l'allure du récit dans la Bible, ce dçrmpr tf* te ppjtp çq hÛ-W£# e W 1 Pftractère de bop$ç fci, et js %ai presqiiç d$ ptylp$pph}ç, qv^i en fait la prçrç^jçe çq ds\^e de toi^tç^ les hi^p^es critiqj^.
ppsen^ ^rç^quej^çpyis çxpp§ey #i}çs Actifs hu^ain^çc£tt£&^ qyiest tput \ YwàyLt^gç çîes l^es juifç. Çpvrç lp faire TOi\ye^aJb^ftent, il fa^ç^it eatrfE d^us l'examea ^ppypfpn# de rt^s^ir^de cçtte nation, et pj^cisémept c#te&$" toipe est la* seule àpr^, par des rç\à$s ç*ppsés daj&s rçjtjroductiojçi de ce coi^rs, npus nous spypps «itçïdit Vé^a4ç. I^ais quelle que spi{ l'autorité çle W mptif^ la Biblp appartient à pptre sujet par tpi« lç§ points qui dans ce livre tiejrçiçapit, k l'histoire g&i£ralçde VA 8 ^; et ^ es renseigqei^çnts., 4^ n<W-
hreuxpar eux-mêmes, soptd'auUint plus précieux pour nous, que le caractère s'en rapproche dayantage de U méthode philosophique.
Au premier rang de ces documents d'un intérêt général , il faut placer le tableau des races humaines qu'on trouve dans le chapitre X de la Genèse. Rien de plus conforme en effet à la méthode des historiens modernes , que cette manière d'envisager les variétés de l'espèce humaine selon leur origine et leurs différences spécifiques , de les grouper par familles , absolument comme la science dispose en familles naturelles les animaux et les plantes , et peut-être ne nous sera-t-il pas impossible de prouver qu'entre les classifica-* teurs modernes et l'auteur de la Genèse, toute la ^ différence consiste, pour ainsi dire, dans les formes du langage.
II. Mais avant que d'en venir à cette démonstration , une difficulté grave nous arrête et nous ne saurions la surmonter sans nous transporter pour quelques moments sur un terrain qui n'est pas celui de nos études habituelles, kes résultats que nous pourrons obtenir de l'examen du chapitre X de la Genèse seraient presque nuls , ai nous ne parvenions à préciser l'âge de ce document. Ce chapitre isolé d'un livre n'acquerra à nos yeux une autorité historique imposante, que si l'autorité de la Genèse elle-même est fixée ; la Genèse à son tour n'est qu'une partie des livres attribués à ]V(oïse, et ces livres ont soulevé, de la part des savants modernes , une foule de doutes et de contestations qu'il serait imprudent à nous de laisser
entièrement de côté. La vaste discussion qui a soumis au critérium philosophique toutes les parties de l'Écriture Sainte sans exception , a acquis dans ces derniers temps une telle importance , qu'on en a fait une science à part, désignée par le nom d'Exégèse. Une telle science qui, bien que considérée en Allemagne comme faisant partie des études théologiques, appartient avant tout au domaine de l'histoire, sera-t^elle par nous comptée pour rien, à cause du peu de retentissement qu'elle a eu jusqu'à ce jour dans nos écoles? Ou plutôt, n'est-ce pas pour nous un devoir Je nous enquérir scrupuleusement des résultats qu'on doit à un genre de recherches qui, chez nos voisins, tient une si grande place dans le cercle des études supérieures ?
III. Si nous suivions l'opinion commune qui fait autorité dans l'église catholique et dans d'autres communions chrétiennes, nous serions obligés de regarder la Genèse, et en général les cinq livres de Moïse, comme un monument sans altération, sans mélange d'idées postérieures et successives, et remontant d'une manière certaine à une époque très reculée. La supputation probable qui résulte d'une comparaison établie entre les dates égyptiennes et celles qu'on trouve dans le Pentateuque lui-même, induit généralement à croire que les Hébreux sont sortis de l'Egypte , sous la conduite de Moïse, au XVI e siècle avant notre ère. Ce serait donc pour nous un document bien précieux, que celui qui nous transporterait à une époque aussi haute, et nous montrerait les peuples dont le
monde moderne est sorti , déjà distribués et échelonnés sur les routes que les différentes races ont postérieurement suivies.
Mais à côté de ce témoignage combiné des dates égyptiennes et du texte de la Genèse , nous trouvons les assertions formelles d'hommes graves et savants, qui dénient presque toute authenticité aux livres de Moïse ; qui non-seulement ne regardent pas l'ensemble et l'unité de ces livres comme inattaquables, mais encore les répudient, pour ainsi dire, dans leur entier; qui non -seulement soutiennent que Moïse n'a point écrit ces livres, mais encore prétendent que la composition doit en être attiibuée à une époque comparativement très moderne : et afin de prouver leurs assertions, ces mêmes hommes soumettent à un examen critique minutieux tous les détails des livres de Moïse ; rien n'échappe à leur scepticisme persévérant, et parmi les preuves qu'ils allèguent à l'appui de leur manière de voir, le texte même qui doit bientôt nous occuper, celui du chapitre X , tient une certaine place.
Evidemment, de telles objections ne peuvent être passées sous silence. Il serait peu raisonnable de rejeter à priori tous ces travaux, par la raison qu'on en suspecterait les motifs. On ne devra pas davantage selon nous se retrancher derrière des scrupules d'orthodoxie , et même , dans la donnée , très respectable, d'une foi chrétienne vive et absolue, reculer devant de telles investigations, par la crainte que les fondements de no^re croyance religieuse n'en soyent ébranlés. J'avoue, pour mon compte, que si,
( «2 ) par des recherches,, d'ai^eurs consciencieuses et dé* pourvues de toute arrière-pensée, je notais cru destiné à faire chanceler des convictions et à troubler des consciences, je me serais fait scrupule de transporter mes lecteurs sur un terrain si périlleux, et le profit que la science , eu général ^ doit tirer de ces spéculations, m'aurait sepil>lé peu de chose, au prix du désordre que v\e% paroles auraient involontairement pvoduit.
Mais il s'en faut, nous en sommes convaincus, que la vérité religieuse soit ainsi liée à des questions, de littérature ou de chronologie, ta foi chrétienne ne repose pas plus sur la chronologie de la Genèse^ que sur sa pkysiquç et son astronomie; et d'ailleurs, pour nous restreindre au sujet qui nous occupe, la carrière de l'examen nous a été largement ouverte par des hommes qui certes étaient loin de faire bon marché de l'orthodoxie chré-* tienne. Celui des pères de l'Eglise qui a le mieux connu , le mieux traduit et le inieux commenté l'ancien Testament, saint Jérôme, s'exprime ainsi sur le problème qui va nous occuper : « Que vous disiez Moïse auteur du Pentateuque ou que vous regardiez Esdrqs comme le restaurateur d<e ce livre, je ne m'y oppose pas (t ) . » Saint Jérôme avait donc ainsi vu la difficulté qui préoccupe l'exégèse moderne. Il ne doutait pas, pour son compte, que Moïse ne fût l'auteur originaire des livres qui por-
(1) Epis t. a4 Helvid. HJ. Swe Mosen dicere voluçris auctorem Pentate^hi, siye JÇsdramejusdeminstauralorem operis, non recuso.
( 123 ) tent son nom, mais sa conscience 4 e WÎtiqw WP pouvait se refuser à recQnnaîtFP , fUn§ le flfconument qu'jl avait sous les y^ux^ des Ypslige^ de remaniement et d'interpollation. La phrase que jp vieps de citer exprime l'opinion dp $ajnt 4&Tpme dans tqute «on étendue. D'une part J^o'^e lui apparaît comme Fauteur indubitable des livrps qyji portent sou nom$ de l'autre il est obligé d'admettre q^ie le texte actuel ne nous est pas paryerju ç(^$ sprç intégrité première ^ et c'est à Esdras qu'il attribue auratiqn. ^Y^Pt ^aipt Jérôinp, oiris ^ecoi^^an^a^le paç V é TMsi que tp.^s lps ippnu^e^s 4p \a savaient dft éjrere$tyW& par ie çoufpsaion se tyo\\ve dans les 5 at saint Ç^érç\ei*t , moiumueiU sincère (2).
Mais nous n aurions pas ces autorités, à p.ly[ectér contre l'attitude que le sacerdoce moderne a pr^se d^ns ces cmestions., que uo^Ss n'hésiterions pas davantage à nous e^pnçaer Jitxrpçpient sur les tr^vai^x de l'Exégèse. Dans l'çtat actuel de ty ^cieupe e{ avec les progrès qu'a conquis la Uheyté de discussion , qvçc la conscience aussi du bipn produit par cette ' liberté, nous ne croyons Çt?sque la vraie religion gagne à des réticences et à des ^éq^estratipns de textes. Ce serait une foi bjiçu chancelante qne celle oui rçfuserait de disputer \a, yaleur des titres sur
(1) De cultufernin. III. O-fone insirwnenlum judaioz literaturct per Esdram constat resÇauratiun.