‹ Cours d'histoire ancienne: Introduction à l'histoire de l'Asie OccidentaleChapitre 15 sur 45 · III · texte numérisé non relu

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lesquels elle s'appuie , et d'ailleurs les livrés de l'ancienne Loi ne peuvent plus conserver leur autorité religieuse , que si l'on se résout enfin à rejeter la croyance littérale , déjà abandonnée sur tant de points, pour s'élever à l'intelligence spirituelle, toujours si vivante, quoique éprouvée par tant de combats.

Mon but dans ce livre n'est point de fournir des argumens à cette interprétation supérieure de la foi chrétienne ; l'amour et le besoin de la vérité sont au fond les seuls sentiments qui me' guident. Seulement, je le répète , peut-être aurais-je parlé moins librement , si j'avais cru attaquer la base des croyances sur lesquelles repose, en grande partie, notre société. Ce que je trouve au contraire, c'est qu'après les travaux déjà accomplis , et dans l'attente de ceux que nous réserve l'avenir , la question religieuse demeure complètement séparée et intacte ; ce dont je suis convaincu, c'est que plus l'on - pénétrera dans l'histoire de l'antique Orient , plus la mission providentielle du peuple juif se détachera d'une manière éclatante sur l'horizon du polythéisme primitif; et alors, je vous prie, que fera à la question générale que Moïse ait cru, par erreur, à l'universalité du cataclysme arménien, de même qu'il croyait, par erreur aussi, que les astres avaient été placés comme des clous dorés dans la voûte du ciel? Fera-t-on dépendre encore, comme on l'a fait de nos jours , tout l'édifice d'une foi de dix- ' neuf siècles, de l'altération ou de l'ingénuité d'Un texte écrit par les hommes et transmis de main en

main à travers les générations humaines ? « Quand on puise légèrement dans la philosophie, dit Bacon, on s'éloigne de Dieu; mais on revient à lui, quand on s'y plonge. »

IV. Au reste mon intention n'est pas d'exposer ici tous les travaux de l'Exégèse sur le texte du Pentateuque ou plutôt toutes les fantaisies d'opinion , auxquelles le développement de cette étude a donné lieu. Peu de mots suffiront pour marquer l'origine de cette science et en faire apprécier la portée. Après les aveux de Saint Jérôme, de Tertullien et de l'auteur des homélies Clémentines que j'ai rapportés plus hjuit, la tradition de l'esprit exégétique semble se perdre dans l'Eglise orthodoxe et ne se retrouve qu'au XII e siècle dans les travaux des habiles et doctes rabbins de cette époque. C'est à cette source que Spinosa, paraît avoir puisé les argumens contre l'authenticité des livres de Moïse qu'on trouve dans son Tractatus theologico-politicus 9 publié en 1 670(1 ). Ici, sa qualitéde juif donne à Spinosa un grand avantage sur Hobbes (2), lequel avait plutôt montré la bonne volonté de douter de Moïse, qu'il n'avait avancé des argumens solides à l'appui de ses doutes.

Les écrits de Hobbes, de Spinosa, de Pereyre (3) indiquent, dans la marche générale des idées, une application-partiale et suspecte de la liberté d'examen, récemment conquise par la vraie philosophie, bien — — — — — — — — — — — ———■—*—

(1) Page 104- 106.

(2) Léviathan, (Amst. 1670, in-4. p. 177).

(3) Sfstema theoiogicum ex pracadamitarum Hypothesi ?

( 126 ) tJUViicôfre Fdfrtfetherit bontestëè J>ar les puissances de l'Église et dû Siècle, llobbés éi Spinosa attaquent Fauthetitlcité des livres de Moïse ; non par une conviction scientifique, niais pàfrce qiie les doutes qu'ils propagent BbiVerit séfrvif là cdùsëânti-retigieusë dottt lia se i&brit posée lescliàhij)iôns(4] . 11 ti'éii feSt pà$ de îUêthë èelbh nbtis dti dbcte et ihgëtileùi àiiteur de Vfitstoitë critique de ÎÂhbien- TtiètàrheM ; Richard Slihbh. Cet btatorieri *ej>résehtë àU cotittàirè le véritable ësptf t scientifique qui cbtnrfiehçàit dit JLVll* siècle à se développer, en toUtë liberté. ÏUcHaftl Siinbii U'a guère eu luimênle pour passiori tpie ce gràiti d'indépendance y ce goût dfe dlscusàioii qui a toujours distihgùé les intelligences supérieures de l'é^lisè grillicané , et qdi s'allie avec des sentiments très-Siricèrès d'orihodbxfr. Il contfcslfe l'iMté^rïto des livres de Moïse, nori pour fehverslr lit foi cliiciiélirie, îîiais parce (jùfe sachant bien l'hébreu , ii n'a pu se refuser au témoignage de son regdrd qui est perçant, de son jtigement qui est prompt, sagace et ingénieux. Il , appartient en iih mot à \i cldsse de èeS sa vans véritables qui n'out d'atitfe mobile qUè' la pàsèïori de l'exactitude , et qui produisent &il grand jour le

(4) Ce que noriS véncfns de dire e>t ericdre pltt^vrai 8é Hobbesque de Spinosa : la philosophie ou plutôt l'intention philosophique de ce dernier a été réhabilitée de nos jours par quelques allemands illustres , et particulièrement par Herder et Schelling , y . Tennemcinn , Manuel de l'histoire de la philosophie, toril. II; page 165 et suiv. de la tfad. française de M. Côusîri.

( **7 ) résultat dé leurs recherchés , sslris se sottfcifer dés conséquences (Jii'ori poùrta en tirer dans lin sfcns où dans un autre (1J.

Bofcsùet he savait pas lhëbreti comme Richard Siflion , mais son esprit appliqué à là cohsferVdtidtt de l'unité catholique vit un gravé dahgër dahs les doutes de Toratorien dieppois , et il ètapêclia tjilë son livre , bieti que déjà approuvé pat les censeurs ecclésiastiques^ ne parût fcii Frahce. la Hollande, refuge âlots de toutes les oJipoSitiëhs religieuses et politiques . accueillit l'ouvragé qu'on repoussait à Parie , et le livre de Richard Sirtion y parut en 1678 (2).

Mais ce qui prouve la bonne fol de Fauteur et en même tertips la portée vraiiùerii scientifique de son livre , c'est la sorte d'effet qu'il produisit. Après la rumeur assez vive , eâusce pat l'appaKtiun de X Histoire critique, le iiioUVcdieht commencé parut s'éteindre ; protestons et catholiques, tous repoussèrent à l'en vi le scepticisme de Richard Sitnoh. LepasteUrLeclerc(3),en réfutant sa principale hypothèse, s'en perfiïit d'abord une plus hardie qu'il rétracta bientôt. Quant du tioyau dés philosophes anti-chrétiénS , déjà noiïdtfeu* dés

(1) R. Simon (p. 31 et 32) cite plusieurs savans Jésuites, Masius, Bonfrerius, Pererius ( qu'il ne faut pas confondre avec ïsaac Pereyre plus haut cité ) , qui paraissent l'avoir précédé dans la carrière de ta saine Exégèse.

(2) La meilleure édition est celle de 1685, in-4.

(3) Les sentiment de quelques théologiens ds Hollande skr V histoire critique du Vieux Testament} 1685.

cette époque , le livre de Richard Simon fut pour eux comme non avenu. La méthode de cet auteur avait toute la lenteur qui convient à la véritable science , et les ennemis du christianisme ne perdirent pas leur temps à pressurer à leur profit des conclusions qui se produisaient sous la forme la plus réservée.

U Histoire critique n'a pas eu, sur leurs successeurs du XVIII e siècle , une influencç plus directe. Aucun des argumens anti-bibliques que Voltaire a prodigués n'a eu besoin de Richard Simon pour se produire. 11 fallait à Ja propagande du XVIII e siècle des argumens bien autrement populaires et passionnés que ceux qu'on aurait pu tirer des doutes philologiques de Richard Simon. Sans X Histoire critique y le XVIII e siècle aurait été exactement ce qu'il fut avec ce livre.

Richard Simon nous apparaît donc comme ces précurseurs des sciences qui ne voient jamais et ne devinent même pas les conséquences futures de leurs travaux. Semblable aux voyageurs qui jettent en passant sur la route la semence de l'arbre dont l'ombre charmera les générations à venir, il a fondé l'Exégèse, et son livre a dormi plus d'un siècle avant de commencer à porter ses fruits. La chaîne interrompue à sa mort se renoue faiblement par l'ouvrage d'Astruc dont nous parlerons tout à l'heure / et le véritable éveil des esprits n'a lieu qu'en Allemagne , peu d'années avant notre révolution. Ainsi l'Exégèse, française d'origine, comme presque toutes les sciences qui sont un produit pur de la liberté d'examen, n'a fructifié que sous la main

des érudits de l'Allemagne , ennemis presque tous de la propagande anti-religieuse. Si, parmi nous, Volney a profité des écrits de Richard Simon , ce n'est pas parce que Volney était imbu des principes de l'école matérialiste , mais à cause de l'instinct scientifique qu'il possédait profondément et qui , dans ses écrits , s'est souvent fait jour , en dépit même de ses préjugés philosophiques.

S'il s'agissait de déterminer les ,causes du réveil de l'Exégèse en Allemagne , la bonne foi m'obligerait de convenir que la philosophie française a été pour beaucoup dans ces causes. L'Exégèse a sa place dans ce bouillonnement général qui , après un demi-siècle d'une indifférence apparente , saisit l'Allemagne entière et la précipita dans toutes les carrières du libre examen. Le doute protestant du XVI e siècle , inconséquent en cela comme en toutes choses , rejetait d'un côté certaines parties de la Bible, et se servait du reste comme d'un moyen d'action contre le Catholicisme. Il a fallu l'audacieuse logique de la philosophie du XVIIP siècle, pour éveiller dans les universités protestantes de l'Allemagne cette verve d'analyse sceptique , à laquelle Luther lui-même ne s'était jamais complètement livré. Entre Luther qui propage le culte superstitieux du texte biblique, entre les sectaires de toute sorte qui ne marchent et n'agissent qu'à coup de versets et d'exemples empruntés de l'ancienne loi, et la science qui applique au texte de cette loi le scepticisme le plus hardi , il y a tout un monde d'intervalle. Qu'on se garde toutefois de confondre ce qui fut l'occasion des travaux exégél. 9

< 130 ) tique» avec l'esprit qui convient véritablement à cette science ; si notre philosophie a été l'occasion de l'Exégèse, si k jugement de plusieurs 4© ceux qui la cultivent n'est pas à l'abri d'une souwission involontaire aux préjugea du dernier siècle, ce qui démontre pour ces études la nécessité d'une indé^ pendance absolue de toute préoccupation PO»"" «« contre la religion , c'est la supériorité r#lle de? exègéustes qui ne songent ni à défendre »i à combattre le christianisme,

On reconnaîtra donc , ayec nous, que le grand Bossuets'est trompé, comme dans presque t*roty* les questions de liberté , quand il A considéré le'iiyre de Richard Simon comme une source de périls pour la foi catholique. Pu moment qu'il existe un doute sur uq livre aussi intimement lié que l'est le Fentateuque à l'existence du christianisme , il va»t mille fois mieux que ce doute mt porté jusqu'aux dernières conséquences seientinques , que de le laisser se propager dans les esprits incultes , .gous la forme d'une vague opinion- Soumis à celte épreuve , le doute finit par *e perdre luimême daus les mille conjectures du scepticisme , et si quelque fait essentiel , quelque considération d'une haute évidence riennentà planer sur la diseussion et à diriger la marche de» eapriti WW d&pourvus de rectitude, on doit s'attendre à ce que que ce fait , cette conaidéwtM» »e rapprocheront bien plus de l'opinion imposée précédemment par l'autorité, que des hypothèses fournies par l'iar tempérance de l'esprit d'examen. C'est ce que nous verrons bientôt dans la revue rapide que nous

allons foire de» conjectures émises par l'école e*égétique , revue qui nom fera entrevoir , eemme résultat probable de la nouvelle science , une croyance reisounee à l'authenticité" de* livres de MoÏI6j peu lignée, en dernière analyse, de la foi aveugle aux mêmes faits que l'Eglise a eom«wnd*fl pendant tant de siMes, La différence entre emdenx sortes de foi est justement proportionnée à la difté» renée des époques et k la diversité de leurs besoins- C'est par cette voie, et par cette voieseujement, qui) l'autorité et la tradition conserveront dans ja société humaine l'influence élevée que , pour son bonheur et ses lumières, Biles ne doivent jamais perdre.

Le mérite de Richard Simon est surtout d'avoir analysé le Jtenlateuque dans les détails , d'en avoir signalé les répétitions et les contradictions* d'à-* voir montré les vestiges fréquents d'un travail postérieur. Quant à l'explication de fies diverses par-r tipularités , il s'en faut que celle de l'oratorien Pjeppoi8 soit de tout point satisfaisante. Richard Simon distingue en trois parties tout le texte du Peplatenque. La première comprend , selon lui , avec la cosmogonie, tous les souvenirs historiques antérieurs à Moïse j la seconde se compose du récit des événemsn* contemporains de ee prophètej dans la troisième nu trouve les owjonnsnces et lea pmr eriptions du législateur. &tta dernière partie est pour Richard Simon l'œuvreincontestabledeMpiSti;

l'histoire euntemporaim»^ été dictée par lai, à mesure desévénem«n«i 4 4m scribe pnprppbètm» a&tfeialement chargés de ce soin i 1 histoire antérieur* est te?&uJtat 4f te traction mais qm Moïse a re-

cueillie, mais dont il n'a pas eu le temps de classer les matériaux dans un ordre régulier. Il en a été de même des dictées journalières que Moïse, si le temps le lui avait permis, aurait sans doute mieux coordonnées avec le restede son récit . Cette œuvre laissée imparfaite par le législateur a dû être accomplie par !une main beaucoup moins habile : de là les traces de confusion et les contradictions apparentes qui déparent l'ensemble du livre. Quant à déterminer l'époque où ce travail de rédaction eut Heu , le savant oratorien n'ose se prononcer sur ce point et il laisse à son lecteur une latitude immense, depuis l'époque de Josué jusqu'à celle d'Esdras.

Cette difficulté d'en venir à une conclusion est précisément, chez Richard Simon, la marque d'un esprit supérieur. En soulevant ces doutes , le père de l'Exégèse devait se sentir bieu dépourvu des points de comparaison qui auraient pu guider son jugement. H appelait bien plus l'examen sur l'objet de ses doutes , qu'il ne se chargeait de résoudre des problèmes jusque-là inobservés. Or , précisé- . ment ce qui a nui à beaucoup d'exégétistes modernes, c'est d'avoir oublié cette réserve du fondateup de leur science, et,, sur une foule de points, de s'être hâtés de conclure, sans avoir craint que le lendemain la découverte ou l'interprétation . d'un monument original ne vînt renverser leur hypothèse.

V. On fatiguerait inutilement le lecteur en lui fai* sant passer sous les yeux les suppositions sans nombre auxquelles l'Exégèse s'est livrée; et dont quel-' ques-unes il faut le dire, peuvent être considérées

comme de véritables aberrations. Je mécontenterai donc ici de grouper, sons un point de vue général, les objections les plus sérieuses qu'on ait élevées contre l'intégrité etl'authenticité des livres deMoïse, et d'indiquer en même temps les réponses que des exégétistes moins aventureux ont faites aux plus hardies de ces objections. Comme d'ailleurs la discussion s'est étendue à une foule de questions qui n'importent nullement à notre sujet, je circonscrirai les considérations qui vont suivre dans des limites étroites , me restreignant surtout à ce qui regarde Moïse comme historien, et laissant de côté tout ce qui se rapporte à Moïse législateur.

Pour ce qui concerne la composition historique de la Genèse, on peut, ou discuter la nature du travail, ou contester l'époque à laquelle ce travail a eu lieu. Ainsi, laissant de côté la donnée d'une inspiration directe de l'Esprit-Saint , on peut croire , comme Richard Simon , que Moïse a rassemblé les traditions antérieures et en a composé un corps d'histoire générale; ou bien Ton peut s'imaginer , comme Astruc , que Moïse n'a fait autre chose qu'extraire des ouvrages de différente origine, et dont la composition avait de beaucoup précédé l'époque à laquelle vivait ce prophète. Asr« truc , médecin de Montpellier , fort célèbre de son temps , a publié son opinion en 1 753 dans un ouvrage qui porte le titre bizarre de : Conjectures sur les Mémoires origine ux dont Moïse s'est servi pour la composition de la Genèse. L'affectation de ce titre semblerait annoncer plutôt un jeu d'esprit qu'une proposition scientifique; et néanmoins, en

cm)

Uiàhi le livre* ôtt s'aperçait que l'util*»^ de tonne 4bi dut» SOU hfpothèle, a été gttidé p&r tinêobfter* VatîOh três-Spécieu9ë. AStrue A Jhemarqué que, dans ceïtàifies partie» de k Genèse* Dieu était constamment nommé Élohirtti, c'est-à-dire fctf Dieux, et ailleurs Jekûmh > mot que te Vùlgate traduit par Domina* y fe Seigneur , et il a èoncludë cette ob*- SWvation que Moïse âVait dû , Sans beaucoup de soin tti cte critique, coudre ensemble les fragments de deUx livres souvent contradictoires , dont l'Un admettait UU Dieu OU des Dieux Elohim , et l'aUtre un Dieu Jèhovkth. Mais comme te distinction entre les deux livres originaux n'était point si préfcise qu'Astruc l'avait peut*ètré pensé d'abord , tîomme il existait ùh certain nombre de passages où DieU était nommé à la foi* Elohim et Jéhotab, Astruc a été conduit à supposer l'existence d'un troisième livre, intermédiaire pour lé caractère de eoftipositîott, et dont MOÏSe aurait fait Usage comme ties deux autres ,* et ainsi de suite , à mesure qu'il relevait une contradiction à son système, Astruc Supposait Texistencé d'un nouveau modèle : jusqu'à ce qu'enfin il arrivât à Compter onze livrés originaux comme ayint Servi à k composition de la Genèse. Cette dernière conclusion montre à elle seule combien le système lie Fauteur, si probable s'il avait y\i s'en tenir à la double origine, est au contraire cbancelànt et invraisemblable , dès qu'il faut admettre, pour ainsi dire, tout une bibliothèque dans laquelle Moïse aurait puisé.

Toutefois le livre d'Astruc est, après celui de Richard Simon, la Source à laquelle l'exégèse mo*

derfte n'aeesfcéd'emprunter des argument, Lesniis, tels que Ilgen, dans son livre intitulé : Document originaux des archives du tempté de Jérusalem dans leur étal primitif, (1 ) seront efforcés de concilier l'hypothèse d'Âstruc, avec celle qui fMt descendre la composition dû f*entateuque à une époque infiniment plus moderne que celle de Moïse. Dans cette donnée , les fragmens Elohim , et les fi*g~ mens Jehovah , représenteraient les débris d'hier toires originales conservées à Jérusalem postérieurement à Moïse , et dont une main récente aurait combiné les matériaux. Les autres , sans reftiser k Moïse son caractère d'écrivain, se sont attachés à préciser les différences intrinsèques des fragmens Elohim et des fragmens Jehovah .Ce dernier travail a été fait avec tout le soin imaginable par Eithhorn, un des plus doctes et des plus sages exégétistes , dans Son Introduction à l'étude du nouveau testament. 11 ne résulte , de cette comparaison attentive des deux ordres de fragments, tant sous le rapport du style que sous celui des idées, que des diffé* rences extrêmement légères, et toutes les fois que ces différences tendent à Se prononcer d'une manière plus expresse , il survient une contradiction ou une exception tellement caractérisée, qu'on sent le fil du système se rompre à mesure qu'on tâche d'en nouer la trame.

Cette considération n'a point arrêté Volney qui, dans son zèle ardent à rattacher la religion hé-

(1) Die Urkunden des Jerusalemisçhen Tempelarchws in ihren Urgestalt, Halle 1798.

< 136 ) braïque au polythéisme général de l'Asie, s'est hâté de désigner (1 ) les fragmens Elohim, ceux-là précisément dans lesquels le nom de Dieu est affecté du pluriel , comme des débris d'une cosmogonie chaldéenne, et de mettre en regard de ces fragments , ceux qui portent de préférence le nom de Jehoçah , le Dieu des Juifs, par opposition aux dieux des nations étrangères. Cette nouvelle hypothèse de Volney, non moins spécieuse au premier abord que celle d'Astruc , ne soutient pas mieux l'examen* Ainsi , par exemple f si les fragmens Elohim étaient d'origine chaldéenne, la partie de la Genèse qui nous représente l'antique Egypte avec une sincérité de couleur dont on est de plus en plus frappé, devrait appartenir au document Jehovah plutôt qu'au document Elohim ; et , précisément , les chapitres qui , par leurs rapports .intimes avec l'Egypte nous éloignent le plus de la Chaldée , sont de ceux dans lesquels on rencontre presque exclusivement le nom d'Elohim. Dans la vision mystique de Jacob , cette révélation d'un Dieu supérieur, qui doit devenir celui du peuple hébreu, on s'attendrait naturellement à trouver le nom de Jehovah , puisque c'est lui que Volney , d'accord avec presque tous les critiques, regarde comme le dieu national des Hébreux; et pourtant ce n'est point Jehovah qui apparaît à Jacob, c'est encore Elohim, ce vestige évident du polythéisme chaldéon.

Ainsi l'hypothèse d'Astruc, quelque explication

(1) Recherches nouvelles, Ghap. XII.

qu'on en donne, quelques restrictions qu'on lui impose, paraît frappée au cœur de stérilité; et nous aurions droit d'être surpris f en voyant des hommes d'un savoir immense et d'une raison supérieure) tels que Gesénius(i), continuer à établir une distinction entre les fragmens Elohim et Jehovah. Un exégétiste, beaucoup plus hardi que Genésius, le chanoine Hartmann, s'est bien aperçu de ce . que cette distinction avait d'illusoire , quand on voulait l'appliquer strictement à la Genèse, et, selon nous, il a entrevu la vraie solution du problème (2). Dans les fragmens authentiques deSanchoniaton, tels qu'Eusébe nous les a conservés , on retrouve les deux noms par lesquels les Juifs ont désigné la Divinité. Suivant le système théologique des Phéniciens, Ilos, El ou Eloh est le nom du Dieu Père que lo traducteur grec de Sanchoniaton assimile à Gronus ou Saturne , et qui se multiplie en quelque sorte dans ses compagnons, lesquels reçoivent le nom à 9 Elohim ou à 9 Eloh au pluriel (3). Ce n'est pas ici le lieu de développer les idées d'après lesquelles, dans le système phénicien comme dans toutes les variétés du polythéisme, le

(1) V. Elementarbueh, 2 e part, p, 6, 13, 23.

(2) Historisch-kritische Forschungen ûber die Bildung, dos Zeùaiterundden Plan derfûnf Bûcher Mose s. Rwiock, 1831. p. 791 et suiv.

(5) Sanction, fragm. (p. 26) Orell. y IXov t2>v xa\ Kpovov

(p. 28) (M Sa cu^fiLa^ot "IXou toïï Kp^vou 'EXoeljx èftuCkfjfaaaiv 6ç fat Kpovtot, oSrot 7)<jov ot Xrp>f*svot a-iro K(x5vot>. Cf. : Hx^j chald. niVK , héb. Deus : plur. DT^N-

même Dteu, un €t multiple , pounit être tour-4tour désigné par te singulier et le pluriel ; pour le moment il nous suffit de savoir que les dénomination* d 1 El et d'Elohim contiennent tous deux également bien au Dieu Père des Phéniciens, analogue au . Cronus des Grecs. Le fils de cet Elohim , celui qui répond dans l'olympe phénicien au Jupiter des Latins et atl Zeus des Grecs, s'appelle îeoud{\ ), ce qui, en ne comptant que la valeur positive des lettres et en faisant abstraction de la prononciation affectée par les rabbins au mot hébreu (2), répond (sous la forme certainement plus correcte d'/aou (3), au Jehovah de la Bible. La conclusion qu*on pourrait tirer de cette remarque , c'est que les Juifs, employant tour-à-tour pour désigner Diett les noms A 9 Elohim et de Jehovah, devaient, comme les Phé* niciens, admettre simultanément deux personnes divines, la première une et multiple : Eloh ou Elohim ; la seconde Jehovah , émanation de là première \ c'est-à-dire qu'on arriverait dtt premier coup à donner un démenti formel à la croyance

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(1) Ibid. p. i% Kpovoç pocfftXeucav ttjç ^wpocç.... utov f^cov

[xovoyev^ , 8v 8ti toïïto 'IeobS fxîXôuv....

(2) On trou te, ibid. (p. 2.) 9 Iaiu> f ioxme qui répond etactenfetotauftin^ des Hébreux* J*md, qui «et le nom même de /«&,£!» de JacoI» (JTlirP) et celui du peuple juif (Tlfl^) est peut-être composé du primitif m et de

(3) On sait que par respect pour le nom meffmUe de Jehovah, les Rabbins ont affecté à ce mot les points voyelles de celui KAdonai le Seigneur. La véritable prononciation doit avoir été Iao. V. Gesenius. Lex man, S. F.

essentielle des Jtiift , telle dont Mtâ8è &'a*toe pau* aiii^i dire exclusivement contre les cuite* ëtrai^ gWs, la foi en un seul ÏMeU.

Je reviendrai plusieurs fois dansée eouw 9nr.te problème que je viens de poser, particulièrement âlôrt que je comparerai entre elles les institutions religieuses de Moïse et celles de Zoroastre. Je ferai voir, je l'espère, que le pas immense feit par Moïse dans la vole de la religion intellectuelle , en sens inverse des religions matérielles de l'ancien monde, ne fut pas néanmoins tel, que le législateur pût tout d'un coup effacer la trace des croyances antérieures. Je montrerai , dans le camp hébreu , les vestiges du culte d'Ëlohim, le Cftmus phénicien , à coté de l'autel de Jehovah, le Dieu Fils , devenu pour lés Hébreux le dieu Unique.

La transition que je ne fais qu'Indiquer ici Sommairement, suffit, je pénSe, pourexpliquer là plus Forte des oppositions que Ton ait signalées entre les fragmens Ëtohim et les frâgméns Jehovah. Au début même de la Genèse , après là création du nionde, produite par la parole puissante de Dieu Êlohim., se trouve comme une seconde création attribuée à Jehovah, ou pour mieux dire à un dieu que Ton désigne par ^expression collective de Jehovah-Elohim , laquelle ne peut guère autrement se traduire suivant le génie de3 grammaires sémitiques que par ; le Jaou des Elohim> la me ou l'esprit ée$ Dieu&(^ ). G'est ce Jehovah-Elohim qui

■ ' « In - i fTi i t ■ i - . - ■ I r i - , ... . ta , , i i ■ —

(î) iLes Septante et la Vulg. traduisent : Dominus deus ? comme si réellement le mot Jdçnaï (seigneur) était substitué

procède à la création de l'homme et de la femme , non plus par une influence supérieure comme celle d'Elohim, mais par une action directe et plastique qui rappelle la formation du monde, ainsi que la racontaient les cosmogonies orientales , alors que le Démiurge, émané de la source éternelle de la Divinité pétrit la terre molle, et accomplit à la lettre les fonctions qu'indique son nom à" Ouvrier. On n'a donc pas besoin de supposer, comme le fait encore Gesénius , la juxtaposition étrange de deux morceaux différents, dans l'un desquels le Créateur toutpuissant aurait été Elohim, par opposition au créateur borné du second fragment , Jehovah-Elohim. Et ici l'observation que j'appliquais précédemment à l'hypothèse de Volney, peut convenir aussi bien à celle de Gesénius, Si la Genèse a réellement coiïservé la tf ace de deux systèmes cosmogoniques dont l'un , suivant lequel la pax*ole de Dieu fait sortir le monde du néant, donne une idée plus relevée de l'essence divine que l'autre, le premier système doit se trouver mieux en harmonie avec la manière dont les Hébreux comprenaient Dieu , en contraste avec les croyances matérielles du reste de l'Asie. Par conséquent , le nom qui sert à désigner le dieu national des Hébreux devrait se

à ceui de Jehovah ( V. plus haut p. 138, note 3) ; c'est une erreur éyidente. Au reste, je soumets huirblement aux philoogues hébraïsans ma traduction basée su r PEtymologie que Moise donne lui-même du nom de Jehovah : Je suis celui qui est (Ex. III. 14. VI. 3), et construite d'ailleurs comme la phrase bien connue : JTtfcOy Fh Jt> le Dieu des armées.

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trouver dans le premier morceau : et tout au contraire, le fragment du caractère le plus élevé montre Elohim comme créateur , et celui qui fait redescendre la Divinité au rôle plus humble de démiurge ou d'ouvrier, porte le nom de Jehovah. La prétendue opposition de deux morceaux ne peut donc s'expliquer qu'avec l'hypothèse d'une composition une et originale.

Dans cette composition, le dieu suprême, la source divine, le dieu Père, c'est Elohim; le dieu secondaire, l'émanation, le démiurge, c'est Jehovah. On ne s'étonne plus alors de ce que certaines circonstances de la création , déjà rapportées dans le premier chapitre, soient répétées avec des détails un peu différents dans le second ; c'est qu'effectivement il y a deux créations successives : la première exprimée en termes généraux et dans laquelle la volonté du Créateur se manifeste par sa parole; la seconde dont le but est de donner une forme sensible à son action. Ainsi devaient raconter la naissance du monde, ces Patriarches , qui, vivant au milieu de nations corrompues par une religion panthéistique et matérielle, avaient néanmoins le sentiment de la nature spirituelle de la Divinité. Les formes de leur langage devaient se ressentir de celles qu'employaient les pré très parmi lesquels ils passaient leur vie. Ces prêtres eux-mêmes, et quelques-unes des tribus au milieu desquelles les patriarches vivaient, ne devaient pas tous être plongés dans la même abjection intellectuelle ; on peut raisonnablement supposer l'existence de di fférents dégrés de croyance religieuse qui s'élevaient insensiblement, depuis la

foi exclusive m la matière, jusqu'à la pen*ée d'un* création d^à toute spirituelle, quoique epporefii^? tachée d'imperfection par la présence du démiurge, telle qu'on la trouve encore dan* la Genèse * ou js la considère comme un legs des Patriarches que Moïse sans doute n'aurait point Qsé eftaççr. Ainsi, quand la Genèse (3£IV« 18) dit que Melchisedech, était un prêtre du vrai Dieu, du Djeu Très-Haut^

le textç sacré fait entendre qu'il existait un rapprochement entre la croyance de Melçhisedach et celle d'Abraham, plus avancé lui-même dans la concept tion pure de la Divinité, Abraham, qui «'obéissait pas à une loi écrite, mais qui suivait simplement uueloi de conscience, ou pour parler un langes plus oriental , une loi dq révélation intérieure ^ n'était encore que dans le vestibule du temple; c'était â Moïse qu'il appartenait d'élever l'édifice et de consacrer le sanctuaire. Moïse à son tour bâtit avec des matériaux d'une nature encore imparfaite j la croyance au Dieu Père et au Dieu Fils, au Dieu suprême et au Démiurge, lui avait été léguée par un passé qu il respectait; il en laissa l'empreinte dans le frontispice de sa loi; nous la retrouverons encore à la porte du tabernacle. Seulement son intention évidente ? et celle que suivirent avec ardeur les disciples les plus fidèles de sa doctrine, fut d'accroître la valeur du Dieu Fils dont le nom signifiait par essence Y Etre et Y Esprit, aux dépens du Dieu Père > qui plus ou moins se confondait avec la matière première ou le chaos panthé|stique.

Cette intronisation exclusive dç Jehovah ; événe-

ment qni du reste se retrouve avec des traits analogues quoiqi^ moins prononce, dans la religion des Hellènes, quand cewçi suhstitueut Je règne de leur £*Wf (le roêïPG à l'origine que Hw italiote et par conséquent que le Jaou sémitique) , au règne du vieux CronMi cette intronisation, dis<je, est le dernier pas d'une réforme qui successivement a raffiné aur le fond de la vieille Triade de Babylone et de l'Egypte, Les patriarches avaient déjà retranché de cette triade le personnage féminin , qni n'était autre chose que la déification de la matière inerte et passive j Moïse amoindrit autant qu'il était en lui la personne même du Père, en tant que cette personne, par sa nature universelle et çomrpréheniive, impliquait encore une déification confuse de la Matière, Toutefois, le problème n'était pas encore résolu, et sans doute une telle énigme est de celles qui ne, peuvent arriver à une solution absolue. En vain les Juifs, et après eux; les Arabes, se sont attachés obstinément à cette fqi en l'unité absolue de Dieu, qui fait la base des religions de Moïse "etdeMaboruet,lechristianismeadûrevenirenquelque sorte sur les pas du judaïsme ; l'ancienne triade s'est reformée avec des éléments touts spiritualistes, qui néanmoins dans leur disposition rappellent l'ancien symbole du Panthéisme» Seulement, fe religion chrétienne a couvert avec une hante sagesse d'un voile de mystèrequ'on avoue impossible à soulever, la formule qui, chez les anciens, te produisait avec l'orgueil d'un problème résolu,

VI, Cette digression m'a conduit bien loin du terrain 4e l'Eségèse} nwis il fallait faire voir combien,

(144) djns des questions de cette nature , les apparences pouvaient éloigner du chemin de la vérité. Le lecteur sera sans doute, par ce qui précède, bien plus favorablement disposé à admettre en général l'unité de la Genèse; et les hypothèses qui comme celle d'Astruc, se produisent en vertu d'un examen superficiel des choses, sans acception du véritableesprit de l'antiquité, devront, je l'espère, trouver une moins facile créance., Toutefois, les objections qui s'élèvent, lion plus seulement contre l'unité de la composition du Pentateuque, mais contre l'antiquité, que l'on attribue à la rédaction de ce livre, sont d'une nature beaucoup plus grave* Parmi les critiques qui repoussent absolument "Moïse, on doit distinguer ceux qui assignent une date déterminée à la composition du Pentateuque , et ceux qui croient de préférence à la formation progressive de ce monument. Les premiers présentent entre eux une grande discordance, et leurs opinions sont plutôt l'effet d'un* soupçon vague que d'une conviction raisonnée. Pour quelquesuns, Josuéest l'auteur du Pentateuque, pour d'autres, c'est Samuel; il en est qui rapportent la composition du livre sacré à l'époque florissante de la monarchie des Hébreux sous David et Salomon.

Tous , plus ou moins , sont obligés de supposer, de la part de l'auteur inconnu du livre, une véritable supercherie, puisque Ton aurait mis sous le nom de Moïse un livre qui n'était pas le sien. Cette tromperie, dont le peuple hébreu aurait été victime de la part de ses prêtres , se caractérise bien davantage quand on aborde l'époque à laquelle les plus

hardis exégétistes veulent faire descendre la composition du Pentateuque. Seloi) cette dernière donnée, le système le mieux lié se trouve dans les Recherches nouvelles de Volney (1). L'hypothèse de ce savant n'était pas tout-à-fait nouvelle; De Wette (2 j l'avait déjà publiée eu Allemagne , sans que Volney en eut connaissance. Voici, en peu de mots, sur quels rapprochements repose ce système développé avec talent et vraisemblance dans le livrç français.

Volney représente les règnes longs et sans gloire de Manassès etd'Amon, l'état d'abjection dans lequel était tombée la nation juive, Manassès tributaire du roi d'Assyrie et même conduit en captivité. A cet abaissement viennent se joindre des circonstances extérieures qui présagent au peuple juif sa ruine prochaine. D'un côté les Scythes envahissent laMédie et s'approchent de l'Egypte, semant sur leurs pas la destruction, comme avaient déjà fait les anciens Scythes Pasteurs , lorsqu'ils s'emparèrent de l'Egypte. Si les puissantes monarchies de l'Asie échappent à ce torrent, la condition du petit royaume de Juda n'en sera pas plus heureuse: ce sera toujours une proie dont les rivaux à l'empire du monde se disputeront les lambeaux. Tout d'un coup , dans cette école des prophètes

(l)Chap. VII et VIII.

(2) Bcitraegen Zur Einleitung in das Alte Testament , 2 vol. Halle, 1806-7.

animée d'un sentiment national si prononcé, il se trouve un homme de génie qui conçoit la pensée (le sauver sa patrie en ranimant la foi ancienne , au moyen de l'acceptation d'un code religieux. Là conspiration se lie entre cet homme qui est Jérémie, le grand-prêtre Èlcias et le roi Jôsfas. Au jour convenu, on yieptàirè au roi qu'on a retrouvé dans le temple le livre de Moïse; Josias ) après avoir consulté une espèce ciepythonîsse, se rend au temple ou la lecture du livre retrouvé produit une immense impression sur les Juifs. Le roi lui-même, en entendant les paroles du Deutéronome qui prédisent au peupje hébreu une ruine complété, s'il abandonne le culte cfri vrai Dieu, le roi, frappé de crainte et de douleur, déçtiiré ses vêtements. Tout cela, pour le philosophe Voîney , nVst qu'une comédie concertée ; le livre qu'on prétend retrouver dans le temple a été composé et écrit la veille sous le coup des terreurs présentes et en ajustant

l»'l ''HT'»' * « '' II* 4 ♦ ». # ,^

(ant bien que mal d'informes traditions. A l'appui de cette opinion, Volney cite une prophétie du Deutéronome qui effectivement se retrôuvfe presque mot pour mot dans le livre de Jérémie f i V

Je ne sais si plus tard les progrès de la critique pourront expliquer cette identité de langage entre le prophète et I ancien législateur, si I on parviendra a démontrer 1 intercâliation faite danà le rentateuque de quelques versets appropriés aux circonstances d'alors ; si , enfin , comme le pensent quelques exégétistes d'une haute raison , et qu'il

(1) Jjeuteion. XXVIII 48 et suiv. Jérémie, V. 15 et suiv.

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ne faut pas confondre avec les hfpercritiques , orï ne sera point obligé de séparer le Deutéronomé tout entier du monument original auquel on l'aurait postérieurement accollé (4). Mais tout cela ne suffirait point enpore pour donner à Elcias et à Jéréçnie la gloire ou la hQnte , ^car on ne sait vraiment dans quel sens Volney interprète l'action qu'il leur attribue f, d'avoir composé le Pentateuque. Quant k nous , nous ne pourrons jamais nous résoudre à croire que des • intentions aussi nobles et aussi patriotiques aient pu produire une supercherie si odieuse et si grossière. Nous ne nous représentons pas les Juifs d'alors comme assez stupides pour croire qu'on venait de retrouver le livre de Moïse , si le livre de Moïse n'avait jamais existé. Évidemment, le peuple n'aurait point admis une telle jonglerie , et loin de réunir les Hébreux dans cette concorde patriotique et religieuse qui se maintint pendant tout le règne. de Jostas, Jérémie et Elcias 'n'auraient fait que compromettre aux yeux de la nation l'autorité du sacerdoce et de la Loi. Dans l'esprit qui suppose une intention de tromperie si dëhontée chez des hommes^ tels quç Josias et Jérémie, il y a quelque chose de cette haute philosophie qui voit une farce jouée à cinq ou six personnages dans le dévojiement de Jpannq d' Arc au salut de la France.

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