‹ Cours d'histoire ancienne: Introduction à l'histoire de l'Asie OccidentaleChapitre 17 sur 45 · DE S£M · texte numérisé non relu

DE S£M

I. Les auteurs juifs et les anciens interprêtes de la Bible ont attaché la plus grande importance au texte du chapitre X de la Genèse; les uns considérant ce texte comme un monument de leur origine , qui les rattachait aux plus illustres familles de l'espèce humaine, les autres ajoutant à la valeur historique du récit tout le prestige que lui prêtait une foi religieuse aveugle. Le plus ancien en date des commentaires du chapitre X est ce* lui que Josèphe a donné dans ses antiquités judaïques (L, 6. ); son exemple a été suivi chez lesChrétiens par S. Jérôme, Eusèbeetun père moins connu, saint Eustache, antagoniste ardent de TArianisme au concile de Nicée et auteur d'un livre sur les six jours de la création. Les juifs comptent parmi ceux qui ont cherché à rattacher à des peuples connus les généalogies du chapitre X ; les auteurs

des versions chaldéennes et arabes de la Bible, et quelques-uns des plus doctes rabbins. De la part des Juifs comme de celle des Chrétiens, il y a toujours eu tendance à appliquer les noms fournis par le texte sacré à des peuples que^ Moïse et ses successeurs n'ont pu connaître.

Si nous suivions cette voie, nous arriverions à conclure que tout le chapitre n'est qu'une imposture historique, produit d'une époque très récente; mais heureusement pour nous, la matière a été reprise par les modernes, et ceux-ci ont montré bien plus de critique et de discernement que les commentateurs anciens. A leur tête se place Samuel Bochart , né à Caen dans les premières années du XVII e siècle, et ministre de la religion réformée. Nul homme, peut-être , dans les temps modernes , n'a possédé plus à fond les matériaux de la littérature sémitique en général , et de la littérature hébraïque postérieure au Christianisme en particulier; vivant en province loin des ressources de l'étude , une existence courte et en grande partie absorbée^par les soins de son ministère lui a suffi pour élever à l'antiquité sémitique un monument qui n'a point été égalé, et auquel les érudits d'une époque plus récente n'ont cessé de faire des emprunts sans jamais l'épuiser. Toutefois le crédit de Bochart, d'abord immense , ne s'est point soutenu à la même hauteur; l'exagération de son système qui rapporte exclusivement tout aux Hébreux , et part d'une foi absolue au langage de Moïse , a frappé tous les yeux; et bien des savants , tout en continuant à faire usage des livres de Bochart , comme

*d'un répertoire utile, ont cessé d'avoir égard aiix déductions si souvent ingénieuses de sa critique, à l'enchaînement des preuves qu'il accumule et dont les conséquences ne peuvent se réduire à une pure et simple illusion «

Les hommes qui se passionnent pour une idée

. et la font valoir par tous les moyens possibles ,

, lorsqu'ils joignent à un esprit pénétrant une érudition vaste et solide, rendent à la scient» des services bien plus grands qu'on n'est tenté généralement de le croire. Dans la foi vive et absolue à un

.système résident un principe de persévérance et une faculté de synthèse qui sont presque toujours déniés aux esprits exclusivement critiques. Si Bochart n'avait point allié la foi religieuse la plus absolue à cette faculté d'érudition qui le distingue entre tous les érudits, il n'eut point sans doute élevé le monument de la vaste encyclopédie hébraïque dont nous lui sommes redevables, et sans lequel tant de ressources auraient manqué à la science. Depuis Bochart, les choses ont bien marché* La science exclusivement chrétienne a battu en retraite x mais d'un excès il semble qu'on se soit jeté dans Un autre» Au XVII e siècle > on faisait tout descendre des Hébreux; de nos jours, tout a été indien pour quelques érudits de 1 Allemagne. Combien ne serait-il pas à désirer, avant que l'exagération de cette nouvelle doctrine ait •été universellement reconnue, que quelques hommes, animés de cette foi ardente qui fait le* prodiges, élevassent à l'antiquité indienne un monument encyclopédique semblable à celui dont Bochait a

doté r&tttiqdité Sémitique ? Bien certainement nous fie nous en tiendrons pas à la toode de l'érudition indienne } à mesure que se développeront d'autres études, les esprits exclusifs feront valoir en faveur d'autres peuples des hypothèses égale-» ment forcées. Nous aurons des savants exclusivement égyptiens, quand la science hiéroglyphique aura jeté ses racines. Si , comme nous l'espérons fermement, le mystère des ééritilres cunéiformes est complètement dévoilé, il se formera sans doute une école dont les réclamations en faveur de Babylotte et de Ninive se montreront aussi ardentes que le sont celles des autres écoles> dans la défense de leurs systèmes favoris»

Sans doute, on conçoit une bonne et vraie Critique différente de toutes ces exagérations nées on à naître j une critique qui ne sera d'aucun pays» ne se passionnera pour aucun préjugé , ne cher* chera pas à faire valoir aux dépens des autres origines, une origine particulière. Ce Sera cette critique qui, trouvant les choses poussées de toute part atec cette verve d'exagération, se posera froidement entre tous le* partis et jugera k procès sur les pièces produites ; mais k temps où la sentence pourra être prononcée d'une manière aussi impartiale, est encore loin de nous: Unique les matériaux ne seront pas plus riches qu'aujourd'hui, tant que des lacunes aussi vastes que celles qui frappent nos regards ne seront pas comblées, k critique destinée à prendre un jour le ton affir* matif restera timide, flottant au hasard entre des éléments incomplets; et nous qui n'entrevoyons le

résultat que dans un avenir si éloigné, nous ne devons pas craindre , nous devons désirer même que de nouvelles croyances, surgissant à la face de la science , amènent de ces efforts qui , sans fonder l'édifice définitif, en amassent au moins les matériaux.

Bochart, dans la préoccupation exclusive qui le dominait , ne pouvait négliger un sujet aussi important que celui du chapitre X de la Genèse. Effectivement, la première partie du grand monument qu'il a élevé est consacrée tout entière à la discussion de ce chapitre. Le livre est intitulé Phaleg, du nom d'un des descendants de Se m, lequel nom veut dire en hébreu, séparation (1). Ainsi Phaleg, fils (THéber, cela indique, dans le langage tropique des Orientaux , qu'à l'époque où l'on place l'existence de ce Phaleg, une partie des descendants d'Héber se sépara de la grande famille sémitique pour constituer un peuple distinct. Le second ouvrage de Bochart, intitulé Chanaan, est comme une suite du Phaleg; dans ce livre , le docte critique suit les émigrations et les colonies des Phéniciens, dans tous les lieux où l'activité commerciale et l'esprit d'aventures ont pu conduire ce peuple navigateur. C'est dans le Ghanaan que Bochart me semble avoir suivi la voie la plus droite, et Ton s'étonne aujourd'hui, quand on trouve sur tant de rivages la trace indubitable de l'influence phénicienne , que Bochart , à qui manquaient tant de ressources de la science actuelle, ait vu si juste

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(l)Gen.X. 25.

( *« ) précisément là où ses successeurs immédiats l'avaient jugé le plus exagérée Le troisième ouvrage de Bochart , VHiérozoîcon , traite des productions naturelles dont il est question dans la Bible; c'est un livre qui brille par l'érudition la plus solide et la plus variée: mais il ne fournit Hen à l'éclaircissement du sujet spécial qui nous occupe (1),

L'interprétation du chapitre X repose encore presque tout entière sur le travail de Bochart. Michaëlis (2), le plus érudit de ceux qui ont repris après lui la matière, se contente de substituer de nouvelles conjectures, souvent heureuses, à celles du premier interprète. Du reste , il admire et il respecte l'esprit du Phaleget ses riches développe-: ments. On peut citer encore Volney, qui dans ses Recherches nouvelles (3), a donné un commentaire assez développé du chapitre X , moins riche que d'autres parties de ce livre en vues ingénieuses et en idées originales; Rosenmûller (4), plus sage que fécond; enfin le dernier traducteur de la Genèse, M. Bohlen (5), érudit trop systématique pour que

(1) La meilleure édition des œuvres de Bochart est celle de Leyde, 1712 ? 3 vol in-f°

(2) Spicilegium geographiœ Hebraeorum exterœ post Bochar* tum, Gœttingen, 1769 et 1780, in-4°.

(5) Ch. XVIII et XIX.

(4) V. Scholia in Penlateuchum.

(5) Genesis, notes du cbap. X. Il faut consulter également Schulthess , das Parodies nebst Commentar âber Gènes, X> Zurich, 1821, et Gesenius, art. bibL Géographie , dans l'Eu cycl. d'Ersch et Gruber.

( M ) «opinions puissent être toujours impwrtWw< Ho» tre intention aett point de renouveler ici 1a disaus* sion scientifique avec l'étendue que les divers çv%« tiques Itti ont dfi&U&f Résolu à serrer, de plu* près peut^tye que ne Va fuit Poohart lui-môme, le teste de la pihle, nous tiendrons peu de compte des opinions qui put pour oljjetdc mettre en doute l'autorité, selon nous, si peu contestable d§ ce texte précieux,

IJ, Pour en juger sainement, il importe de uotis mettre! autant que possible , dans le point de vue de l'auteur original , C'est pour cela que nous posons la question, jusqu'ici, ce nous semble, inexplorée, de savoir si Moïse a eu l'intention de comprendre, dans les généalogies qu'il rapporte t tous les peuples à lui connus ; pu s'il a fait, parmi ces peuples, un choix basé sur l'évidente prééminence de certaines races, quand on les compare au* au« très races humaines. Il semble qu'on trouve une réponse explicite à cette question dans le verset 32 du chapitre discuté où il est dit 3 h Telles sont les familles des enfants de Noé; de ces familles, se sont formés les peuples répandus sur la terre après le déluge, n Malgré l'affirmation de ce langage, il nous reste quelques observations à faire. L'idée de la fraternité des hommes qui, grâce au christianisme, a fait tant de progrés, si simple qu'elle nous paraisse aujourd'hui, ne doit point pour cela être considérée comme une idée primitive et naturelle à l'espèce humaine. Tous les faits au contraire s'accordent pour démentir une telle présomption ; et, si de nos jours un préjugé rebelle dispute encore

auxbommef de couleur 1q <Jj*oit cle se ptaee* èur le même rang cpw noua, combien, à pl|ig fprterai-^ son , ne doit-ou pas suspeoter le sentiment des an-! ciena peuples chez lesquels n'existaient même pas les éléments les plus simples, de ee que nous appelons l'humanité? Nous savons ce qui 8e passe encore aujourd'hui d^ns l'Inde et à k Chine : dans l'Inde oà tes hommes des caste* opprimées sont rangés parmi les plus vils animaux $ à la Chine, où une opinion confiante a maintenu ce préjugé naturel à presque tous les peuples, que leur pays est le centre du monde, l'objet favorisé des regards du ciel, la terre prédestinée à rétablissement des hommes les meilleurs et les plus beaux. Les monuments égyptiens nous offrent des vestiges d'une préoccupation analogue. Suivant le témoignage d'Hérodote, les prêtres égyptiens prétendaient que le mot Rojni , homme , dans leur langue voulait dire bon et beau(\) ; sur la sculpture de leurs monuments nous ne trouvons ce mot de Rbmi, appliqué

(1 )II. 1 43 . 7Tipoi|JL^ U | ffri Kotx' TSXXdf 8a YXwffff av *,ql$q tfyatôéq.mf

Iïipto(Aiç esUemotégyptienpu.Uu.$ (pçjAen composition) avec Variole. Les prêtres qui donnèrent cette, explication à Hérodote, jouaient sur le mot plutôt qu'ils n'en fournissaient la véritable étymologie. ÏTiptU*M comme l'a très bien vu Jablonski (Panth. Aeg. Proleg,,p. XXXVIII), est pour ÎU-pE-AMU, façiensjustitiam.Qn trouve des étymo-» loties tout aussi forcées, quoique données par les prêtres de l'Egypte , dans Plutarque {de Is. et Osir. t. VII. p; 417. Reuke),sur Memphis, et Aristide {Mgypt. tom. II. p. 369. Jebb.) , sur Campus.

qu'aux hommes de l'Egypte (1 ). S'il s'agit de désigner des peuples étrangers, les Égyptiens ne le font que par un procédé détourné, et la marque d'infamie attachée au nom des peuples vaincus n'abandonne même pas ceux qui marchent comme alliés des Égyptiens (2).

Cette sentence d'exclusion portée contre toutes les nations étrangères , n'a point été prononcée par Moïse : le texte du chapitre X en offre la preuve indubitable. C'est que Moïse n'appartenait pas à un peuple qui fût le maître de toute sa race, c'est que cette race elle-même avait connu la dépendance et l'asservissement. Moïse, comme sémite , se rattachait à une tige qui avait porté des rameaux bien plus puissants que la branche hébraïque, rameaux entre lesquels dominait celui des Assyriens, fondateurs de Ninive et maîtres de l'Asie occidentale. Quelle que fut la barrière qui séparait les Hébreux des autres peuples sémitiques, Moïse sans doute n'échappait pas au prestige de la grande monarchie assyrienne. Ce devait être pour lui un sujet de satisfaction que d'appartenir à la même origine ; aussi l'idée collective de confraternité a-t-elle dû se présenter plus naturellement à l'esprit de l'auteur du Pentateuque qu'à celui des

(1) Cf. dans Belzoni, Allas, pi. VI. etRosellini, Mon. Reg. Tav. CLV, le bas-relief des tombeaux de Menephthah I er , où les Égyptiens sont désignés comme race d'hommes et de femmes. • '

(2) Champollion, Gr.- égyptienne , p. 138. Cf. Salvolini, Campagne de Rhamsès-le- Grand, p. 14 et suiv.

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( *85 ) Égyptiens qui; ne connaissaient en dehors de leur empire aucune nation, leur parente, digne d'être mise avec eux en comparaison.

Mais ce n'était pas tout que de rester fidèlement unis par les traditions à la famille sémitique ; il fallait encore des causes bien puissantes pour que Moïse admit à cette première confraternité , des races étrangères ., telles que la japétique et celle de Cham. Cette nouvelle particularité du texte sacré s'explique par l'existence voyageuse des Hébreux et leurs rapports successifs avec des peuples puissants sortis de ces deux races. Les Hébreux, dans leur patrie primitive , au pied des montagnes de l'Arménie, avaient contracté des liens étroits de parenté avec des peuples d'origine japétique; et l'on trouve dans leur langue et dans leurs mœurs, des traces évidentes de cette parenté. Plus tard, après avoir passé l'Euphrate, ils séjournèrent longtemps au milieu des nations chananéennes, lesquelles étaient de la souche de Cham, et quoique portés d'aversion contre la civilisation barbare et obscène de ces peuples, il fallut bien, avant de pouvoir les exterminer, s'accommoder avec eux par des alliances. Le séjour des Hébreux en Egypte, leur montra la race de Cham sous un aspect bien plus imposant et qui dut, en dépit de leurs préjugés instinctifs, exercer une large influence sur leur imagination et leurs idées. Moïse, l'élève de la sagesse égyptienne, pouvait-il exclure ses maîtres de cette grande association humaine dont il traçait le tableau? De là, cette combinaison de rapports d'un caractère absolument neuf, suivant la-

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quelle les trois races humaines les plus importait** que Moïse a pu oonqaltre, sont ramenées à une origine commune , soit parupe fiction ingénieuse, soit en vertu de traditions positives dont les éléments nous échappent , mais que nous n'avons aucune raison de nier d'une manière absolue.

III, Nous comprenons donc par quel motif les Hébreux ont procédé d'une manière différente des autres peuples ; mais bien que nous admettions la part étendue que Moïse a donnée à deu* de$ races distinctes des Sémites, nous ne pouvons pas décider s'il a entendu comprendre dans son cadre, toutes les variétés de l'espèce humaine à lui connues. Je sais que le système ordinaire d'interprétation n'est point défavorable à cette dernière opinion ; un préjugé dont le premier vestige se trouve peut-être dans les histoires fabuleuses des Persans modernes (4) assimile les peuples de Gog et Magog de la Genèse et les Scythes des auteurs classiques, aux nattons tartares de l'Asie. Ce préjugé a reçu de nos jours une éclatante confirmation de la part de Niebuhr(2) et ce n'est pas sansétonnement quej'fû vu un critique moins brillantmaisplus sûr quel'auteurde/'/ifotoif« romaine 9 M. Boeckh (3), adopter sans discussion l'opinion qui confond les Scythes avec les Tartares. Je

(1) Dana les légendes tendes, les peuple du Touran sont des in4û-gèrmaifls , comme les Jrapiens leurs, adversaires* C'est chez les auteurs Musulmans seulement qu'on voit s'établir la confusion des fils de Tour et des Turcs ( renseignement communiqué par M. Eug. Burnouf).

(2) Kleine Schriften. Tome I, p. 352 et suiv.

(3) Corpus insc. Grϙ. T. II, p. 81.

m'attacherai dam Ifc suite de ce travail, à tMtrqjtoe ce préjugé* je me flatte d'avance de démontrer qu'il ne reposa sur aucun fondement solide j quant à présent, qu'il nous suffise de ne pas donner un dé* menti en face à Moïse et de croire que, s'il a fait sortir Goget Magogde Japhet, c'est qu'il avait debonnef raisons de rattacher à cette origine, les peuples que les Grecs et les Romains ont désignés sous le nom de Scythes. Ainsi, suivant notre manière de voir, qui pst la plus simple et la plus conforme au respect que le monument saoré nous inspire, on devra admettre que Moïse n'a point parlé des Tar? tares. Quant aux causes de ce silence , on peut F expliquer de deux façons : en supposant, ou que Moïse n'a point jugé ces peuple$ dignes d'être associés aux trois races alors dominantes dans l'Asie occidentale, ou que les Tartares alors confinés dans l'orient de cette partie du mondp, sont demeurés complètement inconnus à l'auteur du Fentatpuque. Je dois dire d'avance, que cette dernière hypothèse me semble la plus probable; que par conséquent , si on l'admet , le problème demeure intact , et qu'on peut se demander encore si Moïse avait exclu volontairement telle ou telle espace d'hommes de sou tableau de l'humanité.

IV. Notre incertitude cessera, je pense, à ce sujet, si nous tournons nos "regards vers une portion de V espèce humaine que Moïse a dû connaître et dont il n'a certainement pas parlé dans la Genèse : ce sont les nègres de l'Afrique. Je n'ignore pas que, de même qu'on a rattaché les Tartares à la généalogie de Japhet , on a cherché aussi h placer les

nègres parmi les descendants de Cham. Le nom de ce patriarche , qui, en hébreu , signifie chaud (1 ), a paru désigner clairement la couleur de la peau des nègres ; et l'on a même vu dans la malédiction de Noé, qui précède le tableau de la dispersion des peuples (2), une preuve de l'origine chamitique des nègres : la sombre couleur de leur peau et les traits repoussants de leur visage étant considérés comme une marque de la colère divine.

Le chapitre prochain aura pour objet de déterminer le caractère de la race de Cham et dé prouver que tous les peuples désignés par Moïse comme composant cette race, appartiennent en effet à une seule et même variété de l'espèce humaine; on verra, j'espère, clairement, que tous les Chamites étaient de race blanche, et que si leur nom signifiait noirci par le feu et le soleil , c'était uniquement pour les distinguer des Japétiques et des Sémites dont la patrie était effectivement moins méridionale, et non pour les confondre avec lçs nègres de l'intérieur de l'Afrique. Je montrerai la place occupée par chacun des peuples que Moïse rattache à la souche de Cham , les représentants même de. ces peuples parmi les nations modernes , et il ne restera pas un intervalle dans lequel on puisse imaginer que les nègres aient trouvé place.

Quant à la malédiction de Noé, c'est un texte

00 URyCalidus. Cf. Eus. Prœp.evang. IX. 17. Xoupu... iv fao twv 'EXX^vcov XéyeGÔai 'AdêoXov.

(2) Gen. IX, 25-27,

d'une haute importance et qui doit contribuer à l'éclaircissement de plusieurs des problèmes que soulève le chapitre X. Mais cette lumière ne ressemble en rien à la prétendue explication de la couleur des nègres , que de pieux interprètes ont cru trouver dans ce passage.

Cette malédiction, en effet, qui, comme on le verra plus bas , se rapporte en général à l'oppression politique des peuples de Gham , laquelle était presque générale du temps de Moïse, a de plus une signification restreinte qui frappe presque exclusivement sur Chanaan, fils de Cham. C'est comme fils de Cham que Chanaan est maudit : mais Chanaan est l'ennemi naturel des Hébreux, Moïse a voué ses fils à la destruction; et l'effet de la malédiction divine proùoncée par la bouche deNoé, est précisément cette extermination ordonnée par Moïse. La cause même que Te texte sacré assigne à la colère de Noé, nous la croyons puisée dans lé fond des croyances chananéennes , dans l'horreur qu'inspiraient aux Hébreux les manifestations obscènes du culte phénicien. Il est vrai que c'est Cham lui-même qui , par son impudence , attire sur son fils le fléau de la servitude; mais tout nous démontrera que les pratiques impures de la religion phénicienne n'étaient point particulières à ce peuple; que tous ceux de la race de Cham en partageaient la honte. Parla se trouvera justifiée Tin* terprétation que nous devons proposer de l'acte de Cham, si sévèrement puni par Noé. Quand nous aurons ainsi déterminé l'étendue des limites dans lesquelles se concentrent les causes de la ma*

lédimUnij ttoul nous convaincrons de plut en plu» que les nègres sont étrangers à cette malédiction elle^-mêmei

Mais si nous démontrons d'Un coté que Moïse n'a point compris les nègres parmi les fils de Cham, de l'autre, il nous sera impossible d'admettre que Moïse ait ignoré l' existence des nègrèë : ces peuples qui, dans l'Afrique ancienne > occupaient exactement les mêmes limites qu'aujourd'hui > avaient les rapports les plus fréquents avec l'Egypte, Un grand nombre de leurs peuplades payaient tribut aux Pharaons ; d'aittfes infestaient les frontières, et les troubles fréquents qu'elleé causaient donnaient lieu à des expéditions militai-* res qu'en peut assimiler à de véritables battues» Les nègres paraissent à chaque instant sur les monuments égyptiens , soit apportant les tributs de leur sol (1) , soit chargés de liens et entraînés à la suite des triomphateurs (2) } il devait même exister à des époques voisines de Moïse , des em** pires nègres dignes d'une Certaine attention sous le rapport de la civilisation et de la puissance, pareils «ans doute à ce royaume nègre duDarfour, voisin de l'Egypte , et qui n'est point un des états les plus méprisables de l'Afrique moderne. Les rois égyptiens quand l'invasion des Pasteurs les eut refoulés dans la Nubie; s'allièrent avec des

(1) Cf. Champ. Mon. de F Egypte et de laNubie, pi. LXIX. ftoseliini. M. r. , pi. LXXII. etc

(2) Champollioû. Mon. de t Egypte étés la Nubie } pi. XXXY.

princesses dtt sapg noir. On eu rit quelques-unes monter su? le ti ôue de Thèbes i quand les souverains légitimes de la vallée du Nil furent rentrés en partie dans la possession de leurs états j et les pointures des Hypogées de Thèbes attestent la popularité dont jouit pendant plusieurs siècles le nom d'une reine noire, épouse d'Améuophis premier, fondateur de la dix-huitième dynastie (4).

Ainsi, c'ertun ftut incontestable que Moïse élevé en Égypte> et, si i'pn en croit le texte du livre *a*cré, à la cour même des Pharaons* dut connaître les nègres > ou par eux-mêmes^ ou tout au moins par les monuments qui les représentaient; et pourtant, nous en fournirons la preure , ces peuples n'occu*pent aucune place dans le tableau ethnographique de la Genèse; ce tableau n'est done pas complet, et lés expressions du verset 32 plus haut cité , ne doivent point être prises au pied de la lettre. Moïse, s'il nous est permis de parler ainsi ^ n'a point compté les nègres au nombre des hommes; La situation particulière dans laquelle le peuple

(1) M. Roiellini tiu deux exemple* de ces peintures (Mon, R. 1. 1. p. 211); le même savant (JAvu M. pi. XXIX. n° 3) donne une figure d'Ame nophis I e * de couleur noire , bien que ce roi fut peint en rouge, comme les autres Égyptiens, sur d'autres monuments (Cf. même planche, n°* 1 et 2 ). Peut-être doit-on soupçonner qu'une raison sym*bolique a présidé au choix, tout-à-fait circonstanciel, de la couleur noire : d'où il suivrait que l'exemple allégué dans notre texte , n'aurait point la râleur d'un argument absolu.

hébreu se trouvait avec les fils de Japhet et ceux de Cham , a élevé sans doute ses idées au-dessus du préjugé barbare dont nous avons constaté l'existence chez d'autres peuples ; mais il n'a pu être conduit à ce résultat par la pensée absolue de l'humanité. Sans doute , tous les hommes qu'il englobait dans la famille de Noé n'étaient pas dignes à ses yeux d'une égale considération; mais eeùx-mémes qu'il marquait du'sceau de la réprobation , les fils de Cham , n'étaient pour lui que des hommes déchus, et non point sans doute originairement inférieurs aux autres; il n'en était pas de même des nègres qui n'étaient point tombés , mais qui avaient dû naître dans un état d'abjection relative.

Les réflexions qui précèdent nous pénètrent de plus en plus de l'importance qu'on doit attacher à la parenté réciproque des trois races que Moïse désigne comme issues des fils de Noé. Cette connexion étroite, établie sur l'unité fondamentale de la race blanche , acquerra plus d'évidence encore à nos yeux, lorsque, sans sortir du texte sacré et ne faisant usage que des ressources qu'il nous présente, nous aurons fait voir par quelle transition , pour ainsi dire, insensible , les trois races de Sem , de Cham et de Japhet , s'amalgament , se croisent , se confondent les unes dans les autres; jusqu'à quel point il est difficile d'assigner à chacune d'elles un terrain fixe et séparé, et combien enfin l'expression de confraternité qui rassemble ces trois races est naturelle et justifiée.

* V. Une observation importante et qui doit nous

éclairer sur l'origine du tableau ethnographique qui nous a été conservé par Moïse , c'est que la rédaction de ce tableau renferme la trace d'opinions contradictoires sur l'origine de certains peuples. Il semble donc que Moïse ait puisé à des sources différentes , et que trouvant la mention du même nom sur plusieurs listes, il ait scrupuleusement respecté ces répétitions sans se charger de les expliquer. Nous trouvons donc en lui, dès l'abord, le caractère le plus désirable dans un hisCo-4* i riende son époque, c'est-à-dire une parfaite bonne ^** 1 *. foi. Si, comme quelques critiques modernes 1 ont f$f ~*V : *o^ supposé, il avait été préoccupé d'un système, s'il-* t v ^*^^ avait fait violence aux faits pour mieux l'établir, " '*''* % °

son premier soin sans doute eût été de faire disparaître les contradictions qu'il prouvait entre les * traditions reçue*. L'examen de la Genèse conduit à un résultat tout contraire. Les généalogies de peuples, rapportées non seulement dans lechapitré X, mais encore dans les autres parties de l'ouvrage, reproduisent jusqu'à quatre fois le même nom dans des rapports différents d'origine el de parenté avec différentes tribus; et, ce qui est bien remarquable, ces divergences d'opinion ne se reproduisent pas seulement dans ce qui se rapporte à une seule et même race; on les trouve aussi dans la comparaison de généalogies en apparence tout à fait distinctes, la généalogie des fils de Sem et celle des filsdeCbam. Je veux d'abord donner des exemples des répétitions qui existent dans les diverses généalogies sémitiques, et je passerai ensuite à celles qu'on s'étonne de rencontrer à la fois

( 49* ) chez les Sémites et chez les enfants de Cham. VI. Un des plus frappants parmi ces exemples se rapporte au personnage dans lequel se personnifie la population de la Syrie, Aram, nom auquel répond celui d'Araméen, que les Syriens se donnent à eux-mêmes. Dans le chap. X, v. 22, Aram est désigné comme un des fils de Sem , et v. 23, au nombre de ses fils , il s'en trouve un du nom dé Huts : dans le chap. XXII , v. 21 où on lit la généalogie des enfants de Nachor , frère d'Abraham, Huts est fils de Nachor et a pour frère Camuel, lequel à son tour devient père à! Aram. Je n'ai pas besoin d'avertir le lecteur que, dans ces exemples, je regarde les noms rapportés par la Genèse comme désignant des tribus ou même des nations entières, soit que, dans le morcellement successif des races , chaque peuplade qui se détachait de la souche commune ait pris le nom du chef sous les ordres duquel elle allait fonder un établissement distinct, soit plutôt que l'usage de ces noms appellatifs résulte tout simplement du langage tropique des Orientaux, lesquels n'ont cessé de parier de chaque peuple comme d'un seul homme. Aram est donc constamment pour nous la personnification de la grande nation araméenne* Huts., d'après le consentement des plus habiles interprètes , désigne la partie de cette nation qui s'établit dans la vallée où fut bâtie plus tard la ville de Damas. Le chapitre X nous présente donc sur l'origine d'Aram et de Huts, la version la plus vraisemblable et la plus conforme à l'histoire. Nous pouvons conclure de ce qu'il fait Huts fils d'Aram, qu'à l'époque où

( 195 ) la branche araméenne se détacha de la tige sënrûtique pour se répandre dans les vallées du Liban, le nom de Huts désigna un des établissements séparés qui furent le résultat de cette dispersion.

Mais les Araméens , originaires sans doute , comme tous les Sémites, des pays situés au revers méridional des montagnes de l'Arménie,, avaient dû conserver des rapports étroitsde confraternité avec leurs frères demeurés en-deçà de l'Euphrate (1); quand plus tard (et nous verrons tout à l'heure que cette succession des Araméens et des Hébreux résulte expressément du texte de la Genèse ) , de nouvelles tribus conduites par \braham se furent détachées du noyau qui avait déjà fourni tant d'émigrations , ces pâtres errants dans la Syrie, durent souvent se confondre avec les Araméens qui les avaient précédés sur le même sol. De même que nous voyons Bathuel, cousin germain d'Abraham ^ et Laban h fils de Dathuel , désignés zomm&Jraméens (2), bien qu'ils descendissent

(1) Les Araméens ne s'étaient pas tous transportés au,delà du fleuve. On peut voir dans Bockart (Phai. 11,-6), l'extension qu'avait reçue le nom d'Aram ; il y avait des Araméens depuis la haute Mésopotamie' ( Faâdan-Âïam ) jusqu'aux limites septentrionales des Chananéens (u4ram~ Maachà). Le /' ad dan- Àram confine immédiatement à l'Arménie, ce qui peut nous faire croire que ce dernier pays avait reçu son nom de tribus sémitiques, répandues dans sa partie méridionale. Le nom national des Arméniens Japé tiques était Thogorma ( V. plus loin , le chap. VII ).

(2) Gen. XXY. 20. - Bochart (Phal II. 5.) croit que

( 196 ) d'Hëber , de même aussi les noms d'Aram et de Huts passent dans la famille d'Abraham , et la prépondérance politique du nouveau chef oblige en quelque sorte les fils d'Ara m et de Huts à se donner pour neveux et petits-neveux dWbraham, ne pouvant sans doute se faire passer directement pour ses fils. De là la place nouvelle qu'occupent Huts et Aram dans la descendance de Nachor , frère d ' Abrab am .

VII. Cet exemple et ceux que je pourrais encore citer ne nous font voir, parmi les répétitions généalo » giques, que celles qui se rencontrent dans les traditions sémitiques; nous comprenons ainsi l'origine fort naturelle de ces contradictions. L'espritqui portait les peuples sémitiques à conserver avec tant de soin la preuve de leurs filiations originaires, s'est conservé jusqu'à nos jours parmi eux : les Nomades de l'Arabie continuent de recueillir , à côté des générations individuelles , celles des familles, des tribus et des peuples. Bien des répétitions du genre de celle que nous venons de signaler doivent se rencontrer dans ces généalogies modernes; le mélange des peuples et leurs alliances qui n'ont cessé de se renouveler depuis tant de siècles doivent nécessairement enfanter de semblables contradictions. Mais les choses vont prendre un

Bathuel et Laban sont ainsi désignés, parce qu'ils habitaient le Paddan-Âram , au-delà de l'Euphrate ; mais alors il y avait déjà long- temps que le nom d'Aram était affecté aussi bien à la rive droite de l'Euphrate qu'à la rive gauche de ce fleuve.

aspect un peu différent, quand nous étudieront la parité des noms chez les Sémites et chez les en-* fants de Gham. La communauté d'origine et de langue facilitait entre les divers peuples sémitiques le genre de confusion que nous avons signalé;, mais quand nous rencon Irons des exemples analogues dans le parallèle des races de Gham et de Sem, faut-il en induire qu'il existait entre ces races une communauté de langage et jusqu'à un certain point d'origine ? Suffira-t-il du voisinage eh du mélange par les mariages, pour expliquer comment des peuples qui , sur tant de points , nou» apparaissent comme antipathiques, ont pu se partager ainsi un seul et même vocabulaire ethnographique ? C'est ce nouveau problème que nous allons examiner, en constatant d'abord les répétitions parallèles qu'on rencontre dans les généalogies de Sem et dans celles de Cham.

VIII. Je rendrai ce parallèle plus frappant encore, en ajoutant aux généalogies du chapitre X, celle de» enfants que , suivant les premiers versets du chapitre XXV (4 ), Abraham eut d'une troisième femme, Céthura. Le texte ne dit point à quelle origine appartenait cette femme; mais, si on en juge parla patrie d'Agarqui était égyptienne (2), Céthura, femme

(1) Fils d'Abraham et de Céthura : Zemran, Iecsan* ; Madan , Madian, Iesboc, Sue. — Fils de Iecsan : Saba" et Dedan ***. — De Madian : Épha , Opher 4 ***, etc.—

* (tl&p) ** (UÙV) - *** (pt) *"* O0P) (2) Gen. XVI. 1.

( im y

d'un ordre inférieur, a dû être prise dans les rangs d'un peuple subjugué. Ainsi, soit qu'on prenne le fait de ce mariage d'Abrabam au pied de la lettre f soit qu'on ne voie dans les expressions de la Genèse qu'un symbole de l'alliance d'une partie des tribus hébraïques avec les peuples au milieu desquels elles venaient s'établir, Céthura peut être envisagée par nous comme une femme ehananéenne. Si nous plaçons ensuite les enfants de Céthura entre la postérité de Sem et celle de Cham dont Chanaan était issu, les rapports qui se montreront entre ces trois arbres généalogiques feront voir en effet les descendants de Céthura comme intermédiaires entre Sem et Cham, et peut-être par ce moyen pourronsnous rendre raison du problème de la répétition des mêmes noms sur des terrains aussi distincts.

IX. Remarquons d'abord qu'entre les fils de Céthura, on compte un homme dont le nom a déjà figuré, non seulement parmi les descendants de Sem, mais encore parmi ceux d'Héber. Ce dernier patriarche en effet a deux fils, le premier, Phaleg, dont le nom, comme je l'ai dit plus haut (I.), signifie Zh* vision; le second , lectan , père d'une nombreuse postérité, qui n'est autre que la personnification d'un certain nombre delocalit&de la Péninsule ara* bique. La séparation d'Iectan d'avec le tronc hébraïque, à l'époquede Phaleg dont le nom même indique cette séparation, nous fait comprendre comment, tandis que le gros du peuple hébreu demeurait fidèle au sol originaire , quelques-uns d'entre ce peuple néanmoins se répandirent ru désert , et donnèrent lieu par leur propagation à la forma-

tion d'un grand nombre de tribus nomades. C'est à ce titre que Saba, Ophir, Hèvila, figurent parmi les fils d Iectan. Maintenant d'Abraham et de Céthura naît lecsan , dont le nom , comme on le voit, ne diffère de celui à' Iectan que par la sub* stitution d'une lettre du même organe à une autre; on sait que rien dans les idiomes sémitiques n'est plus fréquent que l'échange de s, et de t . lecsan , à son tour, est père de Saba et aïeul d' Ophir. Nous voyons donc les noms de Iectan ou lecsan , de Saba et d'Ophir répétés dans les généalogies d'Héber et d'Abraham ; mais Abraham lui-même est un descendant direct d'Héber; il devient en même temps une personnification du peuple hébreu , et ne diffère de son aïeul qu'en ce que. celui-ci représente le peuple encore mêlé aux Chaldéens, et celui-là le peuple déjà descendu dans les vallées du Liban : l'apparition dans la descendance directe d'Abraham , de noms déjà signalés dans celle d'Héber , n'indique donc sans doute qu'un rapprochement , naturel entre les Hébreux issus d'Abraham et ceux qui, long-temps avant, sous la conduite de Iectan , avaient quitté le rçvers des montagnes arméniennes.

Mais ce n'est pas tout vRousch, l'un des fils de Cham, compte au nombre de ses enfants Hévila ; Rama son fils est père lui-même de Saba et de Dedan. Nous avons déjà vu Hèvûa parmi les enfants à' Iectan ; Saba nous est apparu comme fils d' lecsan et petit-fils de Céthura; Dedans? retrouve aussi, dans la postérité de cette épouse d' Abraham^ parmi les fils d' lecsan. Nous remarquerons bientôt,

ett exposant la généalogie de Cham, que Kousch f frère de Chanaan, est, comme ce dernier , la personriiGcatiôn d'un grand peuple ; qu'au nom de Kousch dans l'Orient, répond celui de la nation appelée parles Grecs Ét1ùopienne\ de même qius les Phéniciens répondent à Chanaan. Aiusi, à n'interpréter le texte que de la manière la plus simple et sans supposition forcée , la race de Kousch parait avoir aux noms de Saba , de Hévila, de Dedan, le même droit que la partie des descendants de Sem , à laquelle appartient le nom dlectanide. 11 faut donc , pour être fidèle à notre système , admettre qu'un certain nombre de tribus lectanides se sera assez complètement amalgamé avec des tribus Kouschites, pour que l'origine des premières soit devenue ensuite tout-à-fait incertaine : les uns les rattachant à la souche sémitique, les autres les rapportant à celle de Cham. Or , cet amalgame des Kouschites et des lectanides est important en ce sens que si, comme on le suppose généralement, la race de Cham avait différé de celle de Sem paivun signe extérieur aussi frappant que la couleur de la peau, l'union des deux races aurait rencontré, dansle préjugé naturel aux blancs , plus d'obstacles , et que les individus sortis du mélange auraient conservé le souvenir distinct de leur double origine. Nous remarquerons par la suite que la langue des Phéniciens, peuples de Cham, diffère à peine de la langue des Hébreux. Comment des peuples d'origine et de conformation tout-à-fait opposés, auraient -ils ainsi parlé une même langue? La communauté de langue suppose nécessairement entre les deux

nations une certaine ressemblance originaire* X. Je sais qu'on a tenté plusieurs manières différentes d'expliquer les répétitions de noms analogues dans les races de Sem et de Chain. Bochart s!est efforcé vainement, quoiqu'ingénieusement, d'établir la duplicité réelle des localités que ces noms représentent. On pourrait croire avec plus de fondement que , des contrées occupées originairement par les Kouschites ayant été plus tard envahies par les Iectanides, les premiers, dépossédés de leur sol, en auraient gardé le nom, tandis que les envahisseur» se rappliquaient à leur tour. Mais s'en tenir à cette explication ce serait oublier que les peuples dont nous parlons ici , sont des peuples nomades, que leur nom leur reste propre , sans qu'ils rattachent indestrnctiblement aux lieux qu'ils parcourent. Au reste, si l'on parvenait à prouver que quelques-unes des tribus que nous avons nommées soit Kouschites , soit Iectanides, avaient fondé des établissements durables; qu'Ophir , par exemple, avait été une ville éthiopienne , riche par le commerce, avant derecevoirdes Sémites dans son sein, on pourrait admettre en partie la dernière explication que j'ai proposée , sans être obligé pour cela d'abandonner la preuve que je crois avoir donnée du mélange des peuples de Sem et de Gham.

XI. Il résulte de tout ceci queles Sémites n'ont pas toujours occupé les mêmes lieux; que leur premier séjour et leurs établissements définitifs sont distincts, que les flots de cette race née au Nord ont dû successivement s'écouler vers le midi de leur

première patrie. Les Sémites étaient-ils seuls au lieu de leur berceau? Quelle race ont-ils trouvée en possession des pays méridionaux, quand ils se sont répandus sur leur surface ? Ce sont là deux problèmes qui , ce me semble , méritent toute l'attention de l'historien.

XII. La question de l'origine des Sémites et de la formation peut-être secondaire de cette race , se présentera beaucoup plus naturellement dans la seconde partie de ce Cours, alors que nous examinerons les prétentions de la race Indo-germanique à une exclusive pureté de sang. Sur ce point et même sur celui de la formation des Sémites , je puis dire d'avance que les traditions Zendes ne sont pas muettes. Quant à présent , je me borne aux documents que me fournit lé texte de. la Genèse ; et, comme on peut s'y attendre, les éclaircissements qui résultent de ce texte ne s'appliquent guère qu'à l'origine du peuple hébreu. Toutefois, les conclusions qu'on peut en tirer ne sont point étrangères à la question générale.

Le point par lequel le peuple hébreu se rattache à la souche sémitique est le nom d'Arphaxad, qui figure parmi ceux des Gis de Sem. Arphaxad, nommé le troisième, est père de Salé, lequel à son tour engendre Héber. Ce nom à* Arphaxad, évidemment composé, a beaucoup occupé les orientalistes modernes. Bochart (1) le rapproche ingénieusement du nom d'une province voisine du Tigre , X Arrapachitis de Ptolémée. Àrrapachitis en effet,

(I) Phaleg. It. 4.

peut être le même mot qu 1 "Arphaxad ; mais la signification même du mot et le principe de sa composition restent toujours inconnus. Michaëlis (1) a cru voir dans Arphaxad deux mots , dont Fun arpha, signifie /imite, et l'autre Casd, désigne en hébreu la nation puissante appelée Chaldéenne\>zr les Grecs. Un nom dont le sens serait celui de limite des Chaldéens , désignerait donc, non pas comme Ta cru Michaëlis là nation chaldéenne elle-même, mais une autre nation placée sur ses limites. A quelle race appartenaient les Chaldéens, à celle de Japhet ou à celle de Sem ? c'est encore là un problème qui nous occupera dans un chapitre de cet ouvrage. Pour le moment, nous pouvons dire que les Chaldéens nous semblent plutôt voisins des Sémkes que Sémites eux-mêmes. On trouve, il est vrai, Casd parmi les enfants de Nachor, frère d'Abraham (2 ; par conséquent » si nous sommes fidèles au principe d'interprétation qui nous dirige dans ce cha* pitre , les Hébreux ont eu la prétention de rattacher les Chaldéens , auprès desquels ils avaient vécu , à la source sémitique dont ils descendaient eux-mêmes ; mais des arguments d'une certaine

(1) Spicileg. Geo g. Heb. toin. II. p. 75. Joseph e (ÂnU Jud. I. 6. 4.) avait fait, avant Michaëlis, d'Arphaxad,\e père des Casdim ou Chaldéens. M. Bohlen (l. 1. p. 157) explique Arrapachitis par le sanscrit : Aryapakschatà , le pays confinant à VArie. Cette étymologie n'est pas indigne d'attention : mais notre opinion sur le mélange originaire des Chaldéens et des Hébreux ne dépend pas seulement de l'explication que Michaëlis a donnée d'Àrphaxad.

(2) Gen. XXII. 22.

( 204 ) force nous démontreront plus tard que cette prétention n'était fondée que sur un mélange partiel, inévitable entre peuples dont les limites étaient communes. Quant à savoir pourquoi Casd , père d'un peuple nombreux , ne figure pas dans le tableau ethnographique , soit parmi les descendants directs de Japhet, soit parmi ceux de Sem , nous ne pourrions rendre raison dé cette lacune que par une argumentation hypothétique et sans base solide.

Si l'explication du nom d'Arphaxad , par Michaëlis , nous fait supposer que le peuple duquel les Hébreux sont sortis , était limitrophe des Chaldéens , le texte sacré nous dit formellement que les Hébreux vivaient au milieu des Chaldéens mêmes. C'est de la ville à'Ourdes Cftaldéens que partit Tharé, père d'Abraham, quand ilguida les tribus hébraïques aux bords de l'Euphrate (1 ). Ainsi, nous voyons la race sémitique à son berceau mêlée avec des peuples que nous présumons japé tiques. Cette race , en s'étendant au Midi, en rencontre une autre , première occupante du sol , et là confusion, déjà constatée (IX.), des descendants d'Iectan avec ceux deKousch, nous fait présumer que cette race était celle de Cham , dont Kousch était issu.

XIIF. A présent, établirons-nous une distinction

entre les différents membres de la descendance de

Sem ? Certains que les Hébreux sont partis d'une

• ville située dqns la Haute Mésopotamie, au midi des

(1) G*/i.XI. 31.

chaînes Arméniennes , assignerons-nous aux autres Sémites un berceau différent? L'ordre dans lequel la généalogie de Sem est présentée, les pays occupés plus tard par les rameaux de cette grande famille, nous reportent nécessairement au point de départ des Hébreux ; et de même que ceux-ci , en avançant vers le sud, ont rencontré des peuples de la race de Cham, de même aussi nous devons croire que la plupartdes Sémites ayant suivi une direction analogue, ont dû trouver sur leur route des peuples de la même race. Établissons donc comme un fait certain, et que nous prouverons bientôt, (ch. VI.) que létendue de pays qu'occupèrent postérieurement les Sémites , depuis la Haute Mésopotamie jusqu'à l'extrémité de la péninsule Arabique, et depuis les bords de la Méditerranée jusque par delà le Tigre, reçut d'abord une population immense , dérivée toute entière de la source de Cham. Puis, représentons-nous au nord des pays occupés par cette race , les tribus d'une autre race descendant peu à peu et s'échelonnant par degrés dans leurs conquêtes; voyons enfin si Tordre dans lequel la Genèse indique les enfants de Sem, ne désignerait pas la progression suivie par les tribus sémitiques, en s'éloignantde leur berceau.

XIV. Ainsi lepremier-nédeSem est Étant, etYÉlymaïSy paysauquel ce nom se rapporte, est située à l'extrémité méridionale des établissements sémitiques. Au-delà de l'embouchure commune de l'Euphrate et du Tigre, entre la côte orientale du golfe Persique et le versant des montagnes, nous trouvons une contrée marécageuse, et à une épocpie

comparativement récente^ le centre d'une des plus importantes religions de l'Asie (1 ). La Genèse nous oblige à croire que des Sémiteé sont Venus s'établir en ce lieu : mais était-ce là leur première station? Nous ne le pensons pas. Le chapitre XIV qui nomme le roi des Élamites parmi ceux qu'Abra* ha m repoussa de la Palestine , nous montrant une ligue établie entre les peuples de la Mésopotamie, ne rendrait guère vraisemblable qu'une nation déjà fixée dans TÉlytoais eût pris part à une expédition dirigée contre* là Judée. Nous aimons mieux croire qu'à l'époque d'Abraham, les Élàmi*tes occupaient une station plus septentrionale , et. que ce fut la prépondérance toujours croissante des Assyriens qui les refoula enfin dans une contrée insalubre et peu favorisée de la nature.

XV. LefilsdeSem qui vient apl*ès Élam est en effet jéssur, le représentant de là nation puissante qui, à partir d une époque dont nous chercherons à déterminer la date, influa d'utae manière décisive sur les destinées de l' Asie occidentale. Dans le verset 11 du même chapitra , il est dit qu'Assura fondé Ninive(2), etici AssUr se confond évidemment avec Nimts, l'auteur de la puissance assyrientie. Nous voyons par ce double emploi dû nom d'Assttrquelà règle posée plus haut (VI.), et suivant laquelle les personnages introduits par Moïse dans son tableau

(1) Mackaù. TI % Diod. XXIX. ia Exe. Fal. p. 575 Just. XXXII. % Slrab. XVI. p. 744.

(£) Nous suivons ici l'interprétation des LXX , adoptée aujourd'hui par tous les critique*.

ethnographique ne seraient autre chose que Us nations mêmes personnifiées dans un individu , que cette règle , dis-je, ne peut, comme toutes les rè-r gles de critique , être prise dans un sens absolu* 11 n'est pas impossible, en effet, qu'un homme éminent par ses actions, résiste à l'effet de cette absorption des individus dans une unité symbolique , qui se manifeste si souvent dans les habitudes de l'esprit oriental. La valeur personnelle de l'homme établit alors un point de résistance, lequel , en se fortifiant, attire ensuite à lui les éléments qui tendaient d'abord à faire disparaître l'individu. Dans ce cas (fort rare, je pense, lorsque les sou venirshis toriques se bornent à uh certain résumé poétique des faits qu'une longue tradition a transmis), l'individu acquiert une puissance que les personnifications n'obtiennent jamais. C'est ainsi qu'au milieu des ténèbres de l'histoire primitive, on voit surnager les noms de quelques hommes qui ont tout fait, qui représentent à eux seuls ce qu'on ne peut dénier à l'action directe des individus. H en résulte que la durée de la vie de ces personnages nous est présentée par la tradition comme toutrà* fait prodigieuse : car on leur prête, non-seulement ce qu'ils ont fait directement , mai3 encore ce que l'influence de leurs actions a continué de faire après leur mort.

Assur- Minus est du nombre de ces personnages ; Abraham en est un autre : nous en retrouverons encore un certain nombre dans les traditions tant sacrées que profanes. Quant à savoir à quels signes nous pouvons distinguer ces

favoris do la tradition, s'il est possible à la critique de reconnaître les êtres réels et de les distinguer des produits artificiels du symbolisme oriental ; il me semble que l'enchaînement et la physionomie des faits attribués à ces hommes suffisent, malgré la couleur merveilleuse qui est inséparable de leur histoire , pour les isoler du reste de la tradition. Je prie lé lecteur de remarquer aussi que je ne traite ici que de& effets de la tradition antérieure à l'usage de l'écriture. Dès qu'if existe une transmission graphique des événements , l'histoire f>osuive, quoique d'ailleurs sans grande influence sur la masse ignorante , modifie néanmoins la tradition populaire et fait pénétrer dans ses récits un plus grand nombre d'individus. C'est ici une observation qu'il ne faut point perdre de vue et sur laquelle nous aurons occasion de revenir.

XVI. Je ne quitterai poiot Assur-Ninus , sans avoir appelé l'attention sur une lacune importante du récit de Moïse. La Genèse en effet donne à Assur la fondation de Ninive : mai& le texte hébreu est loin de s'exprimer d'une manière aussi positive sur les commencements de Babylone, On croirait au contraire que Moïse a voulu représenter Nemrod, conquérant plein de puissance, comme s'emparaot de Babylone déjà fondée, et en faisant son point de départ pour un nouvel accroissement de territoire. Toujours est -il que l'origine de Ninive et celle de Babylone sont soigneusement distinguées , et que la date de la secqnde parait antérieure à l'époque où la race se ,i tique conquît l'empire de l'Asie occidentale. .. ,

Une autre preuve de l'importance toute primitive de Babylone, c'est l'étendue de l'espace qui sépare * rétablissement définitif des Elamites de celui des Assyriens : entre ces deux peuples se trouve la Babylonie toute entière; ce qui prouve que si Ninus, comme tant de témoignages s'accordent à le dire, dominait sur tout le cours de l'Euphrate et du Tigre, il ne tint néanmoins certaines provinces puissantes et populeuses telles que la Babylonie , qu'à titre de suzeraineté : conclusion d'ailleurs qui s'accorde avec l'histoire des grandes monarchies postérieures à celle de Ninus.

XVI. Les faits précédemment examinés nous ont montré dans la marche des Sémites une direction * régulière. Les Elamites partis les premiers du berceau de la race ont été successivement refoulés vers le midi par les Assyriens. Si Babylone n'est devenue lé siège définitif ni du premier ni du second de ces peuples, c'est que la puissance babylonienne, n'ayant pas toujours été exclusivement sacerdotale, s'était jusqu'alors assezbien maintenue pour repousser le joug, sinon d'une suzeraineté éloignée, au moins d'une conquête directe, accompagnée, comme dans toute l'antiquité, de la destruction ou de l'expulsion des vaincus.

Il ne restait à une nouvelle colonne des Sémites qu'ui^e place étroite entre le point de départ de la race et la province occupée par les Assyriens, Cet espace répond, au-delà du Tigre , à la contrée montagneuse que Ptolémée désigne sous le nom KArrapachitisy dénomination que Bochart a rapl. U

prochéedunom # Arphaxad{\\ Mais le sort des peuples qui sortirent ensuite de cep$triarche,désigné comme le troisième fils de Sem,nous montre que le domaine des enfants d'Arphaxad ne* se borna point à la rive orientale du Tigre ; la haute Mésopotamie en reçut aussi, soit mêlés , soit confinant aux ChaldéenSjsi nous adoptons Tétymologie vraisemblable que Michaëlis adonnée du nom d'Arphaxad et que nous avons précédemment rapportée (§ XII).

XVII . Cet établissement des fils Sémites d' Arphaxad, au milieu d'un peuple tel que les Chaldéens, qu'on ne saurait confondre avec les nations sans défense du midi de l'Asie et qu'une haute destinée ap«* pelait même à la conquête de Babylone : cet établissement, dis-je, indique un temps d'arrêt dans la marche des fils de Sem vers le midi j et en effet, le quatrième fils de Sem, suivant la Genèse, est Lud, père mythique de la nation fut au nord-ouest du berce de T Asie-mineure, dans ue sort pour le moment du d jjatiojis. Il se passera du te nous allions rechercher à de l'Asie-mineure, issues p<

de Japhet, la trace de cette colonie sémitique que la Bible indique d'une manière si positive. Je pae contenterai de remarquer ici que, si toutes lés vraisemblances s'accordent à faire considérer la masse

(1) Phal. IL 4.

delà nation lydienne comme appartenant à la même origine que les populations Voisines de la Phrygie *jetdelaCajîé, la longue soumission des rois lydiens à l'empire d'Assyrie, leurs prétentions manifestes de se rattacher à la famille deNiaus et les nombreuses traditions babyloniennes qu'on retrouve dans . la religion de cette contrée, concourent à ûous faire adopter l'hypothèse de rétablissement d'une tribu sémitique en Lydie.; tribu dominante, $on seulement par les armes, mais encore par les principe* de civilisation qu'elle avait apportés du voisinage del'Euphcate.

XVIII. Il ne reste plus dans la filiation de Sem qu'un seul personnage,celui ftÀratn; celui-ci prend une direction nouvelle, celle dusud-oUestèùdeçà et au-delà de l'Euphrate , en suivant les vallées du Liban. Il établit son fils Hutsk Damas et son autre fils fful dans la Célésyrie (t)> Les noms dt 6es autres enfants, Géther et Mèè f ne se rapportent positivement à aucune tradition géographique Connue j on en a cherché des trateé sur les bords du Golfe Persique^ et aU nord de i' At* ménie , mais bien à tort (2) y car les limites de l'établissement des Araméeas sont certaines > st

(1) Michaelisi 1,L p. 188.

(2) Bochart rapproche Mes (Mesech, I. Pareil I. 17) des Mas ieni d'Etienne de Byzance et des Moscheni de Pline , entre Nisibe et Edesse , dans la haute Mésopotamie ; cette opinion ri'ést pas Satis vraisemblance. Le monte érudit, par une conjecture plus hasardée, rappelle, à propos de Géther^ U fleuve Cmtrites 9 qui séparait les Carduques des Arménien*

nulle tribu de cette confédération n'a pu s'égarer à des distances aussi considérables du point central où les autres tribus se sont fixées. C'est même un hasard que le rapport d'un nom depuis bien des siècles tombé en désuétude , tel que celui de Huts avec la localité de Damas , nous ait été conservé par les historiens.

- La prépondérance des Araméens ne fut sans doute pas durable. Déjà , à l'époque d'Abraham, quand On les voit donner passage aux Hébreux, on s'aperçoit que leur empire manque de consistance et d'énergie. Plus tard, ils deviennent la première proie des Assyriens , alors que ceux - ci convoitent la conquête du Liban et de la Palestine. Ces causes et d'autres que nous ignorons ont dû effacer la trace des tribus araméennes,de la géographie et de l'histoire. Il en est de Gether comme de ceux des fils de Chanaan dont on ne peut déterminer la situation géographique, par la raison que leurs noms se rapportent à des tribus exterminées par les Hébreux à leur entrée dans la Terre promise. L'oubli ailleurs complet du nom de Géther et la mention que nous en trouvons dans la Genèse, sont la première preuve que nous rencontrions de la haute antiquité du texte soumis en ce moment à notre analyse. Si, comme les Exégétistes allemands l'ont cru, le tableau ethnographique attribué à Moïse avait été d'une composition si récente, quel intérêt aurait-on eu à rappeler ainsi, dés noms oubliés et dont l'importance historique était tout à fait abolie? La mention de Géther, ainsi qu'on le verra

plus bas , n'est pas la plus frappante des preuves de cet ordre que fournit le chapitre X, et déjà nous avons montré dans l'exposé de la discussion qui s'est élevée sur l'authenticité de la Genèse, (Ch. IV. § XVIII ad calcern) que nous attachions une iow portance décisive à ce genre dé démonstration*

XIX. Elain, Assur, Arphaxad avaient tous trois marché vers le midi. Lud trouvant toutes les positions occupées s était rejeté à l'occident , dans des contrées également favorisées de la nature. Aram prit une direction nouvelle , la seule qui restât encore à parcourir aux Sémites, à Texceptiou du nord et du levant d'où devaient les repousser Tâpreté des montagnes et la rigueur du climat ; ajoutez que sur ces sommets se groupaient les tribus japétiques dont l'invasion progressive contribua saus doute à hâter le déplacement des Sémites. Dans l'examen critique que je viens de faire de ces migrations , on doit s'être aperçu que j'avais considéré sans hésiter Tordre de la filiation des enfants de Sem , comme un témoignage de la date comparative de leurs établissements. La situation géographique des empires sémitiques se prête en effet à cette interprétation du texte sacré, et l'on doit croire que, parmi les Sémites auxquels ap # partenait Moïse, un souvenir exact s'était conservé de Tordre dans lequel les colonnes émigrantes avaient quitté le sol originaire. La même raison ne subsiste pas pour les rangs observés dans le tableau des autres races. Ici, nulle tradition propre aux peuples dont l'écrivain fait partie ne semble déterminer avec la même rigueur la noblesse compara-

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