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«ivê def peuples d'une même raee, résultant dHin ordre de primogéniture semblable jt celui qu'on observa dans les familles : et néanmoins,nous nous apercevrons que la progression suivie par Moïse dans Ténoncé des races de Çhametde Japhet n'est ni sans intention ni sans importance.
. XX. Avant d'en venir à l'examen du tableau de ces deux races qui nous occupera dans les chapitres §ui vauts,il me reste à retracer la dernière des migrations sémitiques: celle /des Hébreux. Nous avons, dans ce qui précède , déjà accompli une partie de tsette tâche; ainsi, nous avons montré (§ XII) comment les Hébreux se rattachaient à la branche d'Arphaxad dont ils n'étaient qu'une dérivation partielle, Tandis que les Araméens s'avançaient vers le Liban, les fils d'Héber n'avaient point encore quitté le sol originaire. Des deux fils de ce patriarche, le premier, jPforfegyindiquantlapart de la nation qui continua d'errer dans la haute Mésopotamie , ïectan, le second, nous montre au contraire l'autre portion du même peuple qui se mit la première en marche vers le sud.
Lesquels ,. des fils d f Aram bu de ceux d'Iectan , prirent d'abord cette direction ? Le problème que le défaut de documents parait présenter d'abord comme insoluble, se résout néanmoins par les noms affectés à la descendance d'Iectari. Si la route du Liban eut été libre, si d'autres tribus sémitiques n'avaient point précédé les Iectamdes dans ces contrées , nul doute que ces derniers n'eussent cherché à s'établir dans des régions plus avorisées de la nature. Les poms
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de* fils d'Iéotan présenteraient , data* ce feas, nri rapport avec la géographie du Liban; loin de là, le* termes de comparaison ne peuvent s'établir qu'avec des contrées situées bien plus au sud et dispersées sur le territoire de la Péninsule Arabique. Il est donc probable que les Iectanides, à leur départ de la haute Mésopotamie, trouvant les fertiles vallées du Liban bien gardées par les Ara-i méens, alors en pleine fleur de leur puissance, se seront acheminés vers le sud , en côtoyant toujours les dernières ondulations de la chaîne placée à leur droite , poussant leurs troupeaux à travers les maigres pâturages de ia région qui confine au désert et ne s'arrêtant nulle part à cause de la pauvreté du sol ; jusqu'à ce qu'enfin les provinces plus heureuses d'Oman et de l'Yemen fixèrent leurs longues incertitudes. C'est là que nous les retrouvons encore dans ces Arabes Homérites, qui ayant traversé le détroit de Bab-el-Mandeb et s'étant répandus dans la haute vaille du Nil, constituèrent la nouvelle population éthiopienne et filmèrent la nation dont les modernes Abyssins sont sortis. Le mélange des Iectanides avec les Éthiopiens d'ancienne date a commencé d'être indiqué dans la partie de ce chapitre (§ IX) où nous nous sommes occupés des doubles noms qu'on trouve dans la race de Sem et dans celle de Cham : le chapitre prochain nous fournira l'occasion de compléter cette étude.
XXI. Entre l'époque où les Iectanides quittèrept la haute Mésopotamie,et celle du départ de lafemille d'Abraham pour la terre de Chanaan, le texte sa-
( 216 ) ère place un certain nombre de générations, lesquelles semblent indiquer qu'un long espace de temps s'écoula depuis lectan jusqu'à Abraham. Vouloir mesurer rigoureusement cet espace d'après la compilation des années de la vie des patriarches dans la Genèse, ce serait, je pense, une entreprise inutile. Pour tirer de ce calcul une conclusion philosophique, il faudrait avoir une opinion faite sur cette longueur d'existence attribuée aux patriarches et qui dépasse de beaucoup les bornes naturelles de la vie humaine. Nous devrions aussi choisir entre les chiffres de la version grecque des Septante et ceux du texte hébreu, et bien qu'à l'exemple d'Eusébe (1 ), nous penchions du côté de la version grecque, nous n'avons ni le loisir ni l'intention d'entrer dans l'examen des questions que soulèvent ces périodes de l'histoire patriarchale. D'ailleurs , pour qu'un tel examen produisît un résultat satisfaisant , il faudrait que la durée du temps déduit de cette comparaison fût mise en rapport avec des calculs contemporains empruntés à d'autres histoires, ce qui nous manque entièrement, quoiqu'en ait dit Anquetil-Duperron (2).
Pour le moment , il nous suffit de savoir qu'un certain nombre de siècles a réellement séparé le départ deslectanides de celui des Hébreux. Pendant ce temps, la puissance des Araméens d'abord prépon-
(1) Chrome, ap. Sync. p. 84. D. Arm. -Ven. Tom. I. p. 125.
(2) V. le Tableau chronologique, Mém. de V Académie des Inscr, Tom. XL. p. 473.
(217) dérante avait dû progressivement s'affaiblir. Lorsque Tharé, père d' Abraham, iaquiété peut-être par le voisinage des Chaldéens, ou poussé par le mouvement, (presque contemporain, comme on le verra plus tard, ) qui porta les Chaldéens à la conquête de la Babylonie , s'achemina vers la Characène, l'espoir de voir ses fils s'établir parmi les Araméens du Liban ne fut sans doute pas étranger à cette détermination. Abraham, après la mort de son père , suivit , en accomplissant cette pensée , l'ordre de Dieu même. Les Araméens qui , à l'époque de leur grande puissance, avaient refusé passage aux lectanides , n'opposèrent pas la même barrière à la mission d'Abraham. Bien que les Hébreux ne fussent pas plus proches parents des Araméens que ne l'avaient été les lectanides, les Ara- . méens, que le malheur avait rendus sans doute plus traitables, ne refusèrent pas d'admettre les Hébreux dans leur parenté, et les Hébreux à leur tour, comme on le voit par l'exemple de Bathuel et de Laban, ne dédaignèrent pas de s'intituler Araméens (Cf. § VI) sans doute parce qu'une idée de primogéniture et, par conséquent, de noblesse était attachée à la race d'Aram.
XXII. L'histoire d'Abraham, celle de son fils et de son petit-fils, nous offrent le tableau, probablement très fidèle, des vicissitudes qu'éprouvèrent les Hébreux au milieu des populations,tant sémitiques que chami tiques, du Liban. Tandis que quelquesuns d'entre eux se mêlaient aux Araméens jusqu'à usurper leur nom,le chef de la colonie ou vrai t aux Sémites une voie qu'ils n'avaient pas encore tentée. A
eti juger par le récit du chapitre XIV de là Genèse, ôi Ton n'attribue pas à Abraham la conquête vior lente du pays de Chanaan, au moins sa prééminence politique dahs cette contrée ne peut pas être mise en doute. Cependant le nombre dea Hébreux n'était pks ehcore suffisant pour accomplir l'extermination des Ch.ananéens. La voix qui avait dit à Abraham : Tu passeras TEuphrate , devait attendre plusieurs siècles avant: de dire à Moïse t Jtf on peuple doit détruire celui de Ôhanaan. Aussi Dieu se contente-t-il de promettre cette terré à la descendance d'Abraham. Quant au patriarche luir tnême et à son . fils, nous les voyons errer dàiià la Palestine, tantôt s'approchant des frontières de l'Egypte, et pénétrant même dans les petits royaumes que des liens de vassalité unissaient au grand empire des Pharaons (\ ), : tantôt remontant vers les limites des Araméens, passant ainsi de pâturages en pâturages, et à défaut de la possession incontestée du sol , s'assurant par des traités la subsistance des troupeaux et la paix du sépulcre.
Sous Jacob seulement , le peuple Héhreu , par une alliance plus intime avec Dieu , entrevit ' ' ' — ■ *
(1) L'Exégèse a mis en doute , et , je pense , avec juste raison, le voyage d'Abraham en Egypte. Ce qui, suivant la Genèse (Ch. XII), arrive à Abraham en Egypte, se reproduit identiquement (ChïXX) pendant lq séjour, beaucoup plus vraisemblable, d'Abraham ^ G^r^re, petit royaume Umitroplie du grand empire des Pharaons. Une chose étrange, c'est qu'il en arrive encore autqnt à I$aac (ch. XXVI) dans cette même ville de Gérare, et.de la part d'un roi, nommé Alnmdech) comme celui qui enlève Sara £ Abraham.
l'accomplissement de sa destinée ;. mai* comptent cette destinée np s'accomplit-elle pas tout de suite? quelles causes poussèrent les Hébreu^ en Egypte et les en firent sortir plus tard ? ce sont là des questions qui n'appartiennent pas au sujet que je traite actuellement , et que je retrouverai dans une autre partie dû cet ouvrage.
XXIIJ. On voit d'après ce que je viens de dire* que je suis disposé à considérer le personnage d'Abrahàm, comme à la fois symbolique et individuel : symbolique, en ce sens qu'il représente au moins une puissante tribu , qu'à son nom se rattache un ensemble de faits qui ne peut être circonscrit danf la vie d'un seul homme : individuel, en vertu delà règle que je posais plus haut (§ XV) quand je parr •laisçTAssyr-Ninùs, relativement à ces hommes que l'importance de leur r61e constitue les favoris exclusifs de la tradition. Ainsi , bien que je trouve dans l'histoire d' Abraham beaucoup de feits qu'on doit soumettre à un système régulier d'interpré* tation critique, je suis loin, comme on le voit , d'admettre l'opinion de Vojney, qui trouve les rapports les plus frappants entre Abraham et la planète de Saturne (1).
Le nom d'Abraham , il est vrai , au moins sous sa seconde forme, semble composé après coup, et pour faire allusion à un événement très postérieur
(|) J^ecb, r?#w*. Tom, ï. chap. 3ÇIV. Du personnage */*pelé Abraham^ V analogie ou plutôt P identité d'Abraham et de Saturne... l'histoire d'Abram n'est réellement qu'une légende astrologique , etc.
à ce patriarche, la multiplication infinie de sa descendance. Mais si Ab-raliam , le père de là multitude , nous présente un nom suspect , il n'en est pas de même de la première forme du même nom, Ab-ram , surtout si l'on prend ce mot au figuré en traduisant père de la gloire, ce qui fournit un nom mystique conforme au génie des peuples orientaux. Il est vrai que quelques Exégétistes préfèrent entendre ce mot au propre. Selon ces critiques , Ab-Ram, le père de la hauteur , du lieu élevé , désignerait la situation des Hébreux dans la Haute- Mésopotamie , avant qu'ils eussent passé l'Euphrate; de même, au reste, quHéberqui veut dire au-delà, indique la patrie primitive des Hébreux, par opposition avec leur patrie définitive , et par conséquent doit avoir été appliqué au père présumé des Hébreux , soit par ce peuple lui-même, après son établissement définitif dans la Palestine, soit, avant cette époque, par les nations Araméennes et Chananéennes des vallées du Liban. Malgré cela, celle des deux opinions, qui prend au figuré le nom d'Abram me paraît la plus vraisemblable , et je ne crois pas que, quand bien même on admettrait la seconde, une arme aussi fragile pût suffire à la destruction de l'individualité d'Abraham.
Néanmoins f quelque foi que nous attachions à cette individualité , ce serait aller contre le sens le plus naturel des paroles mêmes de la Genèse, que de restreindre le rôle d'Abraham à celui d'un simple chef de famille, promenant paisiblement de pâture en pâture ses femmes, ses esclaves et ses troupeaux. Si , dans une grande partie du récit,
( 224 ) la vie du patriarche s'offre à nos yeux sous ces cou* leurs naïves , le même récit qui nous montre ailleurs Abraham transformé en un prince guerrier qui délivre des rois de captivité, et repousse des vallées de la Palestine une formidable invasion : ce double rôle , en apparence contradictoire, peut cependant être accepté par la critique. Quand Moïse nous peint l'existence pastorale des patriarches, il ne fait que rappeler la simplicité du monde naissant et le temps où des différences tranchées dans la manière de vivre ne distinguaient pas les hommes les plus élevés en puissance des derniers de la nation ; mais la valeur comparée des individus se retrouve dès qu'il s'agit de préciser les faits militaires, et le pasteur se métamorphose tout-àcoup en général d'armée.
Je dois rappeler à ce sujet ce que Josephe (1) rapporte d'après Nicolas de Damas , que du temps de ce dernier écrivain , un bourg des environs de Damas avait conservé le nom d'Abraham. Le témoignage de Nicolas , payen instruit, ne saurait être ici confondu avec celui des falsificateurs juifs dont Walckenaer a dévoilé en partie les fraudes dans sa dissertation sur Aristobide (2), On sait en effet qu'aux époques qui suivirent la conquête macédonienne , des Juifs hellénisants , voulant relever l'importance de leur nation et l'absoudre du reproche que lui faisaient les
(1) Ànt. Jud. I. 6. flic. Damasc. fragm. p. 260. Coraï,
(2) Diatribe de ArUlobido Judaeo, Leide , 1806» in- 4»
( Sfo2 ) Grec» d'être restée pendant une longue suite de siècles inconnue aux antres peuples , composèrent des vers homériques , des passages qu'ils attri-huèrent à Euripide, des récits qu'ils mirent sur le compte des historiens les plus accrédités, et tout cety avec tant d'impudence et même de succès, que les premiers Pères de l'Église, les plus doctes comme les moins instruits , citèrent de confiance ces prétendus témoignages d'Homère , d'Euripide et des historiens, en faveur de l'antique importance deB Juifs. De nos jours , Volney , guidé par une passion inverse de celle qui animait les Pères, a fait un nouvel usage de ces textes suspects; dans son système qui refuse tout aux Juifs, il prend les romans des Àristobule , des Eupoléme et des Artapan comme autant de preuves que les Juifs n'ont fait que copier les annales et les traditions étrangères. Nous pouvons, cerne semble, sans craindre de tomber dans l'erreur des Pères et 4 dans la prévention de Volney., faire usage du texte de Nicolas de Damas, qui n'étant pas juif , nous rapporte une tradition de sa patrie* et conclure du fait rapporté par Josephe, que le souvenir de l'importance politique d'Abraham ne s'était pas seulement conservé parmi les Hébreux , mais que les nations païennes au milieu desquelles le patriarche avait vécu, en avaient aussi gardé quelque mémoire*
XXV. N'oublions pas non plus en tout ceci que noussommes sur le terrain desNomades sémitiques. Parmi les tribus de ces peuples qui subsistent erioore, la convention du langage attribue le nom de père àlhomoie élevé en dignité et surtout aux chefs
de la nation. Dans ces tribus, oommiB dans le» çjaofc del'ÉcQSse, tous les membres soat unis par u& lien de parenté réel ou convenu. La Uibu est toujours la famille çt la famille n'a poipt de tQUvfi" rain, mais ua père.
XXVLEn général (et ceci est uj^e observation pâf laquelle je dois clore cette étude des émigrations sémitiques ) , on ne saurait faire une attention trop sérieuse à la différence qui existe entre le langage toujours tropique des Orientaux et le langage positif des nations européennes. Les Grecs qui, à l'aurore de leur littérature, parlaient encore comme les peuples de l'Orient, furent redevables ensuite à l'introduction des méthodes philosophiques d'une plus grande rectitude de langage. Les Romains parlèrent de bonne heure la langue des affaires; les modernes, après le grand recours du moyen-âge, sont rentrés en pleine possession de Cette faculté analytique et Font poussée jusqu'à ses dernières bornes. La poésie seule et quelquefois l'éloquence ont conservé des vestiges de ces habitudes figura tives qui n'ont cessé d'être l'expression la plus simple de la pensée dans l'Orient. Si nous voulions toujours lire la Bible Comme nous lisons Pplybe ou Tacite, nous continuerions de prêter aux auteurs du texte sacré des intentions qu'ils nont point eues : les historiens les plus sincères ne seraient plus pour nous que des mythographes. La vérité, qui est une au . fond , n'a pas pour cela un seul langage. La pensée, en traversant les organes humains, se matérialise de différentes manières. Si nous voulons arriver (autant que la faiblesse de notre raison peut
le permettre) à la pensée pure , à la vérité rigoureuse il nous faut , par «ne méthode de saine critique, faire abstraction de ce que les paroles hujnaines y ont empreint d'apparences trompeuses et de couleurs accessoires, empruntées aux différents lieux, aux différentes races, aux différents climats.