SUITB DE L'EXAMEN DU CHAPITRE X. — RACB DE CHAH
L Les faits développés dans le chapitre précédent nous ont montré les peuples sémitiques, dans leur marche vers le sud, en contact avec d'autres peuples antérieurement établis dans ces contrées et qui devaient appartenir à la race de Cham; nous ne pouvons donc guère douter que cette dernière race n'ait joccupé un vaste territoire avant le développement des Sémites, et si nous nous demandons quelles étaient les limites de cette extension première , nous ne trouvons de document qui nous éclaire que le témoignage de Moïse. Ici, et pour tirer de ce témoignage tout le parti possible, il ne faut pas contester à l'auteur la légitimité des renseignements qu'il nous donne; il faut respectueusement écouter ce témoin des anciens âges , qui n*a aucun intérêt à nous tromper , et qui a dû être en possession d'une masse de faits traditionl, 15
nels dont les vestiges se sont bientôt après lui effacés de ce monde. Pour Moïse, sémite de naissance, il ne devait y avoir lieu à aucune erreur, quant à la nature des peuples au milieu desquels il vivait et qui n'étaient pas de sa race. De même qu'il savait à merveille Jes rapporta et la filiation de toutes les tribus sémitiques, de même aussi la partie qui lui était connue des traditions chananéennes et égyptiennes devait lui révéler le degré de parenté qui unissait entre eux ces deux peuples. Nous ne ferons donc pas comme le dernier commentateur de la Genèse, M. Bohlen (1),qui, sur ce que Moïse rapportcque les Chanànéens sont un peuple de Cham, a l'air de lui soutenir en face qu'il se trompe, etque les Chanànéens sont des Sémites; car cette manière da violenter les plus anciens témoignages ne peut qu accroître la confusion qui exiate déjà sur des époques si reculées; et la nature de la langue que parlaient les Chanànéens ne fournît pas, comme noua 1q verrons bientôt , un argument irrésistible en faveur de l'origine sémitique de ces peuples,
IL En établissant plus haut (oh. V.§IV.)1* preuve que Meuse n'avait pas compris les Nègres dans «dp tableau ethnographique, j'ai déjà fait voir quel était le sens dans lequel il fallait entendre le mot de Cham ou plutôt de Ham, appliqué à la grande i*ce dont les peuples de la Phénicie et de l'Egypte étaient primitivement descendus. L'idée inhérente au mot à&Ham en hébreu est celle fothalettr, et
(t)Li*p taieti3a.
par ctfbséqûent d&feut la rade de Hâte petit donc désigner le» peuple» placés août l'influence d'un climat dévorant, oeux dont là peau est brûlée pat 1 Faction constante dû soleil. L'idée dé la couleur notre n'est, quant au mot de Ham, que secondaire; H en est de mêfne dé la race à laquelle cette dési-" ghàtioU a été appliquée et dont la couleur n'était pas essentiellement noire comme celle des Nègres. Les Égyptiens avaient continué de désigner leur propre pays par le mot de Httm m de Chemi, m qui prouve que ce nom avait bien été celui que la race se donnait à elle-même, ef. non poifttuneépithête imposée par dé* étrangers , tête que les Hébreux» En Egypte , il est vrai \ l'idée Secondaire avait pris le dessus t on rapportait Fétymoiôgie de Chemin la terre noire, MsXa^wXoç (1), déposée pat le Nil) é'est pourquoi le aigrie symbolique qui accompagnait 1* mot de Chefni dans les textes hiérogly* pbiques ét&it > ou la queUe du erocodilèp emblème d obscurité (2), ou \n prunelle de Vmii humain (3)j mais d'uii autre côté, les Égyptiens qui se réaèr*raient à eux-mèmeé eé nom de Ham ou de Chémi f regardaient biendeTappliqiler aux peuples à peau noire qui les entouraient. Si réellement le mot de Cham avait été attribué dansl'origineà la population nègre>cômment Moïse aurait-il osé étendre cette dénomination à des peuplés dé couleur Manche f tel*
H) Step. Bye. V. Afyj*rt<, Ëustath. âd t>ioâ. Pef, V. Ô39.
(2) ChampolUofi Gt . Ég. p. 152, note 2.
(3) Iriser, de Rosette, L. 6. Champ. Gr. Og. p. W.
que les Phéniciens? Nous considérons donc Texplicationdu mot de dhenu y tel\e que les Égyptiens l'ont donnée, comme particulière à ce peuple qui, en se comparant à ses voisins de l'Afrique , avait droit de se considérer comme blanc ou rouge , et qui d' ailleurs trouvait dans les phénomènes du sol qu'il habitait , une explication naturelle de cette désignation importée; quant à la généralité de la race , le sens secondaire de noire n'est pas celui auquel nous croyons devoir nous arrêter; la race de Cham veut dire pour nous une race brûlée par le soleil, et nous croyons que les Grecs en appelant Éthiopiens, les peuples de Kousch, autre branche de cette grande famille, n'ont fait que reproduire le sens originaire du mot de Cham , Aiôfoiteç, visages brûlés (1).
III. On pourrait présenter comme une objection assez grave à notre manière de voir, la considération que, des quatre grands peuples de Cham désignés par Moïse , trois , aux époques historiques , étaient incontestablement établis . sur le sol de l'Afrique; comment se serait-il donc fait que des peuples de race blanche , et par conséquent , asiatiques , eussent disparu presque entièrement de leur patrie originaire, pour se retrouver seulement dans une autre partie du monde? Mais cette objection, spécieuse au premier abord, doit, au contraire,
(1) De même que le nom de Maures désigne une nation blanche , bien que dans le moyen-âge , on ait confondu dans le langage vulgaire les Maures avec les Nègres.
confirmer notre hypothèse; il suffit, en effet, de considérer quelle est la place occupée sur le continent de F Afrique , par les peuples que Moïse désigne comme des fils de Cham. Nous voyons les Éthiopiens et les Égyptiens, dans la vallée du Nil, et les Libyens s' étendant sur la lisière du nord, le long de la Méditerranée. Ces peuples, tantà l'orient qu'au nord de l'Afrique, n'occupent donc qu'une très faible portion de ce continent, et le territoire qu'ils y couvrent semble un accessoire naturel de l'Asie. S'il s'agit de justifier leur origine asiatique, le chemin est tout tracé pour leurs migrations : soit que pénétrant par l'isthme de Suez et surmontant les embouchures du Nil, ils aient suivi à l'abri de l'Atlas toute la côte de la Barbarie , soit que descendant de pâturages en pâturages jusqu'à l'extrémité de la Péninsule Arabique, après une halte dans les fertiles vallées de l'Yemen, ils aient traversé le détroit de Bab-el-Mandeb et gagné de là les vertes plaines de l'Abyssinie , nous les voyons se frayer un chemin que les peuples sémites ont continué de suivre , comme pour démontrer l'exactitude de notre supposition.
Ainsi, l'on sait la marche d'une grande quantité de tribus arabes qui ont couvert la Barbarie, et refoulé vers l'Atlas la population que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Berbères et de Kabaïles. D'autres Sémites, après avoir peuplé l'Yemen, ont franchi le bras de mer qui sépare ce royaume d'avec l'Afrique , bras de mer si étroit , suivant l'expression naïve d'Aboulfeda , quun homme placé sur un bord peut reconnaître son
compagnon suri autre riite (1)# Le peuple mbjtora est d'origine sémitique; il parle Un très ancien dialecte de cette famille de langues dont l'arabe et l'hébreu sont sortit j il fait usage de caractère* dont la (orme se rapporte aq type phénicien, mais dont la transmission doit remonter à upe époque très reculée j l'action incessante du climat, et sans doute aussi quelque mélange avec les populations nègres du Voisinage , ont altéré la blancheur orw ginaire de la peau des abyssins j mais la coupe du visage et la forme du nez et des lèvres rappellent toujours leur origine asiatique. Si donc, nous ap* puyant sur le texte de la Genèse, nous faisons strâ Vre au peuple de Cham le chemin que plus tard ont pris les Sémite* de la Barbarie et de r AbysSlnie, nous ne faisons que nous conformer à une de ces lois de nécessité naturelle que nous avons appliquée à l'Asie» dans le chapitre 111 de cet ouvrage (§ IL), et qui, à plus forte raison, doit trouver place en Afrique , où les espaces propre* au séjour de la race humaine sont encore plus limités qu'eu Asie.
IV. Quant à savoir pourquoi, dans des temps Comparativement très rapprochés de nous, le* peuples de Cham ne se trouvaient plus guère qu'en Afrique, il faut se rappeler quelle a été Textenaiott des invasions sémitiques en Asie, et Ton comprendra qu'eu définitive il ne restait plus de place à la race de Cham dans toute la portion occidentale
(1 Page* 24 et 154 de l'éd. du texte arabe, publiée par M. Reinàud, pour la société de géographie.
de ce continent i non que les peuples do Chain aient partout disparu r nous sa vdu4> pai* exemple, que les ordres d'extermination fulminés par Moïse, ne te sont point accompli* dan* toute leur rtgilfeUr » Aptes les prerAiert égorgements>laniain qui frappait s'est lassée; il ddvàit rester d'ailleurs ufce certaine farce aux vaincus, et deà Compromis ont succédé à ce que, la conquête avait d'abord d absolu dans ses pré* tentions. Nous trouvons d'une part, les Jébuséens et d'autres tribus chanànéenhes de la Palestine , acceptant une charte dilotiHme que leur imposent les Hébreux; d'autre part, les villes maritimes de la Phénirie, vouées comme tout le reste à l'e&ter* mination * conservent néanmoins leur indépen* dançe ; une notable portion du territoire assigné aux douze tribus n'est jamais tombée au pouvoir des Hébreux , et oe peuple arrivé à l'apogée de si puissance sous le règne de Salomon, n'eut rien de plus politique que de s'allier avec ceux que Moïse lui avait commandé de détruire*
Nous avous fait voir, dans le chapitre précédent* ( §> IX. ) comment lès Sémites Iectanides s'étaieilt tellement amalgamés avec dés tribus d'origine éthiopienne qU'il en est résulté f pour JT ethnographie de la Genèse, une double série des mêmes noms, tant dans la race de Sem que dans celle de Cbam: ce. qui çau$ç une complète incertitude à l'esprit qui veut démêler ces origines* Le bqau mémoire sur les Nabatéens, que M. É tienne Quatremère a récemment publié (1), nous apprend que la même
(l)Dans \q Nouveau journal asiatique (1835), p. 55 et suiv. du tirage à part.
hésitation avait existé pour savoir si Ton devait compter parmi les fils de Sem ou parmi ceux de Cham ce peuple descendu de la Babylonie dans l'Arabie Pétrée. Ces vestiges du mélange des deux races, conservés dans des contrées qui s'étendent depuis les bords du Tigre et du Golfe Persique jusqu'à la côte orientale de l'Afrique, nous montrent dans quelles limites nous devons chercher le siège principal de la race de Cham, avant l'époque des grandes migrations sémitiques.
V. Suivant la Genèse , Cham eut quatre fils , Kousch, Mitsraïm, Phut et Chanaan; la synonymie de Kousch etdes Éthiopiens est certaine: les inscriptions hiéroglyphiques désignent constamment les peuples du haut Nil, au sud de la Nubie, par le nom de Kousch (1). Les livres coptes emploient la même expression qu'on rencontre souvent sous la forme altérée Ethosch , à cause de la contusion fréquente chez les Égyptiens, du th et du k aspiré (2). Mitsraïm passe ordinairement pour un mot tout-à-fait étranger à la langue égyptienne et dont les Sémites seuls se seraient servis pour désigner les peuples de l'empire des Pharaons. Dernièrement encore M. Rosellini(3)adonné du nom ., — >
(1) V., entre autres exemples, Monum. de F Egypte et de la Nubie, pi. IV, n° 2. Cf. Josephe, AnU Jud. I. 6. 2.
(2) Peyron. lex. ling. Copt. v. EtftLTOJ. Akerblad. Noue. jour, asiat. 1834. p. 351,, Il n'est pas probable , comme le prétend ce dernier critique, que d'e^ttlttj les Grecs àyent fait ÂlG(o^.
(3) Mon. Stor. tom. I. p. 58.
de Mitsraïm une explication tirée de l'hébreu qui ne nous paraît pas satisfaisante. Nous pourrions à notre tour en proposer une empruntée à la langue égyptienne , et qui serait certainement plus conforme à la loi que Moïse semble s'être imposée, de reproduire fidèlement le nom des nations étrangères; Mitsraïm, en retranchant la désinence plurielle des Hébreux, veut dire fils du soleil 6mEc[ft]pK) et nous trouverions ici, soit le titre que les Égyptiens donnaient constamment à leur rois, ainsi que le témoignent les inscriptions hiéroglyphiques, soit une louange dont les Égyptiens se seraient parés aux yeux des Sémites, et que ceux-ci auraient fidèlement rapportée comme étant le véritable nom de l'Egypte. Au reste, nous ne pouvons attribuer à cette opinion d'autre valeur que xelle d'une simple conjecture, et nous croyons plus sage d'abandonner cette recherche incertaine d'étymologie, en faisant observer que suivant la Vieille Chronique égyptienne, rapportée par le Syncelle (4), les Égyptiens paraissent avoir porté le nom de Mestréens, Marcpaïoi, avant de s'attribuer exclusivement celui de Chemi. Nous reviendrons avec plus d'étendue sur cette remarque, qui est nouvelle, quand nous traiterons spécialement des origines égyptiennes ;
(1) Chronogr. p. 5i. G. Mlarrpr, pour désigner V Egypte et Mearpaîoi, les Egyptiens, se trouvent déjà dans Josèphe ( Ant. Jud. I. 6. 2. ) mais dans l'intention de cet historien, il n'est question que du nom donné à l'Egypte par les Sémites.
poli* le môtaêttt, il bout suffit qu'on reconnais** le rapport qui exiéte entre ce nom de Mmmi et celui dé Mittràtm* Quant à l'identité de Mitsraïm et des Égyptiens, elle n'a été mise en doute par pe*> sonne ; l'Egypte , dans le tel te hébreti, est cons* tamment désignée sous le nom de Mitsruïm, nom que leg Coptes retraduisent à leur tour arec autant de fidélité par Chemi , et de nos jours encore les Arabes appliquent le nom de Misr f soit à la capitale de l'Egypte, soit à l'Egypte entière.
L'identité de Phut avec les peuples de race Llancbe qui ont précédé, sur la côte nord de Y Afrique , les tribus arabes ou bédouines, n'a pas encore été établie dune manière aussi convaincante. L'analogie fondamentale des peuples qui, acculés à l'Atlas, séparent encore sur toute l'étendue de cette chaîne les Arabes de la côte des Nègres de l'intérieur, est un fait aujourd'hui accepté par la science. On consent aussi à reconnaître comme une branche de la même famille, les Barabras du haut Nilj habitants modernes de la Nubie; si ce peuple s'est plus étendu au sud que les autres Ben* hères i il l'a dû sans doute à la facilité que lui offrait la vallée du Nil, tandis que les autres tribus de la même origine ne trouvaient au-delà de l'Atlas que des déserts inhabitables. Une conséquence naturelle des faits ainsi établis , c'est d'assimiler aux Berbères et aux Kabaïles des temps modernes, non seulement les Numides, les Gétules et les autres peuples de l'ancleune Province d'Afrique, mais encore les Libyens, qui, dans le sens restreint du mot, désignent la population de la Marina-*
(23ft)
rique et d«t borda do lt grand* Syrte voidn© tte l'Egypte. Wous trouwni appliqué dans les livrée coptes aux Libyens un nom qui peut ter vira ex* pliquer l'origine du mot employé par 1*8 Grées t on leé nomme Hx^***** M/>tei«J(t},ceqUi\enfâî»
sant abstraction de ^article pluriel itï donne une transcription pure et simple du mot employé par la Cenèse , Phut. Lés Grecs à leur tour ont pu, par la confusion fréquente du v et du * , entendre Liphaiat au Heu de Ni.phaiat } et de là au mot de Ateue; , la transition est à peins sensible. Je me hâte toutefois d'ajouter que cette dernière étymologie n'est que probable , tandis que l'identité des fiiphaiaî égyptiens avec le Phut de la Bible ne peut être rtiiëe en doute; si l'on nous âdcorde ensuite que les Libyens , les Numides et les autres peuples du nord de l'Afrique , avant l'arrivée des tribus arabes , appartenaient à une seule et même origine , on devra croire que le nom de Phut , employé pat» Moïse , les désigne toiîs , soit qu'en effet c'ait été là le nom primitif de cette branche de la race de Cham, soit que Moïse qui ne devait connaître que les Libyens et n'avoir qu'une notion imparfaite des autres tribus du même rameau, leur ait appliqué en général le nom particulier du peuple qui confinait à l'Egypte.
Noua sommes dotic pleinement autorisés à Ira-
(1) Chtfmpollion ^ YÊg* sons les Pharaons, tom. 1 1 p. 104, Et. Qaatremère, Mém. surTÉg. tom. I. p. 37,, Akerblad , Nouveau j\ asiaU .1834. p. 400.
duive Kousch par Éthiopiens, Mitsraim^v Égyptiens , Phut par Libyens, donnant à ce dernier mot toute l'extension dont il est susceptible, sans pourtant sortir des limites de la race blanche , comme Font fait abusivement quelques auteurs anciens. Pour compléter ce parallèle du nom oriental et du nom classique des principaux peuples de la race de Gham , il nous suffit de rapporter l'opinion universellement admise qui identifie les Phéniciens au peuple de Chanaan; une preuve capitale qu'on peut alléguer à l'appui de cette opinion résulte des monuments numismatiques sur lesquels la ville de Laodicée est appelée Mère de Chanaan (1).
VI. 1 . Si nous passons ensuite de la généralité des fils de Gham aux détails que Moïse donne sur chacune de leurs familles , nous trouverons, tantôt des éclaircissements précieux, tantôt des ténèbres profondes, et cette impossibilité que nous éprouverons de pénétrer la valeur de certaines dénominations, d'assigner dans une géographie plus récente la place de peuples qui n'y ont pas laissé de trace, ne fera qhe nous pénétrer davantage de l'antiquité du texte que nous avons sous les yeux.
2. Dans le chapitre précédent ( § IX ) nous avons déjà nommé ceux des fils de Kousch, dont le nom se retrouve dans la généalogie de Sem ;
(1) Barthélémy , Mém. de VJcad. des Inscr. XXX. p. 415. Lindberg, de insc. Melit. p. 10. note 16. Cf. Sanc/jo/i.ap. Eus. Prœp. Évang. (Sanch. Frag. } p. 40. Orelt.)..
XvSÊ TOU ICfXOTOU ÎA€T0V0[iWC<JÔ6VT0Ç «DofolXOÇ.
qu'on joigne à ces noms ceux de Sabtha, Rama et Sabtecha, et Ton aura sous les yeux le tableau complet de ces peuples , dont l'importance n'appartient pas aux âges que nous nommons ordinairement historiques. Ces noms, comme je l'ai fait observer précédemment ( § IV) , nous conduisent des frontières de l'Egypte jusqu'aux bords du Golfe Persique. Il en est un surtout qui doit nous intéresser particulièrement, parce qu'affecté à certaines localités de la Péninsule Arabique , on le retrouve aussi au-delà de la Mer Rouge, dans les plaines du haut Nil, c'est celui de SabaouSeba, écrit alternativement par un Samedi et un Schin, ce qui, quoiqu'en dise Volney (1 ), n'implique aucune différence dans la valeur essentielle du mot, puisque ces deux lettres se permutent perpétuellement dans les divers dialectes sémitiques. Ce mot est non seulement employé isolément, mais entre encore dans la composition d'autres mots tels que ceux de Sabtha et Sabtheca. Nous pourrons peut-être un jour rechercher quelle a été au fond la valeur religieuse de ce mot de Saba , expliquer ainsi le crédit dont il a joui tant parmi les peuples de Cham que parmi les Sémites , leurs successeurs aux mêmes lieux; aujourd'hui nous n'avons qu'à constater l'extension géographique de cette dénomination. Les habitants de l'Yemen se l'appliquaient à eux-mêmes; nous savons par Josephe (2), que la ville de Meroë,
(1) Rech. nouv. tom. I, ck. XTIH.
(2) Anu jud. I. 10. 2.
Digitizêd by VjOOQ IC
capitale d« VÉthiopie africaine * et Ainsi nommée, dit-on, eu l'honneur de 1* soeur dô Çambyse, atait dans les temps anciens porté le nom de Saba (1 )< Ce renseignement, il est vrai, se trotiye dans un J-écit plus que stispect* celui de la pfétenfhte campagne de Moïée contre les Éthiopiens; mais si rious rejetons ©ette tradition comme fabuleuse , quelle raisoft avons-nous de cfoire qu'eu la rapportait, Josëphti ait donné Un renseignement géographique inexact? il est plutôt à croire % qUe Suivant l'habitude des romanciers * il aura voulu doïmef ctâlnee à son récit i par l'exactitude observée dans tes Circonstances accessoires*
3* Àtt reste i nous ignorons complètement si ce nom de Saba avait été importé dans l'Ethiopie africaine par des Sémites Ou par des peuples de Chain* Il esta remarquer que toute la généalogie de Koitech dans la Genèse* se rapporte exclusivement à l'Asie* et pourtant bous savon* par les monuments que dè*uneépoquetrês&ntérieureàMoïse(2), les Égyptiens avaient affecté le nom de Kouseb an peuple habitant du Nil méridional* Ce qui i*nd cette question obacirfé > b'est précisément l'existence de
it l T ll iM i \\\ê Il* il fcmi i m ii M S i i . > . 1 .1 ..fc ii i iH i « M i .t » w ■
(f ) H y âTâît atissi une riflé 3e Saba an Saba sur la eèUs d'Afrique , en face de là Péninsule: Àt iblqud'* à péù de dwUace du détroit d# Bab-^b-Maadeb. L'tfm|>lac*m«nl d* cette ville porte encore le nom dU&f«4» Sttab. XVI. p. 771 , et la note de Gossellin ad. h. L
(2) Cf. la Stèle d' soriasen P r (XVI« dynastie), où ce prince est représenté tenant enchaîné un peuple captif, qui porte le nom de R&. Mon', dé VÉg. et de l* Nubie , pi. I. n° 2. Rosellini, Mon. Reg. pL XXT, »*4.
(289) cette route qui conduisait du çoapr de l'Arabie à travers l'Yemen jusque dans l'Abyssime actuelle Frayée par les tribus de la race de Cham, elle çon* tinue d'être suivie parles Sémites, (§«!U), h une époque qui nous est totalement inconnue. Il est probable toutefois* que ai cette émigration avait eu lie» atantia sortie des Hébreux de l'Egypte, Moïse aurait eu connaissance de cette portion africaine de* Sémites, et que noua en retrouverions la trace dans §o« tableau ethnographique* Nous croyons devoir faire cette remarque; mais nous devons ajouter que la lacune est complète dans le texte s#oré en ce qui concerne les peuples du haut NU, wit Sémites , aoit de la race de Ghdm; cela tient sans doute à ce qu'à l'époque de la dix-huitième dynastie égyp* tienne, sous laqudle vivait Moïse , lea rois d'Egypte / possédaient toute l'Ethiopie africaine* Ainsi , 1 ou %./ ne peut affirmer d'une manière absolue que le» tri* , bus sémitiques n'eussent pM dès lors traversé le détroit de Bab-el-Mandeb* J'ajouterai > comme une singularité plutôt que comme une remarque importante, qu'une partie de la Vallée dû Nil désigné© jadis sous le nom d'Ethiopie, porte maintenant un nom qui, dans la Bible, appartient à la Mésopotamie ; celui de Sennaar ou Sinnaar. Il faut dire aussi que/ suivant les remarques que notls aurcat L'occasion de (aire avec plus de développement dans la suite Sur la différence morale du ertrac- / tére des race*, lé renom de sagesse attaché dans l'antiquité classique aux Éthiopiens de l'Afrique, * v semblerait plutôt convenir à des Sémites qu'à des *• peuples de Cham. j
4. Les développements qui précèdent ont dû préparer le lecteur à accepter comme parfaitement exact, un fait qu'un habile critique de nos jours a considéré comme chimérique : je veux dire l'existence des Éthiopiens de l'Asie. Il est vrai que, dans la discussion à laquelle M. Letronne s'est livré sur ce sujet (1 ), ce savant a complètement négligé le témoignage de la Genèse : si, adoptant avec confiance les données que fournit le texte sacré que nous n'avons aucune raison de regarder comme suspect, il avait suivi comme nous la trace des Éthiopiens dans toute la Péninsule Arabique , il lui eût paru sans doute moins extraordinaire d'en rencontrer sur l'autre rive du Golfe Persique , dans la plaine de la Susiane. La Genèse ne parle pas de ces Kouschites de Suse; mais elle coftduit à Babylone Nemrod, un conquérant qu'elle déclare fils de Kousch : ce qui fait supposer que, si toute la population primitive, de Babylone n'a point été éthiopienne, elle a dû comprendre au moins une colonie de ce peuple, long-temps prépondérante. Nous voyons donc ici les témoignages classiques, et surtout ceux de l'époque la plus ancienne concorder merveilleusement avec le texte de Moïse , et nous pouvons dès à présent , sans crainte d'être taxés de trop d'audace , étendre les limites des Éthiopiens de l'Asie, même au-delà de la rive orientale du Golfe Persique. Ainsi , Hérodote, dans le dénombrement de l'armée de Xerxès (2) , range des
(1) La statue vocale de Memnon, p. 68 et suiv.