‹ Cours d'histoire ancienne: Introduction à l'histoire de l'Asie OccidentaleChapitre 20 sur 45 · VU · texte numérisé non relu

VU

Éthiopiens avec les Indiens , et il remarque à ce sujet qu'il n'existait qu'une seule différence entre les Éthiopiens de l'Asie et ceux de l'Afrique : c'est que les premiers avaient les cheveux plats , tandis que la chevelure des seconds était crépue (oôXarotToi):ce qui dénote un caractère physique voisin de la nature des Nègres; les Éthiopiens du Haut J Nil s'étant sans doute amalgamés avec quelque peuple originaire de l'A trique, tandis que ceux de ' ' l'Asie avaient conservé la chevelure droite qui ap- * ' partient à la race blanche. Ne cherchons donc plus maintenant à convaincre d'erreur et de confusion les auteurs qui , depuis Homère , ont parlé des * Éthiopiens de l'Asie; ne reprenons pas Volney d'avoir cherché à déterminer l'époque à laquelle Memnon l'Éthiopien partit de Suse pour marcher au secours de Troie assiégée par les Grecs : car ce fait, d'un vassal du Grand Roi d'Assyrie que l'on dirige du fond de l'Asie vers une ville soumise à la même suzeraineté et que menace un. danger pressant , n'a rien que de conforme à ce qui s'est passé plus tard dans les mêmes contrées * quand les rois de Perse convièrent les peuples des extrémités de leur empire pour les conduire à la con-quête delà Grèce. Mëmnon nous est donc un héros à la fois asiatique et africain, parce que le peuple dont il faisait partie s'était étendu sur les deux côtés de la Mer Rouge. On trouvait des Memnowa à Suse comme à Thèbes, c'est-à-dire dans deux villes de l'ancien domaine de la race de Cham. Il en est de Memnon comme de Persée , de Céphée, d'Andromède, qui, produits d'une conception religieuse. l. 16

originaire des peuples de Gham, se retrouvent > £a effet, partout où cette race s'est établie» Soit à Chem* mis en Egypte» soit à Méroë, soit à Joppé dut les côtes de la Méditerranée, soit enfin à Babylone et dans la vallée de FEuphrate. Cette reproduction des mêmes mythes en tant de lieux différents, lie prouve que l'extension donnée à certaine* idée» par la race qui les avait conçues.

5. J'ai nommé tout à. l'heure, à l'exemple de Moïse, Nemrod parmi les fils de Kousch; et ici, je n'aipasbesoin, je pense, de renouveler la distinction que j'établissais dans le chapitre précédent (§. XV) entre les noms qui ne sont que la personnification d'uïi peuple, et ceux qui désignent réellement des individus isolés dont la gloire t'est per-* pètuée parmi les hommes. Aux traits dont 1 eeri** ture peint Nemrod, on reconnaît évidemment, non une personnification dépeuple, mais unhorftm^. Quant à savoir, même par approximation, quelle a été Tépoque de rétablissement de Nemrod et des Kouschites àBabylone, c'est là peut-être le problème le plus inextricable de cette histoire de Y Asie primitive qui abonde en problèmes insolublesi Si nous devons quelque part en aborder l'examen , ce ne sera qu en étudiant les traditions qui se rapportent particulièrement à Babyîone*

6. Je me contenterai aussi d'indiquer la trace bien confuse de rétablissement des peuples de Cham, vers le Nord, loin de la limite que leur assignent les traditions les plus nombreuses et les plus claires. Ainsi, quelques inductions nous font soupçonner que les Syriens blancs^ les Ltucoayri^

habitants primitifs de l'Asie Mineure orientale, depuis la Cappadooe jusqu'à la Paphlagonie, appartenaient à la race de Cfaam; l'étude du texte précieux de Moïse de Khorène semble faire découvrir les vestiges d'établissements éhamitiques dans les vallées de l'Arménie; et peut-être aussi la prétendue colonie égyptienne que , Suivant Hérodote, Sésostris laissa dans la €olehîde, n'indiquet-elle autre chose que l'établissement sur les bords du Phase d'un peuple de la race de Cham, lequel, en effet, aurait d& offrir avec les Egyptiens une ressemblance assefc frappante. Malheureusement ces remarques, qui pourraient nous éclairer sur la patrie originaire de la race de Cham, sont de toutes les pins sujettes à contestation. Si nous pouvons espérer de leuf conquérir quelque vraisemblance, ce ne sera qu'en leur comparant les plus anciens souvenirs de la race de Japhet, «t en cherchant si, parmi tes Souvenirs, il n'en est pas qui se rapportent d'une manière à peu près indubitable à ces Chami te& septentrionaux. Or , ces recherches ne pourront trouver place que dans la deuxième partie de cet ouvrage.

VU. 1 . La généalogie des fils de Mitsraïm «e présente à nos yeux sous un aspect tout nouveau. Déjà l'on a pu remarquer que le nom du père de la nation égyptienne était affecté d'une désinence plurielle ; les diverses tribus que le texte fait sortir de cette source nous offrent la même particularité. Ici a le trope dont l'auteur a jusqu'à présent fait usage est, pour ainsi dire, misa nu : chaque tribu n'est plus personnifiée par un nom collectif ; toute

apparence individuelle disparaît, et pour bien traduire, il faudrait faire comme ceux qui, au lieu de dire Loudim et Le/iabim, disent ceux de Loud et ceux de Lehab.

2. Au reste, la filiation de ces peuples sortis delà source égyptienne présente de grandes obscurités, qu'une connaissance plus approfondie de l'ancienne géographie pharaonique pourra seule résoudre; ainsi, l'on ignore ce que sont Loudim et Lehabim, bien que le premier de ces noms se retrouve dans les prophètes associé à Ph ut, et que le mot de Lehabim offre la plus grande analogie avec le nom des Libyens , désignés déjà dans les auteurs sémitiques sous le nom de Loubim{\ ). Nous aurions donc ici sous les yeux «a double emploi, puisque déjà nous avons reconnu qu'aux Libyens des Grecs répondent les Niphaiat des Égyptiens, indiqués par le nom de Phufet placés au rang des fils directs deCham (2). Quant h Loudim, nous trouvons dans les textes hier roglyphiques un peuple désigné sous le nom de Lotan ou Lodan (3); c'est peut-être là la nation cT/ia-

(l)Nahum, III. 9. Daniel, XI. 43 , etc.i. ..

(2) J'ai montré plus haut (§. V.) comment il était possible que de Niphaiat les Grecs eussent fait Libyes; Lehabim et Loubim répondent aussi peut-être aux Nubiens de la géographie grecque. Dans le premier exemple cité , les Grecs avaient dû prendre un n pour un / ; dans le second , ils auraient substitué la première à la seconde de ces lettres. Dans une nomenclature copte-arabe , citée par Champollion {V Egypte sous les Pharaons, tome II, p. 363) 7Y- Libe est traduit en arabe par ÀUNoubah.

(3) Champollion Gr. Egypt., ch. VI, $. 148, p; 166.

biles archers., dont les prophètes parlent (1) sous le nom de Loudim et que Jérémie en particulier place parmi les auxiliaires de l'armée égyptienne. Phatrousim a été bien interprété par M. Peyron (2) pour le peuple de la Haute Egypte, dans le voisinage de Thèbes. Anamim et Nephtkuim sont certainement les habitants de la ville à! Ara-* mon et de la ville de Phihah, c'est-à-dire ceux de Thèbes et de Memphis.

3, La fin de cette généalogie contient des renseignements beaucoup plus curieux, mais qui malheureusement présentent encore de grandesobscurités ; ainsi , c'est par une conjecture forcée que Bochart à rapproche le nom de Casluchim de celui de la Colchide , pays dans lequel Hérodote place une colonie égyptienne; l'on ne sait non plus si l'on doit adopter les conjectures , d'ailleurs ingénieuses, de Michaëlis qui associe les Caphtorim aux Casluchim, et fait sortir les Philistins du premier de ces peuples , au lieu de donner les Casluchim pour origine à la fois aux Philistins et aux Capthorim. Le texte est si ambigu dans cet endroit , qu'il en est qui font dériver les Philistins des Casluchim seulement, et nomment séparément ensuite les Caphtorim.

Quoiqu'il en soit de ces énigmes qui paraissent insolubles, faute de termes de comparaison, une lueur

(1) Jérém. XLVI. 9. Isaïe LXVI. 19. Ézech. XXVII. 10. XXX 5.

(2) Lex. ling. Copl. s. v. et Pap. Graec. Pars II, p. 27.

a jatltt 4e la conjecture de Galmet (1) qui assimile las Cftpbtarkn ai» Cretois j il ne s'agit pas, pou» tûrer de cette corçj toture le parti convenable, de ùÀr* comme Calmet et même comme M. Bohkn (S), descendre d'une colonie e&étotae la population des borda de la Palestine; noua avons là devant les yetix une de ces propositions présentées par les anciens dans l'ordre inverse de la vérité , et que, suivant la loi entrevue par Niebuhr (3) , on ne doit admettre qu'en mettant la cause à la place 4&e les anciens assignent à l'effet. L'analogie réelle signalée par Calmet entre le nom d'une partie des Cretois et le peuple qui nous apparaît eomme si étroitement uni aux Philistins, provient sans doute de ee qu'une population originaire de l'Egypte, après s'être établie sur les oètes de la Méditerranée, étendit ensuite ses relations sur les lies de cette mer, et s'établit dans une portion de la Crète. Plus tard il devint impossible de distinguer quelle était la population première des Caphterim de l'Asie ou de ceux de la Crète; et avant que la philosophie ethnographique fût fondée , Taeite (4), confondant les Hébreux, habitants de la Palestine , avec les Philistins et les autres peuples, du voisinage , put rapporter comme une tra-

(1) Dissertation sur V origine et sur les divinités des Phi' lis tins.

(2) Oper.ciL p. 133.

(3) Hist. rom, tom. I. p. 266 de la trad. fr. de M. de Golbery.

(4) Histor. V. 2.

ditiwi accréditée, que les Juife étaient venus originairement de ta Crète. Les antiques rapports de cette île et de la côte des Philistins n'ont pas laissé de trace seulement dans la géographie de la Bible: entre le cijUe du Marnas de Gaza et celui du Zeys CrekigenesyW existait une affinité si étroite, que Boqs voyons ees deux noms permuter dans les tentes classiques^ et le Marnas de Gaza désigné abusivement sous le nom de Jupiter Cretagenès(\), A. L'analogie des Cretois avec les PhiUçtins ou un peuple de même origine, n'est pa$ Je seul élément d^une haute importance que noup fournisse cette partie du chapitre X. Nous yoyonp aussi se développer un fait auquel rien ne nous a jusqu'àprésent préparés : c'est à savoir qu'jl y a eu des émigrations égyptiennes. Quel que soit le rapport qui unit les Casluohim, les Caphtorim et les Philistins , toujours est -il que ces peuples qui habitaient le voisinage de FÉgypte avaient du, suivant le témoignage formel de Moïse, sortir de ce royaume. Nous les trouvons échelonnés en petites monarchies, le long du rivage infécond qui unit en cet endroit TÀsie et l'Afrique , et ce n'est pas trop forcer la conséquence des faits acquis , que de supposer l'existence de la suzeraineté de l'Egypte sur ces faibles principautés. Par là s'expliquerait peut-être un double emploi que les Exégétistesj ont signalé dans la Genèfce (2), où Ton vojt en çffet

(1) Cf. Hoeck, Creta, tome II. p. 570 et suiv.

(2) Cf. supra, ch. V. §. XXII , note.

( 248 ) la. même aventure répétée à la cou* des Pharaons et à celle du roi de Gérare , dont le. domaine tou- . chait à celui des Philistins.

Peut-être à mesure que nous pénétrerons davantage dans la connaissance de l'Egypte, pourrons-nous pousser plus loin cet ordre d'investigations. Déjà. Champollion a fait- voir (1) qu après l'expulsion des Pasteurs ou dans le temps même où. la lutte durait encore entre ces étrangers et les Égyptiens , certaines provinces du cœur de la monarchie étaient abandonnées en gouvernements héréditaires à des familles de la caste guerrière , absolument comme les grands fiefs de nos. monarchies du moyen-âge. Si une organisation de cette espèce pouvait s'appliquer à une province centrale comme le nome d'Ilithyia, n'en devait-41 pas être de même des petits états qui, semés aux avant-postes de l'Egypte , couvraient la plus vulnérable de ses frontières, du côté des invasions. asiatiques?

5. Je ne dissimulerai pas toutefois une objection gravç qui s'élève , non seulement contre les conclusions hypothétiques que nous venons de tirer, mais encore contre l'assertion même de Moïse qui assigne aux Philistins unie origine égyptienne : si par les dénominations de lieux , de divinités , de rois et de simples particuliers quç la Bible nous a conservés, nous voulons juger quelle a été la langue des Philistins, nous devons admettre qu'à l'époque ou les plus anciennes parties de la Bible furent écrites, <4es Philistins parlaient déjà un dialecte

(1) Lettres d'Ég/pt$, p. 198.

sémitique; on tirera la même conclusion du nom du roi de Gérare, Abimelech, qui ne semble avoir aucun rapport avec la langue égyptienne. Dagon, Baal-Zêbub, divinités des Philistins, n'ont rien de commun avec les dieux des bords du Nil, et s'identifient au contraire avec, ceux de la Phénicie. Si donc les Philistins étaient effectivement d'origine égyptienne , quel événement aurait pu abolir leur langue et substituer aux croyances de leur patrie originaire celles d'un peuple étranger ?

/Je dois l'avouer, s'il existait, comme on le pense généralement , une différence tranchée entre Tidiôrne de l'Egypte et la famille des langues sémitiques, une telle transformation nous semblerait impossible, et la force des choses nous obligerait, sur ce point seulement, à démentir Moïse, quelque bien informé que nous dussions d'ailleurs le considérer, quand il s'agit d'un peuple placé entre la' Palestine et l'Egypte. La justification de Moïse est possible, nous la croyons même certaine : mais une telle démonstration qui repose sur celle de l'identité fondamentale des langues égyptienne et sémitiques, aurait besoin d'être traitée à part et avec de grands développements, pour ensuite être alléguée au nombre des preuves historiques,

VIII. 1 . Tâchons, toutefois, en laissant aux philologues spéciaux le soin de présenter cette question dans toute son étendue, de montrer parquelle suite de raisonnements, toujours corroborés par la concordance des faits, nous sommes arrivés à la conclusion qui vient d'être énoncée.

Je rappelle ici une observation que j'ai déjà faite

précédemment (Ch. IV. §. XL), avec l'autorité imposante de Bopp et de Gesenius, sur l'origine toulà-foit artificielle du système trilittéral qi|î fait le oaraelère propre des langues sémitiques. Bopp cUsae les langues en trois divisions; <° celles qui se composent de monosyllabes modifiables par l'ag-* grégatiou; 2° celles dont les monosyllabes constUutifg sont invariables même en oQmpositiot\; 3° celles dont toutes les racines, ou à peu près, ont chacune trois consonnes ou deux syllabes. Toiles les langues de la grande famille indo-germanique appartiennent à la première de oes divisions ; les monosyllabes élémentaires en soqt en quelque sorte ductiles, et se prêtent, par une alliance intime avec d'autres monosyllabes, à des tours et à des flexions qui en dénaturent presque toujours la physionomie originelle. La langue égyptienne au contraire est une de celles où, à de légères exceptions près, le monosyllabe radical peut former avec d'autres monosyllabes semblables des groupes d'idées , sans pour cela qu'il cède à l'action du voisinage , qu'il subisse l'influence des éléments étrangers, qq'il se prête à des fusions capables d'altérer sa physionomie.

La famille indo-germanique est loin d'être la seule qui entre dans la première des divisions tracées par l'illustre grammairien; on citerait sans doute quelques exemples analogues à celui que nous présente l'idiome égyptien, pour la seconde; la troisième, au contraire, ne comprend que les langues sémitiques et la constitution des radicaux de ces langues paraît remonter à une convention,

à UM aitfwtédoat mus ami placé, prune «m?

jectuve motivée, Jes%5àBahylone (Ch. IV. g. XL) Cette institution triUttérala des langues sémitiques, continua Geseniua, en adoptant la division fonda* mentale établie par Bepp, est te fait dune loi prescrite, gijppasç la préesietente de récriture, e{ u'est pai seulement l'aecompUssameut d'une rè-* gle naturel^ Ce système, tu eflfet, constitue des ^racines perceptibles à Vm\ seul et essentiellement imprononçable*. VeuH>n articuler ces racines, les yoix dont ou affecte les consonnes qui les constituent )eur communiquent une intention particulière} les Sémites ont ainsi la faculté que nous n'a? ons pas d'écrire l'idée pure, indépendamment de toutes jes modifications de circonstance. Ainsi, si je dis k#iab % j'exprime, malgré moi, la modification prér téjite de l'idfe écrire* Si je dis ktab , je passe du yerbe au pojn, ce mot ainsi prononcé signifie un écrit. Pour représenter l'idée simple x je trace les trois lettres k-t-b, indépendamment de toutes les voix qui servent à les prononcer. Cette faculté d'abstraire complètement les modifications dont une idée peut être susceptible, est, je le répète, particulière aux langues sémitiques : les idiomes analytiques en sont complètement dépourvus.

2, On comprend , sans qu'un plus long développement Soit nécessaire , que l'imposition d'une telle règle ne peut appartenir à l'origine d'une langue et qu'il a fallu quelques motif* particuliers pour que cette convention fût mise en usage; on ne se figure aussi l'adoption d'une semblable loi par une vaste association de peuples, qu'en vertu

d'une autorité suprême, ou (ce qui équivaut en bien des cas à l'autorité la plus absolue) de l'influence d'une civilisation prépondérante. Le motif de rétablissement de cette loi nous es V au reste, complètement inconnu; l'imagination seule peut se hasarder à supposer une association entre ce fait et l'établissement du système de l'écriture cunéiforme à Babylone. Heureusement pour nous, il ne s'agit pas de découvrir cette cause peut-être à jamais mystérieuse : nous n'avons qu n à constater le fait qui en est dérivé, et je ne pense pas que sur ce point les esprits réellement philosophiques soient portés à donner un démenti à Bopp et à Gesenius(1). 3. Ceci étant reconnu, il est certain que les langues que nous possédons ne s'offrent point à nous dans leur élat primitif: avant de subir l'empreinte du système trilittéral , elles ont dû marcher avec plus de liberté et ressembler davantage aux

(i) Je ne cite, ici que pour mémoire les observations que Klaprotb a insérées à la suite des Principes de l'étude comparative des langues du baron de Mérian. Si. l'on en croyait Klaproth et J. G. Adelung dont il rappelle l'opinion^ le système trilittéral ue serait qu'une rêverie inventée par les grammairiens arabes après Mahomet, et appliquée à la langue hébraïque, par des Juifs du Xe siècle. Une faut pas une bien profonde connaissance de l'hébreu pour s'apercevoir que les racines trilittérales appartiennent au génie et à la constitution même de cette langue. Klaproth a vu, comme nous, que l'hébreu, l'arabe et les autres idiomes sémitiques, témoignaient de l'existence première de radicaux monosyllabiques : mais il y a loin de là à croire que cet état originel fut compatible avec les langues sémitiques, telles qu'elles nous sont parvenues.

autres langues qui ne portent point comme elles un joug artificiel. Est-il possible, dans l'état actuel des langues sémitiques > de deviner quelle a été leur première constitution, de restituer leur physionomie originaire, en séparant soigneusement tout, ce qui appartient à la dernière réforme ? Ce problème n'est point aussi difficile à résoudre qu'on serait tenté de le croire. Un certain nombre de mots a échappé au joug de la convention tri littérale; ce sont, pour la plupart, les plus usuels et ceux qui se rapportent aux idées les plus simples. Ainsi, les motsrrm, mère, ab, père, etc. sont des monosyllabes de deux lettres qui font exception dans presque tous les dialectes sémitiques (i). Oh peut considérer aussi comme des monosyllabes originaires les radicaux imparfaits qui n'ont que deux consonnes réelles et une demi-consonne intermédiaire; au moins est-il bien difficile de nous persuader, à nous autres occidentaux, que des mots tels que ras, tête, sam, hauteur, etc., soient composés de trois consonnes; si cela est rigoureusement vrai pour la grammaire, selon le génie des Sémites, il n'en est pas ainsi pour l'oreille qui reconnaît sous cette forme un monosyllabe primitif inaltéré.

(1) J'espère ici, en suivant Gesenius , ne ni'être pas mis trop en contradiction avec l'opinion , presque irréfragable en matière de grammaire, de l'illustré M. Silvestre de Sacy. Ce que ce savant affirme du caractère essentiellement trilittéral des racines biletères ( Gr. Àrab. y § 604, t. I, p. 274, 2 e édit.) peut, je pense, ne s'entendre que du génie des idiomes sémitiques, et non de l'origine des mots qui les composent.

4. Bu tfiépàr&nt ïrihsi du vocabulaire sémitique les tnots qui ne se composent pas réellement de deux syllabes, ott parvient à réduire d'une manière asse* notable le notbbite des véritables trilittéràux ; mais ce n'est pas k eettè première conquête que se borne k restitution de là langue originaire. Il est un procédé qu'on peut appliquer en toute sûreté de critique à la moi t té au moins des mots hébraïques et chaMéens , et au moyen duquel on donne un accroissement très considérable à la liste des radicaux rétablis dans leur forme première. Cb procédé consiste à retrancher, au commencement ou à la in de k racine trililtérale , la lettre setvile qu'on y a jointe à dessein pour faire d'un monosyllabe un radical (rilittéral conforme à tous les autres. Ainsi , beaucoup de vfcrbes ajoutent en tète tin véritable çadical un iôd ,un hé ou un nourri ); <Fautres mettent un aieph ou un hé après les deux consonnes véritablement essentielles (2) ; enfin, le plus grand nombre de ces radicaux tout à fait factices , ont la seconde consonne redouHëe(3). H e$t à croire que les procédés d'extension des monosyllabes ne se bornent pas à ces *ègte$ Simples qui ne peuvent présenter aucune espèce d'ambiguïté : néanmoins je *

(i) Exemples. : JTt* cognovà, jn cognitio, *f?n et *jV, mt 9 imper. ^J 1 ?; rttt, saKit, fut. m'* etc. Sur tout ceci, U faut e'tudier avec soin la théorie des* verbes qwescents.

(a) Voyez, dans les grammaires hébraïques, les verbes quiescents tam-êHph et lam-hé.

(Sj^ilû, extendit, ^o, mensura, Ê|âD; curvavù^ ffijuava manusy elc n elt.

ne pousserai pas plus loin meé remarquée, ces exem* pies d'une nàtute incontestable me suffisant et audelà pour démontrer le fait de 1 identité première des langues sémitiques et de la langue égyptienne.

5* Et, en effet, si l'on soumet k série de mono* syllabes ainsi dégagé» de l'ensemble artificiel des idiomes sémitiques, à une comparaison suivie avec les radicaux de la langue égyptienne) on ne trouve en résultat pas plus de différence entre l'hébreu et l'égyptien, qu'entre l'hébreu et l'éthiopien ou tout autre rameau éloigné de la famille sémitique* Il semblerait au premier abord que, quand bien même la chose aurait dû originairement exis*. ter, les rapprochements entre Un idiome dont nous possédons des monuments très anciens* et une langue qui, comme l'égyptienne, ne nous est par* venue que sous une forme altérée et déchue dans les pauvres produits de la littérature copte, qu'un tel parallèle devrait présenter de grandes difficultés. Il n'en est point ainsi t le nombre des mots, tout à fait semblables et appliqués, chez les Sémites comme chez les Égyptiens, à désigner les mêmes idées, ne se borne pas, comme en le croit généralement à un petit nombre d'exceptions.

6. Je sais que, pour la plupart de ces mots idea-* tiques, on s'est contenté jusqu'à présent de penser, ou que les Hébreux les avaient portés en Egypte , ou qu'ils tes avaient ramenés des bords du Nil jusque dans la Palestine ; mais, &i l'on examine sérieusement ces deux hypothèses, on reconnaîtra qu'elles sont également insoutenables* Les Hé*breux arrivés tard en Egypte y n'ayant occupé

qu'une faible partie du territoire, étant demeurés pour les indigènes un objet de mépris à cause de leurs habitudes pastorales , n'ont pu donner à l'Egypte des mots que les monuments égyptiens notis offrent d'ailleurs antérieurement à l'arrivée des nomades de la Palestine. On comprendrait plus aisément que ces peuples, ayant subi l'influence de la civilisation égyptienne alors dans toute la fleur de son développement, se fussent imprégnés d'une partie dé la langue de leurs oppresseurs; mais, ce fait admis comme vraisemblable, comment expliquera-t-on ensuite la transmission des motsoriginairementégyptiens,desHébreux auxautres nations sémitiques? Osera-t-on, trouver dans le petit peuple de Moïse, qualité suffisante pour avoir imposé des mots de sa langue aux dominateurs de la Syrie et de la Chaldée , ou même aux Phéniciens qui , dans l'orgueil de leurs richesses , ne devaient avoir qu'une bien pauvre idée des pâtres descendus d'Abraham?

7. D'ailleurs, je dois le répéter, les assimilations à établir entre l'hébreu et l'égyptien ne se bornent pas à un petit nombre d'exemples; la liste fournie par le vocabulaire copte tend à s'accroître dans une progression incessante. A mesure que la lecture des textes hiéroglyphiques deviendra plus étendue et plus certaine, on trouvera, non seulement beaucoup de mots pareils , mais encore, comme dans les langues sœurs, beaucoup de mots qui, partis d'une origine commune , ont reçu en divers lieux des acceptions dissemblables au premier abord, mais dont la critique philologique sait

rétablir la parenté avec certitude. Considérées sous ce point de vue , les différences de la signification d'un seul et même mot surprendront quelquefois beaucoup moins dans l'égyptien et dans l'hébreu, qu'elles ne nous étonnent en comparant entre eux les dialectes de la langue sémitique; et pourtant, quand il s'agit de ces dialectes , l'identité du radical ne saurait être contestée.

S. Les principes que je viens déposer surprendront beaucoup de lecteurs, même parmi ceux qui ont droit de se considérer comme initiés aux secrets de la philologie orientale; ces lecteurs trouveront peut-être audacieux à moi qui ne peux justifier d'un pareil titre, d'avoir hasardé une opinion, laquelle n'a point en sa faveur l'autorité d'un juge compétent. Pour être sincère , je dois avouer que le résultat auquel je crois être parvenu n'est point lé fruit d'une étude complète des deux sources auxquelles j'ai dû puiser. Ce sont les inductions historiques qui se rattachent à l'occupation la plus habituelle de ma pensée qui m'ont fait chercher les rapprochements sur lesquels je m'appuie; mais si ces rapprochements n'avaient point été de la nature la plus évidente, je crois pouvoir me rendre la justice de dire que je ne m'y serais point arrêté. Tout au contraire, à peine ai^je commencé cette recherche, que j'ai vu jaillir à mes yeux une lumière si abondante qu'il m'a été impossible de me refuser au témoignage, de mes yeux. J'ai réuni en note (4 ) un certain nombre d'exemples

(1) Voyez à la fin de la première partie V appendice n° I. L. 17

qui prépareront le lecteur à. la conviction que j'ai acquise. Le reste, pour les personnes' qui se donneraient la peine de vérifier mes assertions, .dépendra du plus ou moins de persévérance et d'impartialité qu'elles mettront à celte épreuve. Les exemples que je cite sont presque tous empruntés aux vocabulaires hébreu etchaldéen: d'abord, parce quece sont ces dialectes qui nous ont conservé presque toujours la forme sémitique la plus ancienne; ensuite, parce que ces vocabulaires sont les seuls dont les limites de mes études me permettent l'usage. Ceux qui voudront étendre îe parallèle aux autres dialectes sémitiques, pourront ajouter à l'opinion que j'ai avancée un. degré dé certitude qu'il m'est impossible aujourd'hui de lui donner. Si cependant ma proposition perdait à ce développement de travail quelque chose de son évidence première^ je me résignerais volontiers à confesser, non que j'aie commis une" erreur complète, mais que. j'ai* peutêtre attaché à mes assertions une valeur exclusive qu'elles ne doivent point avoir.

9; Je me trouve d'.ailleiïrs autorisé à insister par une observation qui .ne m!appartiënt pas et dont les esprits philosophiques rie pourront contester l'importance : dans lés Mémoires de l'Académie des Inscriptions ()),. Barthélémy a fait voir l'analogie frappante qui existe, et comme génie et même comme forme; entre les. pronoms, soit isolés, soit alïixés, des langues sémitiques et de la langue égyptienne. Le parallèle établi par Barthélémy

(i) Tom. XXXII. p. £23 etsuiv.

entre l'hébreu et le copié présentait encore quelques dissemblances que. la lecture des texfesTiiéroglyphiques a effacées^ âujourdhyi.toutes les formes des prohoifis hébreux, surtout celles des afïixes, se retrouvent dans la langue égyptienne (1). Conçoit*on qu'une ressemblance, qui repose sur un des éléments les plus profonds du génie des langues, puisse être fprtuite ? N'avons-nous pas là un ves-* . tige presque certain de cette confraternité étroite, qui après avoir uni les langues des. Sémites et celle des Égyptiens , a fini par s'éffdcer en; partie ', à îa suite de l'établissement dusy'stèqte trilittéral, mars que certaines circonstances ont néanmoins contï-* iiùé de manifester, four mon compte, je doute que les rapprochements qui établissent la parenté d'au- Vr es langues entre elles , rapprochements que la science admet aujourd'hui universellement, soient susceptibles d'une plus, complète démonstration. Si à l'aide d*induc(ions souvent moins claires, quoique sans doute au fond tout aussi: peu contestables, on parvient à renouer le fiL des langues entre des peuples placés aux deux extrémités de l'ancien mon-, de,. les Germains et les Hindous, je puis nie croireen droit de réclamer la même faveur pour des- nations qui ont occupé originairement le même soi, et qui, lors de leurs derniers établissemeô ts,.n'étaien:t séparées que* par un désert de quelques journées cle voyage. •• • • ' '

IX. 1 . Sans tout 'ce qui précède , je me suis servi, pour désigner la famille à laquelle l'hébreu

(1) Voyez à la un delà première partie Y appendice n° II.

( 260 ) appartient, du nom de famille sémitique; en cela je n'ai fait que suivre l'usage ordinaire et me conformer aussi à l'état actuel des choses où les différents dialectes de cette famille ne sont plus parlés que par des peuples d'origine sémitique. Il ne s'ensuit pas de là pourtant que. la pratique de ces langues ait toujours été réservée aux fils de Sem. Déjà à une époque peu reculée (et les inscriptions en font foi), un dialecte sémitique était en usage chez les Phéniciens , peuple qui, suivant Moïse , appartenait à la race de Gham. Les Philistins chez lesquels nous trouvons aussi des formes de noms propres exclusivement sémitiques , ne sont pas, pour cela, parents des Hébreux; on voit, au contraire, une antipathie profonde diviser les nomades sémitiques et les peuples fils, soit de Ghanaan, soit de Mitsraïm, qui parlaient des langues si voisines de l'hébreu. Lesquels des fils de Gham ou de ceux de Sem, avaient imposé aux autres leur idiome? A quelle époque devons-nous faire remonter rétablissement des lois graphiques qui déterminèrent la physionomie des langues dites sémitiques ? Sur quelle langue ce changement s'opéra-til d'abord ? sur celles que les Sémites parlaient dans les montagues de l'Arménie, où sur celles dont les peuples de Cham faisaient usage avant la descente des tribus sémitiques ? ce sont là de3 problèmes très graves, en partie insolubles, et sur lesquels pourtant nous ne pouvons nous dispenser de nous arrêter quelques instants , tant ils importent à la déduction , et jusqu'à un certain point , à la démonstration de nos idées.

2. Il ne faut pas oublier en tout ceci que nous partons d'un point qui nous présente, des deux côtés à la fois, à peu près les mêmes chances de probabilité. Les Hébreux et les Phéniciens se montrent à nous parlant une langue semblable; et si, d'une part , on peut alléguer en faveur des Hébreux le rapport de leur langage avec celui des autres Sémites tels que les Araméens et les Chaldééns, de l'autre , il est permis de penser que les Phéniciens , premiers occupants de la Palestine , ont dû les premiers aussi posséder l'idiome que les Hé breux ont ensuite adopté. Une seule considération peut conduire à résoudre la plus importante des difficultés qui nous occupent. S'il est vrai que le système trili Itérai soit le produit d'une combinaison toute artificielle, on ne peut concevoir quel a été le génie des langues auxquelles ce système a été appliqué , sans dépouiller ces langues de l'enveloppe conventionnelle qui en dérobe à nos yeux l'origine. Ainsi réduite à ces premiers éléments, la langue hébraïque offre, comme nous lavons vu plus haut (§ VIII), une similitude presque complété avec la langue égyptienne. Je sais qu'on trouve aussi dans l'hébreu des racines indo-germaniques (1 ); en effet, on aurait peine à expliquer comment les Hébreux n'auraient conservé dans leur langage aucune trace des rapports qu'ils avaient eus en Arménie avec des peuples de race

(1) Le travaille plu» complet sur les rapports de l'hébreu avec les idiomes indo-germaniques, se trouve dansBohlçn, Gène sis, p. 148 et suiv.

indo-germanique ; mais la majeure partie des analogies se rapporte à la langue égyptienne, et si Ton trouve d'un côté quelconque une fraternité décidée, c'est éh faveur de l'idiome parlé jsqr les bords du Nil,

3. Nous supposons donc que la langue hébraïque n'avait point. été dans l'origine celle des Sémites; jïous pensons que, de même qu'un lien étroit d'ori* gine avait uni les peuples désignés par Moïse comme Éthiopiens,. Égyptiens, Phéniciens et Libyens, de même aussi, une conformité de langage avait réuni ces diverses nations. Il arriva cependant un jour que l'unité d'idiome se rompit; auparavant, la différence des dialectes avait pu modifier cette grande conformité : mais quand chez un des peuples de cette race, à Babylone sans doute, comme nous l'avons avancé déjà (ch. IV, §41 .-VII, §8), une influencé toute individuelle eut établi une connexion intime entre l'écriture et le langage, la séparation fut consommée. L'effet de cette entreprise des prêtres de Bahylone fut inégal . $ tandis qu'ils gagnaient à, leur langue reijouvelée des peuples d'une origine étrangère à la racé de Ch&m, c'est à savoir, les Sémites répandus en Un cercle autour de leur domaine, l'Egypte leur échappait j Thèbes et Memphis conservaient intacte cette physionomie première de langage que l'artifice trilittérai a dissimulée presque complètement.

4. Ces faits que nous exposons, nous n'en devons, je ne dirai pas.la connaissance, mais le soupçon qu'à un ordre de déductions que l'esprit peut adopter à défaut de renseignements positifs; le

restent surtout l'époque de cette grande révolution sont complètement inconnus ; le mystère est enseveli sans doute sous les débris du temple de Bélus, dont nous ne savons pas même si les briques ont été revêtues d'inscriptions. Le génie heureux qui démêlera les principes de l'écriture babylonienne saura aussi, nous l'espérons, si cette écriture a été introduite aux premiers âges de la civilisation de cette ville , quand p'as un des Sémites n'était encore descendu de la haute Mésopotamie, ou si ce sont les Chaldéens qui ont imaginé de substituer un procédé rigoureusement analytique d'écriture à cette première peinture des idées qui a dû. dominer d'abord sur les rives de l'Euphrate, comme elle a régné, si long-temps encore après sur celles du Nil. Si nous adoptions l'opinion aujourd'hui professée en Allemagne .sur l'arrivée récente .des Chaldéens a Babylone, notre esprit n'éprouverait aucune incertitude; car., long-temps avant la date' adoptée pour cet établissement des Chaldéens, nous . trouvons les Hébreux et les Phéniciens', eq posses-* sion d'unede ceslartguesà racines trilatérales, dont l'origine nous paraît si étroitement liée avec celle de l'écriture babylonienne. Bien que , d'à données dont la discussion sera l'objet c prochains chapitres de cet ouvrage , nous remonter beaucoup plus haut l'époque < blissement des Chaldéens à Babylone, il ne nous semble pas qu'il se soit écoulé entre cette époque et celle de l'entrée des Hébreux en Palestine, u.c espace de temps assefc long pour laisser place a ce

vaste développement de l'influence babylonienne par récriture. Il faut donc, dans la profonde obscurité où nous sommes, nous en tenir de préférence à l'hypothèse qui tend à faire considérer une partie des Chamites comme les auteurs du système trilittéral, et à croire qu'en adoptant ce système, les Hébreux n'ont fait que se conformer, soit à l'exemple de leurs frères , les autres Sémites de l'Arménie, exposés à l'influence immédiate des Babyloniens , soit à celui des Chananéens et des Philistins jusques auxquels s'était étendue cette domination intellectuelle de la métropole de l'Asie occidentale. X. Qu'on me pardonne d'avoir ainsi cherché , par voie de pure hypothèse , à soulever un voile que la philologie seule a le droit et l'espérance de déchirer. Bien que nous ne sachions aucunement quand et comment Babylone eut l'intention de soumettre lç monde entier à son langage, nous trouvons néanmoins, dans les récits populaires des Hébreux, une trace indubitable de ce-fait jusqu'ici inexploré. Le mythe de la Confusion des langues était profondément uni dans l'esprit des Hébreux avec le souvenir de la construction du temple de Belus : de même que les peuples, encore ignorants des prodiges de l'architecture, avaient été frappés d'une admiration stupide, quand s'élevait cette grande pyramide de Babylone, et avaient attribué à sa hauteur la pensée de vouloir monter jusqu'au ciel; dé même aussi , ils n'avaient pu voir la langue de ces prêtres adoptée par une population immense, sans la décorer du titre hyperbolique de langue universelle; voyant enfin ce grand ouvrage s'ar-

rêter sans avoir touché les étoiles , voyant cette langue se morceler en dialectes assez dissemblables pour que les hommes cessassent de se comprendre les uns les autres avec facilité, la pensée morale de ri m puissance humaine vint tempérer le premier effet causé par l'étonnement, et le récit, commencé à la gloire des prêtres de Babylone, finit par la dérision de leurs efforts.

XI. Je reviens au peuple qui, m'offrant entre sa langue et son origine une contradiction évidente , m'a dicté la longue digression" à laquelle je viens de me livrer. Quelle que soit l'incertitude qui reste encore dans les esprits sur tant de points d'une haute importance, nous comprenons à présent par quelle cause les Philistins, originaires de l'Egypte, ont pu subir néanmoins l'influence babylonienne. Nous comparons cette influence à une inondation qui s'étend dans toutes les directions d'une vaste plaine et ne s'arrête qu'aux digues que lui oppose une vigoureuse résistance. Cette barrière, les Égyptiens l'ont établie aux portes de leur empire par la vigilance avec laquelle ils écartaient de leur sol toute infiltration étrangère; mais ils n'ont pu préserver en même temps ceux de leurs rejetons qui, échappés à la tutelle directe de la Métropole, offraient tantde points vulnérables, à cause des communications que leur position dépendante les obligeait à entretenir avec les étrangers. La transformation du langage des Philistins semblera moins extraordinaire , à présent que nous sa vous que le changement n'est qu'extérieur et qu'une indubitable communauté d'origine lie la langue égyptienne à la famille des idiomes sémitiques.

(266) XII. 4 , Les questions de provenance et d'origine qui, jusqu'à présent, ont soulevé sous «os pas tant de graves problèmes, ne se présentent pasà nous d'une manière aussi désespérante en ce qui concerne les peuples de Chanaan* I*a prospérité .de ces peuples ayant survécu dyn grand nombre de siècles à celle des autres Chagoaites , et leurs rapports avec la Grèce ayant été long-tçmps intimes, il en est résulté que les auteurs classiques noua ont conservé sur leur première émigration, les renseignements lqs plus précieux. Hérodote (1) nous dit que la patrie première des Phénici^s- avait été située sur les tords de la Mer Rouge; par Mer Erythrée, il faut entendre ici, non le golfe de X Arabie,- mais Je Golfe fçrsiqùe (2). Ainsi, dès que npus apercevons leé Phépiciens d^ps l'ïiistQire > »ou$ les trouvons au milieu depes Éthiçpieqs de YXy sie,. que Moïse leur donne pôpr frètes. Si. nous' eu croyons Trogue - Pôippée (3), des convulsions volcaniques, si fréquentes encore $yx époques qui se ressentaient des premiers bouleversements du globe, les chassèrent de ce séjour; après avoir. tra^ versé l'Arabie Pétrée > i}s tinrent se fixer dans la Palestine, aux bords4u lac de Génézareth. Bientôt ils s'étendirent jusqu'à la côte de la Méditerranée et y fondèrent la ville de jâidon, long -temps la métropole des Phéniciens maritimes* La date de l'arrivée des Phéniciens sur la mer de Syrie nous

(2) Cf. Plin. H. N. VI. 23 et 24.

(3) Ap. Justin. XVIII. 3. â.

paraît fournie. d'une manière précise par Hérodote (1J. Suivant ce que les prêtres du temple d'Hercule avaient rapporté à cet. historien,, la presqu'île de Tyr , convertie plusieurs siècles après en une ville florissante, avait reçu, les premiers colons phéniciens 2,300 ans avant l'âge d'Hérodote, c'est à dire 2,800 environ avant nôtre ère. Tyr nous apparaît ainsi d'abord comme un établissement purement religieux et qij'on peut comparer au Panionium , bâti à peu de distance d'Ephése et au pied du mont Myca.le , centre religieux et politique de la confédération des Ioniens, sans pour cela qu'autre chose qu'un temple eut été bâti dans le lieu de leur réunion,

Page 1