La date approximative de 2,800 an I
pour l'arrivée des Phéniciens sur la M ,
paraît donner une singulière valeur à luge arménien, selon les Septante. ï s
naturel, ce pie semble , que de faire dépendre dé la même cause, l'inondation. qui a anéanti la population entière de l'Arménie, et les tremblements de terre qui chassèrent les Chananéens des rives du Golfe Persique. Les phénomènes , dont l'effet fut immense.vers le centre de l'aciion volcanique, ne produisirent plus que de moindres corn* motions à la distance où s'en trouvait la première patrie des Phéniciens; néanmoins l'impression qui en résulta fut encore assez grande pour décider ces peuples à s'expatrier. Nous n'avons, du reste, aucun motif de suspecter l'assertion des pçêtres de
Tyr qui, suivant le témoignage de Josephe ( 1 ) , possédaient des annules régulières ; la date que ces prêtres assignaient à la fondation du temple d'Hercule rentre, en effet, dans les limites que nous avons maintenant le droit de considérer comme historiques.
3. Nous rencontrons ici un témoignage bien décisif en faveur de l'authenticité du livre de Moïse: ce prophète nomme Sidon à la tête des enfants de Chanaan; il désigne même cette métropole comme son fils aîné. Moïse énumére ensuite un grand nombre de tribus phéniciennes , quelquesunes dont le rapprochement avec la géographie des âges postérieurs est tout à fait impossible; mais il ne fait aucune mention de Tyr. Cette ville, en effet , ne fut fondée autour du temple d'Hercule , qu'après que les Philistins d'Àscalon , jaloux de la prospérité des navigateurs Phéniciens, eurent attaqué et détruit leur capitale. La ruine de Sidon eut lieu, dit Trogue Pompée (2), un an avant celle de Troie. Le synchronisme qui résulte de ces deux dates pouvait effectivement être consigné dans les archives tyriennes, à cause des rapports de commerce qui unissaient la monarchie de Priam avec la confédération phénicienne. On sait qu'Homère parle du voyage de Paris à Sidon et des habiles ouvrières qu'il en ramena (3).
La date précise de la prise de Troie est pour les chronologistes modernes un grand problème. Entre
(1) Adv. Apion. I. 17.
(2) Jp. Justin. XVIII. 5. 5.
(3)//iW.Z. 290-1.
( 269 ) celle qu'Hérodote assigne par approximation à cet événement et le calcul probablement plus exact de Volney (1 ), il existe un intervalle de plus de deux siècles. Mais quelque haut qu'on fasse remonter la destruction de Troie , on ne peut la considérer comme antérieure à Moïse. Pour Moïse, il est clair que Sidon est encore la capitale de la ligue phénicienne, et que la ville de Tyr n'est point encore fondée. Il est clair aussi que, pour Fauteur du texte sacré, les nations chananéennes de l'intérieur de la Palestine sont encore dans fout l'éclat de leur puissance , puisque nous les voyons Ggurer presque toutes sur la même ligne que Sidon elle-même. Les Chananéens présentent à Fesprit de cet auteur une idée compacte; leur délimitation, telle qu'il Fa décrite , donne Fidée d'un triangle alongé dont le sommet au nord est Sidon, et la base, voisine des frontières de FÉgypte , offre une ligne qui s'étend depuis Gaza jusqu'à Gomorre , en passant . par Gérare. Nulle autre nation ne s'est fait jour encore au milieu de ces peuples ; les Phéniciens de la côte sont déjà quelque chose par leurs richesses, et le droit d'aînesse leur appartient; mais ceux de Fintérieur sont peut-être les plus populeux; leurs tribus abondent sur un territoire plus fertile.
Qui pourrait s'imaginer qu'un tel tableau eut été tracé après l'établissement des Hébreux dans la Palestine, quand les Chananéens de l'intérieur eurent été, ou exterminés, ou réduits en ilotisme, ou rejetés dans les montagnes; quand, de ce corps
(l)Rech. nom. — ChronoL <T Hérodote r $ } 9.
si robuste, il né resta plus que des membres épar$ et sans force ; quand ceux de la côte, assez heureux pour échapper à fcette destruction, furent seuls demeurés dans leur premier état d'union et d -indépendance? ceux qui , comme M.Bôhlen (î), veulent faire croire que la place d'honneur assignée à Sidon. dans le tableau ethnographique de Moïse , n'est point un monument de l'ancienne prospérité de Sidon, mais se rapporte seulement au rétablissement de cette ville à unie époque beaucoup plus récente, se refusent volontaireoient au témoignage ;que rendent tant de vestiges réunis d'un état de choses anéanti par l'invasion des Hébreux dans la Palestine.
4. Nous croyons donc fermement que le tableau de la Confédération des Phéniciens, conservé par la Bible , représente l'état dans lequel se trouvait la Palestine pendant le séjour des Hébreux dans le désert et immédiatement avant leur invasion.
Tous les peuples ici désignés sont en effet, de sang chananéen. Si d'autres peuples, tels que les Ammonites et les Moabites ne trouvent pas ici leur place , c'est que sains doute , à l'exemple dès Philistins , ils appartenaient plutôt a la branche de Mitsraïm qu'à celle de Chanaan» Peut-être devons -nous les compter parmi ces Gaphtorim incertains, dont notas avons rapporté plus haut, la parenté avec, uue partie de la population Cretoise. Les Héthéens, nommés immédia-
(1) Op. ciV.p. 133.
tement après Sidon, comme pour, faire pçtfcourir d'un coup <Tœil au lectçur toute, l'étendue du domaine des Phéniciens, ne furent pas détruits par lés Hébreux. On les retrouve assez souvent mentionnés dans la Bible depuis Te temps' de David jusqu'à celui d'Esdras (4) ; leur domaine était dans le sud de la Palestine, aux environs. d'Hébron. Les Jébuséens continuèrent aussi d'habiter les campagnes aux environs de Jérusalem (2). Les Amorréens défendus par leurs montagnes né se soumirent définitivement au joug que sous le régné de Sâlomon (3); On ne retrouve les Gergéséens nulle part dans l'histoire postérieure à Moïse. Quelques restes des Hévéeiis se montrent encore à Tépoque'de Salomon (4). Afcà, après avoir porté le nom de Ptolémaîs, a repris sa dénomination premièie : c'est St.-Jean d'Acre. La position des Sinéens est déterminée dans le Liban à peu de distance des Arcéens (5). Aradus est le nom d'une île de la côte qui le disputa en prospérité commerciale à Tyret à Sidon. On voit encore lès ruines de Sémyra, et la position de Hémat a pahi répondre à celle; d'Eplphanja dans le Nord de la Syrie (6) ; tnàis cette dernière ville me semble trop éloignée du
(î) ///, Reg. X. «9. IF. Reg. VII. 6. E'sdr. IX 1. . <S) IL Jte£. XXIV: 16. ïïl ; Reg. IX. 20. Esdr. >X. 1.
(3) IIi.iïêg.-pL.ik •
(4) IL Reg. XXlX. 7. III. Reg. IX. 20.
(5) Strab. XVI. p. 755. .
(6) Isaîe X. 9. Jerem. XLIX; «3.
lieu d'établissement des autres tribus phéniciennes.
XIII. Si la critique ne nous avait pas mis en garde contre les Juifs hellénisants des derniers siècles avant notre ère* .nous pourrions comparer ici avec la généalogie des fils de Cham donnée par Moïse, celle qu'Eusèbe (1 ) a rapportée d'après Eupolemus, et que celui-ci racontait comme une tradition babylonienne. Suivant cette version, du premier JBélus le même que Saturne , par conséquent du Baal le dieu suprême et probablement le dieu éponyme deBabylone, seraient nés un deuxième Zté/a^ et tkanaan, Fauteur de la nation phénicienne; celui-ci aurait à son tour engendré Choum, (le même que Cham) 9 et Mitsraïm le père des Égyptiens. Choum dont le nom se traduit en grec "AaêoXoç > c'est-àdire le brûlé , aurait été l'auteur de la nation éthiopienne. — La principale différence qu'on remarque entre cette généalogie et celle qu'a rapportée Moïse, c'est la suppression de Phut , père des Libyens. Moïse seul, ayant vécu en Egypte, avait pu connaître ce peuple et savoir qu'il appartenait à une au-» tre branche que l'Égyptienne.
Baal donné comme auteur de toute la race chamitique nous représente assez naïvement l'opinion babylonienne , justifiée d'ailleurs par cette lougue suprématie dont nous retrouvons partout les traces. Nous ne comprenons guère ce qui a pu dans cette opinion donner lieu à la fiction d'un second Béius, ni en vertu de quelle idée Chanaan aurait pu passer
(2) Prœp. evang. IX. 17.
( 2T3 ) pour le père de Cham et de Mitsraïm. Peut-être Eupolemus a-t-il rapporté d'une manière inexacte la tradition babylonienne ; peut-être, dans cette tradition, le Belus babylonien aurait-il eu trois fils, Chanaan , père des Phéniciens , Cham , père des Éthiopiens , Mitsraïm ,*pére des Égyptiens. Ce serait là au moins un moyen de ramener cette légende à des termes peu différents de ceux qu'on trouve employés dans la Genèse, sauf la prétention exclusive des Babyloniens dont Moïse, naturellement plus impartial lorsqu'il s'agissait d'une race toutà-fait étrangère, n'a dû tenir aucun compte.
XIV. 1 . On vient de voir que les notions données par la Genèse sur différentes branches de la race de Cham offraient toutes les garanties de la plus rigoureuse exactitude. Cette race est évidemment celle qui a dû la première posséder une civilisation développée ; les deux centres les plus anciens de la civilisation humaine, la vallée du Nil et celle de i'Euphrate, ont reçu d'abord des peuples de la race de Cham. Avant de nous enquérir des inclinations, de l'aptitude morale de cette race, ilfaut savoir si nous pouvons nous faire une idée de sa conformation, de sa physionomie en la comparant aux autres races humaines. Si tous les fils de Cham, selon Moïse, sont réellement frères, il suffit de savoir que les Phéniciens et les Égyptiens étaient de race blanche, pour déclarer qu'aucun des Chamites n'était noir; c'est là un point de fait que nous avons établi solidement dans le précédent chapitre (§. IL Cf. ch. V. §. IV). Si l'on compare maintenant les peuples de la race de Cham aux deux autres races l. 18
(274) blanches , la sémitique et la japétique , par quels traits essentiels pouvaîtron distinguer la première des deux autres? Devons-nous pour rétablir ce parallèle nous en rapporter exclusivement aux monuments égyptiens ? Existe-t-il des traces de l'art phénicien assez sûres pour nous guider dans cette étude ? La nature vivante renferme-t-elle encore un type qu'on puisse rapporter Sans hésitation à celui de la race de Cham ?
2. Si nous ne cherchions nos renseignements que dans les monuments de l'Egypte, nous pourrions éprouver un embarras insurmontable. Les matériaux que fournissent les fouilles dé l'Egypte, et qui ne consistent pas seulement en figures, mais en corps humains bien conservés, nous font voir parmi les Égyptiens des hommes d une haute stature , avec un nez souvent aquilin , des cheveux droits; en un mot,, des hommes qui ne diffèrent pas sensiblement des Sémites actuels. 11 est vrai qu'à côté de ces Égyptiens si semblables aux Sémites, on trouve toute une population dont la taille est courte et ramassée , les épaules hautes et larges , les lèvres assez proéminentes, la ligne du nez légèrement creusée à la partie inférieure; c'est surtout dans les rangs populaires que ce type se multiplie, et peut-être avons-nous le droit de le considérer comme étant le véritable type égyptien. Rarement les rois «n portent l'empreinte , à moins qu'on ne la cherche dans l'effigie des premiers monarques de la XVIII e dynastie ; mais l'argument qu'on tirerait du portrait de ces monarques est suspect , puisqu'on sait que cette famille s'était
alUée à des princesses de sang nègre (ch. V] §. 4.). Ces rois, en effet, les Thoutmosis et les Aménophis , tiennent beaucoup plus du nègre que la plupart des Égyptiens eux-mêmes.
Peut-être un jour pourra-t-on, avec espérance de succès , poser la question de savoir si quelques tribus sémitiques ne s'étaient pas infiltrées par le haut Nil dans l'Egypte; si, avant les conquérants éthiopiens , l'Egypte n'avait pas reçu de ces aventuriers qui précèdent d'ordinaire les conquêtes; si, en un mot , la caste guerrière égyptienne n'était pas d'une origine plus récente que le reste de la population du pays. Ce sont là, au reste, des problèmes sur lesquels la tradition ne fournit aucun éclaircissement , et dont la solution dépend d'inductions difficiles à établir d'une manière évidente. Je n'ai , pour le présent , d'autre but que d'indiquer là route que devra suivre celui qui se proposera d'étudier les rapports du type égyptien avec celui des autres peuples de la même race. Ainsi, si Ton se conforme à l'indication que j'ai donnée, on ne pourra s'empêcher d'être frappé de la ressemblance qui existe entre les vrais .Égyptiens que je désigne et le type que les Grecs paraissent avoir emprunté, dès leurs premiers pas dans les arts d'imitation , aux modèles fournis par les monuments phéniciens.
3. Nous n'avons , en effet } d'autre moyen de deviner en quoi consista l'art phénicien , qu'en étudiant les premières productions de l'art grec. Les Phéniciens qui avaient donné aux Grecs leur alphabet et leur religion , durent leur transmettre
aussi leur peinture et leur statuaire. Le style que j'appelle phénicien n'est pointa beaucoup près le même que celui qu'on remarque sur les monuments de TÉgypte. Les Phéniciens paraissent avoir eu pour le mouvement un goût prononcé que l'art égyptien perdit de bonne heure. La noblesse dos attitudes, la belle proportion des corps , une certaine suavité, quoique sévère, dans les contours, caractérisent les belles productions de l'art égyptien. Les figures phéniciennes sont trapues , sans noblesse , et se distinguent par des formes plus que ressenties , et par une singulière exagération dans la musculature. Ces figures ont toujours l'air de rire sans motif,, à cause du développement donné à l'ouverture de la bouche ; elles prêtent à ce -que nous appelons la charge , quoique leurs auteurs n'aient point eu l'intention de les rendre comiques : leur mérite principal est une singulière vivacité.
Ainsi , le principe de l'art dans ces figures n'est point celui qui a guidé les artistes égyptiens. Mais si , à part la tendance différente de ces deux écoles, on étudie les traits physionomiques de l'espèce humaine , on sera frappé de l'analogie qui existe entre les portraits des Égyptiens, tels que nous les ont transmis les nombreux monuments funéraires des particuliers, et le bizarre idéalisme auquel sont arrivés les artistes phéniciens ; la taille et la structure sont les mêmes ; la musculature seule diffère, parce que sous ce rapport il ne peut exister aucune ressemblance entre l'habitant paisible d'une grande vallée , et celui qui , vivant sur un rocher
stérile, doit, pour s'enrichir, consacrer sa vie aux hasards et aux fatigues de la navigation. On reconnaît encore la parenté des Phéniciens et des Égyptiens dans la saillie des pommettes, la coupe du visage , l'inclinaison du proGl.
Si Ton me demandait ensuite à quelle source je puise mes exemples de l'art phénicien, je n'aurais besoin que de poser à mon tour une question qui ne se peut résoudre que si l'on accorde, comme un fait très probable, la longue influence de l'art phénicien sur les Grecs : comment se fait-il qu'il existe une si prodigieuse différence entre les productions de l'art hellénique, à dater iie l'école d'Égine, et celles de l'âge antérieur : par exemple , la sculpture des métopes de Selinunte ou le style des plus anciennes médailles de la Macédoine? Évidemment on remarque bien plus d'analogie entre ces dernières pièces et celles qu'on a frappées en Phénicie avant la domination grecque.
Si nous consultons ensuite le type grec , non dans l'art, mais dans les individus qui l'ont inspiré, nous ne trouvons absolument rien de semblable à ces héros trapus des premières écoles de statuaire et de peinture. Le progrés de l'art ne suffit pas pour expliquer cette différence : on peut innover dans la correction du dessin,, le mouvement , l'expression ; on n'innove pas dans le type que l'art , à son plus grand état d'imperfection , reproduit presque toujours avec fidélité, au moins quant aux masses.
4. Cette différence entre les productions toutà-fait originaires de l'art grec et celles des Éginè-
tes, doit tenir à ce que, jusqu'à cette dernière époque, les Grecs n'avaient fait qu'imiter les ouvrages d'un peuple jusque-là supérieur à eux dans toutes les parties de la civilisation. On trouve dans les cimetières de la Grèce des figures de terre ouitç , des vases ornés d'animaux dans le goût oriental , dont on ne saurait dire s'ils ont été produits directement par les Phéniciens, ou si le$ Grecs q'ont fait que les imiter de ces peuples (1). M. Gerhard (2) a signalé la particularité curieuse qui existe à cet égard dans la nécropole d'Acrœ en Sicile, où Ton distingue à l'absence ou à la présence de ces productions , une population d'une autre , probablement le quartier des Phéniciens de celui des Grecs. Peut-être même la population première de la Grèce participait -elle plus que l'hellénique de cette conformation phénicienne : les Chananéens avaient semé tant de leurs colonies sur les côtes de la Grèce , que le type pélasgique , originairement japétique f avait pu en être modifié. Aux Doriens d'Égine commence l'art proprement hellénique , et c'est de ce moment aussi que nous voyons pré^ dominer le type pur qui caractérise les Hellènes. Au reste , je n'ai pas la prétention de traiter en aussi peu de mots un sujet qui se représentera de nouveau dans le cours de cette histoire j je n'en ?ii même tant dit sijr ce point, que parce qu'il importait de déterminer la nature dés monuments où nous pouvons puiser avec confiance des maté-
(1) De Witte , Catal Durand. — Averdss. et p. 280.
(2) Ann. de rinst. archéoL VII, p. 33.
riaux pour la restitution de l'art phénicien, et par conséquent pour la connaissance du type de ce peuple.
XV. Si l'on possédait des monuments plus nonv breux, et surtout d'une plus grande dimension, de l'art babylonien f il serait possible dç décider si le type éthiopien primitif avait quelque ressemblance avec celui que nous fournissent les figures originales de l'Egypte et celles que les Grecs ont imitées des Phéniciens. L'observation attentive des monuments égyptiens amène à croire que la population des bords du Nil appartenait à une race plus petite et plus faible que la nôtre» C'est dans ce sens aussi qu'il faut entendre les traditions défigurées par la mythologie, «lais cependant assez positives dans leur origine pour, qu'Aria tote ne les ait pas dédaignées (1)* sur l'existence d'un peuple nain et habitant des cavernes, au sud de l'Egypte, vers les sources du Nil f Les auteurs anciens confondent les Nubiens et les Pygmées ( 2 ) ; il est vrai que les habitants actuels de la Nubie , quoique généralement d'une complexion plus faible que les Arabes , sont souvent d'une belle taille et démentent la tradition que la littérature classique a conservée sur leurs ancêtres. Mais les Nubiens de notre temps sont entourés de toutes sortes de tribut sémitiques avec lesquelles ils se sont incessamment mélangés pendant bien des siècles. Une certaine différence dans
(t) Hist. anlm. VIII. 12.
(2) Hesych. NcoÇat. nuy^atot.
la stature et la force se fait aussi remarquer entre les Kabaïles de l'Atlas, descendants du Phut de la Genèse, et les Bédouins Sémites qui les avoisinent sur toute cette ligne ; et pourtant nous savons par Salluste (1) qu'à une époque très reculée, et que nous tâcherons d'apprécier d'une manière approximative, des hommes de race japétique s'étaient mélangés avec ces Chamites de la côte nord de l'Afrique, et avaient dû leur communiquer les éléments d'une force qui leur manquait originairement
XVI. Ainsi la malédiction de Noé s'est accomplie dans toute sa rigueur : les Chamites ont disparu de la surface de la terre ; la Syrie et la Palestine n'ont plus que des Sémites pour habitants; la population actuelle de l'Egypte est arabe ou grecque; les Barabras. et les Kabaïles n'ont qu'une vague ressemblance avec les Nubiens et les Libyens des âges reculés. Les exemples qui peuvent nous faire juger de cette race n'existent plus que dans les productions de l'art ou dans quelques momies arrachées aux catacombes de l'Egypte.
Pour retrouver dans la nature vivante quelque chose qui ressemble à un Chamite , il faut avoir recours à ces restes de colons phéniciens , conservés comme par miracle dans deux îles de la Méditerranée , celles de Malte et de Gozzo. Ceux qui ont visité ces îles ou qui pnt pu rencontrer sur les côtes de la Sicile et de l'Italie les speronare maltaises • avec leurs équipages trapus et fortement musclés,
(1) Jugurtha , XVIII.
aux épaules larges et hautes , à la tête grosse , au visage plat, comprendront bien ce que je veux dire. Qui a vu les Maltais ne peut plus les confondre, pour ainsi dire, avec aucun peuple du monde : les Italiens, les Siciliens, sont complètement différents. Plus sûrement encore que par les débris du langage phénicien qu'ils ont conservé , on les reconnaît pour descendants directs des anciens maîtres de la Méditerranée , à ces traits extérieurs qui se sont maintenus jusqu'à nous : comme si la nature avait voulu perpétuer la preuve vivante de l'un des faits les plus importants que nous présente l'histoire de l'ancien monde.