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me* lieux et l'asservit en quelque sorte aux mêmes actes queceuxqui se passaient sur cette terre à l'origine des temps historiques, toutes ces causes réunies feront du tableau de l'Egypte la partie la plus claire à nos yeux de l'antiquité.
En même temps, la chronologie s'établira sur des bases solides à l'aide d'une suite presque non interrompue de monumens contemporains des diverses époques; par ce moyen, il sera permis à Tes prit humain de remonter l'océan des âges avec une certitude rigoureusedansunelimiteinfiniment plus étendue qu'on n'a pu le faire jusqu'à ce jour. Voilà ce que les travaux de Champollion ont préparé et rendu possible, voilà ce qu'il eût exécuté presqu'à lui seul, si l'épuisement de ses forces physiques 'n'avait hâté la fin d'une vie si nécessaire à la science.
Qu'il me soit permis de m'arrêter encore un instant, Messieurs, sur ce sou venir à la fois si précieux et si douloureux pour moi. Les rapports intimes que j'ai entretenus pendant desannées, hélas! trop courtes, avec cet homme supérieur, le bonheur que j'ai eu d'assÎ9ter à l'épreuve solennelle qu'il fit de sa dé* couverte en l'appliquant aux grands monumens de l'Egypte, la connaissance anticipée d'une partie des travaux de Champollion dont je fus alors honoré, tout cela joint à l'impression que m'a laissée un caractère aussi sincère que la destinée de l'homme était élevée , a produit sur mes idées une influence trop directe pour qu'il me soit interdit d'en repasser devant vous la trace. C'est la découverte de Champollion, qui, pour la première fois,
m'a donné l'espérance que la question des origines de la civilisation grecque serait un jour résolue;avec quelle impatience, avec quelle confiance aussi n'afctendais-je pas le développement paisible et glorieux de ces magnifiques travaux ! En jetant, à l'aide de Champollion, un regard plus assuré sur l'Egypte, j'acquis dés lors la conviction que les origines grecques avaient été,faute desélémens de comparaison, mal appréciées, principalement sous le rapport du grand générateur des idées dans la société antique, souslerapport de l'élément religîeux.Dès lors aussi, je me mis avec courage à l'étude de cet élément cher les Grecs, comptant bien que, si je faisais quelques pas en avant de mon coté, Champollion arriverait du sien muni du butin inappréciable de ses découvertes, et que la Grèce et l'Egypte se voyant enfin face à face, seraient forcées de révéler l'énigme de leurs rapports originaires.
La perte de Champollion a détruit la plus belle partie de ces espérances. Quand un homme de cette portée meurt, le deuil de la patrie s'adoucit par la pensée que le grand homme reste au moins vivant dans ses œuvres} mais hélas! quelque étendu, quelque riche que soi t le testament du génie, le génie luimême en s éteignant laisse une lacune presque toujours irréparable : non seulement la publication de matériaux incomplets, de travaux inachevés et par eonséquent remplis d'énigmes, présentent d'inexlricablesdi(ïicultés;mais encore l'instrumenta péri, l'instrument exercé, perfectionné,seul capable pendant long-temps de mettre en œuvre ces matériaux.
Sous ce rapport, on ne saurait imaginer une perte plus déplorable et plus complète que celle deChampollion; n'oublions pas qu'il est mort, non dans la jouissance paisibledeses travaux, mais dans le développement même de sa découverte ; en proie à une espèce de sentiment divinatoire qui le poussait sans cesse en avant, il a dû négliger la méthode,ou,pour mieux dire, la méthode qu'il s'était faite ne pouvait convenir qu'à lui. Au moment où la mort est venue le frapper , Cbampollion avait commencé à sentir lebesoin de propager par des écrits plus didactiques la science qu'il avait fondée. La. Grammaire égyptienne, le monument sans contredit le plus prodi-. gieux que les sciences philologiques aient produit, témoignera de cette dernière phase du génie de Champollion , phase qu'il n'a parcourue quelques instans que pour s'éteindre aussitôt. Quoi qu'il en soit, jene crains pasd'afiirmer que la pertede Champollion a retardé d'un quart de siècle le progrès des études égyptiennes : heureux encore que notre espérance, naguère si proche, ne soit en définitive qu'ajournée !
J ai dit tout à l'heure que la découverte de l'alphabet phonétique m'avait donné la première espérance de voir résoudre enfin la question des origines grecques; d'autres travaux commencés sur d'autres voies rendent l'accomplissement de cette espérance de plus en plus probable. Je n'ai pas besoin de rappeler les admirables travaux des Frédéric de Schlegel, des Bopp, de toute l'école indianiste,auxquelsj ai déjà faitallusion; à côtéde l'étude des langues, qui résume sous quelques rapports ce
C <3 ) qu on pourrait appeler îe problème de foprovena/ice des peuples, les travaux des naturalistes appliqués auxcaractéresdistinçtifs des animaux domestiques, viennent corroborer les résultats obtenus par les linguistes, et démontrent déplus en plus la réalité de ce mouvement de l'espèce humaine d'Orient en Occident, înouvement fidèle à la marche même du soleil. La géologie, cette science dont les gigantesques progrès sont la gloire de ce siècle, fournit à l'historien des lumières non moins précieuses. En déterminan d'âge et la progression des révolutions qui, avant que ne parût la race humaine,ont tourmenté, sillonné,soulevélafaceduglobe,elle témoigne clairement de là nouveautéde notre espèce, et nous empêche d'ajouter* foi aux rêveries d'une école qui supputait les myriades d'années d'une existence paisible de l'homme sous un ciel bienfaisant,sur un soi immuable et fécond; la géologie nous permet aussi de juger l'impression qu'ont dû produire sur l'homme encore neuf tantde terribles phénomènes volcaniques et neptuniens, une si effrayante conjuration des flammes du ciel avec celles de la terre, quand au désordre des saisons mal assurées répondaitle mouvement presque continu du feu intérieur encore en proie à ses longues convulsions. Le coup de tonnerre dans les forêts de Dodone, qui, suivant l'hypothèse audacieuse de Vico, éveilla la première idée d'url Dieu de terreur dans 1 ame des aborigènes de la Grèce, cecoupde tonnerre devient, à l'aide des travaux des Léopold de Buch et des Elie de Beaumont, une lutnière certaine dans l'étude des premières idées religieuses de l'humanité.
(14) Des voyages plus multipliés .des observations plus exactes, des dessins plus fidèles ont accru dans ces derniers temps d'une manière très remarquable la masse de nos connaissances sur les pays habités par les premières races humaines. Nous pouvons dire presque toujours maintenant quelque chose de cei^ tain sur la configuration du sol, sur la direction des montagnes et des cours d'eau , sur les productions naturelles des diverses contrées : par ce moyen, le témoignage desdeux écrivains à la fois si véridiques et si éclairés qu'on rencontre au portique de la littérature grecque,les témoignagesd'Hérodoteet d'Hippocrate, se trouvent merveilleusement confirmés; nous sommes ainsi encouragés à faire un usage plus confiant des assertions de ces écrivains en ce qui concerne les particularités que les voyageurs modernes n'ont pas encore vérifiées. La topographie antique n'a pas fait de moindres progrès : la position des villes a été fixée, leurs monumens relevés et souvent fouillés. Depuis Méroë jusqu'à Babylone et Persépolis , nous pouvons désormai î parcourir en quelque sorte par étapes tout ce vaste terrain, témoin des plus importantes révolutions qui aient bouleversé la race humaine. Grâce aux admirables dessins publiés par Ker-Porter, nous connaissons aujourd'hui la cité royale des Perses presque aussi bien que l'empire des Pharaons. En même temps, les relations toujours plus multipliées des Européens avec ces antiques contrées ont fait refluer ohez nous une quantité inespérée des monumens figurés propres à la civilisation de la Babylonie et à celle de la Perse : tandis que Ker-Porter nous
conduit au^ pieds de 1^ tpjjp de jBabel et flan§ }a cité $e Neparo4 ^ nppjs pouyqRg étydjief par çeg-r tainesj^s cyjipdres piysterieux sur lesquels Qnlirç peut-être up jour tout le système fgligieqx de 1$ Chaldép. Saq» doute l'espérarççe qu'^y^ient fai{ concevoir les travaux d'aborç| sj heureux de Gror tefend giir Jgj* insçrjptioq^ cunéiformes pe ^stpj^ ^ beaucoup près réalisée ; ipaîs prjfii| pijisepj'ofl 3 deyiné le système de l'alphabet punéifpripç persan, puisqu'on a reconnu que le te^te (les iqsçrfptippg tracées d'après ce système était pn lapgup zppjle, e| qu'pp ? lp clairement le non} de plusieurs jroi§ d<3 la race des Açhémépïdes , il npus e§t peraii§ $£ croire que les inscriptions persanes seront Joutes expliquées par la suite : nous pouvons poème concevoir la possibilité d'une découverte de l'alphabet cunéiforme assyrien; et le jour où l'on déchiffrer^ le nom de Nabucjiodonosor sur les briques babylo- \ dans nos Musées, viendra peutr ^ous np le pensons, ucoijp plus certaine résulte des x de M. Eugène I$uri)Quf sur 1^ res de Zoroastre. Quelque altération que l'on suppose exister dajis ce texte, une fois pourtant que M. Buniouf aura complété la traduction fjfléje et le çoxpment^ire apprpfojudi qu'il en publie, nous pourrons nous flatter fie connaître le système religieux des Perses. Ainsi quand on possédera, dune part les livres de Zoroastre autrement que dans la version conjecturale du couraÎT geux Anquetil-Duperron, quand de l'autre on aura lui les piillîers d'inscriptions religieuses des temples
et des tombeaux de l'Egypte, on peut croire que l'étude religieuse des peuples placés entre la Perse et l'Egypte, et soumis nécessairement à l'influence de ces deux grands empires , deviendra plus accessible aux efforts de la science. Nous devinerons peut-être quelles croyances , quels symboles , quel rituel et quelles /ormes hiératiques , les Phéniciens ont pu porter sur les côtes et dans les lies de la Grèce ; et peut-être, au lieu de ce conflit d'opinions contradictoires qui paraît jusqu'à ce jour composer tout le domaine religieux de la Hel lade , verrons-nous ressortir quelques idées, simples , fondamentales, concordantes même, qui débrouilleront tout le chaos.
Par là , tant de travaux utiles, ingénieux, achevés, sur la chronologie, l'histoire militaire et civile, les lois , la littérature, les monuments d'art, l'économie politique et le commerce des anciens , produits d'une science à laquelle s'est adonné le génie des Scaiiger, des Fréret, des Volney, des Winckelmann , des Visconti , des Quatremére de Quincy, des Boeckh, desLetronne, desOtfried Mûller et de tant d'autres,, lie resteront pas dépourvus, pour ainsi dire , de tête et de principe, par l'absence de résultats positifs en ce qui concerne l'élément religieux de la société des Hellènes. Telles sont , Messieurs , les espérances que nous avons droit de concevoir : seulement nous en perdrions tout le profit, si nous donnions le droit à nos conjectures de prévenir le développement probable de la science. Dans cette position, attendant de l'étude des résultats importants , et n'en possédant à cette heure
qu'un très petit nombre , le rôle de celui qui se propose d'initier à ces études un auditoire qui n'en a qu'une idé# imparfaite , doit se borner strictement à celui de rapporteur : c'est aussi la borne queje me suis posée, etqu'une impérieuse nécessité, c'est-à-dire, un dénuement complet de bons travaux sur telle ou telle partie de la matière, me déciderait seule à franchir.
Les réflexions qui précèdent montrent suffisamment la marche que je dois suivre dans ce cours : je vais indiquer d'une manière encore plus précise Tordre progressif queje me suis tracé. Comme le berceau de la race hellénique appartient, sans aucun doute, à l'Asie, c'est pour moi une obligation de commencer par cette partie du monde.Si j'attachais une foi plus entière à certaines hypothèses qui supposent au centre de l'Asie une civilisation antérieure à toutes les autres , civilisation qui se serait propagée dans tous les sens avec les peuples de même race, je devrais vous transporter dès l'abord dans ce qu'on appelait naguère encore le plateau central de V Asie. L'homme, qui à lui seufa le plus avancé nos connaissances sur ce globe et qui a jugé de ses lois avec le coup-d'œil du génie le plus sûr, M. Alex, de Humboidt, a prouvé, il y a peu de temps, qu'il fallait renoncer à l'idée favorite d'un plateau central de l'Asie, et j'ai grand'peur que le système de la civilisation altaïqùe pu himalayenne ne disparaisse avec lefata morgana géologique , base de la supposition. En tous cas , la prudence et la critique nous imposent une marche plus régulière. C'est aux rives de TEupbrate et du
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Tigrç , lieux que l'on a 'considérés dans tous les temps comme le siège des plus anciens empires de l'Asie, que nous porterons d'abord nos pas. Ba» byloue d'abord, Ninive ensuite, seront pour nous l'objet d'études importantes ; nous nous attache-* rons à caractériser les différences essentielles qui séparent ces deux villes , objet d'une trop fréquente confusion. L'Aram des Hébreux, contrée désignée par les Grecs sous le nom de Syrie, se lie étroitement, en raison des rapports naturels et des conséquences politiques de ces rapports, avec Ninive et la Chaldëe; nous ne connaissons guère l'état primitif des pays araméens que par les Juifs et les Phéniciens.
Les Juifs , Messieurs, sont à eux seuls tout un monde; mais ce n'est pas de ce monde que la société grecque est sortie. Plus la destinée des Juifs est grande et providentielle, plus leur importance matérielle est faible dans les affaires de l'Orient. Envisagés dans le tableau de l'histoire primitive, les Juifs se présentent à nous comme un point lumineux, et qui pourtant ne rayonne pas. N'est-ce pas par un miracle à jamais incompréhensible, que la foi nationale des Juifs, objet de la haine et de la dérision de tous les autres peuples, ait pu résister à tant et de si violentes attaques, et se conserver, se perfectionner même, à travers une si longue suite de siècles? Les Grecs , au moment de leur développement, n'ont point connu cette lutte des Juifs ; et, s'ils l'avaient connue , on doU croire fermement qu'élèves euxmêmes, en faitde religion, des nations araméennes, ils auraient partagé les préjugés de ces nattons cou*-
trefcs Juifs; les Juifs sont donc aussi en dehors de mon sujet que les Chinois, séparés du foyer de l' Asie Occidentale par tout le désert central de cette partie du monde ; car je ne dois parler ici que des peuples qui, de prés ou de loin, ont influé sur lé développement de la société grecque.
Nous n'interrogerons donc les monuments littéraires des Juife que pour y puiser des témoignages sur la situation géographique, l'origine et les mœurs des peuples contre lesquels le peuple de Moïse soutint une lutte implacable et acharnée; nous consulterons sa chronologie comme une ressource de la plus haute importance; dans le dénuement où nous a plongés la perte des annales que possédaient les peuples voisins , et dont rien ne nous empêcha de préjuger l'exactitude et la fidé*lité. U va sans dire, par conséquent , qu'au-delà 4e la périodb dans laquelle la régularité des annales juives se prouve par l'enchaînement et la continuité des faits, te calcul des livres juifs , si controversé parmi les Juifs eux-mêmes, n'entre plus que comme un élément de probabilité dan6 nos recherches.
Quant aux Phéniciens, celui de tous les peuples dont les rapports avec la Grèce primitive est le moins • sujet à contestation , après avoir indiqué kur dépendance de la civilisation araœéenne, il sera plus naturel de ne nous occuper deux sérieusement qu'au moment de passer à la Grèce elle-même.
Laissant donc provisoirement de côté la Phénié& et suivant les révolutions qui firent passer l'em» pire de l'Asie Oceideql* le des Assyriens aux Mèdea,
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(20 ) des Médes aux Chaldéens de Babylone, des Mèdes et des Chaldéens ensemble aux Perses, nous arriverons aux limites de l'Inde, sur laquelle nous ne jetterons qu'un coup-d'œil dubitatif et incertain. La Bactriane primitive , la Bactriane antérieure à l'empire des successeurs d'Alexandre, nous fournira des lueurs encore plus vagues et plus fugitives. L'Arménie, si importante pour l'investigateur des origines bibliques, nous intéressera sur^tout par ses rapports étroits avec l'empire d'Assyrie, rapports dont témoigne l'historien national , Moïse de Khoren, et que justifient les inscriptions du lac de Van, recueillies par l'infortuné voyageur Schulz. Nous aurons à regretter qu'une confirmation aussi évidente ne vienne pas à l'appui de l'assertion d'Hérodote, qui place dans la Colchide une colonie égyptienne , laissée par Sésostris sur les bords du Phase, dans le cours de ses immenses conquêtes. Le rêve du Caucase, si cher aux érudits du commencement de ce siècle, s'est dissipé f comme celui de l'Himalaya commence à le faijre : nous n'aurons donc rien à demander à ces vallées, grand chemin, mais non berceau de l'espèce humaine. Au nord du Caucase et de la Colchide, nous trouvons les - Nomades, qui déjà ont-dû se présenter à nous dans les sables de l'Arabie et au versant de la chaîne arménienne. Les Nomades se rencontrent encore à l'est de la mer Caspienne, et nous séparent, dans les solitudes orientales de l'Asie , du développement tout spécial et tout concentré en lui-même , de la Chine. Les Nomades n'ont rien à dire à l'histoire successive de l'humanité : pareils aujourd'hui à ce
qu'ils étaient, pour ainsi dire , le lendemain de là création, ils sont là pour témoigner d'une loi immuable de ce que j'appellerais volontiers leur espèce; ils remplissent l'espace , mais le temps ne leur appartient pas. « L'histoire de ces contrées », dit M. Auguste de Schlegel en faisant usage de notre langue d'une manière que Bossuet n'aurait point désavouée , « l'histoire de ces contrées res- » semble au sable mouvant de leurs vastes déserts. » On y voit une infinité de migrations, des domi- » nations subitement agglomérées et dispersées de » même, et de temps en temps, des débordements » sur des pays plus favorisés de la nature, et an- » ciennement cultivés; débordements irrésistibles » qui, plus d'une fois, ont mis en péril la civilisa- » tion du genre humain». Voici le seul point, Messieurs , par lequel les Nomades appartiennent à notre sujet , et c'est aussi ce qui m'obligera de jeter un cotip-d'œil sur un empire qui n'a peut-' être pas été dépourvu d'influence sur l'Europe , celui des Scythes , placés , relativement à l'Asie , au-delà du Tanaïs.
Revenant à ce que nous considérons comme ïe vrai centre des idées, nous devrons le plus sérieux examen aux ramifications que poussa l'empire d'Assyrie jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Asie- Mineure. Malgré les recherches approfondies qui existent sur ce sujet , malgré les découvertes des voyageurs, découvertes auxquelles notre compatriote, M. Texier , vient d'ajouter un riche supplément , on sait bien peu do choses sur les maîtres primitifs de la Paphlagonie et dç la Cappa-
doce, sûr la dyriastie des Héraclidea de Lydie> sur les Midas et les Gordiuà de Phrygie > princes dont l'existence a été rigoureusement constatée par la lecture qti oh a faite du nom de l'un d'eux feur mm antique tombeau* Seulement, à travers les bril* lantes couleurs de la poésie homérique^ nous frotté faisons utte idée de l'importance du royaufrie de Priam et des liens de dépendance politique qui unissaientla Troade ad grand empire d'Assyrie. On doit à l'établissement des colonies grecques sur la côte occidentale de l'Asie, quelques notions con-* fuses sur les peuples qui occupaient dette côté , et surtout sur tes Cariens, lesquels > à cause de leur expérience de la navigation $ ont principalement fixé l'attention des Hellènes. Enfin , les rapports de Crésus avec la Grèce nous font entrer dans les temps véritablement historiques, fournissent à l'é-* tud« les synchronismes les plus curieux, et nouent dune chaîne désormais non interrompue les affaires de l'Europe avec celles de l'Asie^
L'examen de l'histoire du second empire de Lydie serait donc, si nous le voulions, un moyen de transition naturelle de l'Asie à la Gréccj mais nous ft'y aurons point recours, car l'Orient ne sera pas encore épuisé par nos recherches. Il nous restera l'étude tout entière de l'Egypte , cette mère commiine de la sagesse, selon le témoignage unanime de l'antiquité. Vous' me permettrez i Messieurs, de donner un assez grand développement à cette partie de mon sujet : l'abondance et l'intérêt des documents m'y autorisent, la direction de mes études m'y porte naturellement
(28) D'ailleurs , Messieurs , cette Phénicie que nous avons mise tout à l'heure en réserre , et sur les ' vaisseaux de laquelle nous devons bientôt nous embarquer i emportant dan* la corbeille mystique les Cabirea de Samothrace, cette Phénicie n'est pas moins imprégnée d'idées égyptiennes que d'idées chaldéeitnea s pour que nous nous fassions une idée exacte de ce qu'elle a pu être dans les beaux siècles de sa civilisation, il faut nous la représenter ballottée d'un despote à l'autre, passant d'un Rhaifcsès à un Ninus, et d'un Sennachérib à un Néchaôj laissant les plaines aux deux torrents opposés qui se les disputent , et retranchant dads ses iles et ses péninsules son indépendance marchande. Gomme je vous le disais! il y a peu d'instants, il nous faudra désormais nous attacher à la fortune des Phéniciens. Débarqués avec eux sur les côtes de l'Italie, de la Sicile et de la Grèce > nous y trouverons établis bien des peuplés , d'origine et de mœurs différentes; d'une part, des Lelèges , des Pélasges > des Achéens , et un commencement d'hellénisme; de l'autre, des Sicanes et des Sicules , des OEnotriens , des Osques, des Latins, des Ombriens, des Etrusques, des Pélasges encore. L'étude de toutes ces populations p leurs caractères divers , leur origine , l'époque présumée de leurs migrations , la part que chacune d'elles aura pu prendre au grand œuvre de la civilisation hellénique , avant et après l'époque de la guerre de Troie, telle est l'étude qui terminera pour le moment tant d'autres études, et nous permettra plus tard de continuer
(24) Celle du développement des Hellènes dans leur mère-patrie et dans les colonies qu'ils ont fon* dées.
Nous ferons donc, Messieurs , en peu de temps beaucoup de chemin ; notre voyage ressemblera à ces courses hâtées dans lesquelles on regrette à chaque instant de ne pouvoir s'arrêter aux mille détails de la route , et dont pourtant on rapporte une impression vive, forte et durable. Si je renonce à résoudre les énigmes, j'aurai du moins appelé votre attention sur la gravité des problèmes : si je ne communique pas la science , je tâcherai de faire la méthode, et la méthode, semée en de bons esprits, contient en germe toute la science.
Voici déjà long-temps, Messieurs, que la conquête de cette méthode a été le rêve, l'utopie des intelligences les plus distinguées. Au commencement du siècle dernier, Fréret, dans le Sein de F Académie des Inscriptions, enviait hautement les progrès dont les sciences exactes étaient déjà redevables à l'exclusion formelle de l'empirisme scolastique. Il provoquait de tous ses vœux l'application de l'analyse aux problèmes de l'histoire : il posait une distinction féconde entre l'esprit philosophique et l'esprit de système : il ouvrait une voie dans laquelle on n'a marché depuis que bien lentement. Les plaintes en partie inutiles de Eréret ont trouvé un écho dans un des hommes les, plus pénétrants de ce siècle, dans le Volney des Reclierches nouvelles sur V histoire ancienne, si supérieur au Volney des Ruines : « Notre » fâche, dit-il, est bien plus épineuse que celle
• ' ( 25 ) » des physiciens. Nous n'opérons pas comme eux » sur des corps palpables, sur des faits soumis à » l'évidence des sens : tel qu'un jury d'enquête, » nous opérons sur des faits moraux qui n'existent » plus, et qui nous sont racontés, tantôt par des » témoins, tantôt même par des gens qui ne les ont » point vus. » Il résulte de ce parallèle des études exactes avec l'histoire , une infériorité pour la science des faits que Volney ne se dissimule pas, infériorité généralement admise dans le temps où nous vivons , et d'où résulte un véritable état de souffrance pour les progrès des travaux historiques. La difficulté est grave , sans doute : en voici, ce me semble, la meilleure solution.
Pour envisager sous son véritable aspect l'histoire en général, et surtout l'histoire primitive (la seule à l'égard de laquelle la certitude matérielle fasse véritablement question ) , on est obligé de reconnaître à cette science, comme deux pôles opposés, l'un de certitude matérielle , l'autre d'évidence morale. Si donc nous prétendons à quelques progrès dans cette étude , il nous faudra d'abord dégager les éléments de la certitude , les discuter, les apprécier, et en poser les limites et les degrés. Ce n'est qu'après avoir jçté ces fondements inébranlables, que nous pourrons nous aventurer aux choses d'opinion , et nous poser des questions de probabilité sur les phases morales de l'esprit humain. Ce cours, aufa donc deux faces et deux objets : d'abord la détermination aussi rigoureuse que possible des limites de la certitude his«»
torique : et ici nous nous livrerons sans réserve aux ressources de l'analyse; puis l'étude de Tes* prit humain , aux époques et dans les limites cei% taines: et là, reconnaissant toutes les obligations qu'a la Science aux créateurs de la Philosophie de T histoire , nous tâcherons de faire ce que font pour toutes les connaissances humaines les es** priis d'application; nous repasserons chaque dé* tail , discuterons chaque fait en particulier , éprouverons curieusement toutes les applications d'une loi révélée presque toujours par la synthèse la plus élevée.
Je serais un ingrat y Messieurs , si je déniais les obligations que j'ai (comme tous ceux qui s'occupent d'histoire en ce siècle) à la belle science dont fiossuet et Pascal ont été les précurseurs; que Vico a créée, que Voltaire* Montesquieu, Beau*» fort , Herder et Niebùhr ont enrichie, chacun à leur manière , qu'a naturalisée de nouveau parmi nous le professeur éloquent auquel je succède dans cette chaire f et qui, enfin, a trouvé de nos jours un écho si harmonieux dans l'auteur A' Orphée et de la Palingénêsie sociale. L'enfant qui marché aujourd'hui ne calomnie pas le doigt de sft mère (fui le soutenait il y a si peu de jours; d'ailleurs il en est de la Philosophie de l'histoire comme des autres sciences, quand elles ont atteint un certain développement; les vérités fécondes qu'on leur doit arrivent à chacun pour ainsi dire avec Voir qu'il respire, et le grand nombre oublie de ftire remonter sa reconnaissance à la source qui les a produites. Mais de ce qu'on avoue le* services
rendus par la Philosophie de l'histoire , ce n'eat pfts une raison pour que tout le monde, à tout propos fasse de la Philosophie de Vhigtoirôi P'abord, metr tons soigneusement à part les hommes de la trempe de Vico , hommes de l'espèce la plus rare de toutes et la plus dangereuse à imiter j ces nionsires de #/nthèse (passez-moi l'expression > Messieurs) ne surgissent qu'à l'aurore d'une 6cienoe. Un Vieo n'a pu naître qu'au commencement du nviii e siècle, au moment où l'Église seule avait coaçu et imposé une Philosophie de l'histoire à sa manière* comme un Buffon n'a pu deviner la théorie de la terre qu'alors que la géologie n'existait pas* Plus tard/ quand l'enchaînement des faits a pris une signification positive, quand les causes d'obscurément divines qu'elles étaient sont devenues intelligiblement providentielles > les lois nouvelles que ., prononce la Philosophie ne peuvent plus résulter que de l'examen patient et de là critique rigoureuse des faits* Où irions-nous* Messieurs, s'il nou* fellah voir ( comme news l'avons vu trop souvent depuis quelques années) l'histoire universelle i*e~ faite tous les mutins par des Vieo de collège si la jeunesse intelligente qui se formera la vie publique continuait d'avoir pour unique ^liment de ses. études historiques, des généralités sans base et sans preuve? Arrêtons, il en est temps, Messieurs , ce torrent de spéculations stériles ; il u'y a rien de trop sévère dans la critique contre cçtte maladie de théories et de généralités qui tue le talent dans son germe , et ôte auK esprits , souvent les plus distingués 9 la faculté de remonte? aux sources
avec un jugement pur de toute impression étrangère , et de voir les choses autrement qu'à travers un prisme d'éternelle convention. Oh! sans doute, Messieurs, aucun ne se flattera de pouvoir étudier toutes choses par lui-même ; quand dans cet horison toujours plus vaste à mesure que l'humanité marche et que la science s'agrandit, nous aurons choisi une obscure et étroite spécialité (le seul moyen que nous ayons de faire porter leurs fruits à des travaux, même médiocres), il faudra bienque nous nous en rapportions pour lé reste à des interprètes sommaires qui rassemblent pour nous les faits et les résument en des espèces de sentences et d'oracles. Mais de longs travaux seuls , dés travaux faits aux sources et contrôlés par une analyse sévère, donnent le droit de prononcer de telles sentences. Puis, quand il faudra que ces résultats isolés des diverses applications de l'intelligence se résument en un tout, et prennent une forme harmonieuse et durable, laissons, Messieurs, cette œuvre à la plume qui peint d'un trait, à la voix qui sculpte d'un mot ; brûlons sans pitié toutes les généralités qui pullulent à la surface de notre littérature , et n'ouvrons une place dans nos bibliothèques à de vastes Études historiques que si le plus grand écrivain de notre époque a consenti à' les écrire.
Ainsi donc, Messieurs, en partageant avec vous le culte que vous inspirent des exceptions aussi rares qu'elles sont sublimes , je tacherai de faire, dahs votre esprit , une rude guerre à la -manie des généralités qui dévore notre époque. Le
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( 29 ) meilleur moyen sans doute que j'aurai d atteindre mon but, sera d'insister auprès de vous sur l'importance des règles de la certitude. Dans cette intention , abordant successivement chaque contrée au moment plus ou moins précis où l'histoire établit ses rapports avec les Grecs , j'examinerai s'il existe aujourd'hui des monuments écrits ou figurés, meubles ou stables , contemporains de cette époque ou antérieurs. Ce peuple avait-il ce qu'on peut appeler le sentiment de la successivilé? possédait-il des annales? comptait-il simplement par synctironismes, par générations? ou. bien avait-il une règle astronomique assez fixe pour contrôler ses supputations historiques ? nous est-il parvenu quelque chose de ses annales? pouvonsnous nous faire une idée nette de ces supputations ? Par ce moyen, nous remonterons pas à pas , et à coup sûr , l'ordre des générations et des généalogies , constatant les synchronismes quand ces jsynchronismes peuvent s'établir avec d'autres histoires, déterminant retendue des lacunes , et nous arrêtant sur la limite qui sépare le certain du probable, quand ces lacunes ne pourront plus être appréciées. Au-delà , nous jetterons un coup-d'œil de doute et de conjecture aussi loin que notre vue pourra s'étendre, et la mesure denos jugements sera exactement calculée sur la portée de notre vue. Revenant alors sur nos pas , nous tracerons , dans l'étendue probable ou certaine des annales, autant de divisions qu'il se présentera à notre esprit d'événements capables d'influer sur la destinée d'un peuple. Les causes et
(30) l'effet de ces événements seront étudiés avec soin , afin que chaque division de l'histoire et chacun des faits qui motivent ces divisions puissent réagir clairement sur la suite. C'est seulement, Messieurs, quand ces bases seront solidement assises , que l'étude morale de chaque peuple commencera : à cette étude serviront d'introduction les faits matériels , palpables, les monuments contrôlés parla critique et propres à agir sur l'esprit par le témoignage des sens. Des questions de climat, de position, de culture, de voisinage, de commerce, toutes causes actives du développement d'un peuple, nous passerons aux questions de langue, de littérature , de science , d'art et d'industrie , produits de l'activité du même peuple : et quand \ nous aurons parcouru toute cette carrière , quand nous aurons joint à notre étude propre une revue des opinions importantes sur le même sujet, celles des naturalistes sur les faits naturels , des légistes sur les lois et l'organisation judiciaire, des économistes sur les sources de la richesse , des philosophes m* la religion et les mœurs , des hommes de guerre sur les événements et l'organisation militaire , et ainsi de suite , dé chaque juge spécial , sur tous les faits spéciaux, alors , Messieurs, il nous sera permis d'émettre une opinion et de tirer des conséquences j nous aurons aussi , nous, nos généralités , mais des généralités éprouvées et pleines de réserve.
Alors aussi , après avoir amassé le produit de ces études particulières , rapprochant ensuite ces résultats k* uns des autres, et pesant toujours avec
( 31 ) soin la probabilité de chaque conclusion , nous pourrons dire si jious trouvons entre tel et tel peuple des pointe de rencontre certains; nous pourrons dire si dès à présent ce* rapports existent pour la science, ou. si nous devons laisser à un avenir plus heureux et plus docte la solution des problèmes. Amsi , la question principale qui domine ce cours , suivant le succès plus ou moins grand de nos investigations , restera à l'état pré- > para Loire, ou fournira des conclusions soit probables, soit absolues. En tous cas, nous ne cher» cherons pas à forcer ces conclusions ; nous devons parcourir en trop peu de temp6 un terrain trop vaste , pour que la prudence et la raison ne nous fassent pas une loi de nous arrêter plutôt en-deçà qu'au-delà de la vérité.
Après avoir retracé le plan de ces leçons et indiqué les divers points de vue que je veux y faire entrer , ai-je besoin d'ajouter que je ne prétends nullement remplir dans son ensemble un cadre .si varié? Il n'est aucun des éléments du problème, tel que je l'envisage, qui ne demande, pour être bien compris et bien exposé, une capacité toute spéciale. La science présente aujourd'hui sous un aspect plus élevé le même spectacle qu'offre le dé*vèlopftement de l'industrie moderne : à mesure que Ihorizon s'étend , la division du travail doit augmenter. Toutes les questions que soulève un progrés simultané sur tant de routes différentes , ne me sont pas également familières et faciles : il en est auxquelles la nature de mes études me rend complètement étranger : je m'exposerai? à de gra-
( 32 ) ves erreurs, et je pourrais égarer aussi mon auditoire , si, pour ce qui regarde fc ces questions, je m'aventurais par-delà les notions générales que tout le monde doit posséder. Il est d'autres élér ments de notre étude que je puis espérer de comr prendre et d'apprécier sainement, sans pour cela manier avec une liberté suffisante les instruments de la discussion. Afin de pouvoir , Messieurs , vous conduire plus loin vous-mêmes dans cette division de mon sujet, je réclamerai les conseils, et, en quelque sorte , la coopération des hommes dont la sagacité et l'expérience honorent et éclair rent la partie de la science à laquelle se rapportent ces questions: et déjà j'ai conquis auprès de plusieurs d'entre eux la précieuse assurance que cette coopération ne me serait pas refusée : enfin je vous demanderai la permisssion d'insister sur les éléments de discussion que j'ai éprouvés, dont j'ai conçu une opinion qui m'est propre , et à l'égard desquels je me sens en possession de toute la liberté de mon jugement; en résumé , je crois avoir compris que mon devoir était de sacrifier mon amour-propre au désir qui m'anime, celui d'exciter un mouvement dans de jeunes esprit^, et de ramener l'activité des intelligences françaises à des études que je regarde comme indispensables.
L'état où nous sommes, Messieurs, relativement à ces études , n'est point un état normal; il est temps que la France reprenne , dans ce|te partie de la science, l'ascendant qu'elle a autrefois possédé. Trop peu de personnes parmi nous cultivent
le champ de l'antiquité. Nous possédons de brillantes exceptions , mais nous n'avons pas d'école, et les efforts d'ensemble sont , pour ainsi dire , inconnus à notre siècle. Des écoles telles que l'Allemagne en possède de si florissantes, ont quelques inconvéniens : quand l'autorité d'un nom illustre se trouve appuyée par un grand nombre d'élèves, la tyrannie des opinions s'établit aisément ; et les esprits , qui portent en eux-mêmes un germe d'originalité , ont peine à se dégager de cette atmosphère d'obéissance. C'est pour cela, sans doute, que les talens dont notre pays s'honore , produits d'études isolées et d'efforts individuels, portent en eux-mêmes un caractère frappant d'indépendance et de spontanéité. Ce caractère cesserait-il d'être le propre de l'érudition française, si l'on voyait s'augmenter le nombre des personnes qui se vouent à cette carrière? On peut en douter, si l'on considère qu'avant l'originalité, les mérites essentiels de la science française sont la clarté et la méthode. Dans ce siècle , Messieurs , on fait généralement bon t marché de l'aptitude des Français à l'érudition : c'est chose , à ce qu'il semble , qu'on doive laisser à l'Allemagne, si patiente, si posée, si riche de traditions et d'expérience. Et pourtant, si nous jetons un regard en arrière , que trouvonsnous * à la tête de presque toutes les branches de l'érudition ? Un savant français qui a fondé la méthode et engagé la science dans la voie dont elle ne devait plus sortir : ainsi nous voyons Henri Estienne et Casaubon donner les lois de la critique
littéraire ; Scaliger créer la chronologie ; Cujas le l. 3
droit; Mabillon là diplomatique; d'Ànvillela géographie. L'Allemagne , il est vrai , a son Wirickelmann , que . les archéologues reconnaissent comme le père de leur science ; mais faut-il compter pour rien Montfaucon , celui qui , dans son Antiquité expliquée, traça le cadre que Winckelmann n'eut qu'à remplir? V Histoire par les manumens, idée puissante et créatrice, la seule peutêtre qui ait donné delà réalité à l'étude des anciens peuples, qui nous ait fàit voir de nos yeux , et toucher de nos doigts, leurs mœurs et leurs passions dans toute la naïveté de la nature : idée désormais inséparable de la recherche des faits et qui dé pouille à toujours l'histoire du caractère d'un catalogue algébrique et décharné de dates et de noms propres. C'est, en quelque sorte , sous l'égide des hommes que je viens de citer et de la pensée qu'ils ont propagée, que je place ce cours. Puissé-je obtenir, pour résultat de mes leçons > qu'une seule intelligence, mais une intelligence de choix, excitée par l'attrait des questions que je vais exposer, consacre à l'antiquité le tribut de ses forces, et mérite de s'adjoindre aux noms célèbres que je rappelais tout~à-Fheure!