‹ Cours d'histoire du Canada (volume 3)Chapitre 4 sur 89 · ÎV NOTICE SUR L'AUTEUR · texte numérisé non relu

ÎV NOTICE SUR L'AUTEUR

sans que l'on s'en aperçoive, le génie des deux idiomes est méconnu. M. Ferland redoutait cet écueil, et sut l'éviter. M. Rameau, dans son estimable ouvrage de la France aux Colonies, après avoir cité un long passage du Voyage au Labrador, s'exprime ainsi : « Nous espérons que le lecteur français nous saura bon gré de lui avoir montré que, sur les bords du Saint- Laurent, notre langue n'a pas plus dégénéré que notre caractère. » D'un autre côté, plusieurs de nos concitoyens de la langue anglaise nous ont affirmé qu'ils auraient pu croire que M. Ferland, à ne le juger que par ce côté, avait été élevé sur les bords de la Tamise.

» Le Séminaire de Nicolet, qui se glorifie d'avoir déjà donné à l'église du Canada quatre de ses prélats, s'honorera aussi d'avoir eu M. Ferland pour élève : il y fit son entrée en 1816, après trois ans de séjour à Kingston. Il y suivit son cours régulier, éclipsant par ses succès tous ses rivaux, même les plus redoutables, ravissant tous les premiers prix de ses classes, se gagnant, par l'aménité de son caractère, l'estime de ses supérieurs et de ses maîtres. Parmi ces derniers, il eut le bonheur de compter M. Jean Holmes, une de nos gloires nationales : c'est à lui qu'il doit d'avoir été initié aux spéculations de la philosophie ; digne d'être l'élève d'un tel professeur, il acquit, sous sa direction éclairée, cette justesse de raison, cette modération dans les jugements, ce sage tempérament en toute chose qui distingue une raison vraiment philosophique. La vérité n'aime point les hauts cris, a dit quelque part un critique ; sa dignité exige le calme de toutes les facultés de l'âme. Ce calme, M. Ferland le posséda toute sa vie, après avoir appris à le chérir dans les dernières années de son cours d'études.

» Le Séminaire de Nicolet avait trop bien apprécié son brillant élève, pour ne pas désirer de s'assurer ses services. Il y occupa tour à tour la charge de professeur d'histoire, de rhétorique et de philosophie, de préfet des études (.1841) ; puis enfin, lorsqu'en 1848, Mgr. l'Archevêque eut formé une corporation interne dans ce même séminaire, M. Ferland y fut élu supérieur ; il y demeura jusqu'en octobre 1850.

> C'est avec douleur qu'il quitta cette maison ; car il partagea, à un trèshaut degré, l'attachement traditionnel qu'elle eut le bonheur de mettre au cœur de tous ses enfants. Il aimait à lui rendre de fréquentes visites, et se plaisait à revoir ces murs qui avaient abrité tant d'années heureuses, ces grands arbres de l'avenue, à l'ombre desquels il respirait plus à l'aise que dans nôs villes, ces hommes dévoués qui continuent aujourd'hui la même œuvre à laquelle il s'était consacré. S'il s'était cru permis d'exprimer un vœu, il aurait voulu y terminer sa carrière. La vieillesse, en effet, lui aurait paru moins pesante, au milieu des souvenirs que lui auraient rappelés ces lieux chéris et au milieu de cette jeunesse qu'il avait tant aimée.

» Vingt années de sa vie, qu'il regardait comme les plus belles, furent donc passées dans cette institution qui conservera chèrement sa mémoire : le ministère et ses travaux historiques se partagèrent le reste de sa carrière.

» Nommé vicaire de Québec, le 14 septembre 1828, jour de son ordination, il y demeura jusqu'au 21 novembre 1828 ; puis, il occupa le même poste à la Rivière du Loup jusqu'au 3 octobre 1830 et à Saint-Roch de Québec jus-

NOTICE SUR I/àUTEUR.

qu'au 10 octobre t834 ; durant le choléra de celte année, il était premier chapelain de l'hôpital de la Marine. Il fut curé à Saint-Isidore jusqu'au 1er octobre 1836, à Sainte-Foye, jusqu'en octobre 1837, à Sainte-Anne de Beaupré et Saint-Ferré ol, jusqu'en octobre 1841. Appelé à l'Archevêché, en 1850, par Mgr. de Sidyme, il fut nommé membre du conseil particulier de l'évêque, et devint aumônier des hôpitaux militaires de Québec en 1855.

i Ami de tous ses devoirs ecclésiastiques, d'une conscience très-délicate, rempli de zèle et d'une admirable piété, M. Ferland s'acquitta de toutes ses charges avec le succès que l'on devait attendre de la réunion de tant de qualités. Nous ne voulons rappeler ici qu'une circonstance de la vie de son ministère. En 1847, époque si funeste pour nos frères de la population irlandaise, lorsque déjà plusieurs prêtres avaient succombé au terrible fléau du typhus, il voulut affronter, à deux reprises, les dangers de l'épidémie. Deux fois, les malheureux émigrés de la Grosse-Ile furent les témoins de son courageux dévouement. Il s'est acquis, par cette conduite héroïque et par plusieurs autres bons offices, la reconnaissance de tous les membres de la Congrégation de Saint-Patrice. Au premier bruit de sa dernière maladie, ils accoururent en grand nombre, et bientôt la sacristie, où il fut atteint, se remplit des personnes qui venaient lui témoigner leur douloureuse sympathie.

> Le soldat se rappellera aussi sa charité. Accoutumé, six jours de la semaine, à entendre seulement la voix sévère du maître qui ne connaît que les rigueurs de la discipline militaire, il aimait à rencontrer aux pieds des autels un père pour le bénir et l'encourager. Que de fois sa parole douce et bienveillante alla soulager la douleur d'un de ces pauvres malheureux dans les hôpitaux militaires 1 C'était une de ses occupations favorites. Nous le rencontrâmes un jour, qu'il allait s'y livrer : < Le prêtre, nous dit-il, a besoin d'autres jouissances que de celles de l'intelligence ; j'aime à catéchiser les enfants des soldats, et à visiter leurs pauvres malades, > Toute la garnison avait pour lui la plus haute estime ; un de ses officiers supérieurs vient d'exprimer, en termes fort élogieux, les regrets causés par sa mort.

i Cependant, au milieu même des travaux du ministère, il n'oubliait pas l'objet privilégié de ses études. Connaître et chérir son pays, le faire connaître et chérir par ses compatriotes, tel a été le vœu le plus constant de ce citoyen remarquable ; tel a été le but de ses glorieux ouvrages. Canadien par la naissance et par le cœur, comme il le dit lui-même dans son Introduction à V Histoire du Canada, il étudia avec amour l'histoire de sa patrie, et il nous a laissé le fruit de ses recherches dans quelques publications extrêmement estimables. Ses Observations sur une histoire du Canada, par l'abbé Brasseur ; ses Notes sur les Registres de Notre-Dame de Québec ; son Voyage au Labrador ; son Journal d'un voyage à la côte de Gaspé ; la Vie de Mgr. Plessis, et surtout son Cours d'Histoire du Canada, voilà les précieux monuments que nous a laissés son beau talent d'historien, voilà aussi ses titres à notre reconnaissance et à celle de la postérité.

» Le dernier ouvrage que nous avons nommé, il le publia en 1861, à la suite des cours qu'il donna à l'Université-Laval. Nommé professeur à la faculté des Arts de cette institution, le 10 juillet 1855, élu doyen de cette

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