NOTICE SUR L'AUTEUR
même faculté le 18 mars 1864, il eut la gloire d'ouvrir ses leçons publiques. C'est lui qui inaugura, dans notre ville de Québec, ce mode d'enseignement supérieur, auquel notre population était peu préparée et qui a tant de difficultés à réussir, même dans les grandes villes de France. Durant quatre années, de 1858 à 1862, M. Ferland sut attirer autour de sa chaire un auditoire quelquefois fort nombreux, toujours très-attentif et avide de sa parole. L'affluence fut considérable surtout au moment où le professeur déroula les péripéties de ce drame qui commença à l'expulsion des malheureux Acadiens, et se termina par la mort de Montcalm. Nous pûmes compter jusqu'à trois et quatre cents auditeurs frémissant au récit de nos malheurs, mais remplis d'admiration pour les glorieuses actions de nos ancêtres.
» Il n'entre point dans le cadre restreint de cette notice biographique d'apprécier le mérite de M. Ferland comme historien. Disons cependant que, si un autre écrivain, avant lui, a créé notre histoire, il a su, de son côté, rectifier un grand nombre de dates, débrouiller avec art nos origines confuses, jeter la lumière sur une foule de faits mal accusés, et mettre en relief plusieurs figures présentées sous un faux jour. Prêtre et catholique avant tout, il était merveilleusement préparé à rendre aux commencements de notre épopée ce caractère religieux qu'on ne peut pas méconnaître, sans fausser la vérité. D'une exactitude scrupuleuse, capable, avant d'affirmer un fait, de se condamner à des recherches longues et pénibles, c'est aux sources primitives qu'il a recours ; c'est aux témoins oculaires qu'il en appelle ; c'est aux archives même de Paris et de Londres qu'il va s'adresser. Toute sa critique, d'après le mot de Fénelon, se borne à donner comme douteux ce qui l'est et à en laisser la décision au lecteur, après lui avoir donné ce que l'histoire lui fournit, « Nous avons cherché la vérité aux sources qui nous ont paru les » plus sûres, » dit-il dans son introduction, « et nous avons essayé de la pré- » senter telle que nous l'avons rencontrée, i
> Le premier volume seul de ses cours est publié ; le second, nous assuret-on, est prêt à recevoir l'impression, et s'arrête à la domination anglaise. Ce fut là un des regrets qu'il apporta dans la tombe ; la dernière année de sa vie, sentant les avertissements de la mort, il songeait, avec douleur, à sa chère histoire qu'il laisserait sans pouvoir la terminer. Ses pressentiments ne l'ont malheureusement pas trompé.
» Si nous résumons les quelques réflexions que nous avons disséminées dans cette notice, nous verrons que le public a eu raison de manifester, par sa douleur, le regret que lui causait la mort soudaine de M. Ferland. D'un caractère aimable et gai, spirituel dans ses réparties, observateur fin et délicat, bon envers tout le monde, modeste jusqu'à désespérer ceux qui auraient voulu le voir se produire davantage au grand jour, enfin d'une droiture de vues, sans arrière-pensée de l'amour propre : qui ne le pleurerait sincèrement ? Sa mort laissera d'immenses regrets non-seulement à Mgr. l'Administrateur, qui l'aimait si sincèrement, mais encore à tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, au Canada tout entier.
» C. E. Legaré, Ptre.
» Québec 13 janvier 1865.»