‹ Cours d'histoire du CanadaChapitre 23 sur 70 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Ssint Joseph choisi pour patron du paya— L'ancienne habitation de Québec est abattue et on commence à en construire une nouvelle — Chnmplain conduit sa femme en France— M. le duc de Ventadour, vice-roi — Cinq jésuites viennent au Canada — Le P. Nicolas Viel noyé dans la rivière des Prairies — Les Jésuites bâtissent ûDB résidence sur leur terre de Notre-Dame des Anges — Commission nouvelle doDnée à Champlain, qui retourne à Québec— Le fort Saint-Louis agrandi- Deux jésuites et un récollet au pays dos Hurons — Mort de Louis Hébert — La compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent Associés s'organise — Ses privilèges et ses obligations.

L'année 1624 fut marquée, à Québec, par une solennité religieuse, à laquelle assistèrent tous les Français et plusieurs sauvages. Elle fut célébrée en exécution d'un vœu fait à l'honneur de Saint Joseph, qui, dans cette occasion, fut choisi comme premier patron de la Nouvelle-France. Depuis ce temps, la dévotion envers Saint Joseph s'est toujours conservée vive et efficace parmi les Canadiens, ainsi que l'attestent les nombreuses églises placées sous sa protection, et les confréries établies en son honneur (1).

Des bestiaux avaient été introduits dans le pays, dès les premiers temps de la colonie, comme le prouve une carte de Québec et de ses environs pour l'année 1608, carte donnée par Champlain, dans l'édition de ses voyages qu'il publia en 1613.. Il y désigne en effet un lieu, « où l'on amassait des "herbages pour le bétail qu'on avait mené. » Pendant l'été de 1623, Champlain et De Caën étaient descendus jusqu'au cap Tourmente, pour y. examiner les belles prairies naturelles qu'on leur avait dit s'étendre au pied des montagnes. Us trouvèrent ce lieu (2) agréable, et reconnurent qu'il pouvait fournir des pâturages et du foin en abondance. Aussi, dès la même année, ils y firent faire plus de deux mille bottes de foin, qu'on transporta à l'habitation sur des barques.

C'était une époque d'améliorations pour Québec : Champlain ouvrit un chemin commode, conduisant du magasin au fort

(1) Le Clereq, EtabUetment de la foi.

(2) Saint-Joachim.

i-024] DU CANADA. 213

Saint-Louis sur la hauteur, afin de remplacer le sentier étroit et difficile dont on s'était servi jusqu'alors. Les ouvriers continuaient en même temps les travaux du fort. Reconnaissant le mauvais état de l'habitation, et désespérant de la pouvoir réparer convenablement, il entreprit d'en bâtir une nouvelle, et rassemblâmes matériaux pour la commencer au printemps de 1624, Vers les premiers jours du mois de mai, il fit abattre tous les vieux bâtiments, à l'exception du magasin, et les fondations furent posées. Pour conserver la mémoire de cette reconstruction, l'on enfouit une pierre sur laquelle étaient gravées les armes du roi, ainsi que celles du vice-roi, avec la date et le nom de Champlain, lieutenant du duc de Montmorency (1). Ces bâtiments devaient consister en un corps de logis, long de cent huit pieds, avec deux ailes de soixante pieds, et quatre petites tours aux quatre angles de l'édifice ; devant l'habitation et au bord du fleuve, était un ravelin, sur lequel on disposa des pièces de canon ; le tout était environné de fossés que traversaient des ponts-lévis. Ces constructions, plus étendues que les premières, occupaient toute la pointe de la basse ville, au nordest de l'anse du Cul-de-sac, qui servait alors de port pour les barques et les chaloupes.

Pendant que ces ouvrages s'exécutaient, Champlain se décida à repasser en France, où il n'avait pas été depuis plus de quatre ans,et à y reconduire sa femme. Accoutumée aux douceurs de la vie de Paris, elle avait dû souffrir beaucoup de la privation des choses considérées comme indispensables à son état (2), Son mari étant fort souvent absent avec le sieur Boullé, elle n'avait d'autre compagnie dans l'habitation que les trois femmes de sa suite, et se trouvait ainsi exposée à bien des ennuis.

Champlain, après avoir instamment recommandé de continuer non-seulement les travaux de l'habitation, mais encore ceux du fort, qu'il savait n'être pas du goût de messieurs les associés, se mit en route le quinze d'août 1624; il laissait le commandement à Emeiï De Caën, qui était en même temps principal commis delà compagnie. Avec celui-ci restaient à Québec

(1) Cette pierre, retrouvée dans une des fouilles faites sur l'emplacement du vieux magasin, avait été placée au-dessus de la porte d'entrée d'une maison qui touchait à la chapelle de la basse ville. Un incendie détruisit cette maison en 1854 et l'inscription a disparu.

(2) Chroniques de V Ordre des Ursulines) Vie de Marie-Hélène Boullé.

214' cours- d'histoire [f 625

cinquante-une personnes, tant hommes que femmes et enfants {i).

Cependant les Pères Récollets reconnurent qu'il fallait songer à obtenir de nouveaux ouvriers pour les missions ; ils avaient parcouru une grande partie du pays, et y avaient trouvé bien des tribus, dispersées sur un immense territoire. Que pouvaient, au milieu de tant de peuples, cinq ou six missionnaires, dont la moitié devait rester aux environs de Québec, pour les Français et quelques sauvages ? La compagnie s'était chargée de subvenir aux besoins de six récollets ; et elle comptait avoir déjà beaucoup fait en fournissant à leur subsistance. Les aumônes de France, jointes à ce que donnait la compagnie, ne suffisaient pas pour établir les cinq missions jugées nécessaires. Les missionnaires conclurent qu'il serait bon de s'adresser à quelque communauté religieuse, qui, jouissant de secours plus abondants, voudrait offrir à la Nouvelle-France un certain nombre de prêtres. Ils convinrent donc de députer en France quelqu'un d'entre eux, pour en faire la proposition aux Jésuitesy qu'ils croyaient les plus propres aux rudes missions du Canada. Le P. Irenée Piat fut choisi pour cette ambassade, et partit avec Champlain et le F. Sagard.

Sur les représentations de leurs confrères de Québec, les récollets de Paris s'adressèrent aux Jésuites, qui déjà, comme nous l'avons vu, avaient tenté d'établir des missions sur les côtes de l'Acadie. Le défmitoire de la province de Saint-Denis s'adressa à ces Pères plutôt qu'à d'autres corps religieux, parce que les deux sociétés avaient toujours subsisté dans une union très-étroite, les Récollets et les Jésuites travaillant ensemble dans plusieurs missions avec une entente toute cordiale. Les Jésuites reçurent avec plaisir l'invitation de prendre part aux missions de la Nouvelle-France. Le nouvel arrangement fut soumis à M. de Yentadour, à qui le duc de Montmorency, dégoûté dès querelles continuelles entre les deux parties de la compagnie du Canada, venait de vendre la charge de vice-roi avec tous ses intérêts dans la Nouvelle-France.

Henri de Lévis (2) duc de Yentadour, neveu de son prédéfi) Le Grand Voyage du Pays des Hurons, par F. Gabriol Sagard. Voyages de Champlain. — Champlain faisait chaque jour des observations sur leclimat du Canada. Il en a consigné dans ses écrits un assez grand nombre, qu'il fit surtout en 1624. Voir appendix, B.

(2) La famille de Lévis prétendait descendre du patriarche Jacob par son fils Lévi. Et à ce propos l'on rapporte que, dans une chapelle de la famille, on voyait un tableau représentant la Sainte-Vierge, et un membre de la maison de Lévis tonant le chapeau à la main. Deux inscriptions expliquaient la situation t" Couvrez-vous, mon cousin," disait la Vierg» Maria. "C'est mon plaisir, ma cousin*," répondait 1» descendant de Le ri.

cesseur dans la vice-royauté, s'était retiré de la cour, et avait même reçu les ordres sacrés. En se chargeant des affaires de la Nouvelle-France, il n'avait pas l'intention de se jeter de nouveau dans les embarras du monde ; il voulait venir au secours des missions, et favoriser la conversion des sauvages, Aussi approuva-t-il le projet d'envoyer des jésuites pour aider les Récollets. Il en parla au roi, dont il obtint le consentement, et il fit entendre à messieurs de la compagnie qu'ils seraient obligés d'y concourir, de gré ou de force.

Il n'est pas étonnant que plusieurs des associés aient vu cet arrangement de mauvais œil. Beaucoup d'entre eux étaient huguenots aussi bien que les chefs de la compagnie, et aimaient assez peu les ordres religieux. Ils avaient toléré les pauvres Récollets ; mais ils redoutaient la venue des Jésuites qui avaient de puissants protecteurs à la cour, et qui pouvaient faire arriver leurs plaintes jusqu'au pied du trône. Or la compagnie de la Nouvelle-France avait bien des reproches à s'adresser. Elle n'avait presque rien fait pour l'avancement du pays, s'étant contentée de profiter des avantages de la traite, sans beaucoup s'occuper des charges qui y étaient attachées (1). L'on avait bien envoyé quelques familles à Québec, mais on ne leur avait point procuré les moyens de cultiver la terre, ce qui seul pouvait les fixer dans le pays. Les membres de la famille de Louis Hébert n'étaient parvenus à défricher leurs terres qu'à force de courage et en surmontant mille obstacles. On les contrariait en toute occasion. On continua de les harceler lorsqu'ils eurent commencé à récolter assez de grains pour leurs besoins ; car on les obligea alors de vendre leurs denrées à un prix fixé par la compagnie, qui seule pouvait les acheter. « Tout ceci, » ajoute Champlain, qui n'avait pas le droit de s'opposer à ce monopole, « se faisait à dessein de tenir toujours le pays nécessiteux, et ôter le courage à chacun d'y aller habiter, pour avoir la domination entière sans que l'on s'y pût accroître. »

Il fallut cependant céder à la volonté du vice-roi, qui fit lui-même les frais nécessaires pour le voyage des Pères Charles Lalemant, Jean de Brebeuf, Enmond Masse, et de deux Frères. Les cinq jésuites furent prêts à partir dès l'année 1625, et s'embarquèrent, ainsi qu'un récollet, le P. Joseph de La Roche- Daillon, de la maison des comtes du Lude, sur les vaisseaux que Guillaume De Caën conduisait au Canada. Champlain, maintenu dans sa charge de lieutenant général du vice-roi,

(I) Voyages de Champlain, liv. II, chap. vi.

demeurait en France, pour les affaires de la colonie et celles de sa famille. Lorsque les Jésuites arrivèrent à Québec, ils s'aperçurent qu'on avait travaillé à exciter des préjugés contre eux ; un livre intitulé Anti-Cotton, qui attaquait la compagnie de Jésus, circulait de main en main ; aussi toutes les portes leur étaient fermées. Guillaume De Caën les engageait à retourner en France, lorsque les récollets vinrent leur offrir l'hospitalité dans le couvent de Saint-Charles. Les jésuites acceptèrent avec joie, et les deux communautés demeurèrent, pendant deux ans, logées sous le même toit, vivant et travaillant ensemble dans la meilleure intelligence (1).

Le nombre de missionnaires se trouvant ainsi considérablement augmenté, l'on jugea à propos d'envoyer du secours au P. Nicolas Yiel, qui était demeuré aux Hurons. Le P. de Brebeuf, jésuite, et le P. de La Roche-Daillon, récollet, furent destinés pour ces missions, et se rendirent aux Trois-Rivières. Ils se disposaient à en partir avec des hurons, lorsqu'ils apprirent la mort du P. Nicolas. Le bon religieux, qui n'était point descendu â Québec depuis deux ans, fut prié par quelques hurons de les accompagner au lieu de la traite. Il voulut profiter de cette occasion pour aller faire une retraite auprès de ses supérieurs. Parmi les hurons qui l'accompagnaient étaient quelques hommes brutaux et ennemis de la foi, quoiqu'ils fissent bonne mine au missionnaire. La flotte de canots suivait le cours de la rivière des Prairies ; un gros temps les ayant dispersés, le P. Nicolas se trouva avec trois malheureux, qui, suivant les rapports des Hurons, le jetèrent à l'eau, ainsi qu'un jeune néophyte, son compagnon de voyage. La rivière était rapide et profonde dans cette partie, aussi tous deux furent bientôt submergés. En mémoire d'un si triste événement, ce lieu a depuis été connu sous le nom de Sautau-Récollet.

Les Pères de Brebeuf et de La Roche-Daillon, ayant appris la fâcheuse nouvelle de la mort du P. Nicolas Yiel, crurent que ce serait une témérité de se confier aux compatriotes des meurtriers, dans un voyage long et dangereux ; si bien que, par l'avis des Français et même de quelques hurons, ils résolurent de descendre à Québec, remettant la partie pour une autre année. Ce temps ne fut pas perdu; pendant l'hiver suivant, les deux religieux purent visiter quelques familles sauvages des environs, et se livrer à l'étude de leur langue. Déjà les Récollets

(1) F. G. Sagard, Histoire du Canada; Le Clercq, Etablissement de la foi.

avaient commencé à former des dictionnaires huron et algonquin (1). Le dictionnaire de la langue huronne avait été ébauché par le P. Le Caron dès l'année 1616; il y ajouta des règles et des principes, pendant le second voyage qu'il fit au pays des Huions. Il y travailla ensuite sur les notes du P. Nicolas Yiel, de sorte que dans l'année 1625, le P. George Le Baillif présenta au roi quelques études sur les langues huronne, algonquine et montagnaise.

Les Jésuites désirant ne point demeurer à charge aux Récollets, choisirent, pour y placer leur établissement, un endroit très-agréable, situé à une petite distance du couvent de Saint- Charles (2). C'était une pointe, formée par la jonction de la petite rivière Lairet avec le Saint-Charles, et alors connue, selon Sagard, sous le nom de fort de Jacques-Cartier.

Le premier septembre 1625, ils y plantèrent une croix avec toute la solemnité qu'ils purent mettre à cette cérémonie, en présence des Pères Récollets et des principaux français. Dès le môme jour, l'on commença à abattre les arbres et à préparer le terrain. Pour ne pas être troublés dans leurs travaux, ils obtinrent du duc de Yentadour la concession des terres avoisinantes, auxquelles ils donnèrent le nom de Notre-Dame des Anges. L'acte qui leur accorde cette seigneurie est du mois de mars 1626. Elle s'étendait depuis la rivière Sainte-Marie, qui la sépare de la seigneurie de Beauport, jusqu'à un ruisseau situé à l'ouest du Lairet. La maison de Notre-Dame des Anges fut pendant plusieurs années la principale résidence des Jésuites. Tout en instruisant les Français et les sauvages, ils commencèrent à donner l'exemple de l'application à la culture de la terre. Les Pères et les Frères se livraient aux rudes travaux du défrichement, et, dès l'année suivante, ils purent ensemencer leurs petits champs..

La concorde était loin de régner parmi les membres de la compagnie du Canada.. Au retour de son voyage à Québec, Guillaume De Caën essuya un procès intenté par les anciens associés. Outre cela, le duc de Yentadour avait conçu du mécontentement contre lui. Les catholiques se plaignaient des insultes que recevait leur religion de la part des huguenots employés en grand nombre par les sieurs De Caën. Ces insultes avaient été telles, selon Champlain^ que les sauvages commençaient à témoigner du mépris pour la foi qu'on leur annonçait ; Guil-

(1) P. LeClorcq, Etablissement de la foi.

(2) Mercure Français.

laume De Caën lui-même avait inquiété des français catholiques, durant son séjour à Québec, et avait voulu sur ses vaisseaux les forcer à assister aux prières des calvinistes. Champlain et le P. Le Caron ayant fait des représentations à ce sujet, le roi ordonna à De Caën de nommer un commandant catholique, selon les directions du vice-roi, pour conduire les vaisseaux au Canada. En vertu de cet ordre, le sieur de La Ralde fut mis à la tête de la flotte, sur laquelle Champlain retourna à Québec, avec Eustache Boullé (1), son lieutenant, et le P. Joseph Le Caron. Ne pouvant trouver place sur les vaisseaux de la compagnie, les Jésuites avaient loué du sieur de Caën un petit bâtiment qui porta le P. Noyrot, procureur des missions, le P. de Noue, un Frère et vingt hommes engagés à leur service. Une commission nouvelle, accordée à Champlain, l'autorisait à bâtir des forts, à instituer des officiers pour la distribution de la justice, pour le maintien de la police et des ordonnances, à faire la guerre et la paix avec les peuples sauvages, à découvrir un chemin pour aller par l'occident au royaume de la Chine et aux Indes orientales, en un mot, à exercer sur les lieux tous les pouvoirs du vice-roi, pour le bien et le service de sa majesté trèschrétienne.

Pendant près de deux ans que Champlain avait été absent, les travaux de l'habitation avaient langui, et le fort était resté dans l'état où il l'avait laissé. Les ouvriers perdaient une grande partie de leur temps, durant la plus belle saison de l'année, à faire les foins au pied du cap Tourmente, et à les transporter de là. Pour parer à ces inconvénients, il y fit bâtir des étables et deux corps de logis, et y envoya tous les bestiaux dont on n'avait pas besoin à Québec. Il songea aussi à faire réparer et achever le fort Saint-Louis ; mais, le trouvant trop petit pour recevoir tous les habitants dans un cas de nécessité, il le fit abattre, et le remplaça par un autre plus grand, dont l'enceinte fut formée de fascines, de terres et de troncs d'arbres.

De leur côté, les Jésuites avaient mis leurs hommes à l'ouvrage ; le P. Lalemant les occupait à bâtir, et à défricher les terres. « Ils n'ont perdu aucun temps, » dit Champlain,

(1) Eustache Boullé, qui devait à sa sœur, Madame de Champlain, sa conversion au catholicisme, en fut toujours tendrement aimé. " Il se rendit religieux minime " comme pour la précéder dans ce saint état. Elle, qui l'aimait uniquement, l'assista " avec tant de générosité qu'étant envoyé en Italie, où il demeura dix ans, elle lui " fournit mille livres par an, sans en compter six mille et tous les meubles de sa mère " qu'elle lui donna à sa mort; et depuis elle lui assigna quatre cents livres de pension viagère." Chroniques de l'Ordre des Ursulincs, Vie de .Marie-Hélène Boullé.

1627 J MJ CAMJDA..

« comme gens vigilants et laborieux qui marchent tous d'une même volonté, sans discorde, qui eut fait que dans peu de temps ils eussent eu des terres pour se pouvoir nourrir et passer des commodités de France ; et plût à Dieu que, depuis vingt-trois à vingt-quatre ans, les sociétés eussent été aussi réunies et poussées du même désir que ces bons Pères : il y aurait maintenant plusieurs habitations et ménages au pays. »

La culture des terres avait en effet été grandement négligée ; ear, lorsque les Jésuites arrivèrent, l'on avait à peine défriché vingt arpents; encore ce travail était-il dû, non aux compagnies, mais aux Récollets et à la famille de Louis Hébert.

Le Père de Noue, compagnon du P. Noyrot, fut destiné à accompagner au pays des Hurons les PP. de Brebeuf et de la Roche-Daillon, qui avaient manqué leur voyage l'été précédent. Des difficultés furent suscitées de nouveau ; comme le Père de Brebeuf était dune haute stature, personne ne voulait se charger de lui, chacun le déclarant trop pesant pour un canot. Enfin un sauvage plus hardi que les autres, ayant consenti à l'embarquer, les trois missionnaires se mirent en route pour le théâtre de leurs travaux apostoliques ; ils y parvinrent péniblement, mais sans accidents fâcheux (1). Le P. Daillon alla visiter la nation Neutre, ou des Attiouandaronk, dont le pays «'étendait entre celui des Hurons et le lac Erié. «Ce pays,» écrivait le Père Récollet, « est incomparablement plus grand, plus beau et meilleur qu'aucun autre de ces régions. Il y a un nombre incroyable de cerfs, et grande abondance d'orignaux ou élans, castors, chats sauvages, et des écureuils noirs, plus grands que ceux de France ; grande quantité d'outardes, coqs d'Inde, grues et autres animaux, qui y sont tout l'hiver, qui n'est pas long ni rigoureux comme en Canada, et n'y étaient encore tombées aucunes neiges le vingt-deux de novembre, lesquelles ne furent tout au plus que de deux pieds de haut, et commencèrent à se fondre le vingt-six janvier. Le huit mars, il n'y en avait plus du tout aux lieux découverts, mais bien en restait-il un peu dans les bois. Les rivières fournissent quantité de poissons, et très-bons ; la terre donne de bons blés

d'Inde, plus que pour la nécessité H y a des citrouilles,

fèves et autres légumes à foison, et de très bonne huile ; tellement que je ne doute point qu'on devrait plutôt s'y habituer qu'ailleurs.» Yoilà la plus ancienne description de la péninsule huronne, qui est aujourd'hui la partie la plus fertile et la plus riche du Haut-Canada.

{!) Le Clercq, EtablisstXMnt de la foi.

Page 1