‹ Cours d'histoire du CanadaChapitre 27 sur 70 · COURS I>' HISTOIRE · texte numérisé non relu

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avaient été donnés aux sauvages de Tadoussac; six autres étaient restés entre les mains de ceux de Québec, qui, voulant conclure la paix avec les Iroquois, résolurent de rendre leurs captifs. Us se disposaient à exécuter ce projet, lorsque, dans un moment d'ivresse, un montagnais plongea un couteau dans le cœur d'un des iroquois; ce fut le signal de la mort des autres, qui furent brûlés avec tous les accompagnements de la barbarie la plus raffinée. Des regrets tardifs suivirent cet acte de cruauté : les meurtriers tremblaient en songeant à la vengeance que les Iroquois voudraient tirer de lamort des captifs ; d'une aveugle présomption, ils étaient passés à un si grand découragement, qu'aucun d'eux n'osait s'éloigner de Québec, dans le temps que les Français y arrivèrent. Le ministre protestant avait inutilement essayé de s'opposer à la mort des iroquois ; il avait aussi tenté d'empêcher les Anglais de vendre des boissons enivrantes aux sauvages, qui y recouraient souvent dans le dessein d'accomplir quelque mauvais coup. Mais les exhortations et les avis du pauvre homme étaient fort mal reçus de ceux de sa religion; ils le respectaient si peu, que Kertk l'avait tenu prisonnier pendant six mois, dans le couvent des Récollets, sous le prétexte qu'il soufflait l'esprit dé révolte parmi les soldats de la garnison (1).

L'humble chapelle de la basse ville avait aussi été brûlée. En attendant qu'on en construisît une nouvelle, les missionnaires faisaient l'office, les dimanches et les jours de fête, dans une des chambres du fort ; pendant le reste de la semaine, ils célébraient la sainte messe dans leur petite maison de Notre- Dame des Anges.

A la première nouvelle du traité en vertu duquel le Canada devait être remis à la France, les Récollets se préparèrent à retourner dans leurs missions. L'autorité religieuse y consentait; mais les chefs de la compagnie des Cent Associés craignaient que l'introduction de deux ordres différents, dans un

(1) Relation des Jésuites, 1632.— Le P. Le Jeune, qui a écrit la relation de 1632, observait avec soin les nouveautés que lui présentait le pays. Il se mit, dès son arrivée, en rapport avec les sauvages, et commença à apprendre leur laugue. Leurshabitudes, étranges pour un européen, l'embarrassaient quelquefois. Etant allé un jour visiter les sauvages campés à la Pointe-à-Puiseau, il fut invité à entrer daDs une cabane, par une bonne vieille, qui lui présenta une anguille fumée pour son dîner. Sans table, sans assiette, sans fourchette, le Père se tira d'affaire eomme il put, avec sea doigts. Le repas fini, il était fort embarrassé de ses mains, toutes couvertes d'huile. Un petit sauvage, avec qui il avait partagé l'anguille, lui suggéra un moyen en se plongeant les doigts à plusieurs reprises dans sa chevelure touffue. Mais, l'expédient ne convenant pas au jésuite, il continuait à tenir les mains tendues, lorsque la maîtresse de la cabane lui donna une poignée de bois pourri, bien broyé, en l'invitant à s'en servir. C'était, chez les sauvages, la serviette d'honneur, réservée aux hôtes trop délicats pour employer la chevelure ou le pan du manteau.

pays où il n'y avait pas encore d'évêque, ne causât des jaiu^ sies et des tiraillements nuisibles à la cause de la religion; en conséquence, ils ne secondèrent point les désirs des Récollets. Le sieur Jean de Lauson, intendant des affaires du Canada et président de la compagnie (1), s'y opposa formellement, dans la pensée que le pays n'était pas prêt à soutenir un ordre mendiant.

Les Récollets furent fort affligés de ne pouvoir reprendre leurs travaux apostoliques; et l'un d'eux, le P. Joseph Le Caron, en éprouva un tel chagrin, qu'il en tomba malade. Ce premier apôtre des Hurons mourut, plein de mérites et en odeur de sainteté, le vingt-neuf mars 1632, peu de jours avant le départ de la flotte pour le Canada (2).

Plus heureux que leurs frères de la province de Saint- Denis, les Récollets de la province d'Aquitaine retournèrent, en 1633, à leurs missions de l'Àcadie, dont ils avaient été chassés cinq ans auparavant par les Anglais. Ce fut sur l'invitation du commandeur de Razilly (3) et de ses associés qu'ils se décidèrent à aller reprendre l'exercice de leurs fonctions, auprès des Français et des sauvages, qui depuis longtemps restaient privés de tout secours spirituel (4). Le commandeur de Razilly venait d'être chargé par la compagnie de la Nouvelle-France de recevoir Port-Royal, que les Anglais s'étaient engagés à livrer. En reconnaissance des services qu'il avait rendus pour préparer celte expédition, les associés, par acte du dix-neuf mai 1632, lui accordèrent « la rivière et baie de Sainte-Croix, iles y contenues et terres adjacentes, de l'étendue de douze lieues de large sur vingt lieues de profondeur, » à la réserve de la foi et hommage, qu'il était tenu de porter au fort

(1) Il fut nommé plus tard au gouvernement de la Nouvelle-France.

(2) Le Clercq, Etablissement de la foi. — Le P. LeCaron avait apporté en Franc© des manuscrits sur le Canada ; ils furent malheureusement brûlés en Normandie. Un de ses neveux, M. Souart, prêtre de Saint-Sulpiee, fut un des premiers disciples do M. Olier, et se dévoua à la mission de Montréal. " C'était," dit le P. Le Clercq, " un grand serviteur de Dieu, véritable héritier des vertus et des talents de son vénérable oncle."

(3) Les membres de la famille de Razilly, alliée à celle de Richelieu, furent souvent employés par le cardinal ministre. — Claude de Razilly, seigneur de Launay, fils de François, seigneur de Razilly, des Eaux-Mesles et Cuon, en Anjou, était capitaine entretenu des vaisseaux du roi. et devint commandant en l'île d'Oléron et chef d'escadre. Il fut ensuite vice-amiral des armées navales de France. Isaac de Razilly, frère du précédent, nommé d'abord le chevalier, puis le commandeur de Razilly, était chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et premier capitaine de la marine duponent. Sous les ordres de l'amiral de Saint-Luc, il se distingua contre la. marine de La Rochelle, en 1621. En 1629, il fut fait chef d'escadre des vaisseaux du, roi en Bretagne ; en 1632, lieutenant pour le roi et pour M. le cardinal de Richelieu, en la Nouvelle-France. Isaac de Razilly paraît être mort dans l'Acadie.

(4) Le Clercq, Etablissement de la foi.

Saint-Louis à Québec. Son frère, Claude de Razilly, capitaine de la marine royale, obtint aussi, en 1634, la concession du port de La Hève, de l'habitation de Port-Royal et de l'île de Sable. Le commandeur, avec qui son frère s'était associé, fit construire un fort à La Hève, et y lixa sa résidence. Il avait fort à cœur de faire connaître le pays et d'y attirer une population nombreuse; afin d'y réussir, il employa tous les moyens mis à sa disposition. 11 organisa une société, qui s'occupa de l'exploitation des pêcheries; et, soit par le moyen de ses associés, soit par lui-même, il fit passer plusieurs familles, auxquelles il distribua des terres. A sa mort, qui paraît avoir eu lieu en 1636 ou 1637, il y avait déjà quarante familles établies dans les environs et s'occupant à cultiver la terre.

En partant pour l'Àcadie, il fut nommé lieutenant général du roi ; sous lui, agissaient comme commandants particuliers son parent Charles de Menou, seigneur d'Àulnay de Charnisay, et Charles de LaTour (1). Celui-ci, qui n'avait pas voulu accepter les grandes concessions de terres offertes par sir William Alexander, n'avait conservé que son fief du cap de Sable. En 1635, la compagnie, pour récompenser ses services, lui accorda le fort et l'habitation de LaTour, sur la rivière Saint-Jean, « en toute propriété, justice et seigneurie, le tout en fief mouvant et relevant de Québec. »

(1) Mémoires des Commissaires du Roi, etc.

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