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INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE

le représentant de toute FÉglise des Catholiques, deTÉglise descendante de Pierre; et voyez comment il s'accorde ainsi avec saint Irénée, et quelle lumière il répand sur ses paroles, quelle force il donne à son témoignage. Rapprochons encore ce qui s'est passé dans la question de la Pâque contre les Asiatiques (XX, 8), sans parler de plusieurs autres faits moins considérables, mais qui trahissent toujours de quelque manière la primauté de Tévêque de Rome sur toute l'Église, et nous serons conduits invinciblement à cette conclusion, que*, dans les deux premiers siècles, l'évêqùe de Rome ou la chaire de Pierre était déjà le sommet et le centre essentiels de l'Église catholique, c'est-àdire que l'Église véritable, apostolique et divine, était dès rorigine essentiellement romaine, comme elle est encore aujourd'hui.

Ainsi, l'Église nous apparaît déjà dans l'histoire du deuxième siècle avec son apostoKcité, son unité, sa catholicité, sa sainteté, comme une grande monarchie spirituelle qui a pour centre visible la chaire de Pierre, pour chef visible l'évêqùe de Rome, et qui est en conséquence l'Église romaine.

6** Église : son infaillibilité. — Pour achever de constater les marques et les prérogatives de l'Église au deuxième siècle, il nous reste à montrer son infaillibilité. Les Pères des premiers siècles n'ont point cherché à l'établir d'une manière expresse, par la raison bien simple qu'ils n'y pensaient pas et qu'ils ne pouvaient y penser. C'était là, à leurs yeux, une prérogative qui allait de droit, et qu'on ne pouvait, sans absurdité, refuser à l'Église apostolique et divine. L'enseignement, la doctrine de cette Église n'était pour eux que la doctrine même des Apôtres, transmise en chaque église par la tradition ou l'enseignement traditionnel. L'enseignement, la tradition, la divine doctrine des Apôtres, étaient donc des choses identiques, absolument les mêmes, et dès lors incompatibles avec l'erreur : aussi cet enseignement ou cette tradition, cette pa-

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^m LEÇON XXVI. ETAT DE L'EGLISE AU II* SIECLE.

rôle perpétuée de Jésus-Christ, était, contre tous les dissidents, comme une sentence définitive et sans appel.

Cependant une question se présentait à résoudre, pour les premiers Pères comme pour nous. A quelle marque reconnaissait-on cet enseignement divin et apostolique, et le distinguait-on de l'enseignement erroné et des fausses traditions? En d'autres termes : Quel était le moyen de constater l'enseignement infaillible, souverain, sans appel? Ce moyen, sans lequel l'infaillibilité ne serait qu'une prérogative illusoire, appartient évidemment à la constitution de l'Église; il devait donc exister dans les premiers siècles, comme dans les suivants, avec cette différence que la manière de l'employer était différente alors comme les circonstances. Or ce moyen ne pouvait être que l'accord, le consentement des églises, ou plutôt des évêques de chaque église ; ou une prérogative particulière et exceptionnelle attachée à une église, c'est-à-dire toujoura 1^ son évêque. Car il n'était pas possible d'^ittribuep cette infaillibilité d'enseignement à chaque église, à chaque évêque : l'expérience ne prouvait que trop le contraire. L'accord nécessaire des évêques ne pouvait donc être que le consentement moralement unanime, celui de la grande majorité; et alors on le constatait par les communications des églises entre elles, par la publicité de leur enseignement, par les réclamations et le bruit que ne manquait jamais de soulever la moindre innovation dans la doctrine. On le constatait en» core, cet accord, par la réunion des évêques en conciles, comme ils firent contre les Montanistes et dans l'affaire des Asiatiques sur la Pâque, Ces réunions partiellefi~ne pouvaient représenter la majorité des. évêques ni par consé* quent jouir de l'infaillibilité] mais ce jugement collectif avait plus de poids que celui d*un évêque isolé; il pr^vo* quait l'attention, l'approbation ou la censure des autres évêques, ce qui conduisait à la manifestation générale de la croyance de l'Église dispersée sur Iqs articles en discussion. II est évident qu'une réunion de tous les évoques, ou

IirFÂILLIBILitÉ t>l L'ÉQLISË. 20^

de la trè«-gratide iriajarité, si elle avait eu lieu, aurait prononcé aux yeux de tous une sentence sans appel, c'est-àdire infaillible.

Outre cet accord des églises particulières^ ou plutôt de l6urs éyêqiieii isolés ou réunis ^ reconnaissait*^ on, au deuxième siècle, dans une église particulière cette prérogative de l'infaillibilité? Nous n'en pouvons douter, d'après les paroles dé saint Irénée, surtout rapprochées du témoignage de Tertullien. Le saint évêque de Lyon nous a montré, dans la U*adition de TËglise romaine, là tradition mère et régulatrice de la tradition de toutes les églises particulières^ £t par tradition de TËglise romaine, saint Irénée entend l'enseignement de Févêque dé Rome ; il ne voyait les lignes traditionnelles que dans les successions épiscopales; et c'est parce qu'il ne pouvait entreprendre de donner cette succession des évêques de chaque église pour constater leurs traditions, qu'il renvoie les hérétiques à la tradition romaine, la règle des autres, et qu'aussitôt après il donne le catalogue des évêques, de Rome jusqu^à saint Pierre. Tertullien nous apprend luimôme qu'on ne constatait rapostoliçité des églises que par la Succession de leurs évoques *; et 11 exalte aussi Içs traditions dé TÉglisé romaine *.

En résumé, les traditions apostoliques formaient au deuxième siècle renseignement infaillible de TÉglise, et on constatait cet enseignement tout naturellement par Vaccord des églises, surtout des églises apostoliques, telles que celles de Jérusalem, Alexandrie, Antioche, Éphèse; on le constatait, mais plus rarement en ces pre- /niers temps où l'on touchait de si près au temps des Apôtres, par la foi et les traditions de l'Église romaine, c'està-dire, en d'autres termes, de l'évêque de Rome, reconnu, sur la chaire de Pierre, comme le chef et le centre de tpute

!.. De ^mscHpi., cap. icnn, S. Ibid., eap. ixm.

308 LEÇON XXVII. ÉTAT DB t'âOLISB AU II* SIECLE.

rÉglise. — Ainsi, dès le deuxième siècle et le temps des Apôtres, la vraie Église était l'Église apostolique, une, catholique, sainte et romaine; et cette Église était infaillible aux yeux de tous, même des hérétiques, qui s'attribuaient cette infaillibilité lorsqu'ils la refusaient à l'Église romaine.

Nous avons cru devoir insister sur ces points essentiels, fondamentaux, qui emportent tout le reste. Car on n'est pas protestant pour nier l'Eucharistie ou la Trinité; on est seulement sacramentaire ou antitrinitaire, mais précisément pour nier la règle de foi dans TÉcriture et la tradition unies, et les vraies notes de l'Église. Voilà aussi pourquoi nous insistei*ons peu désormais sur les autres points de la doctrine qui vont suivre.

LEÇON XXVIL

i . Trinité. — Les Pères des premiers siècles n'ont parlé de nos dogmes les plus relevés qu'avec une extrême réserve, et notamment de l'adorable Trinité; des expressions, des phrases isolées, voilà ce que nous avons trouvé dans leurs écrits. Ces phrases sont toutefois assez formelles et positives dès le premier siècle dans les actes de saint André, écrits par les prêtres et les diacres d'Achaïe (VT, 6)*; au deuxième siècle, dans saint Ignace, écrivant aux Magnésiens^ dans saint Justin* et Athénagore*, ré-

1 . Voici leurs paroles où Ton trouve déjà le mot de Trinité : « Fax vobis et ■ omnibus qui credunt in unum Deum perfeetum in Trinitate (iv Tfid^i) veruin « Patrem qui genuit, verum Filium unigenitum, verum Spirilum sanetum proce- • dentem ex Pâtre, et in Filio permanentem... hane regulam 6dei didicimut es a s. Andréa Apostolo, • etc.

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