IMPERFECTIONS DES PERES
sairement imparfaits, équivoques, dont les Gnostiques et les Ariens ne manquaient pas d'abuser.
2** Milléranisme. — Les ministres Daillé et Rivet se sont surtout appliqués à relever et à entasser toutes les erreurs des premiers Pères, et à les exagérer souvent en tronquant l'histoire. Ne pouvant descendre aux détails, nous répondrons seulement deux choses : i® que ces erreurs ne tombaient que sur des points très-secondaires, non encore définis par rÉglise; 2** que les Pères ne les enseignaient pas comme des points de foi, mais simplement comme des opinioiis auxquelles ils donnaient ordinairement peu d'importance. Ainsi, pour saint Justin, il ne tenait le Milléranisme que comme opinion libre, et saint Irénée la modifiait à sa manière. Sur d'autres points, ce n'étaient quelquefois que des opinions ou des erreurs qui passaient des anciens philosophes dans les écrits des Pères, ou qu'ils recevaient sans examen de quelques vieilles traditions. C'est ainsi que saint Justin et plusieurs autres Pères attribuaient un corps subtil aux anges, et qu'ils regardaient les démons comme le fruit de l'union des anges avec les filles des hommes. Souvent les Pères ne péchaient que par l'expression, comme lorsque TertuUien appelle corps toute substance.
3* Crédulité. — Le reproche de crédulité fait aux Pères par les Protestants tombe sur les écrits non authentiques qu'ils ont cités, et où ils ont puisé quelquefois avec trop peu de critique; tels sont les livres Sibyllins, telle l'histoire d' Aristée, où saint Justin et après lui saint Irénée et quelques autres Pères avaient puisé l'opinion que la version des Septante était inspirée^. Nous avons parlé plus haut (IX bùy 4) des livres Sibyllins. Pour l'histoire d'Aristée, dont l'authenticité est encore controversée aujourd'hui, et pour toutes les autres pièces douteuses ou rejètées, nous ferons observer : !• que les Pères n^étaient pas obligés
!• Yoy, D. Lumper, t.. VU, p. 411«
d'être plus avancés en matière de critique que leurs contemporains; 2° que les Protestants, ces rigides censeurs des Pères, sont tombés, eux, souvent dans l'excès opposé bien autrement digne de censure, en attaquant une foule de pièces et de faits sur lesquels la critique, d'abord entraînée par le mouvement du seizième siècle, commence à revenir sérieusement*.
LEÇON XXYIIL
i . Sacrements. Baptême. — Les Pères, si réservés sur les sacrements, qui sont la partie la plus intime du culte chrétien, ont parlé davantage du baptême. Ce sacrement étant la porte même du christianisme, il fallait bien en donner la notion préliminaire aux catéchumènes. Aussi nous en trouvons de nombreuses mentions dans les deux premiers siècles, et toujours il est présenté comme le sacrement de la régénération et le moyen nécessaire d'obtenir la rémission du péché originel dans tous, et des péchés actuels dans les adultes^ Cette nécessité était si reconnue.
1 . Sur tous ce9 points et plusieurs autres qqe aous passons, ^it les auteurs qui ont écrit sur les Pères, le P* Hallois, D. Cellier, surtout 0. le Nourry, el encore plus D. Lumper, et les savants éditeurs bénédictins qui ont discuté les objections arec étendue et justiflé les Pères contre leurs détracteurs. — Le P. Baltus, Défense deê Pèrei» Voy. plus hani (IX btc, i). ^-Kous ^joutons, pour tout ce qui regarde la doctrine et la justification des premiers Pères, la grande et u- \ante Histoire du dogme catholique jusqu'au concile de Nicée, de Mgr de Ginoulhac, ancien vicaire général d'Aîx, dont noua ne connaissons encore que les deux premiers volumes, qui ont seuls paru jusqu'ici. On y trouve la diseussion ia plus approfondie de la doctrine des Pères sur la Trinité, et notanmieat sur 1a ^' vinité du Verbe et de Jésus-Christ, et sur celle du Saint-Esprit; voy. Partie premièrey liv. X et XI.
La justiH cation des Pères, surtout du reproche de Platonisme, présente la matière d'une importante dissertation. Outre les ouvrages indiqués ci<^essus, on peut voir encore la leçon XX, sur le prétendu Platonisme de saint Justin, daas notre première édition.
2. Voy. le Past, d'Hermas^ lib. III; SinUlH» \%, oap. xvi} S« JusU, Apd. U
BAPTEME. CONFIRMATION. EUCHARISTIE. 223
que, dès ces premiers temps, on baptisait les enfants au moins dans le cas de maladie et danger de mort^.
Confirmation, — Il est dit dans les Actes que les Apôtres donnaient le Saint-Esprit en imposant les mains aux chrétiens déjà baptisés. Vers la fin du deuxième siècle, Tonction faite sur les baptisés est mentionnée par Clément Alexandrin*, et plus formellement par TertuUien. Ce dernier parle, comme d'un usage ancien, de l'onction reçue au sortir de l'eau baptismale; onction dont il oppose les effets spirituels à la rémission des péchés, effet propre du baptême, et qui est suivie elleHnême de l'invocation de l'Esprit-Saint par Timposition des mains. Il ne pouvait mieux distinguer les deux sacrements. Exinde egressi de lavacro, perungimur benedicta unctione de pristina disci^ p/ma*... En suivant la tradition par saint Cyprien*etle pape saint Corneille*, jusqu'aux Pères des quatrième et cinquième siècles, nous trouvons une suite de témoignages de plus en plus explicites dont le simple rapprochement rend évidente leur identité*.
2. Eucharistie. — Cet auguste sacrement , que nous allons considérer sous le double point de vue dogmatique de la Présence réelle et du Sacrifice, était, comme centre du culte chrétien, l'institution la plus chère aux fidèles, la plus mystérieuse en même temps, et la plus difficile à dérober entièrement à la connaissance des profanes. De là, il
n. 61 ; S. Iren., Itb. ni,-cap. xxn, n. 4 ; S. Théoph., ad Autol.f lib. Il, n. 16; Clem. Alex., Pxd.^ lib. I, cap. vi; Strom., lib. lU, § 12, p. 551 ; lib. IV, § 24, p. 634; Tertull., de Baptiêm.^ eipassim.
1. Voy. S. Iren., lib. II, cap. xxxix; Tertull., de £ap(t«m.,cap.xvni; D. Cypr., Ep. 59, ad Fidum; Confer. D. Aug., lib. ÏV, Contra duaa Epist. Pelag.j eap, vtfi; Bingham, lib. Il, cap. ir, § &.
i. Libro Quisdives, % 42; Strom-j lib. Il, § 3, p. 434. Cf. D.Lumper, t. IV, p. 343.
3. Tertull., de Baptism.t cap. vu et viii, de Resurrect, cam/s, cap. vni.