U LEÇON III. L'ÉGLISE AVANT JÉSUS-CHRIST
ses fables, et bientôt les vraies traditions devinrent méconnaissables sous tant de malheureux travestissements. Les traditions purement historiques s^altérèrent elles-mêmes, et il faut arriver jusqu'à la première olympiade, 776 ans avant l'ère chrétienne, pour trouver, en dehors de l'histoire sainte, les premiers monuments certains de l'histoire profane. La fondation de Rome (753 ans avant Jésus-Christ) est un nouveau point de départ pour l'histoire d'Occident. Si nous en croyons les Égyptiens, les Chinois, les Indiens et les Chaldéens sur leurs antiquités, les lettres et la civilisation remonteraient chez ces peuples bien au delà de ces époques. Cela est possible, probable même; mais l'absence de monuments vraiment historiques ne permet pas de rien préciser^ ni pour les dates, ni pour les événements et les révolutions politiques, ïii pour l'organisation sociale, ni pour les doclrmes écrites ou traditionnelles de ces peuples qui semblent avoir devancé les autres *. Dispensés de toutes manières d'entrer ici dans aucuns détails, et à plus forte raison dans aucune discussion, nous allons jeter seulement . un coup d'œil sur l'état de la religion et des doctrines primitives parmi les nations, pour en saisir au moins tes traits généraux les plus à l'abri de la critique.
2. Les traditions primordiales ne purent s'altérer que successivement et avec le temps. Elles durent s'altérer d'a- •bord dans les points secondaires les moins importants, puis dans les points plus graves, touchant de plus près aux vérités-principes qui constituaient le symbole primitif. Enfin ces altérations, essentiellement irrégulières, se produisaient inévitablement avec des différences plus ou moins considérables, selon la diversité des causes qui les enfantaient.
1 . Plusieurs de nos plus savants orientalistes pUpeat Tapp^rition des ^ands monuments littéraires et des plus anciens systèmes de ces peuples dans les premiers siècles 4« l'ère chrétienne, et mémt dant ie moyen âge. Nous renvoyons pos lecteurs, ppur les preuves de eette opii|ioi)| fi Vi»\érefmnt9 ethnographie (ie M. l'abbé Maupied, ch. viii et ix, où elles so^jt t^idaprése^t^çg, mY* imsjîl \b^ ^iféfis de Saint-Pétersbourg, V entretien, p. 37.
ÉTAT DES GENTILS. TRADITIONS ALTÉfe^ES. 15
Il suit de ces propositions incontestables, que plus on remonte loin dans les premiers temps, plus on retrouve ce symbole dans sa simplicité et sa pureté originelle, et plus aussi on peut remarquer Taccord des peuples sur ce fonds de vérités qui leur est commun. Telle est la loi qui doit nous guider dans nos recherches sur Tétat de la vraie religion chez les Gentils.
Or, en remontant les temps historiques en chaque peuple, nous retrouvons dans leurs croyances, et jusque dans leurs fables, l'existence d'un Dieu suprême, ses principaux attributs, son éternité et son infinité, son incompréhensibilité, son unité, sa puissance, sa justice et sa bonté; la création du monde, celle des anges et de Thomme en par* ticulier, et leur chute, qui entraînait le dogme de Texpiation et se liait à l'attente d'un futur libérateur. Pour la morale, ce sont les principes de justice et d'équité naturelle, le culte, les pratiques d'abstinence et de mortification. Ces dogmes et ces principes, nous les retrouvons, chez les plus . anciens peuples, plus ou moins altérés dans un système unique au milieu de ses variations, celui de V émanation. Nous y voyons une suite d'êtres sortant d'un premier être, et formant une série décroissante; l'homme au dernier degré, son âme emprisonnée dans la matière et aspirant à sa délivrance; les êtres intermédiaires tournés les uns au bien, les autres au mal, par leur nature, ou par suite d*uné dégradation, et dès lors bienfaisants ou nuisibles. Le systèiï^e moral suivait. Les mêmes peuples avaient généralement des mœurs plus simples, des vertus plus austères et un culte moins superstitieux.
3. Mais, pour entendre complètement cette dégradation de la religion parmi les hommes, reportons-nous encore h l'époque de leur dispersion. Les faipilles se trouvant isolées, chacune forma naturellepient une tribu, un peuple, dont la nationalité étajt fondée sur la race. La tribu était une extension de la société purement dpmestique ou patriarcale, une transition à l'état de nation proprement dite*