PHILOSOPHIE
marqué, en effet, au triple caractère de T amour de Dieu et du prochain et de la haine de soi-même ; tout y pousse Tâme à la piété la plus tendre et la plus généreuse envers Dieu, au désintéressement et au dévouement pour les 1 hommes, à Taustérité pour soi-même, et, par cette austérité, à la victoire sur les passions, à la grandeur d'âme et à l'héroïsme de la vertu. Ces beaux caractères de la morale chrétienne sont de tous les temps dans l'Église; mais aux premiers siècles, ils apparaissent dans toute leur grandeur, non-seulement à cause de la ferveur des fidèles, mais aussi par le contraste de la société païenne; là régnaient, au milieu des débris épars, et néanmoins précieux encore, de la morale primitive, les trois caractères contraires, c'est-àdire l'oubli du vrai Dieu, Tégoïsme et le sensualisme.
C'est là, dans ces trois grands caractères fondamentaux de la morale de l'Évangile, que nous trouvons, avec le vrai sens des institutions et de toutes les prescriptions de l'Église, la véritable clef de son histoire intérieure. Nous ne citerons ici rien à l'appui de cette doctrine; tout ce qui va suivre bientôt touchant la discipline et les mœurs des premiers siècles en sera la perpétuelle justification. Mais, avant de nous y engager, jetons au moins un coup d'œil en passant sur la philosophie et la littérature chrétienne au premier âge de l'Église.
3. Philosophie, — Le Fils de Dieu est venu sur la terre comme une lumière qui devait luire dans les ténèbres du monde intellectuel : Ego lux in mundum veni * . Ces ténèbres n'étaient pas seulement l'ignorance et la superstition de la multitude ; elles régnaient dans les esprits cultivés par une philosophie tout humaine, doublement dangereuse par ses erreurs et sa présomption. C'était cette fausse lumière qu*il fallait surtout dissiper, et c'était elle aussi que l'esprit de ténèbres avait le plus à cœur de soutenir. De là une lutte qui commence sensiblement au deuxième siècle, et qui