‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 133 sur 329 · I. Joemn. XU · texte numérisé non relu

I. Joemn. XU

d86 LEÇON XSIX. ÉTAT DB L'ifOLlSE AU II« SIECLE.

forme Tune des parties les plus importantes de Thistoire de rÉglise.

La philosophie profane, en effet, ne tomba pas soudain et miraculeusement sous le coup de la parole divine. On n'eût pas assez remarqué toute sa faiblesse. Nous la voyons, au contraire, doubler sa force en enfantant la philosophie gnostique; tandis que, d'autre part, héritière des plus beaux souvenirs de la Grèce et couronnée dans la personne des maîtres du monde, elle régnait dans tout Tempire sous le prestige des plus grands noms. Jamais la philosophie n'avait paru plus triomphante que durant ce deuxième siècle, le plus éclatant et le plus heureux siècle de Rome païenne (XXIV, 1).

D'autre part, la philosophie chrétienne, sa rivale, était encore au berceau. Les premiers Pères la préparaient doucement dans leurs lettres, en y consignant la première expression écrite des vérités chrétiennes en dehors des livres saints. Elle commença à raisonner, avec les Apolo-^ gisteS) vers le milieu du second siècle; mais ce n'était encore que pour mettre en évidence les idées de la religion nouvelle, comme l'appelaient, et à grand tort, les Gentils. Toutefois c^tte première manifestation suffit pour troubler la philosophie profane, et dès ce moment les Pères prirent sur elle un ascendant décisif.

Mais en quoi consistait cette philosophie chrétienne? Fut-elle déjà formulée au deuxième siècle? Voilà sur quoi nous sommes réduits, dans un simple abrégé, à ne donner que quelques lignes, au lieu des amples développements que demanderait cette belle matière.

4. Les Apologistes, surtout saint Justin, ayant à s'expliquer sur la philosophie et les philosophes profanes ^ touchèrent quelque chose de la philosophie chrétienne ; mais Clément d'Alexandrie, qui en fit l'objet principal de ses Stromates^ s'éleva jusqu'à la formule, et avec une supériorité de raison qui étonne en son temps, à la fin du deuxième siècle. Voici le corps de philosophie qui ressort de son

PfiHiOSOPHÎE. 239

vaste exposé, et dont nous allons ranger les éléments dans Tordre essentiel qu'ils doivent garder entre eux. 1*» La Dialectique, à laquelle se rapportent toutes les autres sciences préparatoires ou élémentaires, comme la grammaire, la musique, la géométrie, etc. Cette partie que le Christianisme emprunte volontiers aux Grecs, ou plutôt à la raison humaine partout où elle a quelque développement, n'est que l'art de raisonner; ce sont les préliminaires de la philosophie. — 2<* Le Symbole. Il renferme, avec la doctrine catholique, la solution ferme et infaillible comme la foi de tous les grands points qui concernent Dieu, l'homme et la société. Le symbole donne ainsi à la philosophie sa base et en même temps sa règle. — 3** La Théologie dogmatique. C'est l'exposition raisonnée du symbole par les Écritures et la tradition. Elle est comme la première partie de la philosophie, une partie moyenne qui tient de la foi, où elle a son appui et sa règle immédiate, et de la philosophie par un premier développement donné à l'exposition du symbole. — 4* La Philosophie spéculative. Elle consiste à chercher l'intelligence des vérités de la foi, à en pénétrer les sens les plus profonds, à en tirer les conséquences les plus élevées. C'est la connaissance par excellence, c'est la vraie Gnose chrétienne, et celui qui la possède est le vrai Gnostique. La philosophie spéculative emprunte à la théologie dogmatique la connaissance plus développée, plus explicite des vérités de la foi, en même temps qu'elle trouve en elle sa base et sa règle immédiate. — Telle était la philosophie spéculative.

5. Mais ce n'était là que la moitié de la philosophie et la moins importante aux yeux de Clément d'Alexandrie et de tous les Pères. Ce qu'ils estimaient au-dessus de tout, c'était la vie sainte, conforme et proportionnée aux enseignements de la foi et de la raison chrétienne. Tous disaient, avec Clément, que « la vraie connaissance de la sagesse « est inséparable d'une conduite sage et régulière : Hœc <L sola est sapientiœ cognitio a qua nunquam separaturjusta

« operatto *. » Celte philosophie pratique et d'action s'élevait donc comme le grand fruit de la philosophie spéculative, ou plutôt comme sa fin essentielle; et elle s'élevait d'une manière parallèle et correspondante. Le Décalogue, la synthèse des lois et préceptes du Seigneur, correspond au symbole; et la théologie morale, qui en fait une exposition méthodique, à la théologie dogmatique. Vient enfin le développement plus élevé des préceptes, la théorie des conseils évangéliques , les principes et les règles de la vie spirituelle et mystique : c'est la Gnose morale qui répond à la Gnose dogmatique, ou développement philosophique du symbole. Au fond, les parties parallèles se confondent en une même science dont elles représentent les deux faces. Tune spéculative, et l'autre pratique. Ainsi il n'y a qu'une théologie, qu'une philosophie, qu'une Gnose ou sagesse. C'est par le côté moral que cette science ou philosophie chrétienne touche à la vie pratique et aux actes, et ici encore la même progression se reproduit. La vie du simple fidèle, cette vie commune qui s'arrête à l'observation des préceptes et des devoirs essentiels et ordinaires, répond au Décalogue et à la théologie morale, comme la foi de ce fidèle répond au symbole et à son exposition dogmatique plus ou moins développée. La vie spirituelle et mystique s'élève aux conseils, à la Gnose morale et à la Gnose dogmatique, qu'elle reproduit en actes, et se termine • enfin à l'amour parfait^ la charité par excellence qui en est le point culminant : Desinens in charitate '. Ce n'est plus le simple fidèle, c'est l'homme spirituel et mystique, le contemplatif, l'ascète, enfin le Gnostique parfait.

Voilà le Gnostique en lui-même. Mais il n'a pas reçu tant de lumières et de grâces, ni fait tant d'efforts pour tout concentrer dans son fonds. La charité, d'ailleurs, qui emporte l'amour du prochain, conduit à l'œuvre la plus par-

Page 1