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ÉTAT DES GENTILS, PHILOSOPHIE GRÉCO-ORIENTALE

travesties par Fimagination et l'orgueil, enfantèrent divers systèmes, tous fondés sur l'émanation, et demeurèrent sous ce travestissement comme immobiles dans les sanctuaires de rOrient; tandis qu'elles devenaient plus méconnaissables parmi les peuples, dans la multitude, au milieu des altérations, sinon plus coupables^ au moins plus grossières, qu'elles y subissaient.

4. Ces religicms populaires ne tardèrent pas à pénétrer chez les Pélasges, sous le beau ciel de la Grèctf. La poésie, ensuite les arts, s'en emparèrent et les embellirent des couleurs les plus séduisantes, avant de les transmettre aux Romains. Dans cette mythologie où les dieux n'étaient plus que des hommes, et des hommes avec toutes leurs passions, le système de l'émanation se trouva rabaissé au niveau de l'imagination la plus vulgaire. N'ayant pas rencontré, pour s'y réfugier, les corporations sacerdotales dont nous venons de parler, ce système devait finir par perdre tout ce qu'il recelait des traditions primitives; il devait périr, et avec lui les dernières traces de la religion. La philosophie, qui ne pouvait adopter de telles fables, fit de l'existence de Dieu et de la cause première la matière de ses premières investigations. Les dogmes traditionnels, ainsi transformés en problèmes, se trouvèrent à la merci de la raison. Le mouvement philosophique commença chez les Grecs environ six centsans avant Jésus-Christ, avec Thaïes de Milet. En moins de trois siècles la philosophie était arrivée au scepticisme. Socrate la rétablit sur la morale; Platon et Aristote rélevèrent à son apogée, d'où elle retomba vite dans le doute et le découragement^. Toutes les vérités périssaient dans les mains de la philosophlie, et faisaient place à une foule

I. Diodore de Sicile (1. XTU] a. très-bien peint sous ce point de vue les Grecs.: « Qui non pareutum doctrinam imitantur, sed ipsi sua sponte in disciplinarum « stndia pro libito incumbunt, et de maximis scienfiis inter se aitercantes, dura • noTift semper opinionibus student, incertos discipulos reddunt, animumque eo- « mm per omnem Titam dubium, nuUa certa sententia, errare compellunt. » Il les opi^ose ux Chaldéens, dont il loue le respect pour les traditions paternelles.

18 LEÇON III. L'IÉGLISB AVKIKT rfSUS-CHRIST.

d'erreurs et de systèmes éphémères; elles périssaient encore dans la religion populaire, sous les folles imaginations des poètes. Et toutefois la poésie, les arts, la philosophie, malgré ces tristes abus, donnèrent aux Grecs un développement intellectuel qui les éleva d'abord au-dessus des autres peuples. Les écoles, quoique stériles en résultat positif, étaient du moins autant de gymnases où la raison se préparait par Texercice à de plus sérieuses destinées.

Ainsi, trois siècles avant Jésus-Christ, le système de l'émanation demeurait encore immobile dans les corporations sacerdotales de TOrient, tandis que toutes les idées antiques tombaient en dissolution dans le creuset de la philosophie grecque. Il y avait sans doute des exceptions : les Grecs, surtout Pythagore et après lui Platon, avaient puisé aux sources orientales; et les Indiens eurent aussi leurs systèmes de philosophie : mais nous sommes forcés de nous en*teuir aux grands traits. La philosophie raisonneuse des Grecs se tuait elle-même par son activité sans règle, et l'émanation orientale languissait dans les sanctuaires. L'intuition indienne et la raison grecque avaient donc un égal besoin de s'unir : Tune devait communiquer à l'autre un fond de doctrine qui lui manquait, et lui demander 'en échange ce raisonnement, ou plutôt cette raison exercée dont elle était dépourvue. Les conquêtes d'Alexandre amenèrent cette union. Les Grecs pénétrèrent, à sa suite, dans la Perse et dans l'Inde; les peuples se mêlèrent; les Orientaux suivirent les Grecs en Syrie et en Egypte, et ces deux régions devinrent, sous les Séleucides et les Lagides, les deux centres du commerce intellectuel qui se fit 'dès lors entre l'Orient et l'Occident. Le système persan ou chaldéen, où prédominait la doctrine dès deux principes, se répandit naturellement dans la Syrie, et eut son centre d'activité à Antioche. Le système indien, consacré par les Védas, ou livres sacrés, conservait davantage le principe de l'unité; il l'exagérait même, au moins dans les expressions, jusqu'au panthéisme. Il dut s'implanter en Egypte qui communiquait

ÉTATS DËSÔ8KT?ît8. — FBÏIOSOPHIB ÔRÉOO-ORIKTTALB. 19

avec les Indes par là mer, et il y fut d'autant mieux accueilli qu'il y trouva des coîiceptions analogues.

5. Alexandrie se présentait alors dans les conditions les plus favorables pour la fusion. Située entre les deux mers, et comme entre deux mondes, TOrient et FOccident, celte ville devint naturellement l'entrepôt des idées comme le rendez-vous dés savants. Ce rapprochement, qui remonte aux expéditions d'Alexandre , se fit sous le sceptre protecteur des Ptolémées, durant les trois siècles qui précédèrent l'ère chrétienne. Le premier de ces princes, Ptolémée, fils de Lagus, rassembla près de sept cent raille volumes, et fonda autour de cette immense bibliothèque une académie de philosophes et de savants, pour en tirer tous les trésors de l'esprit humain qu'elle renfermait. Ce fut là que, répondant à l'appel des Lagides, les Grecs et les Orientaux affluèrent avec' leurs Mvres et leurs systèmes. Alors commença le travail de fusion. Il s'opéra lentement; car*il fallait du temps à deux éléments si étrangers, à deux esprits si divers, pour se familiariser, se mêler et s'unir. Le génie oriental, qui procède par voie d'intuition, qui va à Tenthousiasme et tend au fanatisme, prit insensiblement le caractère de l'esprit grec si raisonneur, si rationaliste par toutes ses tendances; et en même temps celui-éi se retrempa dans la gravité et la chaleur, dans la dignité d'une philosophie contemplative. Les idées s'éch^-ngèrent au^si. Les Grecs demandèrent pour leurs opinions flottantes un appui ^ux croyances vraies ou erronées qui se retrouvent dans toutes les combinaisons de l'émanation; et les Orientaux empruntèrent aux Grecs la méthode et les procédés logiques. Par celte union, la raison se complétait de part et d'autre: elle entrait en possession de toute sa puissance, elle acquérait la force d'embrasser toute la vérité ou de lui résister. Et ce fut dans cette haute synthèse que le Christianisme trouva la raison humaine \

1. Pour rhistoire de» peuples avant Jésus-Christ, et notamment sur leur philo-

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