LEÇON III. L'IÊGLISE AVANT JÉSUS-CHRIST
Est-il sorti de ce mouvement silencieux des esprits et des idées un système mixte de philosophie, un système formulé avant la prédication de 1 Évangile? Les monuments .ne nous disent rien de certain sur ce point; mais, lorsque l'on voit les premières hérésies chrétiennes en sortir toutes avec un fond commun d'opinions qui décèle évidemment une commune origine, il est clair par là qu'elles remontent toutes à quelque système déjà formulé antérieurement. Or ce système ne peut être que celui résultant de la fusion, soit en Syrie, soit en Egypte; et si Ton nous demande quel il fut, nous répondrons par ce fond commun qu'on retrouve dans tous les systèmes que nous aurons à signaler dans l'histoire de nos premiers siècles sous le nom de Gnosticisme, Ne pouvant l'exposer ici, nous dirons seulement que le système mixte dut présenter l'émanation orientale avec des combinaisons plus ou moins artificielles et subtiles. On y voyait ces séries d'êtres sortant de l'Être premier et éternel, sous les noms d'éons, de dieux, de génies, de démons, et jusqu'à l'homme, pour se terminer à la matière, considérée
•ophie et leur religion , voir les anciens historiens , Hérodote, Diodore de Si* eile, etc. — Parmi les modernes qui ont le mieux exploré ces sources, nous citerons : l'Histoire universelle par les Anglais ; voir l'histoire ancienne, savante pour le temps. — Notre Rollin, qui est bien connu. — Manuel d'histoire universelle, partie ancienne, par M. Ott. C'est un savant résumé, où l'on trouve l'indication des auteurs modernes les plus récents. Ici nous faisons abstraction de quelques parties systématiques dont la discussion n'appartient point à nofare plan. — 9hr la philosophie spécialement, voir le Préci» de l'histoire de la philosophief par HM. de Salinis, etc., directeurs de Juilly : ce résumé est indispensable pour ses appréci»tions. La savante Histoire de la philosophie, par M. l'abbé Bourgeat, t. I, le seul paru aujourd'hui. -- Historia critica philosophix, par Brucker, ouvrage très» diffus, très-lourd, mais où l'on peut recueillir beaucoup de renseignements. — Histoire- de la philosophie (ancienne), par Ritter, autre protestant allemand, traduite par M. Tissot. Le mérite réel de cet ouvrage savant est perdu par l'esprit rationaliste qui domine les jugefnents de Tauteur. — Yoy. aussî» M. Alzog, t. I, et M. Rorhbacher, t. III de VHist. universelle de PEglise, — ^ P. Délie, dominicain, dans son Hvftoire des ' antiquités de l'état monastique, & surtout envisagé les corporations sacerdotales parmi les païens comme des ébauches de la vie religieuse. Il nous sembie qu'il a exagéré cette idée dans le quA* trième volume, dont toutefois la préface renferme des vues justes et remar* quables.
ÉTAT DtJ MONDE. LES ROMAINS. 21
dans tous les systèmes comme la plus grossière des éma* nations, comme le principe même du maP.
1. Continuons de constater l'état du monde avant Jésus- Christ, surtout dans les temps qui précédèrent immédiatement sa venue. Les Romains, campés d'abord au milieu de l'Italie, avaient, à force de bravoure et de politique, étendu leur domination depuis les bords du Tage et de la Tamise jusqu'aux rives de TEuphrate, et depuis l'intérieur de l'Afrique jusqu'au Rhin, au Danube et au Pont-Euxin. Cet immense empire, qui renfermait les régions les plus fertiles et les plus peuplées, offrait une grande variété de lois, de coutumes, de mœurs et de religions, variété qui s'affaiblissait avec le temps, à mesure que les peuples subjugués se rapprochaient de leurs vainqueurs. Le caractère si grave des Romains s'altérait lui-même, et profondément. Tandis que la république étendait ses envahissements, les arts et la philosophie raisonneuse des Grecs pénétraient dans Rome, traînant à leur suite les richesses, le luxe et l'incrédulité. La Grèce eUCarthage une fois vaincues, les passions
I. Toy. ce système mixte , ce fond commun du Gnosticisme antérieur au Christianisme, dans le Précis de Juiily, p. 180. l\ faut lire tout l'article du Gnostieiinw. Ymc, de plus, sur le Gnosticisme païen, les auteurs modernes qui ont ftrlé avec quelque étendue des sectes gnostiques. Nous indiquerons, entre autres, firucker, t. n, dePhilosophia orientali, p. 639, et l'Histoire critique du GnosficiitMf par U. Matter. En. lisant cette histoire curieuse, il faut être en garde contre une certaine couleur de tolérance et certains jugements qui trahissent l'esprit protestant de l'aateur, d'ailleurs modéré. — RItter, que nous avons jugé plus ^t (m, 5), a consacré aux sectes gnostiqnes le livre II* de son Histoire de la philosophie chrétienns, et en a traité avec un mélange de vérités et d'erreurs ^fii trahit constamment la science et le rationalisme du philosophe allemand. Ritter w recuouait que le Gnosticisme chrétien. — Tillemont, t. H. Noël Alexandre, H:i'. |o ti[ 2o. piuquet, Dictiomi. des hérésies.
n'eurent plus de frein. Les guerres civiles, puis lé despotisme impérial, achevèrent de tout corrompre, et alors on vit ces mœurs monstrueuses où la débauche publique s'unissait à une froide férocité; on vit un peuple qui ne demaiidait que du pain et des jeux sanglants. Les provinces subissaient elles-mêmes rinfluènce de cette malheureuse civilisation en proportion de leurs rapports plus ou moins intimes avec l'empire. Toutefois Tantique vertu qui avait fait la puissance de Rome ne disparut pas tellement qu'il n'en restât encore des traces précieuses.
â. Étrangers à cette civilisation, les barbares nous présentent un autre spectacle. Depuis la conquête romaine, on appelait ainsi tous les peuples qui vivaient au delà des frontières de l'empire, autour de cette, immense barrière qu'ils devaient briser un jour. Les monuments très-rares et très-défectueux qui nous en parlent n'ont pu les apprécier qu'aux temps des invasions qui commencèrent dès le. troisième siècle : néanmoins on peut, d'après ce qu'ils furent alors, juger de ce qu'étaient ces peuples stationnaires, lorsque les apôtres leur portèrent les premières semences de l'Evangile. A l'Orient et au Midi, les Parthes, les Perses, les Arabes, les contrées africaines groupées autour de l'ancienne Carthage, celles-ci soumises aux Romains, nous présentent des mœurs simples et patriarcales; rudes et demifarouches sous le climat brûlant de l'Afrique; molles et efféminées dans les régions orientales; mêlées de ces deux caractères chez les Arabes, où la vie patriarcale et les traditions se sont le mieux soutenues. Ce caractère moyen des Arabes vient sans doute de la situation de leur paysj qui forme comme la pierre angulaire entre l'Orient et le Midi» et de leur affinité avec les Juifs. En général, les mœurs et les idées antiques se conservèrent mieux dans les régions voisines du berceau du monde. — Les barbares septentrionaux de l'Asie et de l'Europe comprennent ces grandes races germaniques, slave, gothique, scythique, tartare, hunnique, qui enfantent par centaines des hordes mobiles
de pasteurs, de chasseurs et de guerriers endurcis sous les rigueurs de leur climat. Simples dans leurs mœurs et dans leurs habitudes comme dans leurs idées, ces peuples encore enfants, naturellement féroces et cruels,- croupissaient dans une ignorance grossière. Pour ces hommes de fer, la fatigue était un besoin^ les courses, lés combats, le sang et les ruines semblaient être leur élément: en un mot, les barbares du Nord nous offrent, avec là simplicité, la droiture et la pureté des mœurs primitives que la mollesse n'avait point corrompues, une dégradation sociale dont le climat et Tignorance furent les principales causes^ — Nous n'ajouterons qu'uh mot sur leur philosophie. Les Romains avaient pris des Grecs leur philosophie^ leur religion et leur littérature ; les barbares j au contraire, conservèrent le fond des doctrines orientales, notamment les corporations sacerdotales, en possession de la science et de renseignement tout traditionnel, tels que les druides, chez les anciens Gaulois j les Bretons et les Germains; et les deux doctrines ou religions, l'une vulgaire pour le peuple, l'autre secrète pour les initiés > celle-ci peu connue et probablement moins altérée.
Ainsi la gentilitér s'offre à nous divisée en deux grandeà zones, et comme sous deux aspects religieux, l'un tout oriental, qui embrasse l'Asie, l'Egypte et l'Europe des barbares, et l'autre grec et romain, qui comprend Rome et toutes ses conquêtes^.
3. Cependant la Judée apparaît, au milieu dé cette nuit profonde, comme un point lumineux, dont les rayons deviennent de plus en plus éclatants en s' étendant en tous sens. Là, avec la religion et l'enseignement pur de l'Église primitive, était l'idée dominante de la préparation; et cette idée ne devait pas se concentrer dans la Judée. Les Juifs, en qui elle semblait se personnifier, ne tardèrent pas à en
f . Voy. let Ustdires romaiiieB, et, pour te« barbares, VBisU iinfver^elfo, eïCé partie ancienne, et les autres auteurs indiqués plus bftUt.