LOIS ECCLÉSIASTIQUES
renversée à mesure que la tiédeur croissante a forcé rÉglise de lui opposer un frein dans ses lois. Alors Y esprit de la discipline n*a cessé de s'affaiblir dans les mœurs, et la lettre de grandir dans le code. Et encore ces lois si peu nombreuses des temps primitifs étaient-elles souvent traditionnelles, exprimas seulement par la parole des évoques et par les usages des églises. C'était là une suite de la loi du secret, qui imposait tant de craintes et de réserve, et c'était là aussi le génie de TÉglise, qui n'aime procéder par écrit et avec des formes rigoureuses qu'autant qu'elle y est forcée par les besoins et les circonstances. De là une grande difficulté, pour Tbistorien des preraiei^s temps, de retrouver ces lois primitives, ces institutions, ces usages :les Pères sont le plus souvent muets, et les conciles n'étaient guère plus explicites. D'autre part, ces mêmes institutions, ces lois, ces coutumes, se reproduisaient parr tout : dans les réunions du culte, dans l'intérieur de la famille^ dans les relations des églises, dans les mœurs publiques et privées ; elles se trahissent de mille manières, par une allusion passagère, par un trait, un mot, Une réticence, et semblent jaillir de la société chrétienne par tous ses pores.
3. Si les lois ecclésiastiques n'ont laissé que des traces peu sensibles dans les deux premiers siècles, il n'en est pas de même dans les deux siècles suivants. Déjà elles apparaissent plus visibles dans le troisième, et enfm elles se montrent librement au quatrième, sans perdre toutefois entièrement lear caractère traditionnel. Or il y a deux moyens de les retrouver, ces lois primitives, dans ces deux siècles, et de les reconnaître sans les confondre avec les usages et les lois postérieures au deuxième siècle. 1*» La prescription. C'est la règle même de saint Augustin, passée en axiome théologique, et que l'anglican BeveridgeS d'accord avec le bon sens, trouvait très-raisonnable. Voici cette
i. Codex catiùn.t lib. UI, cap. ix.
règle : « Tout ce que TÉglise universelle reçoit, et n'a « point été établi en aucun concile, mais a toujours été re- « connu, nous croyons avec grande raison que cela ne a peut venir que de l'autorité apostolique^. » C'est, nous le répétons, la règle même de la prescription, que le même Père reproduit ailleurs en la simplifiant : a Une coutume « dont les hommes ne trouvent point l'origine dans les « temps postérieurs aux Apôtres est regardée justement « comme venant des Apôtres eux-mêmes*. » — 2<* Les témoignages formels. Nous entendons par ces témoignages ceux que les Pères des troisième et quatrième siècles ont rendus à l'antiquité et au caractère traditionnel et apostolique des faits, des lois et des usages qui leur arrivaient des deux premiers siècles, par la simple tradition. Ces témoignages sont des preuves positives, plus fortes encore que la prescription, déjà si péremptoire.
Fidèles à user de ces moyens, nous ne craindrons donc pas d'ajouter aux témoignages des Pères contemporains des deux premiers siècles les témoignages des deux et même des trois siècles suivants, chaque fois qu'ils mentionneront un usage, une loi dont on ne trouvera aucune origine depuis le deuxième siècle, et à plus forte raison lorsqu'ils présenteront cette loi, cet usage comme tenu alors pour ancien et apostolique. Et chose qui scandalisera peut-être, nous n'hésiterons pas à ranger parmi les témoignages les plus formels ceux que nous lirons dans les ouvrages apocryphes qui ont eu de la réputation, tels que les Récognitions^ les Constitutions et Canons apostoliques^ les ouvrages attribués à saint Denys l'Aréopagite. La critique la plus inexorable ne peut refuser du moins un peu de
1 . • Quod uniTersa tenet Ecclesia^ neo eoneiliis institatum, sed semper reten- ■ tum est, nonnisi auctoritate apostolica traditum rectissime creditur. » D. Au?» de Baptismo conira Donatist.j lib. V, n. 31, t. IX, col. 243, édit. Gaume»
2, I nia consuetudo, qyam etiam tûnc homines sursum verBus respicfe'^**' « non \idebanl a poslcrioribus institutum, recte ab ApostolJB tradita creditur. » D. Aug., ibid,, lib. IV, n. 9, col. 224.