‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 18 sur 329 · LEÇON V. JÉSUS-CHRIST. AN · texte numérisé non relu

LEÇON V. JÉSUS-CHRIST. AN

nouveau au monde passé. Par cette admirable constitution, le Christianisme était tout à la fois la religion nouvelle et la religion ancienne, et toutefois toujours la même dans le plan divin qui l'embrassait tout entière. Et sous ce point de vue encore, tout y était lumière pour les esprits droits vraiment religieux qui y reconnaissaient ce que leur raison, leur conscience et la tradition légitime pouvaient avouer dans les doctrines et les cultes de leur enfance; dg même que tout y devenait ténèbres peur les âmes corrompues qui n'y voyaient que Tennemi de leurs croyances erronées et la censure de leurs grossières passions. Ainsi il y eut dès les premiers jours dans le Christianisme ce qu'il y aura toujours : « assez de lumière pour ceux qui veulent voir, et assez de ténèbres pour ceux qui ne veulent pas voir*. »

3. Mais les regards du divin Législateur devaient se porter surtout vers l'avenir. Jésus-Christ consacra les trois années de sa vie publique principalement à instruire ses apôtres, à les remplir de sa doctrine, à les former à la vie nouvelle dont ils devaient être les maîtres et les modèles, enfin à les préparer aux grandes fonctions qui les attendaient à la tête des fidèles. Il n'écrivait pas, et, si nous en exceptons les sacrements, il ne réduisait rien en formule : il entretenait de vive voix ses disciples, surtout les plus intimes, de tout ce qui concernait l'établissement et le gouvernement de son Eglise. Les sept sacrements furent autant d'institutions divines qui devaient devenir comme la base et le fond du culte et de la discipline, et, en les confiant à ses apôtres et à leurs successeurs, il y joignit toutes les instructions qui concernaient les rites et les autres institutions purement ecclésiastiques. Ces instructions, jointes à l'enseignement de la doctrine, aux règles de morale et aux conseils de perfection que Jésus-Christ développait en particulier à ses disciples, formèrent le trésor intarissable des traditions chrétiennes. C'est de ce trésor que la lumière et

i. PaBcal, Pensées f ch. m , art. 5, tfdit. d« D^'on.

CRÉATION DE L*4glISE. 29

la we devaient s*écouler pour circuler durant la suite des i/es siècles par les successions épiscopales , comme par autant de veines et de ramifications innombrables, dans tout le corps de TÉglise. Le divin fondateur avait établi la tête et le cœur (le centre) de ce grand corps social dans Pierre et ses successeurs dans le siège romain; et ce fut aussi à rÉglise romaine et aux évoques de Rome, dans la personne de Pierre, qu'il remit d'une manière plus particulière le dépôt des traditions apostoliques.

4. Telle fut l'action immédiate, nous dirions presque personnelle , de Jésus-Christ dans la fondation de son Église. Fidèle nous-môme au plan qu'il suivit, nous omettons ici de décrire sa doctrine, sa morale , ses diverses prescriptions; l'historien devant les recevoir lui-même de la tradition, nous attendrons l'époque où le développement de l'Église, où les faits et les monuments nous permettront de les recueillir et de les environner de l'évidence historique. Pour achever son œuvre, Jésus-Christ la montra divine en prouvant qu'il était Dieu, par toutes les circon- ^ stances de sa vie, de sa mort et de sa résurrection*. Outre

1. La relation que, soiTant l'usage des gouveraeiirs des proTÎnces, P^late en fit t Temperear Tibère fat teUe, que ce prince proposa au sénat de mettre Jésus* Christ au rang des dieux. Saint Justin, dans sa deuxième Apolog., TertuUien, dans son AfMiîogétiquet cap. t et xxi, et après eux Eu»èb. , Hiêt. eccléi.y lib. II, cap. ii, niât Jean Cbrysostome, Homil. 26, in Ep. N ad Cor., et d'autres auteurs anciens - l'attestent hautement. Saint Justin et TertuQien s'adressaient aux empereurs et au iénat romain , et ne craignaient pas d'invoquer afcisi leurs propres archives. Cette pièce, qu'il ne faut pas confondre avec les Actes de Pilate et les autres pèces fabriquées depuis, n'existe plus et n'en est pas moins une pièce importante P» l'inpression qu'elle 8t sur l'esprit de Tibère. Comme elle a été contestée, elle Wtts fournit la matière du problème suivant.

PROBLâlIB.

la reloftofi de Pilate à Tibère , après la mort d9 Jétus-Chrisly a-Uelle

i efiiie'?

PoDr la négative : Lefèvre de Saumur, esprit peu fait pour la critique^ et quel- ¥■«1 aatTM protestants.

Pott Vaffirmative : Huet, Demonstrat.y prop. III, § SS. — Noël Alexandre, »c. !•, cap. IV, qui réfute Lefèvre. — Tillemont, t. I, Vie de saint Pierre^

80 LEÇON V. JiêsUS.CHRIST. AN 30—33.

les miracles proprement dits, la guérison des malades, la résurrection des morts, etc., tout y était miraculeux par Taccomplissement continuel des' prophéties. Cependant, le jour où Jésus-Christ retourna à son Père après avoir terminé sur la croix sa divine mission, l'Église n'existait pas encore : mais tout était préparé, les matériaux et les ouvriers, et tous ces éléments n'attendaient qu'un souffle vivifiant pour devenir l'Église vivante et immortelle, et marcher. Jésus-Christ réserva cet acte créateur et consommateur à son Esprit-Saint; il en prévint ses apôtres, et, au moment de s'en séparer, il renouvela la promesse de leur envoyer cet esprit de lumière et de force. Dès ce moment, les apôtres et les disciples n'eurent plus d'autre pensée que de se préparer à le recevoir; et cette pensée les réunit dans le cénacle avec Marie, la mère de Jésus, et quelque^ saintes femmes. Ce fut pendant cette retraite de dix jours crue, sur la proposition de Pierre, le sort décida l'élection de Matthias à la place du traître Judas. On peut regarder cet acte comme le premier j)ontificat de saint Pierre, et la preuve qu'aussitôt après l'Ascension cet apôtre agit et fut regardé comme la chef de l'Église, dont le cénacle allait devenir le berceau.

Enfin le jour de la Pentecôte arrive : le Saint-K^prit descend sur la fervente assemblée en forage do langues de

art. 19. En général les Catholiques et }ft plup$irt des Frot6staut$| surtout le lavant Péarson, qui a réfuté aussi Lefèvrp.

Ajoutons un {l^tre témoignage, celui de jQsèplie, Ifistarien jiiif, dans lequel frn trouve un passage court, préci^uI et célèbre, ^i^r J^ugHIbrî»! (v(^y* Antiquil,, lib. XXUI, cap, iv), mais dont l'autbenMcité e^l plus sérifiiii«ipe«t eontest^e.

faaatàtn»

Le passage de Josèphe sur Jésus^Cf^riH est-il authentique ?

Pour la négative : Blondelle, de SybilliSy lib. I. Chapelle (Gapellug), Compfnd» kist, jwiàiex. Lefèvre, le même que celui cité dans le problème précédent. Richard Simon, Ellies Dupin, et quelques autres Catholiques ou Protestants.

Pour Vaffirmaiive: D. Lumper, t. 1, p. 498, où il combat savamment toutes les objections. — Noël Alexandre, Hist. eccles, Veter, Test.f aetate 6, diss. 10. — Huet, Detnonstrat,, prop. III, §11. Très-étendu. — Voy. en général I^ P.Columna et BuUet sur les témoignages donnés à la religion par lès auteurs païens.

LES PREMIERS CHRlÎTlENS, 31

feu, symbole des dons qu'il allait répandre dans tous les cœurs. Les apôtres sont changés en d'autres hommes; ils parlent diverses langues, et saint 'Pierre, s'adressant à la multitude accourue au bruit de cet événement, persuade trois mille personnes, qui se joignent aux disciples. AJRsi fat créée l'Église (33)*.

1. L'Église naissante dépassa bien vite l'enceinte au cénacle. Quelques jours après la descente du Saint-Esprit, saint Pierre guérit un boiteux h la porte du temple, parla à la foule étonnée, et ce nouveau discours convertit cinq mille Juifs, qui se réunirent aux premiers fidèles. Il y eut dès lors quelques règlements et des usages mesurés sur la ferveur de la multitude. Gqs premiers Chrétiens continuaient ^^e se rendre dans le temple aux heures accoutumées de la prière, mais en se tenant à l'écart de la foule qQinmune; ils s-assemblaient de plus dms les maisons pour y entendre lire et expliquer les saintes Écritures, pour y prier encore, et principalement pour y célébrer reucharistie. Ils pe se séparaient qu'après ^vpirpris ensemble un rep^s fraternel; cap ils n'avaient qu'un cosur et qu'une âme ; ils semblaient n'avoir qu'un seul patrimoine, la plupart poussant la charité jusqu'à Yeî)4re Ipurs biens pour en remettra le prix

1« Voyez l'histoire de Jésus-Christ d^ns la Concordance dçs <|uatre lévaqgiie$; et peur la descente du Saint-Esprit, les ActeSf chap. i. "tt Sur cette vie divi^, voir les auteurs indiqués dans ia Bibliotheca seUcta, p. xviii, eq lètp du t. X, qui rorme le supplément à VHist, eccles. du P. Noël Alexandre, édit* de Venise, 1778. — Spécialement sur les années de la naissance et de la mort du Sauveur, >ujetde dissertation, voir Noël Alexandre, sœc. lo^ diss. 2. — Tillemont, Mé" moire» pour l'hiit. eccles,, 1. 1, notes sur Jé^us-Christ. — • Berti, DUsertationes histoHcx; voir, pour le premier volum§ (in-4p)y les époques qui touchent à l'ère «bfétieniie. fl est un des plus complets. — Palma, Prxlectiones hi^tçrisejiqfi^^i *• I, cap. 1 et u.

onire les mains des apôtres* Leur ferveur était encore soutenue par les dons surnaturels des langues, de prophéties, d'interprétation et autres qui se manifestaient dans un grand nombre. Telle était la vie tout angélique de ces premiers | enfants de FÉglise, dans cette céleste église de Jérusalem, qui a été l'admiratipn de tous les siècles.

Il s*y trouva néanmoins des prévaricateurs. Ananie et Saphire, ayant dissimulé le prix de leur héritage, qu'ils avaient vendu de leur plein gré, furent frappés de mort aux pieds de saint Pierre. Il y eut aussi de la partialité dans les distributions : les plaintes qu'en firent les Juifs hellénistes (nés dans la Ghrèce) amenèrent l'élection des sept premiers diacres. Ces ministres, chargés du soin des tables communes, furent encore investis de l'office incomparablement plus relevé de servir dans la célébration c^e la divine eucharistie et de la porter aux absents *.

Page 1