I . Macrob., Satwmàl,, lib. ni, cap. n
t. Sur l'aseétisine et les orig:ine8 de la vie religieuse et jnonastiqae, Toir le ?. JMàe, Antiquité dé Véiat mofUMltçiM, où il recbercbe et exagère peut-être tout ce qn'il y a eu d'analogue cbes les Juifs et les Gentils. — D. Bulteau, Histoire monoêtique, ete. — Le P. Héliot, Histoire des ordres monaêtiqfieSf sa dissert, préliminaire (voy., sur ces auteurs et autres, notre Introduction, sect. III, n. 101 , p. St4). — SeWaggio, lib. I, part. 2, cap. xiir.— Bingham, lib. VIII, t. III, et les auteurs indiqués plus haut (VMI, 4) sur les Thérapeutes. — Holstenius, Prœf, adBegul. veter, monachor. — Papebroch, in Àcta Paehomiif t. III, 14 mai, dans les Bolland. — Duguet, dissert. LXYI»
jusqu*icî des institutions générales de TÉglise des deux premiers siècles, des lois et des mœurs communes de cette époque primitive; mais au-dessus et comme au delà de cette région vulgaire il y avait des Chrétiens qui faisaient profession de mener une vie plus parfaite par la pratique, plus ou moins parfaite elle-même, des maximes et des conseils évangéliques. Ils étaient connus dans l'Église sous le nom d'ascètes, d'un mot grec qui signifie Exercice^, parce qu'en effet ils s'exerçaient avec le plus d'énergie dans la pratique de l'Évangile et dans le grand combat de la vie chrétienne contre toutes les passions; ils étaient les athlètes du Christianisme. Ainsi l'ascète s'élevait au-dessus du vulgaire par une connaissance beaucoup plus élevée et plus profonde de l'Évangile, par la vivacité de sa foi et la pureté de ses mœurs, par l'austérité de sa vie, par un détachement des choses terrestres à un degré où il semble n'en être plus touché, par une charité sans bornes pour ses frères et une prière continuelle, enfin par un ardent amour de Dieu, qui couronne cet admirable ensemble de perfections. Telle est, en résumé, l'idée que Clément d'Alexandrie nous donne de l'ascète, ou gnostique, comme il l'appelle dans ses Stromates; telle était, par conséquent, la manière dont la vie spirituelle, ou l'ascétisme, était entendue et pratiquée dans l'Église à la fin du deuxième siècle.
8. L'ascétisme, dont la notion n'a point varié dans l'Église, est le fond même et l'essenee de Ift vie religieuse» ce qui demande quelque explication. Un chrétien adonné aux pratiques de la vie ascétique peut absolument demeurer dans le monde et s'y faire une demi-solitude sans rompre les rapports ordinaires de la vie commutiè; îl demeure alors dans les limites de l'ascétisme pur et simple : c'est Vaecète proprement dit. Si, au contraire, il sort du monde pour vivre seul dans la solitude, prèâ ou loin des
i . 'amu^iç, exerdtatio, d'où «9xi)tat, athlètes.
ASCÉTISME. ANACHORÈTES. CISNOBITES. 307
villes, n'importe, il devient anachorète. Si enfin, au heu de vivre seul, il se réunit à plusieurs autres ascètes, et embrasse, toujours loin du monde, la vie commune^ il devient cénobite. L'anachorète est le moine proprement dit (/*ovoç); mais on donne également ce nom au cénobite par extension, de même qu'on appelle monastères les maisons habitées par des communautés, quoique ce nom ne convienne littéralement qu'à la cellule de l'anachorète. Enfin, ou l'ascète, anachorète ou cénobite, s'engage par des vœux perpétuels qui rendent son état fixe et permanent^ et c'est Xétat religieux proprement dit; ou il conserve sa liberté, et alors, n'importe la perfection de sa vie, il n*est pas dans l'état religieux au sens canonique. Arrivons maintenant à l'histoire.
9. Lorsque l'Église sortit du cénacle, toute brûlante du feu sacré dont l'Esprit-Saint l'avait embrasée, les Chrétiens offrirent le spectacle unique d'une société soumise au régime de la vie commune et séculière , et pratiquant néanmoins les vertus chrétiennes au degré le plus émînent de perfection : la pauvreté volontaire, en mettant leurs biens en commun; la charité et l'humilité, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme; le jeûne, la prière, le travail; enfin une grande simplicité et pureté de mœurs. L'Église de Jérusalem offrait donc l'union de tous les genres de vie auxquels les chrétiens peuvent être appelés : la vie commune, par les engagements séculiers; la vie ascétique, par la ferveur; la vie cénobitique, par la charité fraternelle, et enfin la vie anachorétique, par la solitude intérieure et leur union avec Dieu. Dans cette divine synthèse de tous les degrés de la vie chrétienne, nous voyons la vie séculière se perdre dans la vie spirituelle et arrêter en même temps l'expansion des deux formes spéciales, anachorétique et cénobitique, de l'ascétisme; car ces Chrétiens ne pouvaient quitter la famille pour le monastère. Ces deux formes demeuraient donc latentes, ou simplement obscures dans ce merveilleux ensemble où tout s'absorbait dans l'ascétisme.
308 LEÇON XXXVI. ÉTAT DE L'ÉGLISE AU II* SlâCLB.
Cet état si parfait et qui convenait si bien à la première Église, sortie des mains de Jésus-Christ pour être le type et le modèle de tous les genres de perfection; cet état, disons-nous, ne pouvait être permanent; la multitude surtout ne pouvait se soutenir longtemps à cette hauteur. Aussi il y eut bientôt un afTaiblissement, qui se continua dans les deux premiers siècles, et ne fut toutefois sensible qu'au troisième. Le lien qui unissait tout dans la synthèse primitive et apostolique se relâchait en proportion du mouvement de décadence, et les ascètes ne tardèrent pas à être distingués de la foule dégénérée. Ils ne devinrent toutefois une classe bien distincte qu'au commencement du troisième siècle; Origène* le premier en fait mention, et nous avons vu, par les Constitutions apostoliques, qu'ils avaient des places distinctes dans les églises avant le quatrième siècle.
Dès le moment que les ascètes formèrent une classe distincte, il est infiniment probable que l'Église, pour régulariser leur état, les soumit à quelques règlements communs. Les vierges faisaient vœu de chasteté, d'après saint Cyprien, qui les traite d'épouses de Jésus-Christ', et les Constitutions, qui les exhortent à tenir fidèlement la promesse qu'elles avaient faite dans un esprit de piété, et non pour faire injure au mariage*. Les veuves vouaient la continence en renonçant publiquement aux secondes noces, et recevaient une bénédiction qui les élevait au rang de veuves*. Outre l'article de la continence, ces règlements devaient encore imposer aux. ascètes l'ab'^tinence de viande
fl.. Contra Cêliwn^ lib. V, n. 49,
t. Epist. 6t» ad Pompon., n. 2 et 4. — Cf. epist. 60, n,t; de Habitu tirgini$.
3. Lib. IV^ cap. xit; lib. YUI, cap. xxit. — Cabassut, ssc. fo^ dnsert. Hl — Dognet, divsert. XX.
4, Contf. apost,, lib, VIH, cap. xxy et xx. — Voy., pour les hommes, deHiêrarehia écoles,, eap. n, part' 2, où il fait la description de la profession d'an moine.
ASCETISME. ANACHORETES. CÉNOBITES. 309
qu'ils pratiquaient généralement*, et probablement un certain habit analogue à l'état d'hupailité et de pauvreté dont ils faisaient profession, mais qui n'avait rien de particulier pour la forme.
10. Il est bien probable que plusieurs de ces ascètes, ainsi devenus réguliers^ embrassèrent la vie anachorétique en se retirant du commerce du monde. Mais formèrent-ils déjà des communautés proprement dites? C'est sur quoi nous ne pouvons rien dire d'assuré. D'une part, nous voyons le quatrième siècle plein de traditions monastiques remontant aux siècles antérieurs. Ce sont les légendes des Grecs qui nous présentent plusieurs saints et martyrs des deuxième et troisième siècles comme ayant vécu en communauté*; ce sont les moines d'Egypte qui, au rapport de Gassien, faisaient remonter le régime monastique à saint Marc et aux Thérapeutes; c'est saint Basile lui-même qui, en exposant les principes et les règles de l'état religieux» parle des règlements et de la doctrine que les saints Pères, dit-il, avaient laissés par écrit. Si, d'autre part, nous nous transportons au règne de Constantin, les anachorètes du désert et les cénobites paraissent commencer avec saint Antoine et saint Pacôme en Egypte, et avec saint Hilarion en Palestine. Le problème, comme on voit, n'est pas sans difficulté. Si les documents nous manquent pour le résoudre, void du moins notre conjecture en deux mots. Durant la paix de quarante ans dont les Chrétiens jouirent dans la première moitié du troisième siècle, la ferveur se ralentit sensiblement, et les ascètes, au moins un certain nombre, allèrent chercher un abri contre le relâchement, soit au désert pour y vivre en anachorètes, soit réunis en communauté pour y suivre le régime cénobitique. La persécution s'étant rallumée avec plus de fureur qu'auparavant, et ayant duré depuis Dèce jusqu'à la fin de Dioclétien, sans
1^ Toy. (M%,,ihid.
s. Voy. D. Bulteau, BUU momoêt» d'Orimi^ lib. I, cap. u.
BXQ LBÇON XXXYlh 3STAT m h'ÀQhnH IV il* ftliçLK.
de longs iatervalles de repos, les monastères furenl ren** versés partout par cette tempête d'un demi-siècle, telle?ment qu'au temps où la paix fut rendue à l'Église, il n'eu restait plus que les traditions et quelques règlements qui furent recueillie alors pour servir de base^ aux nouvelles fondations monastiques * ,
Concluons de tout ce qui précède que certainement l'entât religieux remonte aux temp« apostoliques par ^n es^ prit, qui fut k> SQP apogée dans l'asQétisme primitif, et aussi par ses deux formes, anacborétique et cinobitique, qui eurent déjà un premier développement nécessairement faible, mais dont l'histoire ne détermine pas le degré avec précision et évidence.
Telle était l'Église primitive considérée dans son intérieur, dans ses enseignements, sa discipline et dans les mœurs de ^a enfants. Pour compléter cette appréciation, jeton» un coup d'œil sur ce qui se passait au debora : voyons ses combats^
WON xxxm
i. La Intte. r^ Lorsque le Christianisme aj^rut sur la scène du monde, il renQ(»itra deux adversaires tout aroièi pour le combattre, l'étouffer ou le corrompre, savoir ? le Judaïsme et le Paganisme.
Judaïsme. — * ]Le premier d^ ces inlvertôires^ lasu da te
Les communwtés monastiqws remontent-elles auic sièctes (HUM9ur$ tm quatrième ?
your U négative i S^tv^gio, 9i n<rai poimnift dire pMttqaé iom 1« kiftorioM à» l'Église et les crit^ues qui rejettent le ChrisU^i^ni^ dee TMffffSftet..
Pour l'affirmative : le P. Héliot, et assez généralement les critiques qui voient dans les Thérapeutes, des Chrétiens et les premiers moines. — Voy. aussi pour la discussion, D.BuUeau 'Hist, monast, d'Orisnt, U?. l, eapb «^ iMi Ôimme il* décis«
LUTTE CONTRE LE JUDAÏSME ET LE t»AGANlSME. 3ll
môme souche que la religion nouvelle, ne fit qu'une protestation contre l'abrogation de l'ancienne loi. Parmi les disciples de Moïse qui entrèrent dans cette voie, les uns, demeurant Juifs, repoussèrent l'Évangile pour conserver la loi exclusivement; misérable procès de famille où les Juifs prétendaient retenir les titres paternels et maintenir, contre la teneur même de leur texte, l'état ancien et légal. Les autres, au contraire, en acceptant le Christianisme, voulurent associer à ses rites les rites mosaïques comme obligatoires; et par cette union monstrueuse, les jvdaî" sants ruinaient en même temps la notion de l'ancienne loi et celle de la loi nouvelle, en les altérant dans leur essence. Cette double polémique n'eut pas le temps de se développer : la rume irréparable de Jérusalem , du temple et de l'état politique des Juifs lui ôta tout ce qu'elle avait pu avoir de sérieux à son début; il n'en resta guère au dehors que la haine implacable des Juifs, Qt au dedans quelques observances tolérables, bientôt emportées par le temps. Pour les judaïsants obstinés, ils suivirent l'exemple de Cérinthe, leur premier chef, et passèrent la plupart aux Gùostiques, avec lesquels ils avaient cette analogie de combiner, eux aussi, le Christianisme à leur manière. 2. Paganisme, — Gnosticisme. — Le véritable ennemi du Christianisme était le Paganisme. En possession du monde^ il ne tarda pas à reconnaître que la société nouvelle, qui s'élevait sous le nom du Christ, venait lui en disputer l'empire. Il lui déclara donc une guerre à mort, et, pour écraser plus sûrement cette dangereuse rivale, le Paganisme rassembla toutes ses forces et les distribua sur tous les points. La philosophie gréco-orientale, que nous avons vu apparaître, sous le nom de Gnosticisme, sur la scène intellectuelle du monde, dans les temps qui précédèrent immédiatement Jé^s-Chrîst, se jeta toul d'abord sur le Christianisme naissant et essaya de s'en emparer, comme d'un élément nouveau, pour sa combinaison philosophique et religieuse. Ce ne fut néanmoins que vers le mi'
lieu du deuxième siècle que les Pères commencèrent à s'en occuper. Jusque-là, la Gnose, toute païenne, leur inspirai t moins de crainte que de dégoût : ils répugnaient à y toi icher. Mais lorsque Valentin et Marcion, qui avaient pénétré dans l'intime du Christianisme, l'un comme membre du clergé et l'autre comme ascète, eurent élevé la Gnose à son apogée de vie par une assimilation plus étendue avec les idées chrétiennes, l'Église l'arrêta et l'excommunia dans ses deux chefs. Cependant la Gnose païenne n'était pas capable de vivre dans l'intérieur chrétien, même à l'état de révolte et de guerre : aussi nous la voyons disparaître assez rapidement dans Tatien et les Encratites, dans Bardesanes, Montan et Praxéas avant le troisième siècle. Il y eut alors une décomposition du Gnosticisme : la partie philosophique, seule capable de regarder en face le Christianisme, fut absorbée et se transforma en hérésie chrétienne. Pour la partie païenne, chassée honteusement du champ de bataille avec son plérome et ses éons, elle se réfugia dans les sectes grossières recueillies plus tard par le Manichéisme. Avec le type gnostique disparurent ces combinaisons rivales par lesquelles les chefs d'école ne prétendaient rien moins qu'opposer au Christianisme de l'Évangile et de l'Église le Christianisme de leur façon : tout dès lors, pour ceux qui vinrent ensuite, se réduisit à subtiliser sur quelques points isolés, et à jouer le rôle de l'insubordination et de la révolte. Ces combinaisons demeurent toutefois dans l'histoire comme des monuments irrécusables de nos dogmes et de nos institutions au deuxième siècle. Le Gnosticisme dépose en faveur de Torganisation primitive de l'Église, comme une imitation grotesque prouve au moins l'existence de l'original et rappelle le fond de ses traits.
3. L'ancienne philosophie. —Tandis que Tardent Gnosticisme expiait sa téméraire audace en expirant dans sa lutte avec le Christianisme, la vieille philosophie, accolée aux vieilles superstitions, se mourait eire-môme de faiblesse