L'ANCIENNE PHILOSOPHIE
et de caducité. Réduite au doute universel, terme inévitable de ses perpétuelles contradictions, elle n'avait pu se présenter sérieusement à rencontre de la religion nouvelle. Dne seule brai^che se soutenait : le Stoïcisme ; et la raison en est simple. L'école de Zenon, naturellement portée vers la morale, s'en occupa exclusivement dans les commencements de Tère chrétienne; elle se consolait ainsi du découragement dans lequel l'esprit humain était tombé. Mais le Stoïcisme ne pouvait tourner sa morale contre celle du Christianisme, dont elle subissait, au contraire, la bénigne influence. Dans ces premiers temps, les dogmes des Chrétiens étaient peu connus au dehors, tandis que leur morale était partout, et partout héroïque, dans les rues et en public, dans les maisons et dans l'intérieur domestique, dans l'humble demeure du pauvre et autour du lit des malades, dans les prisons, dans les tortures et sous le glaive du bourreau. Le Stoïcien, loin d'attaquer de tels hommes, ne pouvait que les admirer et se taire. Cependant le Stoïcisme servait la cause de l'ancien culte, et même il lui donnait seul un appui au moins indirect, en affaiblissant dans les esprits superficiels l'impression que devait naturellement produire la morale évangélique. Mais il n'y avait là encore la matière d'aucune polémique, et le temps se chargeait seul de mettre à découvert la stérilité de la morale stoïcienne ', même après que le Christianisme eut rayonné sur elle.
Pour la philosophie spéculative, elle prit, malgré sa propre faiblesse, la défense avouée de l'ancienne religion. Ce fut, en effet, au deuxième siècle que les philosophes
I. On peut Toir, sur les stoïciens anciens, Ritter, Hist. de la pMlotopkie cmiiienne, hT. XI, ch. y, t. UI, p. 516 ; et sar les stoïciens nouTesax, tdtd., liv. XII, eh. ni, t. IV, p. 146, traduit de Tallemand par M. Tissot; et surtout un beau flragment de H. Villemain : De la philosophie siofqtu et du Christianiame [Nouveaux mélangée hist,, p. 273), où il montre, dans son style toujours éloi|ttent, l'heureuse transformatioa de l'austérit6 stoïque, sous l'influence des mœurs ebrétîennes, au deoxièffie siècle.
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païens commencèrent à tourner en plaidoyer pour le polythéisme l'interprétation allégorique de sa mythologie. Nous en avons la preuve dans les Récognitions. L'un des interlocuteurs de ce drame philosophique citant les Grecs : « Ils voient, dit-il, le temps et la matière dans Saturne et Rhée..., la substance vivante dans Jupiter, etc. ^; » singulière apologie qui ne défendait les cultes païens qu'en les répudiant solennellement! Une telle manière de justifier le vieux Paganisme ne pouvait donner grand souci à ses adversaires; elle excitait d'autant moins leurs craintes, qu'outre sa faiblesse intrinsèque, cette prétendue justification était elle-même hautement désavouée par la multitude, par les prêtres, et surtout par l'état politique. Assurément ce n'était pas au pied d'un emblème du temps, de la matière ou de la vie, que les proconsuls faisaient égorger les Chrétiens, mais bien devant les autels fumants de Saturne^ de Jupiter, de Vénus, ou de quelque autre dieu ou déesse que le peuple et les magistrats, que les philosophes euxmêmes encensaient. Et d'ailleurs, si les défenseurs du Paganisme allégorique avaient été sincères et courageux daus leur opinion, loin de disputer contre- les Chrétiens, ils se fussent joints à leurs apologistes et n'eussent pas souffert en silence qu'on les forçât par les tortures et la mort à prendre des fables puériles pour symbole de foi, et à invoquer des dieux absurdes. A p^^rt ce système qui recevra son développement dans le néo-platonisme, tout se réduit du côté des philosophes h quelques récriminations vulgaires, comme on le voit dans XOctamuê de Minucius Félix, et au traité plus sophistique de Celse, réfuté plus tard par Orîgène.
4. Polythéisme. — Sensualisme. — Si la vieille philosophie se trouvait impuissante pour elle et pour l'ancienne religion, le polythéisme, réduit à lui-même, était plus faiWo encore. Nous avons vu que les superstitions païenûfs, qui
i. Hecognit., lib. X, cap, zxx etseqq.