POLYTHÉISME. SENSUALISME. PERSÉCUTION. 3Î
le constituaient, n'osèrent approcher de l'Église primitive, et demeurèrent jusqu'au quatrième siècle sanâ influence comme sans vie. Le sensualisme ou le siècle, malgré la connivence des passions qui sont presque toutes à sa solde, n'eut d'accès que dans quelques Chrétiens et jusqu'à un certain degré, ce qui arriva surtout au troisième siècle ; mais il ne put pénétrer dans la masse des fidèles, ni corrompre les mteurs communes.
Ainsi, renié hautement par la nouvelle philosophie, le Gnosticisme, et même par l'ancienne, qui n'osait le défendre qu'à voix basse et en rougissant, le vieux Paganisme se montra débile et impuissant, au point de ne pouvoir supp(^ter l'apparence même d'une lutte quelconque sur le terrain de la raison ou de la morale. Mais, à défaut de la raison et de la vertu, le fanatisme des peuples, la politique des chefs,»la haine de tous, vinrent lui donner l'appui de la force brutale; et il y eut lutte alors, lutte sanglante et atroce, telle qu'elle pouvait exister entre la tyrannie et la faiblesse, entre des bourreaux sans pitié et des victimes sans défense.
8. Persécution. '^Le caractère de la persécution, durant le deuxième siècle, fiit d'être populaire, permanente et progressive. Elle semblait couler sans interruption d'une source intarissable, la haine aveugle des populations, haine exaltée par de tnonstrueuses calomnies, et sans cesse rallumée par les prêtres et les philosophes. Tout semblait contribuer à ce déchaînement. Les Chrétiens étaient assez connus pour inspirer de mortelles alarmes, et pas assez pour ôter à la calomnie la possibilité même de nuire. Dans ce mouvement de deux sociétés qui se disputaient l'empire du monde, le deuxième siècle était une phase critique où tout irritait contre les Chrétiens, et où rien ne les protégeait contre la passion en fureur. Les empereurs influèrent assez faiblement sur cette persécution d*un siècle; ils ne firent pas d'édits formels, et s'il y eut plus de martyrs sous Trajan et Marc-Aurèle, ce fut bien plus l'eflfet de leurs dis-
positions à l'égard des superstitions païennes que le résultat d'aucun acte direct contre les chrétiens. — Si quelque chose surpassait la cruauté infatigable de la persécution, c'était le courage même de ceux qui en étaient victimes, et la patiente douceur qui rendait ce. courage divin. Durant tout un siècle, les Chrétiens n'eurent pas un jour de pleine sécurité, et le plus souvent ils pouvaient craindre à chaque instant le pillage et l'incendie de leurs maisons, et pour eux-mêmes les tortures et la mort. Mais la griandeur d*âme des Chrétiens les éleva au-dessus de ces périls. Ils vivaient tranquilles sous le glaive suspendu, marchaient sans trouble et avec une noble assurance vers les échafauds, et nombre de fois on les vit provoquer la mort et courir au-devant. Tertullien * l'atteste pour les Chrétiens d'Asie et pour ceux deCarthage. Saint Justin*, avant lui, le donne à entendre pour les Chrétien^ de Rome, et une relation de libérien *, gouverneur de la première Palestine, l'affirme également. La plupart des Gnostiques combattaient le martyre*; nouveau motif pour les Catholiques de demeurer fermes au milieu du danger. Fuir eût été à leurs yeux non-seulement une lâcheté, mais une sorte d'apostasie. Ce fut là l'héroïsme de la ferveur. — Vers la fin du deuxième siècle, Tertullien • et les Montanistes exagérèrent ce point comme tant d'autres, et virent un crime dans la fuite. Clément d'Alexandrie • combattit vivement cette erreur qui allait devenir dangereuse ; mais les esprits furent fixés au troisième siècle, et la controverse cessa.