LBQON XXXVIII. SAINT URBAIN. AN
louer après sa mort, les Chrétiens eussent maudit son école et sa mémoire. Ces raisons, que nous effleurons ici, n'ont pas permis à Mosheim lui-même de persévérer dans son premier sentiment; il trouve que l'assertion de Porphyre est incontestablement fausse, quod sine controversia falmm est ; mais il ne se rétracte que pour se jeter dans une opinion moyenne plus étrange encore, qui ne s'explique de sa part que par l'intérêt de secte qui l'a inspirée. D'après le savant luthérien, Ammonius, abjurant secrètement le Christianisme, aurait dissimulé ses vrais sentiments et se serait tenu comme en dehors des deux religions en les réunissant t Qui croira jamais qu'Âmmonius joua si longtemps en \il hypocrite un rôle aussi honteux en lui-même qu'impossible dans les circonstances^ ?
Nous avons dit que l'école d' Ammonius était mixte. La philosophie éclectique qu'on y entendait convenait aux païens, qui voyaient revivre en elle la doctrine de leurs philosophes anciens ; çlle souriait également aux Chrétiens, qui trouvaient dans les vérités qu'elle recelait les premières semences chrétiennes pour les Gentils les plus éclairés. Les leçons d' Ammonius se prêtaient donc à deux interprétations diamétralement opposées : l'une toute chrétienne, vraie et naturelle, qui les rapportait à l'enseignement chrétien ; l'autre toute païenne, forcée et complètement fausse^ qui essayait de reconstruire avec ces fragments antiques un nouveau système compatible avec le culte des
t. paôttL^im.
Ammoniiu Saeca, le céUbn philotophej a-t-il apostasie?
Pour l'affirmative : Mosheim, qui admit d'abord l'apostasie publique, puis l'apostasie secrète. — - Brucker, Ritter, HM . Jules Simon et Vacberot, dan» leurs Histoires de l'école d'Alexandrie ; et, parmi les Catholiques, le card. Orâ, Hist. eecles., t. m, et H. Àlzog, Hist, untv. de VÉglise, 1. 1, p. 216 et t7S.
Pour Xa négative ! Baronius, Tillemont, D. Lumper, M. Prat; c'est, l'opinioa commune.
CeuK qui admettent deux Ammonius retombent dans l'opinion affirmatire et dans tous ses inconvénients, car il n'est question ici que du célèbre philosophe Ammonius, dont Porphyre et Eusèbe ont prétendu parler.
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dieux. C'étaient là comme deux tendances qui n'attendaient pour se réaliser que deux hommes tournés par leur caractère et leurs dispositions vers ces deux pôles opposés; et ces deux hommes se rencontrèrent dans Tauditoire dJAmmonius : nous voulons dire Origène et Plotin. Nous parlerons de ce dernier plus loin, comme chef du néo-platonisme; mais la suite des faits nous rappelle à Origène.
LEÇON XXXES.
I . Origène, que nous avons laissé à la tète de ses catéchèses, ne put se renfermer longtemps dans le cercle encore trop étroit de ses nobles fonctions. Désireux d'étendre ses relations, il visita d'abord l'Église romaine (212), cette Église, la première de toutes («|9x««ot«tïiv) ^, ainsi qu'il s'exprime lui-même d'après Eusèbe. De retour, il s'appliqua à l'hébreu et dressa ses Tables, connues sous les noms de Téiraples, Hexaples^ Octaples et Ennaples, selon qu'il mettait en regard quatre, six, huit ou neuf textes, tant originaux que traductions. Dans ces premières Polyglottes^ on voyait figurer le texte hébreu et celui des Septante; les versions d'Aquila, de Symmaque, de Théodotion, et deux ou trois autres trouvées de son temps. Après ses recherches préparatoires sur le texte, Origène s'appliqua au sens. Il l'éclaircit par desscolies dans les endroits les plus difficiles, et l'expliqua dans ses Homélies pour les fidèles. Mais ce fut surtout dans ses Commentaires que le génie ailé d'Origène prit tout son essor. Laissant la lettre, il se jeta dans l'immense espace que l'allégorie ouvrait devant lui, et ne cessa dès lors de faire couler du fonds inépuisable des saintes Écritures toutes les doctrines les plus mystiques de la re-
1. Voyez, lur cette expreBsion importante, le P. Halloiz, Origenes defensuSf tdiiot.,p. d«
3S0 LEÇON XXXIX. 0ÀlKt I^ONttÈBr. AN dl7-235.
ligion, totid léB Sens les plus élevés et lès plus pi'ofonds de la philosophie. Rien n'égalait sa propre fécondité : sept no* laires ou secrétaires se succédaient pour écrire sous sa dictée, et il fallait un nombre plus grand encore d'écrivains pour mettre au net ses premiers manuscrits ■. Le fils de Léonides était pauvre, et il voulait demeurer pauvre * mais la Providence suscita un homme riche, nommé Ambroise, qui devint son disciple et son ami, et qui pourvut généreusement à toutes ses dépenses.
2. Ces travaux d'Origène sur les saintes Écritures durèrent autant que sa vie; mais il sut fkit*e marcher en même temps d'autres études non moins sérieuses. L'afQuence des Gentils pour l'entendre lui fit comprendre la nécessité de s'instruire dans toutes les parties de la philosophie profane. Il s'y livra donc, suivit les leçons d'Ammonius, et se trouva naturellement chargé d'appliquer immédiatement le sys* tème éclectique à la conversion des hommes éclairés. « Il a commençait, dit Ëusèbe, par leur apprendre la géomé-^ a trie^ l'arithmétique et les autres sciences préliminaires ; « puis il les initiait aux écoles et aux enseignements de « l'ancienne philosophie, dont il savait pénétrer le fond et « les plus secrètes doctrines ^. » Saint Grégoire Thaumaturge, racontant la méthode d'Origène pour l'instruire luî« même et son frère Athénodore, ajoute qu'il ne voulait pas qu'ils s'attachassent à aucune école particulière, mais seulement au vrai et au bien qu'il leur faisait t&» marquer dans chacune* Ce fut après cette étude prépa** ratoire qu'il leur expliqua les dogmes de la foi et Us conduisit progressivement jusqu'aux idées les plus élevées et les plus cachées sous la lettre des saintes Écritures *< Voilà bien toutes les parties du plan de Clément d'Alexan** drie, les connaissances élémentaires^ ihmentans, ii$€ipli^