‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 205 sur 329 · FIN D'ORIGENE · texte numérisé non relu

FIN D'ORIGENE

était en son temps le plus illustre des enfants de TÉglise. Il osa le premier construire un corps de théologie et de philosophie chrétiennes; ce fut le premier essai de la raison opérant sur les dogmes catholiques, et nous avons va en quels écarts elle s'était jetée. Après un tel début, que ne devait-on pas redouter de la raison ? C'était là, en effet, le vrai danger du Péri archân et des opinions qui rentraient dans les questions qui y sont traitées. Ce double caractère de brillantes et solides qualités dans la personne d'Origène, et de philosophie hardie et dangereuse dans ses écrits, explique toutes les destinées de ce grand homme. Dès son vivant, et après sa mort, il a eu des admirateurs et des adversaires également passionnés, et souvent les mêmes hommes, après l'avoir célébré, l'ont poursuivi ensuite pour des opinions erronées qu'ils laissaient dormir paisibles, mais isolées, dans les écrits de plusieurs autres docteurs de l'Église. Ils voyaient poindre en lui le rationalisme, et ce rationalisme naissant leur causait un certain effroi; l'Église elle-même n'hésita pas à le condamner sous le nom d'Origénisme, à la suite des troubles qu'il occasionna dans les siècles suivants.

8. La' sentence de Dcmétrius et de ses deux conciles ne pouvait tomber que sur les premiers écrits d'Origène, et notamment sur le Péri archôn. Mais sa vraie pensée, il faut la chercher surtout dans l'un de ses derniers ouvrages, et le plus précieux de tous : nous voulons dire ses huit livres contre Gelse, philosophe épicurien, qui écrivit contre la religion chrétienne au temps de Marc-Aurèle. Dans ce beau Traité de la religion contre les Gentils, Origène, averti par tant d'accusations, s'expliqua plus nettement et de la manière la plus orthodoxe sur nos principaux mystères, la Trinité, Flncarnation, la divinité de Jésus- Christ, etc. C'était la justification 'sans réplique et la plus heureuse de tous ses autres livres^.

1 . Les écrits d'Origène renferment des commentaires et des homélies en grand sombre, le Péri archân^ un Traité de la prière, une ExhorMian au tnart^gre,

Les travaux d'Origène remplissent la première moitié du troisième siècle. Ce grand homme confessa généreusement la foi au milieu des tourments, dans la persécution dé Dèce (250), et mourut à Tyr en 254.

ié La paix dont l'Église et Tempire jouissaient sous le sceptre paternel de l'empereur Alexandre expira avec cet excellent prince (235)^ que Maxtmin fit tuer par ses soldats. Cet officier goth^ d'un caractère cruel et féroce^ ne sembla régner que pour verser le sang des Rotnains. Les Chrétiens furent d'autant moins épargnés^ qu'Alexandre les avait traités plus favorablement. L'édit de Maximin^ dlHgé seulement contre les ecclésiastiques, pour arrêter la prédication* de l'Évangile, livra de fait les Chrétiens à l'aveugle fureur des populations^ A défaut des vieilles calofliiiles,

«t huit livfêl ôontre Celse* fixcepté tei trois derniers ouvrages^ eooâérté^ avec le texte original, nous n'ayons des autres que des traductions plus oU adoiltt libres, la plupart de la main de saint Jérôme ou de celle de Ruftin ; «t encore il &• nous en reste, pour une très-grande partie, que des fragments. Voy. dans Elites Dupin, BibUoih.y t. I» le classement des ouvrages et fragments d'Origène Sdf le$ saintes Écritures. •*- Sur toui ses écrits eu général, outre Di Oellièr et Dttpiii) Toif D* Lumper, t. IX; — Wiest,» Intlitut, Patrolét P' idô.— - LA m^Uteure éditioli est celle des bénédictins Charles et Vincent de la Rue.

PROBLiUBS.

1« Origènef pris dam son ensemble, mérite't-il plus d'éloges. que de blâme? À'Ul été plus utile que nuiiible à l'Église ?

f * Â-t^l àffm dé Venems aux idoUê ?

3* Sun stiut 9sM plus probable que sa damnation t

Pour Vaf/irmative sur les trois^oints, on peut citer les auteurs contre OrigèM) indiqués plus haut (XXXVIII, 2).

Pour la négative : les auteurs pour Orlgèiiè, «<9y. ihidêhi,

A la place de ces problèmes, on peut faire de la facile justification d'Origène, dont nous indiquons les bases, le sujet d'une intéressante jiisertation.

ï. Sur la persécution de Maximin^ voir Éusèbe, lib, Vî, cap, xxna, — Orose,

MAXIMIN. PEAêÉCtJTlON. 339

trop discréditées, on leur imputa les tpemblements de terre et les autres calamités comme à des ennemis publics; et, sous ce rapport, la persécution conserva le caractère des persécutions populaires, quoique dans sa cause elle fût l'acte personnel du chef de Tempire. Aussi fut-elle violente en certaines localités, où elle dut couronner un grand nombre de martyrs. Peu de noms toutefois ont été recueillis et conservés. Nous ne citerons que le pape saint Pontien, qui fut relégué en l'Ile de Sardaigne, où il succomba aux suites de son exil, après cinq ans de pontificat. — Saint Anthère ne lui succéda que pour mourir sur la chaire de Saint-Pierre, après avoir gouverné l'Église deux mois seulement. — Saint Fabien, son successeur, eut la consolation de voir la paix rétablie dans l'Église par la mort violente de Maximin (238). Sa chute fut précédée de celle des deux Gordiens, et suivie du règne passager de Maxime et Balbin, qui laissèrent la pourpre ensanglantée au jeune Gordien. Ce prince, enfant de douze ans, mais plein de sagesse et ridole des Romains, ne régna lui-même que six ans, et succomba sous les embûches de Philippe^ Le nouvel empereur se montra si favorable aux Chrétiens, que Ton put croire, au commencement du quatrième siècle, qu'il avait fait profession du Christianisme, et s'était soumis à la pénitence publique*.

2. Durant ce calme de près d'un demi-siècle, troublé seulement d'une manière passagère par la persécution de

Hitt,, iib. VII, cap. six; » Epiit. Firmil. itOer EpUi, D, Cypr., 75, n. 10. — Tillem., Emp,, t. III. — Bi&Dchioi, in AnasUu.^p. 183.— 'D. Buinarti Praef, tn Àcta Uart.

1. Voy. Tillemont, Emp.^ t. lU; — Vie d$ Maximin, art. IV ot suW.

t. pftoBUn.

L*9mperêw Philippe a-Ul été chrétien?

Pour VaffirtnaUté : Suièbe, Iib. VI, cap. xzxit. — Tillemont, t. III, p. éoî • 312 et 633.— Nat. Alex, et Mansi, s«c. 3°, p. 36 et 37.

Pour la négative : Saccarelli, an 244, n. 5, etPagi, an 244, qui l'établissent ânes péremptoirement.

Maximin, l'Église fit de grands progrès, tant à l'extérieur par de nouvelles conquêtes parmi les peuples^, qu'à l'intérieur par l'extension qu'elle donna à son culte et à ses institutions. Nous remarquerons seulement les églises que l'on bâtit en tous lieux, comme s'exprime saint Grégoire de Nysse*. Le pape saint Fabien, d'après le liber Pontificalis, fit élever de grandes constructions dans les cimetières, ce qui ne peut s'entendre que des églises qu'il aurait fait bâtir au-dessus des souterrains ou catacombes où se retiraient les Chrétiens (XXXII, 1 ).

L'erreur profita aussi du repos. Le Gnosticîsme reparut dans les Valésiens, en Arabie, et dans les Apostoliques, qui remontaient aux Encratites. — Noet renouvela dans l'Asie Mineure les erreurs de Praxéas, en confondant les personnes divines. Condamné dans un concile d'Éphèse en 245% il fut réfuté par saint Hippolyte, évêque de Porto, ainsi que deux autres hérétiques, Bécon et Hélice, qui étendaient l'erreur des Unitaires au dogme de l'Incarnation, en confondant les deux natures et les deux opérations en Jésus-Christ. Saint Hippolyte, qui s'illustra par de nombreux et savants écrits, est l'un des anciens Pères les plus maltraités par le temps. Sa naissance, son pays, son siège épiscopal et son martyre sont autant de points de controverse parmi les critiques. De tous ses ouvrages il ne nous reste qu'un Traité de Christo et Antichristo, un Cycle pascal, quelques Opuscules et des fragments précieux. On y trouve la doctrine catholique très-clairement exprimée sur les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation, et notamment

1 . Nous aTons ^u que c^eit à cette époque de prospérité pour l'ÉgUse, et as pontificat de saint Fabien, que les critiques modernes rapportent communémeat renvoi de sept hommes apostoliques dans les Gaules. Quoique nous ayons restreint le témoignage de Grégoire de Tours à deux et peut-être à trois de ces sept missionnaires, il est toujours permis d'j Toir la preuve que ron consenrait, ao quatrième siècle, le souvenir traditionnel de semblables missions remontant à ces jours de cabne. Yoy. leçon XI.

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