I. Autant le retour des apostats causait de joie à
/Église, autant Taffiaire de leur réconciliation lui suscita
d'embarras et de difficultés. Dans les premiers jours du
Christianisme, les apostats repentants étaient admis à 1?^
pénitence, mais sans espoir d'une absolution publique qui
les fit rentrer dans la communion des fidèles (XXXIV, 3),
L'Église adoucit cette première rigueur dès le second
siècle, en se laissant fléchir envers ceux des apostats que
les saints confesseurs recommandaient à son indulgence.
Au milieu du troisième siècle, le nombre des apostats, le
crédit et les richesses de la plupart, Taffaiblissement de la
ferveur, diminuèrent sensiblement l'impression profonde
que le crime d'apostasie avait causée jusqu'alors parmi les
Chrétiens. Les coupables s'enhardirent en proportion, et
plusieurs prétendirent rentrer de suite dans la communion
de l'Église, à la faveur de billets obtenus des confesseurs.
Dans ces nouvelles circonstances, les évoques sentirent la
double nécessité d'user d'indulgence et de prévenir en
même temps, par des règlements positifs, l'arbitraire et
un trop grand relâchement. Ils se concertèrent en çonsé-
^enoe, soit dans leurs conciles, soit par lettres, et le
i^lement suivant fut définitivement dressé à Rome et
envoyé à tous les évêc[ues du monde (291) * : a Recevoir
« les tombés après une pénitence longue et pleine; mai$
« devancer le terme pour ceux qui seraient en danger de
« mon ; déposer les clercs et les réduire à la communion
« laïque; laisser enfin aux évêques la liberté de modifier
« ce règlement dans l'appi iiion selon les circonstances.»
— Cette mesure de l'autorité était devenue d'autant plus
urgente, que deux factions schismatiques s'étaient empa«*
(• Vo^. D. Cjpr., ejpitl, 6S, ad Hitpanfiêi
348 LEÇON XLI. SAiNT CORNEILLE. AN 251-254.
rées de Taffaire des apostats et troublaient l'Église en la poussant aux deux extrêmes opposés.
2. Les premiers germes de ces troubles remontent à l'élection de saint Cyprien. Quoique faite par acclamation, elle blessa cinq prêtres de Garthage qui n'attendaient qu'une occasion pour éclater. Dès qu'ils crurent l'avoir trouvée dans l'affaire des apostats, Novat, leur chef, et l'âme de ce parti, mit en avant et fit ordonner diacre un homme riche et d'un esprit remuant, nommé Félicissime. S' adressant ensuite aux tombés^ il les poussa à demander avec une sorte d'audace des billets de grâce aux confesseurs, en même temps qu'il engageait ceux-ci à les prodiguer. Saint Cyprien ne pouvait manquer de s'opposer à un tel relâchement, et c'était là où l'attendaient les rebelles. Ils tournèrent son zèle en une dureté contraire à l'indulgence de l'Église et aux égards dus aux confesseurs; et dès qu'ils eurent quelques partisans, ils s'assemblèreat à part dans la maison de Félicissime. — Cependant Novat se vit bientôt forcé de s'éloigner de Garthage , où il fut condamné pour ses crimes , et excommunié par le concile des évèques. Il s'enfuit à Rome, et il y trouva malheureusement les éléments d'un autre schisme beaucoup plus funeste.
3. Le prêtre Novatien était alors l'un des membres les plus distingués du clergé romain ; mais ses belles qualités n'avaient servi qu'à l'enfler d'orgueil et éveiller ses prétentions au premier rang. Trompé dans son ambition par l'élection du saint prêtre Corneille, il ne songea plus dès lors qu'au moyen de la faire annuler. L'affaire des apostats lui parut favorable. Le pape Corneille, conformément aux dispositions déjà prises provisoirement, durant la vacance du siège, par le clergé de Rome, et signées notamment par Novatien, décidait qu'ils seraient soumis à la pénitence, puis reçus à la communion. Novatien lui en fit un grief et prétendit qu'on ne devait recevoir les apostats repentants qu'aux travaux de la pénitence, et jamais à la réconcilia-