SCHISME DE NOVATIEN. PREMIER ANTIPAPE
tion. Pour colorer cet acte d'insubordination, il invoqua Tancienne règle, comme si cette règle, purement de discipline, avait pu prévaloir contre un nouveau règlement canonique; il entoura ce même acte d'arguments spécieux, et entraîna plusieurs confesseurs, cinq prêtres et une partie du peuple. — Le pape Corneille comprit la gravité de ce mouvement; il assembla un nombreux concile, et condamna Novatien.
Ce fut dans ces entrefaites que Novat, chassé deCarthage, se rendit à Rome. Cet homme, sans conviction comme sans conscience, n'hésita pas à se joindre à Novatien et à défendre contre le pape l'opinion diamétralement opposée k celle qu'il avait soutenue contre l'évêque de Carthage. Le but des schismatiques était de renverser Corneille et de lui substituer Novatien. Ils calomnièrent le igtiint pape jusqu'à le traiter de libellatique, firent ordonner évêque leur chef par trois évêques ignorants et abusés , et prétendirent le faire reconnaître pour évêque de Rome. — Cet acte schismatique était consommé, s'il n'eût qté question que d'un siège ordinaire; mais le véritable évêque de Rome devait être reconnu de toute l'Église comme son chef, et Novatien le comprit parfaitement. A peine eut-il reçu une sacrilège ordination, qu'il s'empressa d'en donner avis à toutes les Églises, surtout aux grands sièges; il recommandait en même temps de n'accorder aucune absolution aux tombés, et chargeait les émissaires porteurs de ses lettres de mettre des évêques de son parti dans les églises où l'évêque en possession refuserait de le reconnaître.
Ainsi Novatien imposait sa communion et sa décision sur ies apostats à toutes les églises, traitait en schismatiques celles qui lui résistaient et y établissait des évêques de sa communion : il se créait non de simples partisans, mais des églises reconnaissant son autorité, c'est-à-dire, comme on a dit plus tard, son obédience. En d'autres termes, Novatien agissait en pape, en chef de l'Église universelle.
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Or, nous le demandons, eût-il agi ainsi s'il eût usurpé un autre siège, un grand siège, Carthage, Antioche ou Alexandrie? Supposons que la primauté romaine n'eût pas été en pleine et paisible possession au temps de Novatien, comment expliquer alors la conduite de ce chef des premiers schismatiques qui aient essayé de briser l'unité catholique? Admirable Providence, qui a su tourner en preuve invincible de la primauté de l'évêque de Rome la conduite du premier antipape qui ait osé l'usurper!
4. Les schismatiques de Carthage lui rendirent hom-. mage aussi à leur manière. Novatien avait envoyé en Afrique une première dèputation qui fut repoussée par tous les évêques catholiqîies, puis de nouveaux députés qui s'occupèrent du soin d'établir des évêques dans les diverses provinces où ils comptaient quelques partisan^. Le parti de Félicissime voulut aussi s'unir à Rome. Ceux
Ïui le composaient firent en conséquence ordonner évêque brtunat, et députèrent à Rome en son nom. Mais quel pape reconnaître ? Ils voyaient dans Novatien le chef d'une secte opposée et rivale; d'autre part, les évêques d'Afrique qui les avaient condamnés étaient unis à Corneille. Ce fut toutefois à Corneille qu'ils s'adressèrent; mais le saint pape, averti par saint Cyprien, les repoussa invinciblement. Cette circonstance acheva de tuer le parti de Félicissime, qui disparut avec les troubles qu'il avait causés dans 1 affaire des Tombés^,
Il en fut autrement des Novatiens. Lorsque par suite to lettres de saint Corneille, de saint Cyprien, de saint Penis et d'autres évêques, il n'y eut plus de doute dans les églises
I. Sqv )'aff»ir<3 d«« Tombéa, voir l'écrit de laint Cjft^, ^ Up9ih ^ ^ Lettre!, surtout la 52% ad Anton,, et la 54% ad Comel.; celles à^n clergé ro»»» et de saint Coraeine, inter Epist. Cypr.; de saint Denys d'Alexandrie dansBasèbe, Ub. VI, cap. nui; Eusèbe lui-même, i6ii., cap. xuii. — Tillemon*» *• ' •tlY, ViMd9 saUi^Cameillç «I dû taini Oypriw. — Nftt. Aïei., s«c- f'/J*] sert, n et IH. — D. Lumper, t. XHl, p. 659 j les pièces wêipes 4>n8 UMih^^* cih, t. I, col. 793.
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sur le vrai pape, et que les confesseurs, les hommes de bonne foi eurent abandonné les schismatiques, Novatien n'eut plus que des sectaires autour de lui; maïs il les conserva et ils lui survécurent. Ils se donnaient le nom de Cathares ou de Purs, et rebaptisaient ceux qui passaient dans leur secte; ils en vinrent plus tard jusqu'à ôter aux pécheurs tout espoir de pardon même devant Dieu, pour tous les péchés, et à rejeter comme illicites les secondes noces. C'était le Montanlsme, moins les prophéties et les visions. — Novatien composa beaucoup d'ouvrages; dont il ne reste qu'un traité orthodoxe sur la Trinité , et une lettre de Cibisjudaicis. On ignore encore la date et le genre de sa mort ^.
5. Le calme durant lequel tous ces mouvements eurent lieu ne tarda pas à être troublé. Sous Gallus, qui avait succédé à Dèce, la peste ravagea Tempire et y eut deux résultats bien différents. Tandis qu'elle offrit aux Chrétiens Toccasion d'exercer la charité, même envers les païens, en recueillant et assistant leurs propres malades, charité héroïque qui excita l'admiration universelle, elle aigrit d'autre part les esprits de plusieurs, qui en rejetèrent stupidement la cause sur ces mêmes Chrétiens. Cette disposition, qui dut se manifester surtout dans les commencements du fléau, fit revivre la persécution en plusieurs endroits, et notamment en Afrique, où elle fut Violente. Saint Côr* neille fut exilé à Centumcelles et y mourut. Il nous reste dé lui quatre lettres touchant les apostats et les schismatiques*. Saint Lucius lui succéda (252) et commença son pontificat par l'exil. —Les Barbares ajoutèrent leurs ravages à ceux de la peste. Les Goths se jetèrent sur les provinces occi* dentales, les Perses sur l'Orient et saccagèrent Antiôche,
i. Sur Novatien, ses écrits et sa secte, voir les auteurs ci-dessus sur les Tombée, et de plus D. Lumper, t. XI, p. 20, où l'on trouve une petite discussion sur Novat et Novatien, confondus par les Grecs.
2. Sur saint Corneille, voy. Schelstrate, dissert, tl, eap. Vi. — BUnchini. •— D.CountUlt. -« TillemoBt, t. HI, p. 428. ^ D. Lumper, t. tt, p. I.
En Numidie un grand nombre de fidèles furent emmenés captifs et rachetés par le secours de saint Cyprien. — LMntérieur de Tempire n'était guère plus tranquille. L'indolent Gallus et son fils Volusien furent tués par leurs soldats (253). Émilien eut le même sort quatre mois plus tard, et laissa la pourpre à son compétiteur Valérien. Le nouveau prince se montra d'abord très-favorable aux Chrétiens, dont il remplit son palais ^ ce qui n'empêcha pas le pape Lucius de mourir martyr ; à moins qu'on ne dise qu'il n'ait mérité ce titre seulement par l'exil qu'il souffrit pour la foi (254). — Il eut pour successeur son archidiacre
, Etienne.
6. Parmi les abus qui s'introduisirent dans le temps de la persécution, le plus grave sans contredit fut l'usage que plusieurs avaient adopté de consacrer l'Eucharistie en se servant d'eau seulement, dans la crainte, disaient-ils, d'être reconnus pour Chrétiens par l'odeur du vin. En éclairant ces hommes grossiers et ignorants, qu'il ne faut pas confondre avec les Aquariens Encratites (XX, 2), saint Cy-
' prien insista d'abord sur la tradition et les Écritures, puis sur les rapports du vin avec le sang, ce qui lui a donné lieu de parler de la présence réelle dans les termes les plus forts et les plus énergiques*. — Ce fut vers le même temps que soixante-six évêques, assemblés par saint Cy-
* prien, décidèrent, contre l'évêque Fidus, qu'il ne fallait pas différer jusqu'au huitième jour le baptême des enfants, afin, disent les Pères de ce concile, de ne pas exposer les enfants, qui n'avaient péché que dans Adam, à être privés de la grâce de Dieu et de Jésus-Christ. Cette décision ainsi motivée prouve que l'usage de baptiser les enfants était reçu alors sans contredit, et qu'il était fondé sur le dogme du péché originel*.