‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 220 sur 329 · LBÇON XLIII. SAINT DHNIS. AN 359-S6d · texte numérisé non relu

LBÇON XLIII. SAINT DHNIS. AN 359-S6d

diacre saint Laurent fut brûlé sur un gril trois jours après le martyre de son évëque saint Xiste.

2. On touchait à la paix. Valérien, battu par les Perses et abreuvé d'outrages» laissa Fempire & son fils tiallien, qui l'oublia. Sous ce malheureux règne « tous les fléaux fondirent h la fois sur Tempire : les Barbares sur toutes les frontières et jusque dans le cœur de ritalie» trente tyrans qui se disputèrent la pourpre en face de l'indolent Gallien, la peste étendant ses ravages, les tremblemonta de terre» les inondations , la confusion des élémentsi tout semblait annoncer la ruine prochaine du monde ^. Le» païens étaient épouvantés, mais l'Eglise triomphait : elle profitait de la liberté que Gallien lui avait rendue pour exercer envers tous une charité héroïque ^ tandis que seé prêtres captifs allaient devenir les apôtres des Barbares»

Toutes les conditions étaient frappéeâ» et toute$ attiraient le châtiment en se rendant complices de la guerre» acliar*née que l'on faisait alors au Ghridtianisme. Les ma^^s populaires prenaient trop souvent une part active h Yné,* eution des édits .impériaux : les classes plus éclairées conspirèrent elles-mêmes dans l'effort suprême qui fut tenté alors par les Néo^platoniciensi pour ranimer le Paganisme déchu.

3. * Déjà la philosophie avait essajféi au deuxième siècle^ de réhabiliter le Paganisme en expliquant ses fables absurdes ou immorales par des allégories (XXXYII, 3). Mais ce n'étaient là qUe des efforts isoléS4 Trop faible par elle-même, elle ne rougit pas de chercher h se ranimer

1. Deniqae qaaii conJQratione totîas mundi, coacassis orbis partibus, etc. Ireb. PoUio, CMUwi «kio, Htitoria ÀuguHa, I. U, n, 4» p. 197, edit. Varior.; ~ Cf. Aurel. — > Vict. de Csssaribus, cap. xxxm, p. 38 1, edit. Varior,; — Oroie| Ub. Vn, «ap* xzu ; — Tillemont, àtnper,, t. IV, p. 441.

s. Voyex la belle peinture que saint Dénia en a faite en parlant des fidllet 4'Aleiacidhe, dans Euseb., lib< VU» eap. xin.

3. Sur les Néo-platoniciens, voir les auteurs indiqués pbis haut sur racléetisne (I^XtVm, 4), et de plw M # M»it«r« fOêU 4m Gmstic^ Ut, y m, cb« xx^m et suiT.

PliOTIN. LES NÉO-PLATOÏ*ICIENS. S7l

dans les sources chrétiennes. Plotin y puisa largement durant les onze années qu'il fréquenta recelé d'Ammonius. Il étudia aussi les doctrines orientales, et lorsqu'il crut avoir réuni tous les éléments de son système, il vint ouvrir son école à Rome (244). Ce nouveau dogmatisëur enseignait Tunité de Dieu, TUn absolu, Funité suprême de laquelle tous les êtres étaient sortis par émanation; une trinité formée de trois hypostases, dont la deuxième, le principe intelligent, et la troisième, Tâme universelle, émanent de la première avec une perfection décroissante. L'âme universelle, le Démiurge de Plotin, renferme toutes les idées, tous les types; on en voit descendre une série d'êtres, dieux, génies, héros, démons, qui se terminent par l'âme humaine et la matière. Dans cette progression descendante, chaque espèce d'êtres représente les types ou raisons séminales d'une manière de plus en plus imparfaite jusqu'au monde matériel, qui en est dans ses formes la réalisation la plus grossière. Chaque partie de la nature correspond donc à un être supérieur, à un génie, un démon, un dieu, et en subit l'influence.

Dans ce système l'âme humaine, emprisonnée dans le corps, s'élève au-dessus de la matière par la privation des jouissances physiques. Plus elle s'en dégage et se purifie, plus aussi elle s'approche du Démiurge et de l'intelligence : elle arrive enfin à son premier principe , à la contemplation de Dieu, à l'intuition divine , but suprême auquel elle doit sans cesse aspirer. On Voit de suite la morale et le culte qui découlent de ce système, savoir î la répression des passions, les abstinences, les purifications, la prière, enfin les opérations théurgiques par lesquelles on évoquait les dieux, les génies, les démons, et on s'élevait à l'union divine; c'était là l'œuvre suprême de la philosophie.

C'était aussi, et surtout, une religion. La nouvelle école, m effet, prétendait reconstruire à sa manière le Paganisme et faif e revivre dans ses conceptions philosophiques les divinités de la mythologie. Ainsi, pour elle, les trois

premiers dieux, Cœlus ou Uranus» Saturne et Jupiter, devinrent ses trois hypostases; et ainsi des autres.

4. Le système de Plotin n'était au fond qu'un mélange assez confus de doctrines empruntées à toutes les écoles et à tous les symboles : c'était Téclectisme d'Ammonius tourné au profit du Paganisme. Deux grands éléments dominaient dans ce syncrétisme païen, savoir : l'élément chrétien , connu d'abord ou dissimulé par Plotin, mais avoué hautement plus tard par Porphyre, son disciple ; et Féiément platonicien, dont l'école se glorifiait sous le nom de nouveau platonisme : de là les Néo-platoniciens. En passant dans la combinaison néo-platonique, les vérités et les maximes chrétiennes subirent nécessairement une profonde altération, ce qui explique cette trinité d'hypostases inégales, ces abstinences et ce mysticisme outré qui n'étaient plus que du fanatisme. Quoique séparés du Gnosticisme par des différences essentielles, le fond était commun néanmoins, également emprunté au Christianisme et à la doctrine de Platon , ce qui doit s'entendre surtout du Gnosticisme panthéiste de Valentin. Mais le bul des deux sectes était bien opposé, l'une ayant prétendu fonder le vrai Christianisme, et l'autre établir un nouveau Paganisme tout philosophique, en paraissant ne vouloir qu'expliquer d'une manière plus vraie et plus raisonnable toute la religion ancienne. De là cette guerre que Plotin et les siens déclarèrent au Gnosticisme.

5. Trois hommes se succédèrent pendant plus d'un demi-siècle pour donner au néo-paganisme toutes ses proportions. Plotin en posa le fondement dans son enseignement dogmatique. Exalté par son enthousiasme et un orgueil surhumain, il se donna pour un inspiré, un ami des dieux durant sa vie, entraîna toutes les classes à Rome, jusqu'à Gallien et l'impératrice Salonine, et fut honoré comme un dieu après sa mort (270). — Porphyre, plus froid, mit plus d'ordre et de clarté dans les idées de son maître, s'étendit sur la morale et la religion, déclara une

SABSLLIUS. PAUL DE SÀMOSATE. 373

guerre plus irréconciliable au Christianisme, et, pour expliquer les emprunts faits à nos livres saints , qu'il étudiait ouvertement, il eut déjà l'audace de prétendre mieux entendre la doctrine de Jésus-Christ que les Chrétiens de son temps! — Jamblique, qui succéda à Porphyre au commenoement du quatrième siècle, absorba tout dans l'élément religieux. Les prières, les invocations, les formules, jusqu'aux généalogies des dieux, tout fut réglé par le philosophe Hiérophante, qui compléta ainsi ce système ; et tant d'efforts et de haine n'aboutirent qu'au ridicule sous lequel toute l'école néo-platonicienne succomba encore plus que sous l'oppression du pouvoir civil. Les protestants et les rationalistes ont singulièrement abusé de ces emprunts du néo-platonisme; mais nous renvoyons la discussion de leurs systèmes à nos leçons sur les seizième et dix-neuvième siècles.

6. La guerre du dehors ne ralentissait pas la guerre du dedans. Sabellius, né h Ptolémaïs, dans la Libye, embrassa l'erreur des Unitaires et enseigna, comme Praxéas et Noet, la confusion des trois personnes divines dans celle du Père. Il faut croire qu'il donna un, tour plus subtil à Terreur, puisqu'elleprit de lui le surnom de Sabellianisme. L'illustre saint Denis d'Alexandrie écrivit contre cette erreur; mais ce qui était arrivé à TertuUien, réfutant Praxéas, lui arriva à lui-même. Pour rendre plus sensible la distinction des personnes divines, il employa des termes inexacts et exagérés; il alla jusqu'à dire que le Père était le créateur de Jésus-Christ, et le Fils l'ouvrage du Père : 0pu8 quoddamet fa€titium,LesSBbel\ien&, ses adversaires, crièrent à l'hérésie; les Catholiques eux-mêmes se scandalisèrent et dénoncèrent leur évêque au pape saint Bénis. Ayant reçu du pape l'ordre de se justifier, le doc'e et saint pontife le fit dans deux lettres apologétiques adressées au pape, et il le fit péremptoirement, montrant que, parmi ses expressions incriminées, les unes ne devaient pas être prises à la lettre, et que les autres s'appliquaient à l'hu-

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manité de Jésus-Christ. Il se défend vivement d'avoir nîé que le Christ fût consubstàntiel (biioùctw) h Dieu, et prépara ainsi au concile de Nicée Texpression la plus efficace pour assurer à jamais le dogme catholique contre les Ariens de tous les temps^.

En se justifiant, saint Denis justifia par le fait tous les Pères antérieurs qui avaient cru et parlé comme lui. Il est vrai que les expressions dont il s'était servi après euît furent dès lors proscrites comme fausses en elles-mêmes et dangereuses; mais, si elles périrent dans ses mains, du moins elles périrent innocentes et justifiées. Saint Denis réfuta encore Tévêque Népos, tombé dans Terreur des Millénaires, au sens charnel des Juifs. Mais un autre ennemi beaucoup plus coupable et plus dangereux de la doctrine s'élevait sur le siège même d'Antioche.

7. Paul de Samosate, ainsi appelé du nom de sa ville natale» n'était parvenu à ce poste éminent que pour scandaliser l'Orient par son faste arrogant, une vie toute sécu^ lière et des mœurs licencieuses. La célèbre reine Zénobie voulut l'entretenir sur la religion, et plusieurs Pères ont cru que ce fut pour lui plaire que Paul expliqua la doctrine chrétienne de manière à en faire disparaître les mystères. Il ruinait en effet le mystère de la sainte Trinité en disant que le Verbe n'était dans le Père que comme la raison est dans l'homme , et que le Saint-Esprit n'était que la grâce descendue sur les ApAtres. Il absorbait ainsi les personnes divines dans la première^ et tombait dans l'erreur des Uni* taires, comme Sabellius^ Il ne renversait pas motos le my»* tère de l'Incarnation en niant la divinité de Jéstts-^brist, dont il ne faisait qu'un pur homme. On l'appelle Dieu, Au sait*il, à cause du Verbe qui habite en lui, mais sans unloft hypostatique. Paul, cité dans un premier concile h An* tioche (264), sut en imposer aux évêques à force de dégui»* sements; niais, mieux connu, il fut condamné dans un mv^

«» y^. If, Athtti., M Sènftniià tHwyHi, p. i»Oâ, émit t>ftH»ln; 19^7.

AÛrAliBN. NBVVliMB PBttSÉOTTTlON. 875

veau cdncile (270) et déposé* En motivant cette sentence, tes évoques disent que « Paul s'écartait de la règle ecclésias- < tique et de l'accord de toutes les églises catholiques : Hum 4L aUenum em ab ecelesiastica fegulù arbitramur, et omnes « Eeckiiœ eatholicœ nobùcum sentiunt^, n Cependant l'hé*fâsiarque refusait d'abandonner la maison épiscopalé; mais les chrétiens s'étant adressés k l'autorité civile, l'em^ pereur Aurélien ordonna que ec la maison tài remise aux « mains de ceux à qui les évoques d'Italie, et notamment c l'évéque de Rome» adressaient leurs lettres ^. » Ainsi lôs païens savaient eux-mêmes que les églises étaient catbo* liques par le fait de leuroommuttion avec l'évéque de Rome, tant ce fait était dès lors éclatant. '^ Paul, ou la secte qui lui survécut, s'égara de plus en plus, jusqu'à altérer la forme du baptême, puisque le concile de Nicée le déclara invalide. Les Paulianistes durèrent jusqu'au cinquième âiècls et s'éteignirent*.

8. Durant le cours de cette procédure contre Paul de Samosate, trois illustres pontifes moururent : saint Denis d'Alexandrie (264), qui mérita le surnom de Grand par ses travaux pour l'Église, par ses souffrances pour la foi et par ses écrits contre les erreurs de son temps; saint Grégoire Thaumaturge (26K), dont il nous reste un Éloge d'O^ rigène, une Exposition de la foi, une Ëpltre canonique et quelques pièces douteuses^; Firmilien de Gésarée, que nous trouvons en paix avec Rome sous le pontificat du pape saint Denis, et qui répara par son zèle pour la foi contre Paul de Samosate, et par ses vertus, ses excès contre U

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