I. Voy. Euseb., lib. TIH, cap. i
î. Sar les Manichéens, Toir avant tout Acta disputationis Àrcheïaiy episcopi Mesopotamix, et Manetis herestarchœy publiés et justifiés par L. Zacagni dans •es Monumenta Eceleiise grascae et latinte, Mansi a inséré cette pièce, t. I, Cono<l., col. 1142é Après les Actes de CoacaT^ Toir S. Épipfa., Haeres^, 66. -— S. Attg.; tous ses écrits sur les Manichéens, qu'il connaissait bien.— Saint Cyrille de Jér., Catech.f 6. — Théodoret, H aères, et Dta2o(/.— Parmi les modernes, Tillem., t. IV; — Noël Alex., 3» sœc.; — le P. AUicatius, jésuite, Dissert, de antiqwê et novis Maniehseis ; de met^aciis et fraudib, Bsausobrii; — Cacciari, de Manicfiaeor, hxresi et historia, dans ses Exercitcttionest qui forment le III* vol. de son édit. de saint Léon. Il s'attache i réfuter Beausobre. Plusieurs auteurs allemands, Georgi, Bauer, etc., ont fait l'histoire du Manichéisme d'après quelques numnments orientaux très-postérieurs aux monuments grecs suiris par les Pères, et moins dignes de confiance.
PROBLÂlfB.
Les Actes de Cascar sont-ils authentiques ? Pour la négative : Beausobre, dans son Histoire de Manichie. Vowe l'affirmative : Zacagni, dans sa préface; — Galland, Biblioth, Patrum, -•I). Lomper, t. XIII, p. 346. C'est le sentiment universel.
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syâtèmes des philosopher 6t les scienoes occaltes des Ëgyp« tiens et des Indiens. Il jeta aussi un coup d'œil sur la doctrine chrétienne, recueillit toutes ses diverses notions dans quatre livres, sous ces titres : Mystèret, Chapitres, Évangile et Trésor^ qu'il laissa en héritage à son disciple Térébintbe. -^ Après la mort du philosophe arabe^ le disciple se retira en Perse, où il essaya de jouer le rôle de prophète, et ne put séduire qu'une riche veuve qui hérita ell(>même de ses livres. Cette femme, sans enfants, acheta un esclave, enfant de sept ans, nommé Corbicus> qu'elle adopta, fit instruire et laissa maître de ses grands biens après sa mort. Corbicus, qui était jeune et bien instruit par les mages, voulut aussi jouer un rôle et avoir sa secte, Il se donna le nom fastueux de Manès ( science, discours), travailla sur les livres de Scythien et ébaucha son propre système. Ses trois premiers disciples se mirent à voyager pour le répandre dans le monde, tandis que Manès tentait un coup hardi. Il osa se vanter de guérir le fils du roi de Perse; mais il échoua, et le père, irrité de la mort de son fils, fit jeter Manès en prison. Ce fut dans cette position critique que ses trois disciples le trouvèrent, au retour de leur mission. Ils étaient découragés par les obstacles qu'ils avaient rencontrés partout, principalement de la part des Chrétiens. Manès comprit dès lors ce qui lui manquait : il ranima le courage et la confiance de ses apôtres, étudia avec eux les livres des Chrétiens, s'empajra de nos saints dogmes, de nos maximes et de nos institutions, pour les ajuster à son système en les dénaturant, et envoya de nouveau ses trois fidèles disciples par le monde avec son plan de religion ainsi christianisé* Le roi, instruit de ces mouvements, résolut de punir Manès du dernier supplice ; mais l'imposteur s'échappa de la prison et se réfugia au château d'Arabion, qui touchait à la Mésopotamie. Profitant du voisinage des Chrétiens, Manès voulut gagner â sa secte Marcel, l'un des plus considérables de ceux qui habitaient la ville de Cascar. Saint Archélaûs, crui en était évêque^
IBS MANICHEENS. d7d
provoqua l'impudent dogmatiseur et le confondît dans une dispute publique, d'abord à Cascar, puis dans le village de Diodoride, d'où Manès s'enfuît et regagna sa retraite d'Arabion. Il y fut enfin découvert, arrêté et écorché vif avec la pointe d'un roseau.
2. Manès, que ses disciples appelèrent Manlckée, pour donner à son nom une terminaison grecque, Mav«;^atoç, réunissait à un haut degré toutes les qualités qui fanatisent et entraînent les multitudes : un orgueil immense, une audace à tout affronter, une grande puissance de parole et d'action qui éclatait dans toute sa personne, enfin une grande souplesse pour tirer parti des circonstances. Son système nous présente dans son ensemble des articles primitifs qui remontent à Manès, des articles, conséquences des premiers, et qui appartiennent probablement à la même époque; enfin des articles ajoutés plus tard.
1<* Articles primitifs. — Manès enseignait Texîstence de deux principes nécessaires ; l'un essentiellement bon, représenté par la lumière, auteur du bien, de l'âme et des substances spirituelles; l'autre essentiellement mauvais, figuré par les ténèbres, auteur du mal, de la matière et de tout ce qui en est formé. Ces deux principes, Manès les présente dans un antagonisme perpétuel; ils se mêlent dans cette lutte, et de ce mélange naît le monde. Le monde visible, matériel, auquel l'âme n'appartient que comme prisonnière dans le corps, vient du mauvais principe; l'anathème pèse donc sur lui comme sur l'Ancien Testament et les prophètes qui vénéraient le mauvais principe dans le Créateur. Une double série de puissances secondaires descendent par voie d'émanation, les unes bienfaisantes, du bon principe, les autres malveillantes et ténébreuses, du mauvais principe. L'âme ou l'émanation spirituelle descend jusque dans les animaux et les plantes. De là suivait la défense de manger rien de ce qui avait eu vie. Sur la Trinité et l'Incarnation, Manès enseignait que
le Dieu bon avait un Fils; que ce Fils, envoyé par son Père pour racheter l'âme captive dans le monde matériel, avait pris l'apparence de la nature humaine en Jésus; qu'il y avait aussi dans le Dieu bon un Esprit-Saint, un Paraclet descendu dans Manès; ce qui donnait à la prétendue mission de l'imposteur un caractère d'inspiration et de surnaturel. L'animation des plantes imposait de grandes abstinences, qui commençaient les purifications de l'âme. Ces purifications successives et graduelles se continuaient après la mort au moyen de transmigrations qui faisaient passer les âmes en différents corps, selon leur état, et s'achevaient dans le soleil et la lune. C'était la métempsycose. Enfin, selon Manès, le monde devait finir par le feu, par le jugement dernier et une sorte de paradis et d'enfer, représentés par les régions supérieures et les régions inférieures : les puissances et les âmes devaient habiter finalement ces régions, selon qu'elles seraient bonnes et pures, ou mauvaises et impures, chacune avec son principe primitif. — Telle était la doctrine que Manès prétendait tirer du Nouveau Testament, qu'il tournait à sa manière.
Sur la morale et la constitution primitive de la secte, nous avons peu de renseignements positifs. Seulement nous y voyons des abstinences à la manière des Pythagoriciens, et un fatalisme qui ôterait à nos actions bonnes et mauvaises leur caractère moral de vertu ou de crime, en les faisant remonter, avec l'âme ou le corps, au bon ou au mauvais principe. — Nous ne trouvons sur la constitution que l'existence des Élus. Les actes de la dispute de Cascar les présentent déjà comme des êtres parfaits, sacrés et audessus des conditions communes de l'humanité, par leurs prières et formules secrètes, par leurs abstinences, par leurs privilèges et les égards extraordinaires qui leur étaient dus.
3. 2<» Articles conséquences. — Sur le symbole, nous trouvons cette multitude de dieux, de démons et d'anges
LES MANICHEENS. 38i
que saint Augustin reprochait aux Manichéens, et qui ne font que mieux déterminer ces puissances secondaires dont parlent les actes de Cascar. — Sur la morale, les règlements touchant les abstinences remontent au symbole pri- ■mitif. Un point plus grave concerne le mariage et les mœurs. Au temps de saint Augustin, ils condamnaient, nop la fornication, mais le mariage, ou plutôt la procréation des enfants, afin de ne pas enchaîner des âmes à la matière. Le même Père raconte de plusieurs de leurs élus des choses infâmes qui s'étaient passées à Carthage. Si maintenant nous réfléchissons que Manès enseignait, comme les Gnostiques, qu'il fallait haïr la chair, la poursuivre^, la combattre, n'est-il pas naturel de penser que lui et ses premiers disciples en conclurent, avec les Gnostiques, qu'il fallait condamner le mariage, et que déjà les premiers Manichéens, au moins en partie, tirèrent des mêmes principes les mêmes conséquences pratiques qui les ont déshonorés également et livrés à l'exécration publique? — Sur la constitution, nous ne trouvons que la classe des Auditeurs^ KK-tvx^vftivot, qui remonte nécessairement, avec les Elus^ ÉxXtxToé, à Manès. Les Auditeurs étaient les imparfaits, vivant d'une vie commune, et rendant toutes sortes de services à la classe privilégiée des Élus.
4. 3* Articles ajoutés depuis Manès. — Nous ne remarquons pour la doctrine qu'une sorte de sabellianisme et d'arianisme professés par quelques Manichéens en Afrique» au temps de saint Augustin, et l'existence de deux âmes dans l'homme : l'une bonne, toute spirituelle, l'esprit, émanée du bon prmcipe, et l'autre chamelle, fille du mauvais principe à laquelle se rapportaient les mouvements de la concupiscence. Pour la constitution de leur secte, les Manichéens la complétèrent en établissant douze disciples ou maîtres, A un treizième qui était leur chef. Ces maîtres, qui rappelaient les douze Apôtres, ordonnaient soixantedouze évèques, figurant sans doute les soixante-douze disciples, et ces évêques ordonnaient à leur tour des prêtres
am LKQOK XLIV. SlAINT SUTtCHIBN. AN Slf4-284.
et des diacres en nombre illimité. Tons les membres de cette hiérarchie appartenaient à la classe des Élus et en étaient Félite. Ils avaient, de plus, des Ascètes menant la vie solitaire, ou formant de petites sociétés à part> sous des noms qui marquaient le genre de vie qu'ils affectaient, tels que ceux d'Ëncratites, d'Apotactiques, qui renonçaient à tous les plaisirs; d'Hydroparastes, buveurs d'eau, et de Saccophores, couverts d'un sac.
Pour la discipline et la morale, les disciples de Manès, voulant donner du relief à leurs abstinences et à leur prétendue austérité, ne manquèrent pas de dresser des règle-ments divers, imposés surtout aux Ëlus* Us rappelaient toute la morale à ce qu'ils nommèrent les trois sceaux, sàgnacula, qu'ils avaient : le premier sur la bouche, pour marquer l'innocence de leurs paroles et l'austérité de leur régime; le deuxième sur les mains, pour attester l'innocence de ces mains qui ne tuaient rien de ce qui avait eu vie, évitant môme do détacher une feuille d'arbre; le troi-» sième enfin sur le sein, pour exprimer Tinnocence de leurs mœurs et leur haine du mariage. Saint Augustin, qui nous donne ces détails, dit encore que les Manichéens regat^ daient la guerre comme illicite. — En ce qui touche les sacrements, ils rejetaient le baptême; les âmes étaient purifiées par la prière des Élus> qui imposaient les mains aux Auditeurs, et on peut dire que c'était là tout leur sa«< cerdoce, fondé uniquement sur la perfection qu'on attri«> buait à la classe privilégiée; ou plutôt c'était la négation même du sacerdoce. Toute leur hiérarchie n'était qu'une vaine ostentation pour en imposer aux Chrétiens ignoriuatts par une organisation extérieure où l'on retrouvait les principaux éléments de la constitution catholique. Ils avaient aussi leurs mystères, qu'ils décoraient du nom d'Eucharistie, et qui n'étaient en réalité qu'une imitsMon des abo-» minations reprochées aux Gnostiques. Ceux de Garthage en rejetèrent l'odieux sur une secte dissidente, les Gatha^* FÎstes ou Purifiants. Saint Augustin leur prouva que, s'ils
LSS MANXCHlIsNS. 88d
n'étaient pas tous coupables de ces abominations, les principes de tous y conduisaient^.
Un dernier trait de la discipline manichéenne est le secret. Jamais hommes ne s'enveloppèrent de plus de ténèbres que Manès et ses disciples. A mesure que la secte se multiplia et se répandit, ils prirent de plus grandes précautions, qu'ils poussèrent jusqu'à la dissimulation la plus hypocrite et au parjure. Durant neuf ans que saint Augustin fut engagé dans les erreurs du Manichéisme, il ne put rien apprendre de ce qui se passait parmi les Élus, pa^ même s'ils avaient des prières particulières, ni le temps où ils célébraient leur Eucharistie*. Ils savaient, de plus, se cacher parmi les fidèles, et même dans les rangs du clergé, au point de rendre souvent inutiles toutes les mesures prises par les évêques pour les découvrir.
5. Pour achever de caractériser le système manichéen, signalons son esprit. Il fut double, comme le principe qu'il mettait à la tête de toutes choses ; il fut tout ensemble le fanatisme et le rationalisme. Nous n'avons pas besoin d'iU" sister sur le premier; tout le monde le reconnaît. Il suffît^ en effet, de rappeler le rôle de Manès, qui se donnait pour le Paraclet, et celui de ses Élus à l'égard des Auditeurs, pour comprendre tout ce qu'il y avait de fanatique dans U partie crédule de la secte. On n'aperçoit pas aussi facilement le rationalisme, et néanmoins rien n'est plus constant que la présence de cet élément dans le Manichéisme^ à le prendre d^ns son berceau. Manès eut non-seulement la
tèê Mandehi^m fiKtwmU coxipables des mœurs abominables qu'on leur at» tribvê?
Four la tUgative : 9ux^hHt Koobeim, de Rehus €hri$l, ofili (knst,^ «se. S<>,
Ponr VaffirmaHvê: Baron., Tillem., et généralement tous les auteurs catho- Iiq«u, tu cela d'aooord avec rhlBtoire ; ee qui n'empêche peâ let degrés di^eiB et les exceptions qui ont pu STOir lieu.
i. D. Aug., Conka Fortun,, cap. i, n. 8.
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superbe audace de prétendre mieux connaître le vrai Christianisme de Jésus-Christ que TÉglise elle-même, et de soustraire ainsi k son autorité tous les Chrétiens qu'il pourrait entraîner; mais il formula le principe même du rationalisme, et enseigna qu'on ne devait croire que ce que la raison comprenait et approuvait. Ce rationalisme de Manès nous paraît aujourd'hui sans doute assez singulier dans la bouche d'un imposteur qui substituait son autorité comme divine h celle de l'Église; mais il était alors tel qu'il pouvait être. Manès soustrayait la raison à l'autorité ecclésiastique^ et, en la soumettant à sa propre autorité, il prétendait ne lui imposer que ce qui était le plus conforme à sa lumière; prétention absurde sans aucun doute, mais qui laissait toutefois subsister la formule rationaliste. La suite va, d'ailleurs, nous révéler plus nette cette formule dans son développement.
Les deux éléments, fanatisme et rationalisme, si antipa* thiques par leur nature, ne devaient pas se développer simultanément dans le Manichéisme. — Le fanatisme apparaît surtout et éclate dans les temps d'ignorance, tandis que le principe rationaliste aime se produire dans les siècles de discussion et de raisonnement. C'est ainsi qu'il se montra dans le siècle si éclairé de saint Augustin. Ce Père nous présente les Manichéens de son temps comme des honmies ivres d'orgueil, superbe délirantes, qui se vantaient « de conduire à Dieu par la pure et simple raison : Mera et « smplici ratione- eos qui se audire vellent introducturos « ad Deum (dicebant); et de n'exiger la foi de personne « qu'après avoir discuté et éclairci la vérité : Se nuUum « premere ad fidem , nisi prius discussa et enodata veri- « tate^. »
6. Tel se montre le Manichéisme à son ofigine et dans ses premiers et plus importants développements. Pour l'apprécier convenablement, il faut se représenter le Gnos-
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ticisme avec ses divers systèmes dualistes et panthéistes, passant des formes païennes aux formes chrétiennes, et se survivant à lui-même dans les grossiers débris de ses premiers systèmes. Or Manès ne se proposa rien moins que de réunir tous ces débris dans sa nouvelle combinaison. Adoptant la forme dualiste, qu'il avait trouvée déjà dans les livres de Scythien, il fit entrer dans son système l'émanation de puissances secondaires, Tanathème contre la matière et le Dieu créateur, contre Moïse, les prophètes et toute l'ancienne loi, la haine de la chair et du mariage, une austérité apparente et les principes des immoralités les plus grossières, une race privilégiée, impeccable, celle des Parfaits; enfin tout ce qui tient quelque place dans les principales combinaisons gnostiques. Nous devons ajouter le rôle divin que Manès s'attribuait en se donnant pour le Paraclet, à l'imitation de Simon le Magicien et de Montan. Mais le trait le plus fondamental était la prétention d'établir le vrai Christianisme, celui de Jésus-Christ, que l'Église catholique aurait essentiellement méconnu. Le Gnosticisme, nous l'avons vu, n'eut pas d'autre plan jusqu'au moment où il se décomposa. Tandis que la partie philosophique ne s'attaquait plus qu'à des dogmes isolés et se révoltait contre l'enseignement de l'Église, la partie inférieure et grossière conservait même dans la poussière, après sa défaite, l'attitude d'une religion rivale. En la relevant, en reprenant comme en sous-œuvre les combinaisons primitives, Manès releva en même temps les plus audacieuses prétentions des premiers Gnostiques. Ses disciples travaillèrent dans le même sens, et, au quatrième siècle, l'un des plus célèbres s'en expliqua de la manière la plus explicite. Fauste ne voyait dans le dogme de l'unité de Dieu, dans Je culte des martyrs, dans les sacrifices, les temples et les autels, etc. , que des rites païens. Le Judaïsme était traité de même; tellement qu'aux yeux du sectaire il n'y avait que deux religions en réalité, savoir : le Paganisme et le Manichéisme : Porï'o autem sectas si quœ^
BLiKC. I, **
ras^ nm plus erunt quam duœ^ id est Gentium et nostra, qui eis longe diversa sentimus^.
Ainsi le Manichéisme, dit saint Léon, fut comme la sen* tme où vinrent se mêler toutes les erreurs et toutes les souillures des sectes antérieures *. Manès eut Thabileté satanique de rendre cette combinaison tout ce qu'elle devait être pour tromper l'ignorance par ses éléments chrétiens, pour flatter Forgueil et en même temps les passions les plus grossières; enfin pour résister à Faction du temps comme à celle de Tautorité. Nous verrons, en effet, le Manichéisme, toujours poursuivi et toujours impérissable, traverser tous les siècles dans le souterrain qu'il s'était creusé lui-même sous les fondements inébranlables de TÉglis^. -** Mais reprenons la ^uite des faits.
i. Le pape samt Eutycnien mourut en Tan 283, et, quoique l'Église fût en paix, le martyrologe romain le qualifie de martyr •. Saint Gaïus, Dalmate, lui succéda. — L'année suivante est remarquable par Tavénement de Dioclétien. Probe, tué par ses soldats (282), et pleuré de tout l'empire, eut pour successeur Carus, qui laissa la pourpre seize mois après à ses deux fils, Carin et le bon Numérien (283), qui passèrent plus vite encore. Dîoclétien recueillit leur héritage. Il était né en Dalmatie dans la condition U plus obscure. Brave, mais surtout prudent, il s'éleva au^ premiers grades dans l'armée et s'empara de l'empire (284), en vengeant Numérien tué par son beau-père Aper, et en se
I. J>, Aag., €ontra Fanêtum^ lib. xz, «ap. it, t. TEIl, o«i. 517.
i* XJbinon unius pravitatis speoieiQ, sed omnium simul erroram impietatanqne mixturam generaliter possideret, etc. D. Léo, Serra. 46, de JejuniOf n. 5. — Cf. Euseb., cap. xxxt; ^ Pet. Sicul., HisL^ cap. vi.
8. Voy., sur o« pape et 0ur la sépulture des mart|rs, Blàncbiài, in Anasi., sect. 28.
diogl]£tibn. mxiiME persécution. 387
déclarant oôhtre C'arin, qui périt par la main de ses propres soldats. Le nouveau prince, que l'histoire nous dépeint comme un homme plein d'orgueil et d'ambition, régna surtout par l'habileté de sa politique. Son plan fut de s'associer des hommes qu'il pût dominer constamment, et qui lui permissent de tout diriger du fond de son palais, et la guerre au dehors contre les Barbares, et la paix au dedans. En conséquence, il déclara auguste Maximien Hercule (286), son ancien camarade de camp, et lui donna l'Occident. Plus tard (292), les deux augustes déclarèrent césars, ou empereurs du second ordre. Constance Chlore, petit-fils de Claude II, adopté par Maximien, et Galère, qui épousa la fille de Dioclétien. Ce dernier, surnommé Armentdriti» (gardeur de troupeaux), surpassait les bêtes les plus féroces en cruauté *. — Ces arrangements réussirent à Dioclétien. L'Église fut en paix comme l'empire, et, durant les dix-huit premières années de ce règne, elle ne cessa de faire de nouveaux progrès. Cela doit s'entendre principalement de rOrient, où Dioclétien gouvernait immédiatement. Ce prince ne voulait ni inquiéter les Chrétiens, ni même les éloigner lorsqu'il trouvait bons leurs services ; il en avait grand nombre dans son palais. Mais, au fond, il ne les aimait pas. Attaché, ou voulant paraître attaché aux vieilles superstitions, il devait peu s'inquiéter du mal qu'on pouvait faire à ceux qui les combattaient si ouvertement, dès le moment que son repos n'en était pas troublé. Voilà ce qui explique les nombreux martyrs qu'on voit déjà en Orient par le fait des gouverneurs, et en Occident, princi-
Salement dans les Gaules^ durant le séjour que le cruel [aximien y fit vers l'an 286. Nous citerons seulement les saints Claude, Astère, etc., en Cilicie; saint Côme et saint Damien, dans la même province, dont les actes sont moins assurés ; saint Genôs et saint Sébastien, à Rome; saint Bonifai^i Romain ; saint Victor, à Marseille ; saint Pirmin,