Déjà, avant son baptême, saint Augustin avait écrit
I. Il faut Toir les détails édifiants de cette vie privée de saint Augustin dans PoitsidiuS) Vita D. Âugust.y cap. xxh, t. Il des OBuvres, et dans Tiitem., t. XHI) art. 87 et soiv.
ses livres Contre les Académiciens^ de la Vie bienheureuse, et ceux de l'Ordre, des Traités sur la Grammaire^ la Rhétorique^ la Dialectique y V Arithmétique^ la Géométrie et la Philosophie. Ces écrits étaient comme une transition de la philosophie naturelle à Tétude pure et sainte des Écritures. Il s'y prépara plus directement par ses Soliloques, épanchements d'un grand cœur qui avait enfin trouvé Dieu, et compléta ce beau livre par celui de l'Immortalité de tâme. — Après son baptême, saint Augustin commença à écrire contre les Manichéens, ou sur des matières de philosophie touchant l'âme humaine, puis contre les Donatistes. Nous avons dit que Julien avait rappelé de l'exil les chefs de ces schismatiques. Depuis ce retour (362), Parménien, leur évêque de Carthage, essaya de défendre son parti, et fut réfuté par saint Optât, qui mourut vers 380 ^ Descelle époque, la secte ne cessa de se déchirer elle-même par ses propres schismes. Saint Augustin trouva le parti donatiste dans cet état, et il en profita habilement pour confondre ces sectaires, les ramener eux-mêmes et prémunir les peuples. Il les provoquait surtout en dispute, pour agir plus efficacement sur l'opinion publique. — Saint Augustin combattit aussi dans ce même temps et non sans fruit, par ses écrits et ses discours, le Paganisme, quelques sectes gnostiques, ainsi que les Abélonites et les Tertullianistes, qu'il réunit à l'Eglise.
3. Il y eut, dans ces dernières années du quatrième siècle, plusieurs conciles de discipline en Afrique, dont saint Augustin fut déjà la lumière. Les nombreux règlements de ces conciles furent réunis dans le Codexcanonuvi Ecclesiœ Africanœ, par le sixième concile de Carthage (419), auquel assistèrent trois légats du pape. Ces canons, qui concernent les ordinations et la vie des clercs, et quelques
« . La meiUeare édition des sept Kvres de Schismate Donatisto^m de saint Optât est celle d'RIlies Dupin, reprodaite arec beaucoup de pièces dans l« (• ^^ Patr. latin, de M. M igné.
ORDIN. DE g. J. CHRYSOST. PIN DU SCHISME D*ANTIOCHK. 46î)
autres points secondaires de discipline altérés durant les troubles des Donatistes, ne représentent pas seulement la discipline de TÉglise d'Afrique , mais encore celle de rÉglise universelle, et surtout de TÉglise d'Occident, avec laquelle l'Église africaine était constamment d'accord. Il faut joindre à ces conciles celui de Turin (397) et le premier de Tolède (400), qui s'occupa aussi, outre la discipline, de l'affaire des Priscillianistes^. Tout ce mouvement de réformation canonique était parti de Rome. Le pape Sirice, dans une décrétale à Himère, évêque de Tarragone (385), et dans une autre aux évoques d'Afrique (386), rappelait à tous ces mêmes règles et le devoir de les remettre en* vigueur, si elles étaient négligées. C'est de ce pape que datent les Décrétales, auxquelles les critiques s'accordent h reconnaître un vrai caractère d'authenticité. Saint Sirice mourut en 398 et eut pour successeur saint Anastase; mais, avant de mourir, il eut la double consolation de recevoir le décret de l'ordination de saint Jean Ghrysostome et de terminer le schisme d'Antioche.
4. Saint Jean avait été fait prêtre par saint Flavien (386), et chargé de la prédication. Il s'acquitta de cette sublime fonction avec une éloquence qui le fit surnommer Bouche (tor, en grec Ckrysostome, Il était l'idole du peuple d'Antioche, lorsqu'il lui fut enlevé pour succéder à Nectaire sur le grand siège de Constantinople (398). Théophile, évêque d'Alexandrie, qui voulait y placer un de ses prêtres, ne consentit que forcément à sacrer Jean, contre lequel il conçut dès lors une haine dont nous verrons bientôt les tristes suites.
5. Le premier acte du nouvel évêque fut de procurer la réconciliation de flavien avec le pape et les Occidentaux. Paulin s'était préparé à son tour un successeur en sacrant
I . Sur tous ces conciles, Toir Labbe et Hanù ; — Caranza, Swnma coiidîiw, cimh addiiionib\Aé fr. Sttott;— Balleriai, t. III, opp. S. Leonis, part. 2, cap. m; — Longuevai, lit. III, pour le concile de Turin.
BLAHC. I. 27
470 liSQON liVIII. SAINT AKASTASK. AN 398-403.
Évagre, qui lui succéda en effet (389). Les Occidentaux, réunis au concile de Capoue, se lassèrent enfin, et renvoyèrent toute cette affaire à Théophile d'Alexandrie, à la condition toutefois que son jugement serait sanctionné par le pape Sirice. Du reste, ils déclarèrent recevoir dans leur communion tous les évoques d'Orient qui professeraient la foi orthodoxe. Les choses en étaient 1^, et Évagre venait de mourir, lorsque saint Jean Gbrysostome, d'accord avec Théophile, amena Flavien, son ancien évêque, à joindre ses députés aux siens pour Sirice. Ils furent bien accueillis du pape, et la réunion fut consommée. Pour l'intérieur de son* Église, saint Jean s'occupa sans délai, et avec autant de zèle que de science, à remédier h tous les désordres d'une grande ville, résidence ordinaire de la cour, et aux maux de cette malheureuse Église, que l'incapacité de Nectaire n'avait pu relever de ses ruines. Il porta la réforme dans le clergé comme dans le peuple, et introduisit ou fit revivre les usages des siècles fervents : la prière publique au milieu de la nuit, les litanies, les stations^ processions, etc.; se traça à lui-même un genre de vie austère, peut-être trop solitaire : le saint évêque mangeait toujours seul ; enfin il fit la guerre à tous les vices, h tous les désordres, à tous les abus, avec une éloquence de feu et un zèle tout apostolique. Cette conduite lui gagna le peuple et tout ce qu'il y avait de solidement chrétien; mais aussi elle souleva contre lui d'implacables ressentiments, qui éclatèrent plus tard, h la suite des troubles de TOrigénisme.
LEÇON LVm.
1. Parmi les partisans d'Origène, les uns soutenaient les erreurs qui se rencontraient dans ses ouvf ^es, et rejetaient les dogmes catholiques opposés. Ceux-là étaient
taoOBLBe PB L'ORIÛÉNISME. 471
hérétiques, et ils ne tardèrent pas h se décrier par leurs mœurs, ce qui acheva de les perdre et de les vouer au mépris. Les autres, au contraire, condamnaient ces mêmes erreurs, tout en justifiant Origène, ainsi que nous l'avons vu plus haut (XXXIX), Ces derniers demeuraient évidemment orthodoxes : nous croyons même qu'ils avaient raison dans le fond ; mais aussi ils pouvaient avoir tort de vanter un homme et des écrits dangereux par Talius. qu'on en pouvait faire, ce qui regarde surtout la méthode de l'allégorisme. Quoi qu'il en soit, les partisans orthodoxes d'ûrigène étaient ordinairement les hommes les plus savants et les esprits les plus élevés. Au quatrième siècle, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, justifièrent Origène et Didyme l'Aveugle contre les Ariens, qui osaient les revendiquer. Saint Hilaire de Poitiers, samt Ëusèbe de Verceil et saint Ambroise traduisirent les Commmtairei d'Origène, et après eux, saint Jérôme, RuiBn d'Aquilée et Théophile d'Alexandrie furent d'abord les plus grands admirateurs du célèbre Alexandrin.
Cependant la méthode opposée k Tallégorisme, ht méthode de la lettre, avait aussi ses partisans et ses excès* Elle fut poussée jusqu'à l'anthropomorphisme non-seulement par les Audi^m (LI, S), mais encore par des moines de Palestine et d'Egypte. Les défenseurs d'une notion de Dieu si grossière pour des Chrétiens croyaient la trouver dans les textes de l'Écriture, où il est parlé des mains, du visage de Dieu, textes qu'ils prenaient à la lettre. lies partisans de l'allégorisme triomphaient d'une telle aberration ; et lorsque l'esprit de parti s'en mêla, ils ne virent plus dans les adversaires d'Origène que des AnthropoiDorphisteSy en même temps que ceuxMsi, non moins passionnés, ne voulurent plus voir que des Origénistes au plus mauvais sens dans les Allégoristes.
3. Tel était l'état des esprits dans les solitudes de l'Orient, lorsque Ruffin s'y rendit d'Aquilée (374). Il trouva en Egypte la célèbre Mélaniâ l'Aïeule, veuve romaine, qui