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LEÇON LIX. RÉSUMÉ DU QUATRIEME SIECLE

les institutions ecclésiastiques. En dehors de ces luttes intérieures, rÉglise eut de nombreux martyrs, en Perse sous le roi Sapor (345) , et parmi les Goths sous Athanaric. Théodose comprima les Barbares, fit la guerre au Paganisme et à toutes les sectes, vainquit les tyrans Maxime et Eugène , et se montra toujours grand jusque dans ses fautes par la manière dont il eut le courage de les réparer. L'Eglise triomphait par la foi de ce prince et celle de ses enfants, tandis que FOrient, qui voyait expirer à Antioche le schisme des Eustathiens, fut de nouveau agité par la grande querelle de l'Origénisme à Jérusalem et à Alexandrie , et par l'odieuse trame ourdie contre saint Jean Chrysostome, qui en fut le martyr. L'Empire était alors entre les mains inhabiles des deux fils de Théodose, Honorius et Arcadius, dont les ministres tout-puissants bâtèrent l'irruption des Barbares par leurs intrigues et leurs discordes sanglantes.

2. L'Église, au quatrième siècle, s'offre à nous sous deux aspects qui méritent également l'attention de l'historien et du théologien. Considérée du côté des siècles antérieurs et dans ses rapports avec l'Église primitive, elle est comme le terme des premières origines chrétiennes, en même temps que, par le côté qui regarde les siècles suivants, elle devient un nouveau point de départ. Il y eut alors en effet comme deux mouvements : l'un de décadence et l'autre d'organisation. Le premier fut comme la décomposition de cette belle synthèse des trois siècles antérieurs, où nous avons vu l'expression de la foi toute concentrée dans le Symbole des apôtres par la simplicité filiale, et les pratiques chrétiennes toutes réglées sur l'esprit de l'Église par la ferveur. Le sensualisme, qui suit toujours la liberté et les richesses, s'étant dépouillé de ses couleurs païennes au quatrième siècle, pénétra, sous le nom d'esprit séculier, parmi les fidèles fLVII, 5), et altéra profondément cette ferveur et cette simplicité des premiers temps. Pour échapper à la corruption du siècle ainsi.devenu chrétien à

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sa manière, l'élite des fidèles se retira à l'écart et conserva les mœurs primitives par le régime monastique. Les Pères, les évoques, les firent revivre dans leurs discours et leurs écrits, où ils ne cessaient de les opposer à la tiédeur, aux habitudes mondaines et aux abus qui gagnaient partout. Tel fut le mouvement de décomposition ; mais il fal- * lait tout régulariser pour l'avenir, et ce fut le grand ouvrage des évêques. Ils développèrent le Symbole par les définitions qu'ils opposèrent aux hérésies dogmatiques; ils développèrent la lettre du code de discipline par de nouvelles lois et par les modifications qu'ils apportèrent aux anciens règlements, ayant constamment en vue de ramener les devoirs à une mesure commune, praticable, accessible à tous, et d'arrêter ainsi le relâchement à la barrière du strict devoir. Il y eut donc révolution à la surface de l'Église, mais ce fut une révolution inévitable et heureuse; car la ferveur primitive ne pouvait se soutenir dans la multitude durant le cours des siècles; et par les lois successives qui fixèrent mieux les devoirs, l'Église prenait dans tout ce qui tient h la discipline des formes stables, et nous dirions volontiers plus sociales. Et au milieu de ces transformations que subissait son état primitif, l'Église ne demeurait pas moins inaltérable dans son fond, c'est-à-dire dans tout ce qu'elle a de divin; elle ne perdait même aucun ancien élénaent, elle n'en acquérait aucun nouveau; il n'y avait que des déplacements. Les mœurs primitives, sorties de la multitude, se retrouvèrent comme actions et habitudes dans les monastères; et comme expression de l'Évangile et théorie, elles passèrent dans les écrits des Pères et enfantèrent cette magnifique littérature des quatrième et cinquième siècles que tous les âges ont admirée. Dans le code de discipline, la lettre gagna en proportion de ce que Tes- ^ prit perdait dans les cœurs. L'esprit néanmoins subsistera toujours, comme la lettre; la proportion dans laquelle il se combine peut seule changer (XXX, 1). 3. U nous serait facile de tracer ici un tableau plus dé-

im LEÇON LIX. ÉTAT DK L'ÉQLISB AU QUATRIÈME SlÂCLB.

veloppé des dogmes et des institutions catholiques; tous les Pères du quatrième siècle viendraient comme à l'envi leur rendre les plus éloquents témoignages. Hais c'est précisément cette surabondance de preuves qui nous en dispensa; car elle est telle, que nos plus ardents adversaires, les Protestants et ceux qui les suivent, non-seulement conviennent de ce fait, mais ils prétendent que c'est dans ce quatrième siècle même que les Pères ont consommé, par ces enseignements et ces lois qui se sont perpétués dans rÉglise romaine, le renversement de la doctrine et de la discipline primitive, commencé au siècle précédent. Voilà pourquoi nous avons, placé ce tableau à la fin du deuxième siècle. Démontré historiquement pour les deux premiers siècles, il ruine par sa base tout le système protestant, comme nous le verrons amplement au seizième siècle; placé au contraire au quatrième siècle, ce tableau n'est plus qu'un fait reconnu de tous, une preuve mutile, une exposition toujours intéressante sans doute en ellemême, mais qu'au besoin on retrouve dans tous les grands théologiens, comme Toumely ou les auteurs de la Perpétuité de la Foi, sur l'Eucharistie, qui se sont attachés à mon* trer la suite de la tradition sur tous nos dogmes* Si nous ajoutons que pour notre tableau des deux premiers siècles nous avons emprunté une partie de nos preuves aux tra> ditions et aux usages traditionnels du quatrième siècle, il sera doublement évident qu'il ne noua reste plus ici qu'à compléter ce premier tableau en exposant les points et les considérations qui sont propres à ce même siècle.

i"* Hiérarchie, <-^ Il n'est rien assurément de plus éclatant que la distinction hiérarchique de l'évêque, du prêtre et du diacre, au quatrième siècle. Blondel néanmoins et les Presbytériens moderne sont prétendu que saint Jérôme avait enseigné formellement l'égalité du prêtre et de l'évêque» dans son Commentaire de TÉpttre à Tite, et dans sa lettre àÉyagre, écrite, comme le Commentaire, avant l'année 390. — Pour relever la dignité chi prêtre contre les préten-

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lions orgueilleuses de certains diacres du clergé de Rome, saint Jérôme se plut en effet à relever le prêtre, en face de l'évêque, par Tidentité des fonctions. Que fait Tévêque, disait-il, que ne fasse pas le prêtre, excepté l'ordination? Quid enim facity excepta ordinatione, episcopus quod non faciat presbyter^'^ Mais d'où venait Tâutorité supérieure de Tévêque? De rélection> répondait saint Jérôme. Dans le principe, dit-il, un conseil administrait chaque église en commun; mais la division étant survenue, on en choisit un seul pour arrêter les schismes par son autorité supérieure; tellement que la supériorité de Tévéque venait, selon ce Père, bien plus de la coutume que du droit divin'. — Sans discuter, il nous suffira de rappeler la forme primitive toute paternelle de T administration ecclésiastique. La' multiplication des Chrétiens et les passions obligèrent les évêques d'agir et de montrer plus distincte leur autorité. Or cette autorité n'était, dans la pensée de saint Jérôme, que le pouvoir supérieur de juridiction et d'administration. Il réserve formellement le pouvoif d'ordre, excepta ordinaticfie, dans l'endroit mième où il semble davantage, par son expression exagérée, entendre tout le pouvoir épiscopal. Il n'attribuait donc pas le pouvoir d'ordre ni le caractère épiscopal h cette élection dont il parle ^ mais seulement la juridiction, à laquelle il donnait une origine purement ecclésiastique. C'était là son opinion formulée, et les autres Pères, qui ont eu occasion d'en parler» n'allaient pas plus loin. Ils voyaient surtout le pouvoir d'ordre^ ôt semblaient ne voir que lui dans l'évêque. Saint Épiphane» en traitant la question ex professa contre Aérius, ne marque pas d'autre différence entre l'évêque et le prêtre : Ordo epùcoporum Patrum generator^. Saint Chrysostome, et h sa suite Théo-

i. D. HieroD., Epist. 146, ad Evarg. ou Evangelum^ t. I, col. 1194, édlt.

Hlgnei

S. lU epiicopi Doyerint le magii coniHetudine quam dominiez dispodtioftiB Teritate, presbyteiit esse mi^oret. — D.Hieron., ttf EpiiL ad TikHn, cap. i.

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