BIENS ECCLÉSIASTIQUES
avaient imaginé, eux aussi, d'avoir un évêque à Rome, essayant d'échapper ainsi à la conséquence mortelle de leur séparation d'avec le véritable évêque de Rome. Saint Optât se moque de leur misérable tentative et en fait ressortir le ridicule par le simple catalogue des papes, en remontant jusqu'à saint Pierre. Après avoir battu les Donatistes par l'unité de l'Église dans la chaire de Pierre, et insisté sur les comparaisons si énergiques de saint Cyprien (XLII, 2), ilen vint à une autre note de l'Église, la catholicité. Ce caractère de la vraie Église accablait par le ridicule une secte reléguée dans un coin de l'Afrique, in particula Africœ. Saint Optât y insista déjà, et saint Augustin se plut à y renfermer presque toute son argumentation^.
4. 2** Biens ecclésiastiques, — Dès le troisième siècle, l'Église avait eu des possessions (XLYI, 2), mais peu considérables et bien précaires, en présence de la persécution toujours imminente. Au quatrième siècle., l'avènement de Constantin ouvrit pour elle plusieurs sources de richesses, savoir : i® les sommes envoyées à certaines églises, les plus nécessiteuses sans doute; 2* les distributions de blé et autres denrées faites aux églises pour le clergé, les vierges, etc.; 3« les adjudications de biens, soit des martyrs et confesseurs morts sans héritiers pendant la dernière persécution, soit des temples païens fermés par l'autorité civile. — Ces donations par l'État, faites sous différentes formes, n'arrêtèrent pas les dons des fidèles. Us étaient autorisés à donner leurs biens par testament aux églises et au clergé. Mais ils continuèrent aussi les oblations proprement dites, c'est-à-dire les offrandes volontaires, telles qu'elles étaient en usage dans les premiers siècles. C'était même là la manière de pourvoir aux besoins du clergé et des églises qui plaisait le plus aux évêques, ainsi que saint Chrysostome^ et plus formellement encore
i. Voy. saint 0p(at, lib. II.
S. Homil. XXI, in Epitt, ad Cor.
486 LEÇON LIX. ÉTAT M t.'ÉOtl08 kV QUATRIEME SIECLE.
saint Augustin^ s'en expliquent. Ils craignaieût^ entre autres inconvénients» les embarras de Tadministration des propriétés de l'Église et le soupçon d'avarice. Mais la chute de la ferveur entraînait infailliblement la diminution de ces offrandes libres, et les Pères, pour ranimer les fidèles, insistèrent naturellement sur la comparaison déjà faite par les Pères antérieurs de ces oblations avec les dîmes de la loi mosaïque. Us trouvèrent ce moyen d'arrêter le mouvement de décadence et d'empêcher les offrandes de tomber au-dessous de l'équivalent des dîmes. Dans cet état de choses, l'usage de payer la dîme s'établit comme de luimême; et dès le moment qu'elle devint un moyen d'acquitter l'obligation de droit tiaturel et divin qu'ont les fidèles de pourvoir à l'entretieu des ministres du culte, lai dîme finit par devenir elle-même une dette de justice et une obligation stricte. Aussi les auteurs reconnaissent généralement que l'usage de payer les dîmes s'introduisit dans les églises durant la dernière moitié du quatrième siècle, et qu'un siècle plus tard elles commencèrent à être regardées comme de précepte.— Les Pères parlaient aussi des prémices, mais ils y insistaient beaucoup moins que sur les dîmes'.
Les revenus ecclésiastiques coîitinuèrent, au quatrième siècle, à être partagés entre l'évêque, le clergé, les églises pour leur entretien, et les pauvres. Ils étaient administrés par l'évêque, qui s'en déchargeait sur son archidiacre; puis, vu la multiplicité des affaires, sur un membre de son