‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 276 sur 329 · LUTTE CONTRE LE PAGANISME ET LA PHILOS. PAÏENNE · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE LE PAGANISME ET LA PHILOS. PAÏENNE

ainsi qu'un père sage guérit de la peur son enfant. — Ce qui achève de manifester Fesprit de TÉglise, ce sont les paroles mêmes des Pères qui assistèrent h ces dernières crises de l'idolâtrie. « Ce n'est point par la force, disait « saint Ghrysostome en s' adressant aux Gentils, mais par « la persuasion et la douceur, que les Chrétiens doivent « combattre Terreur et rappeler les hommes dans la voie « du salut * » Saint Augustin, répondant aux plaintes des païens, fait remarquer que îes Chrétiens, exécutant les décrets des empereurs, ne détruisaient que les objets du culte public, mais qu'ils ne pénétraient point dans la demeure ni dans les propriétés de personne pour y détruire ces abominations. « Nous commençons, dit-il en parlant « des païens, par arracher de leurs cœurs ces idoles; « lorsqu'ils, sont devenus Chrétiens, ils nous invitent eux- « mêmes à cette bonne œuvre, si déjà ils n'ont détruit leurs « simulacres de leurs propres mains. Ne nous fâchons « point contre eux, mais prions pour eux *. » Ailleurs le même Père recommande aux Chrétiens de ne point convertirai leur propre usage les objets du culte païen, pour éviter tout soupçon d'avarice'*.

Nous n'avons rien à ajouter sur le néo-platonisme, qui n'était plus, au quatrième siècle, qu'une absurde démonologie. Il méritait, au même titre que l'idolâtrie populaire, d'être réprimé par l'autorité civile, comme société secrète, adonnée à la magie et à des opérations occultes.

1 . Neque enim fas est Christianis necessitate ac violentia errorem subvertere, sed suadela, sermone et mansuetudine hominum salas curanda est. D. Chrysost. lÀb, in S. Babylam^ contra Julian. et Gentiles.

2. Uulti pagani habent istas abominationes in fundis sais; numquid accedimus et frangimus ? Prias enim agimus, ut idola in eoraro cordibus confringamns. Quando Christiani et ipsi facti fuerint, aut invitant nos ad tam bonum opus, aut prseveniunt nos. Modo orandum est pro illis, non irascendam illis. — D. Aug., Serm, 62, n. i7, t. Y, col. 520, edit. Gaame.

3. D. Aug., Epiêi. 47, n. 8, t. U, col. 165. Il serait utile et intéressant de jastifier l'Église de tout juste reproche d'intolérance à Tégard des païens. Il y aurait matière à une bonne dissertation contre Gibbon, Voltaire et son école, el M* Beugnot, dans son Histoire d$ la chute du Paganieme,

BLARC. I. 28 .

iU LEÇON LX. àrjLT DE L'éOLISB AU QUATRIEME 8IBCLB.

Julien tenta de substituer au Christianisme la secte philosophique elle-même organisée sur le plan de TÉglise. Si un tel projet eût pu se réaliser et durer quelque temps, il n'eût servi qu'à relever la beauté harmonieuse de l'Eglise devant son image grossière et difforme, élevée à côté d'elle par une haine insensée. Mais Dieu souffla sur tous ces projets, qui disparurent avec Julien.

2. 6** Lutte contre les hérésies et les schismes, — Le Gnosticisme se survivait, comme nous l'avons dit, dans le Manichéisme, et ne méritait, comme secte immorale, que la répression. L'Ârianisme, au contraire, quoique né lui-même du Gnosticisme, était, comme secte, moulé sur l'Église, dont il avait toutes les institutions, le culte et la discipline. Le Gnosticisme se donnait pour le vrai Christianisme, qu'il construisait à sa manière; l'Arianisme et toutes les sectes qui ont suivi se donnèrent pour les possesseurs de la véritable doctrine des Écritures ou de Jésus-Christ dans les points où il y avait dissentiment. On répondait par renseignement des Églises, ou la tradition apostolique ; la pelémique se résumait ainsi dans un fait évident et (uiblici comme renseignement. Les Ariens et tous les hérétiques, en appelant de la tradition qui les accablait, à leur propre raison, ou aux Écritures entendues à leur façon, ce qui était la même chose, détruisaient la règle fondamentale de la foi, et arrivaient eux-mêmes à substituer un Christianisme rationnel au Christianisme traditionnel et divin. Les hérétiques étaient donc des hommes pris en flagrant délit de révolte. Les Ariens excitaient de plus une horreur universelle par leurs blasphèmes contre la divinité du Verbe et de Jésus-Christ, pour laquelle tant de martyrs avaient versé leur sang. Tel était le caractère de l'hérésie, surtout au quatrième siècle, qui touchait à l'origine des traditions par trois siècles de ferveur. Rapprochons-en maintenant le mouvement social qui commençait alors, et qui était tout religieux, tout fondé sur cette idée de rétablissement du vrai Christianisme dans l'Église une, apostolique et divine.

tttTTB. OÔKTRE LES HiRÉSlteS BT LES SCHISMES. 495

Comp^end-on qu'en de telles circonstances, Fidée de tolérance, comme nous l'entendons aujourd'hui, ait pu venir dans un seul esprit? Aux yeux de tous, l'hérétique ne devait'îl pas être un rebelle qu'on avait le droit de punir, un malheureux qu'il fallait sauver, même malgré lui au besoin. Aussi l'exil d'Arius et de ses disciples obstinés n'étonna-t-il personne* Les ordonnances plus rigoureuses des successeurs de Julien scandalisèrent moins encore après les excès des hérétiques sous Constance et Valens* — C'était donc là un droit de l'Église et de la vérité, droit reconnu par les hérétiques eux-mêmes, qui en abusaient eft l'usurpant. Pouvait-on d'ailleurs méconnaître ce droit de l'Église, même au premier coup d'œil, lorsqu'on la voyait en poséelssion non interrompue de l'enseignement primitif, toujours calme, toujours une et invariable, et que l'on mettait en face d'elle les hérétiques révoltés, novateurs, livrés & des divisions sans fin et à des variations sans nombre*

D'autre part, l'esprit de l'Église était, comme il sera toujours, <an esprit de douceur, de condescendance et de lumière; en un mot, un esprit de charité qui semblait contrebalancer son droit de justice. Cet esprit, nous l'avons reconnu sensiblement dans la réprobation universelle dont . furent frappés Ithace et les Ithaciens, qui avaient poursuivi au tribunal de Maxime une sentence de mort contre Priscillien; dans le soin que prend saint Optât de justifier les évêques d'Afrique de toute participation aux mesured de rigueur prises par le pouvoir contre les Donatistes^j dans la manière si modérée dont nous avons vu les plus illustres Pères, saint Ghrysostome et saint Augustin, s'exprimer touchant les mesures à prendre contre les païens eux-mêmes ; enfin dans les rigueurs mêmes exercées par le pouvoir, généralement empreintes d'un cachet de modération, lorsqu'elles ont eu lieu sous l'influence de l'Église.

t . Toy. saint Opfat, di BthimaU ÙoiMist., lib. ni, cap. t.

496 LBÇON hX. ÉTAT DE VÉGhlBH AU QUATBiAmÇ SIÂCLE.

3. Ainsi deux méthodes se trouvent en présence depuis . le quatrième siècle : Tune de justice, née du droit de la vérité divine sur l'erreur et de l'Église apostolique sur toutes les sectes qui lui disputent sa possession; l'autre de charité, enfantée par l'esprit même de l'Église, qui ne respire que l'amour et la miséricorde; en d'autres termes, la méthode à! intolérance, ce mot étant pris en bonne part, pour la rigueur du droit, et la méthode de tolérance, prise aussi dans un sens qui ne blesse* en rien le principe de Y intolérance dogmatique. Dans Tapplication, les circonstances parlent et font prédominer l'une ou l'autre; le caractère de ceux qui en décident exerce également une grande influence. Mais il faut remarquer que la méthode de tolérance, qui représente l'esprit de l'Église, prévaut de droit et de fait, lorsqu'il n'y a pas de raisons positives d'user du droit; en même temps que la tolérance la plus complète ne peut jamais être une protestation contre le droit sacré de l'Église et de la vérité divine, ni entraîner une prescription. Saint Augustin, qui représente admirablement les deux méthodes, invoqua d'abord la tolérance et les moyens de persuasion à l'égard des Donatistes, poussé qu'il était et par l'esprit de l'Église et par son propre esprit, si enclin à la modération. Mais il ne mettait pas en doute le droit de l'Église, qui était le fondement de celui de l'autorité civile; il craignait, disait-il, que les mesures de rigueur ne fissent de faux Catholiques, des hypocrites, fictos Catholicos^, Sulpice Sévère touche une autre raison également grave, savoir : la crainte de donner un nouveau relief à l'erreur et à ses défenseurs par les rigueurs mêmes employées contre eux, ainsi qu'il arriva pour l'hérésie des Priscilhanistes : « Loin d'être ruinée, a dit-il, par le supplice de Priscillien, elle en devint plus « forte et se répandit plus au loin *. » Plus tard, saint Au-

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