INVASION DES BARBARES
mourait de sa propre corruption. Les Barbares, au contraire, ignorants et grossiers, avaient conservé néanmoins, dans leurs idées très-restreintes et dans leurs dures habitudes, un plus grand fonds de la religion et de la morale primitives. Pour devenir le peuple nouveau et fonder la nouvelle société, il ne leur manquait que la lumière de la foi et de la science et une puissance qui les dirigeât. Or ces deux choses les attendaient dans Tempire, gouverné par rÉglise et par des prmces chrétiens; et comme les Chrétiens relâchés, ainsi que les païens obstinés dans leurs vices et leurs superstitions, méritaient d'être châtiés, les Barbares ne devaient entrer en possession de ces deux sources de la civilisation que par la guerre et la conquête.
^ Ces peuples semblaient le pressentir. Dès que le Christianisme apparaît dans le monde romain. Us commencent à s'agiter au fond de leurs forêts, et viennent camper sur toutes les frontières de l'empire. Maintenus au deuxième siècle, ils profitent des troubles qui déchiraient la monarchie au siècle suivant, et s'élancent de toutes parts jusqu'au cœur de l'Italie. Mais ils furent encore repoussés, puis contenus durant le quatrième siècle par les premiers empereurs chrétiens. Durant cet intervalle, les Barbares écoutaient leurs captifs, et un grand nombre devenaient chrétiens. Cette heureuse révolution s'opéra d'abord dans
1. L'histoire des Barbares, de leurs iiiTasioiM et de leurs premiers établisseroeots dans l'em[ 're romain renferme les origines de tous les États de l'Europe moderne. Elle intéresse donc virement non-seulement l'histoire civile et politique des peuples, mais encore rhistoire de l'Eglise, qui n'a cessé d'intervenir au premier rang dans tous ces grands événements. Tous les grands géographes, et surtout Pinkerton, dans ses savantes Recherches sur l'origine et les divers établissements des Scythe* ou GothSy ont reproduit les monuments de cette histoire des Barbares. Voir, parmi les anciens, Procope, Hist, de la guerre contre les Kandatea,... contre les Goths, dans la Collection byzantine. J. G. Stritterus a recueilli et résumé tout ce que cette grande collection renferme de monuments sur les Barbares, soui le titre de Memorix populorum, etc., 2 irol. in-4 ; — Jomandès ou Jordanus, Historia Gothorum;^ Orose, Historiar., lib. VU; — Salvien, de Gubematione Det; — TUlem., Emp,, t. V et VI,
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la grande nation des Goths, qui dominait toutes les autres tribus, et couvrait sous différents noms les régions septentrionales de l'Europe, entre le Pont-Euxin et la mer Baltique. Les Huns, peuple innombrable chassé du nord de la Chine, se jetèrent à leur tour sur les Goths/ Geux-ci se soutiiirent en partie; les autres, les Yisigoths^ demandé^ rent des terres aux Romains (376). Mal. satisfaits, ils se révoltèrent et furent de nouveau subjugués par Théodose. Ce grand prince les attacha à l'empire par sa bonté et sa justice ; ils le servirent fidèlement contre les tyrans Maxime et Eugène, et apprirent dans ses armées à subjuguer à leur tour les Romains.
S. Cette révolution politique commeûça sous les fils de Théodose, dans les premières années du cinquième siècle. Saint Innocent avait succédé au pape saint Anastase (402) \ et la même année Arcadius déclarait auguste son fils Théodose encore au berceau. La corruption des deux cours gagnait tous les ordres*, tandis que les Barbares, par leur contact avec la civilisation, et surtout par la conversion d'un grand nombre au Christianisme, perdaient beaucoup de leur férocité, tout en conservant leur vertu et leur courage. C'était là le moment suprême et comme le signal de l'occupation de Tempire. Après la mort.de Théodose, le célèbre Alaric, chef des Visigoths dans l'IUyrie, à la solde des Romains, fut bientôt fatigué de Son repos. Ayatit reçu de ses soldats, mécontents comme lui, le titre de roi, il les conduisit en Italie (403). Celte première expédition échoua plus encore par là mauvaise foi de Stilicon que par sa valeur. Radagaise, autre chef des Barbares^ mai^ païen et cruel^ se jeta lui-même sur l'Italie, où il fut défait et tué
1 . Yiti^fÀhis GoUit oftcidentàtii \ Oêtfù^thSi Goths orientaux* S. Sur le pape feaint Anastase, voir Mansij t. HI^ eol. 999 1 >^ TiUëni. ^ t. XII, p. 256.
3. Yoyes ce tableau^ peut-être uh peu chargé, dé la eorrupUon de l'empire dans Le Beau, Fist. dn Boe^Empiré^ livé XXVI, § I èl suit. Voir èuebre Salflen, de Gubematione Deij lib. IV, que le 2èle pousse aussi à l'exagéra tiOft.
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(406). Cependant une force secrète poussait Alaric contre Rome. Il rentra donc en Italie (408), assiégea, à trois reprises différentes, la ville éternelle, créa un fantôme d'empereur nommé Altale, le dépouilla ensuite de la pourpre et se rendit enfin maître de Rome, qu'il livra au pillage (410). Alaric et ses Goths dpnnèrent, en cette circonstance, \im preuve d'autant plus grande de leur foi et de leur humanité, qu'ils étaient plus justement irrités. Les églises, et surtout celle de Saint-Pierre et de Saint-Paul, devinrent des asiles sacrés, et les vases précieux de cette basilique des saints apôtres, trouvés dans une maison particulière, y furent transportés processionnellement au milieu des. chants sacrés et sous l'escorte des Barbares. Après cette expédition, Alaric alla mourir dans un coin de la Calabi^ (410), et laissa à son beau-frère Ataulfe, avec sa couronne, le soin de conclure la paix.
Durant ces expéditions d' Alaric en Italie, les Vandales, les Suèves et les Alains, sortis de la Germanie, se jetèrent sur les Gaules (407), puis sur l'Espagne (409), qu'ils ravagèrent cruellement. Ils se la partagèrent ensuite et la gouvernèrent en paix. Les Bourguignons, qui les avaient suivis dans les Gaules, s'y établirent plus pacifiquement (413). Les Francs passèrent également le Rhin vers le même temps et se maintinrent dans quelques provinces. Ce fut dans ces circonstances qu' Ataulfe se rendit lui-même dans les Gaules, d'où il passa en Espagne, qu'il reconquit en partie sur les premiers Barbares. Vallia, son successeur, fit enfin la paix avec les Romains, rendit Placidie, veuve d'Ataulfe, à Honorius son frère, et les Visigoths occupèrent paisiblement les provinces qui s'étendent de Toulouse à Barcelone (416). — De tous les Barbares dont nous venons de parler, l'histoire ne signale eomme païens que les Goths de Radagaise et les Francs; les autres, ou du moins la très-grande partie, étaient chrétiens, mais malheureusement engagés dans les erreurs de l'Arianisme (LY, 2).
I^es païens prirent occasion des malheurs publics pour
se plaindre, prétendant qu'ils étaient une punition du mép'is que Ton faisait des dieux et de leurs sacrifices. Orose, dans son Histoire, qu'il adressa à saint Augustin, et saint Augustin lui-même, dans son grand ouvrage de la Cité. de Dieu, qu'il entreprit dans ce but, combattirent ce préjugé grossier et prouvèrent que ces calamités n'étaient que le juste châtiment des péchés et de la corruption des hommes. — Le pillage de Rome et de l'Italie ' ruina un grand nombre d'illustres familles qui cherchèrent un asile au delà des mers, en Afrique, et surtout en Palestine, dans les saints lieux, où saint Jérôme fut leur providence.
Au milieu de tant de ruines, l'Église, toujours inébranlable, poursuivait sans se ralentir l'accomplissement de sa grande mission sur la terre. Ses évêques consolaient et secouraient les malheureux; ils adoucissaient les Barbares, et fléchirent plus d'une fois leur courroux. Ils ne veillaient pas avec moins de soin au maintien de la discipline et à la répression des erreurs.
3. En Afrique, les Donatistes se livraient à de nouvelles violences contre les Catholiques. Ils se virent enfin forcés d'accepter une conférence publique dont toutes les conditions furent réglées par le tribun Marcellin (414). Les évêques catholiques donnèrent alors une preuve éclatante de leur humilité et de leur charité en déclarant unanimement qu'ils étaient prêts à renoncer à leurs sièges, si le bien de la paix le demandait, La conférence dura trois jours; on en dressa des actes authentiques, que les Donatistes, confondus sur tous les points, furent obligés de sign/^r eux-mêmes. Ces actes, répandus en Afrique, rappelèi-ent un grand nombre d'esprits à l'unité; les Circoncellions s'adoucirent, et les ordonnances qui survinrent contre les plus obstinés achevèrent la ruine de la secte séditieuse, à laquelle, d'autre part, saint Augustin avait porté les coups les plus mortels par ses écrits et ses discussions publiques. Les derniers restes des Donatistes ne