APPIARIUS. MORT DE SAINT JEROME
2. Cependant saint Jérôme termina sa longue et féconde carrière : il mourut (420) à Bethléem, dans un âge Ursavancé, avec la réputation méritée du plus savant des Pores et du plus ardent défenseur de la doctrine catholique. Son caractère bilieux le portait à Taigreur et à l'exagération; mais il rachetait ses défauts par l'étendue de son zèle, et on peut dire qu'il les sanctifiait en quelque sorte par la droiture de ses intentions. Saint Jérôme xîombattit les hérésies de son temps, écrivit les Vies de plusieurs saints solitaires et un grand nombre de Lettres que le style et le fond recommandent également. Mais ce grand homme s'est immortalisé surtout par ses travaux sur les saintes Écritures: ce fut là sa mission providentielle, et on peut dire qu'elle a été l'occupation de toute sa vie^
Le pape saint Boniface mourut lui-même en l'année 422, après avoir obtenu d'Honorius une loi contre toute tentative de schisme à l'avenir*. Aussi l'élection de saint Célestin, son successeur, ne fut troublée en aucune manière. La mort de l'empereur Honorius suivit de près (423); et comme il ne laissait point d'enfants, Jean, son premier secrétaire, osa prendre la pourpre en Occident. Théodose le Jeune en triompha par ses généraux, et mit sur le trône d'Honorius le fils de Placidie, sa tante, Valentinien III (425). Les deux empereurs se montrèrent également zélés pour l'Église, par les nouvelles lois qu'ils publièrent pour assurer de plus en plus son triomphe sur le Paganisme et sur toutes les sectes hérétiques. Celle des Pélagieus, chassée de toute l'Italie, essaya toutefois de renaître dans les Gaules, sous des formes très-adoucies.
en généMl toM te» atfteurs «iléf plUft haut (L, 3), Mr le dfoit d'appel^ dam tue note à laquelle celle-ci fait suite.
1. La meilleare édition de saint Jérôme est celle de Yallarsi, qui l'emporte sur celle de D. Hartianay, déjà excellente. M. Migne a reproduit Vallarsi, atee les notes des Bénédictins, dans sa Pair, lai., t. XXII et suiv.
2. Sur le pape saint Boniface, voir Tillem., t. XII, p. 385.—- Hanii, t«IT| col. 38 j— Pair, lat,, édit. Migne, t. XX» col. 745.
3. * La polémique engagée contre les Pélagiens, en même temps qu'elle était nouvelle dans l'Église, remuait toutes les questioui? Fi ardues dont le nœud se trouve dans Taceord mystérir^ux de la grâce et de la liberté. Il était donc moralement impossible que les défenseurs de la grâce ne tombassent pas dans quelques erreurs secondaires, ou ne parussent y tomber par des expressions inexactes et exagérées. C'est la loi générale h laquelle nous avons vu et nous verrons encore soumis tous les docteurs chargés providentiellement de défendre un dogme catholique contre ses premiers agresseurs, et la puissance du génie de saint Augustin ne put l'y soustraire. En défendant les droits sacrés de la grâce, le zèle l'entraîna naturellement à les exagérer en quelque sorte, et h diminuer d'-autant ceux de la liberté humaine. Le grand mystère de la prédestination, qui se liait à celui de la grâce, avait ses difficultés particulières que le saint docteur ne put résoudre qu'en paraissant blesser de nouveau les droits du libre arbitfe et la bonté, la justice même de Dieu. Il était à craindre dès lors que des esprits entendant trop à la lettre les expressions de saint Augustin, et prenant mal sa doctrine, ne se jetassent, les uns dans des erreurs réelles, destructives du libre arbitre, et les autres dans des sentiments contraires au dogme de la grâce; et ce fut ce qui arriva. Dans le monastère d'Adru mette, presque sous les yeux de saint Augustin, les moines, divisés sur sa doctrine, donnèrent en effet dans l'un et l'autre excès, et furent heureusement rappelés à la vraie doctrine et rétablis dans la paix par le saint lui-même. Il écrivit également au prêtre Vital de Carthage, qui affaiblissait l'action de la grâce ; mais ce fut dans les Gaules que ce double abus des livres de saint Augustin eut des suites et du retentissement.
I. Sur les SemiPélagiens, ▼oir les auteurs indiqués plus haut (LXIÎ, 3) sur les Pélagiens, et de plus Iréaée de Vérone (Scipion Maffei), de Heresi femi-pelagiam ; — Cabassut, sœc. 6», dissert. d« Prxdestin., etc., et les écrits de saint Prosper, surtout sa lettre à saint Augustin, ainsi que celle d'Hilaire.
LES SBMI-PÉLAOIENS. 517
4. Des hommes vénérables par leur science et leurs vertus crurent voir dans les livres de Tévêque d'Hippone qu'en défendant la grâce contre les Pélagiens, dont ils détestaient eux-mêmes l'hérésie, il détruisait la liberté humaine et tout moyen d'encourager à la vertu. Ils prétendaient donc, tout en admettant le péché originel et la nécessité de la grâce, que du moins cette grâce nous était donnée en vue de nos mérites passés ou futurs, ou même de nos mérites futurs conditionnels, comme dans les enfants morts après le baptême. Dieu, disaient-ils, leur accorde cette grâce en vue des mérites qu'ils eussent acquis s'ils avaient vécu. C'était aussi en conséquence des mérites prévus que Dieu portait son décret de prédestination nonseulement à la gloire, mais encore à la grâce. Ainsi, dans ce système semi-pélagien, on niait surtout la gratuité de la grâce, et en prétendant qu'elle n'était point nécesftiire, du moins pour le commencement de la foi, on remettait, en effet, le salut de l'homme bien plus en son pouvoir qu'en celui de Dieu et de la grâce du Rédempteur.
Les défenseurs les plus remarquables du Semi-Pélagianisme furent : !• JeanCassien^ élevé dans un monastère de Bethléem. Il visita les solitaires de l'Orient, et vint ensuite établir plusieurs monastères d'hommes et de femmes à Marseille, où il composa ses Institutions des Cénobites et ses Conférences^ qui l'ont rendu justement célèbre; V Fauste, abbé de Lérins*, puis évêque de Ries; 3*» un prêtre, nommé Vincent*, que plusieurs ont confondu avec le célèbre Vincent de Lérins; 4® Gennade*, prêtre de Marseille, dont nous avons un livre des Hommes illustres.
1. Sur CaMîen, Toir Tillein., t. XIV, p. 157, et la notice de Godeseard après la Yiê de taint Victor, 21 juillet.
1. Sur Fauste de Ries, voir TiHem., t. XVI, p. 408 ; — D. Cellier, t. XV, et la Dotiee de Godeseard, Vie de iaint MaxifM, 27 noTembre.
S. Sur ee Vincent, Toyes Koël Alex., aoec. 5*, cap. m, art. 7.
4. Sur Gennade, voir Noël Alex'., ibid.; — Longueval, t. IV. la meilleure édition est celle de M. Migne, t. LVIII, Patr. UU»
Tout ce mouvement, qui avait son centre k Marseille, fut dénoncé à saint Augustin par deux laïques, Prosper^ et Hilaire, qui prirent hautement la défense de sa doctrine calomniée. Ce fut là le premier éclat du Semi-Pélagianisme, vers l'an 426. Saint Augustin répondit à ses nouveaux adversaires par deux nouveaux écrits, l'un^ur la Prédestination des saints^ et l'autre sur le Don de persévérance. Ils n'apaisèrent pas les esprits ; et comme les évéques des Gaules ne paraissaient pas s'inquiéter des erreurs soutenues par les Marseillais, Prosper et Hilaire allèrent à Rome rendre compte au pape de l'état des choses (431). Saint Celestin écrivit en conséquence aux évéques gaulois une lettre dans laquelle il leur reproche leur inaction ; il y fait réloge de saint Augustin, et rappelle l'estime et rameur que ses prédécesseurs avaient eus pour lui ^.
6. Lorsque l'illustre évêque d'Hippone fut honoré de ce témoignage du siège apostolique, il jouissait déjà de la récompense qu'il avait méritée depuis sa conversion par ses vertus privées et ses immenses travaux pour l'Église. Il était mort en l'année 430. Nous n'entreprendrons pas de louer ce grand homme. Nous dirons seulement que jamais homme n'a été plus loué et n'a mérité autant de Tètre. Tout était admirable en lui par la grandeur, tout était aimable par la bonté et la modestie. Il fut un type parfait du génie chrétien et l'un des plus beaux caractères qui aient honoré l'humanité. II composa un grand nombre d'écrits sur des matières philosophiques, des Traités dogmatiques qui forment^ avec ses ouvrages polémiques contre toutes les héré&ies de son siècle, le corps le
1. Sur saiot Prosper, voir Tillem., t. XVI; — D. Cellier, t. XIV j — Longueval^ Ut. lu et IV ; -— CabaMut, sfee, 5% «t les auteurs indiqués mr les semi- Pélagient.
2. Epist. CœWsU ad episoop. GalUœ, dans Alana, t. IV, col. 4&& ] — labbe,
t. Il, col. 1611. La lettre du pape Céiestio eat suivie d'articles coaire lesSemi*
Pélagiens, que les criUques atlribuent aujourd'hw eonmiunéBoenl à s»ni Froiper
el Hilaire, d'après U P, Sirmond. Voy. Labbe, Mansi et Caraasa, 1. 1- p, 415, édiJ. de D. Schram. » « r »