‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 311 sur 329 · RÉSUMÉ DU CINQUIÈME SIECLE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DU CINQUIÈME SIECLE

son nom le grand concile d*Éphèse (431). Les nouvelles erreurs et celles des Pélagiens y furent condamnées solennellement; mais Nestorius, soutenu par là cour et ses amis, résista longtemps au concile, et finit par être relégué Mans rOasis, où il mourut misérablement. Jean d'Ânjtioche et les Orientaux, qui avaient défendu avec lui la personne de Nestorius sans adhérer à ses erreurs, finirent par s'entendre avec saint Cyrille, et se réunirent.

2. Ce grand trouble s'apaisait h peine, lorsque Eutychès en suscita un plus grave encore ; cet archimandrite, homme peu instruit, poussa le zèle contre Nestorius jus* qu'au fanatisme, et confondit les deux natures en Jésus- Christ. Condamné d'abord par saint Flavien de Constantinople, puis par le grand pape saint Léon, Eutychès eut assez de crédit pour obtenir un concile qui est demeuré dans l'histoire sous le nom de Brigandage cTÈphèse. Tout s'y fit en effet contre les règles et par la violence, sous la présidence de Dioscore d'Alexandrie, le chef réel de ce nouveau parti. Saint Léon condamna le conciliabule et ses actes; mais Théodose le Jeune, toujours dupe des intrigues de sa cour lorsqu'il échappait à l'heureuse influence de sa sœur, sainte Pulchérie, s'obstinait à soutenir ie faux concile. La mort de ce prince bon, mais faible, l'avènement de Marcien et de Pulchérie permirent enfin d'assembler le concile de Ghalcédoine, quatrième œcuménique. Eutychès et Dioscore furent condamnés et exilés. Les Pères firent plusieurs canons de discipline, dont le vingt-huitième attri« buait h l'évêque de Constantinople des privilèges que saint Léon refusa de reconnaître. L'empereur Léon, qui succéda à Marcien, soutint le concile de Ghalcédoine, calomnié et violemment attaqué à Jérusalem 6t à Alexandrie. Mais Zenon , Basilisque et Anastase tolérèrent ou favorisèrent plus ou moins ouvertement les ennemis du concile, et deux Monophysites leurs chefs, Timothée Élure et Pierre le Foulon. L'Hénotique de Zenon, édit d'union, ou plutôt de tolérance, de liberté et par conséquent de division, acheva.

66i LEÇON LXIX. ÉTAT DE L'EGLISE AU OINQUIÂME SlÈCLS.

avoc le schisme d'Acace de Constantinople, de séparer les églises d'Orient. Celles d'Occident ne prirent part à ces mouvements que pour condamner les novateurs. Le Pélagianisme, qui seul les avait trouvées accessibles, en était banni depuis longtemps; mais il avait laissé des traees dans le Semi-Pélagianisme, qui niait la nécessité de la grâce, au moins pour le commencement de la foi. Des hommes recommandables par leurs lumières et leurs vertus soutinrent de bonne foi cette erreur, qui se maintint, sans trop de bruit, dans la Gaule méridionale jusqu'au siècle suivant. Le Prédestinatianisme , né d'une première polémique engagée sur des points très-difflciles, ne fit alors qu'une courte apparition avec le prêtre Lucide, qui se rétracta. — ' Ces erreurs sur la grâce se répandirent dans l'Occident en même temps que les établissements monastiques s'y multiplièrent avec une ferveur qui rachetait jusqu'à un certain point la corruption publique. La persécution des Barbares ariens purifiait les masses*et y réveillait la foi. Assez modérée dans les Gaules et l'Espagne, nulle en Italie sous Odoacre et Tbéodorîe, cette persécution dura un siècle, et fut souvent cruelle en Afrique sous les Vandales, tandis que tes Chrétiens étaient immolés en Perse avec la plus grande barbarie.

3. Etat de f Eglise au cinquième sièeh. —Dès Forigine du Christianisme, nous avons pu remarquer deux caractères distincts dans les deux grandes i^égions qui constituaient l'empire : l'un grec, philosophique, spéculatif, rai' sonneur, remuant, brillant, passionné, enthousiaste; l'auti-e ?atin, dogmatique, pratique, grave, modéré, solide. Ces deux caractères, jusqu'à la fondation de Constantinople, ne se manifestent que dans les esprits, surtout par les mœurs, par les hérésies et les Pères qui les ont combattues. Depuis Constantin, le monde romain se trouva divisé en deux empires, qui formèrent, par le caractère propre des peuples que chacun renfermait, comme deux sociétés distinctes et trop souvent rivales et discordantes. L'histoire

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du quatrième siècle nous a déjà rendu très-sensibles et le caractère latin, génie de FOccident, et le caractère grec, génie de l'Orient romain. Les deux empires demeuraient toutefois unis : ils formaient encore, par l'identité des principes et des intérêts, l'unité romaine. Mais cette grande unité tombe avec l'empire d'Occident devant les Barbares du cinquième siècle. Il n'en restera plus que des souvenirs, une ombre; seulement le lien chrétien demeurera, par la papauté, l'autorité centrale de l'Église catholique. Ainsi l*empire d'Orient, abandonné à lui-môme dans l'ordre politique, et plus indépendant de fait dans Tordre ecclésiastique, pourra désormais marcher plus librement dans la voie des subtilités religieuses et de l'oppression de l'Église. L'empire d'Occident, au contraire, disparaît et fait place aux Barbares. Ces peuples nouveaux laissent d'autant plus de liberté à l'autorité ecclésiastique, qu'ils lui demeurent étrangers comme Ariens. Plus libres donc que jamais dans leur action lorsqu'ils ne sont pas persécutés, le pape et les évêques, tout en veillant sur la doctrine, pourront à loisir s'occuper des Barbares, les adoucir et les préparera la civilisation. Ainsi, sur les ruines de l'empire, l'Occident voit creuser les fondements et poser la première pierre d'un nouvel édifice social, tandis que l'Orient n'offre plus, dans sa décadence morale, qu'une société dégénérée, connue sous le nom de BùsEmpire, — Tel se présente l'état des choses au commencement du cinquième siècle. L'Église, qui en subit les conséquences dans ses destinées ici-bas, s'offre désormais sous deux aspects bien divers, selon que nous la suivrons dans FOccident ou dans l'Orient. Delà, pour nous et pour nos lecteurs, la nécessité de donner une attention particulière et distincte à l'Église oceidentah et à l'Église ùHeniale, pour arriver à l'état général de l'Église essentiellement une et universelle, toujours entière dans son centre vivant, qui est la chaire de Pierre.

4. Eglise grecque ou orientale, — Après avoir épuisé, au quatrième siècle, toutes les formes de l'erreur arienne sur

la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, les Orientaux descendirent, avec leurs subtilités grecques, dans l'inlime du dogme de Flncarnation. Les Nestoriens et les Eutychiens le ruinaient également en attaquant, les uns T unité de la personne dans le Christ, et les autres la distinction des deux natures. La discussion vive et prolongée qui s'ensuivit sur ees deux points de notre foi y répandit la lumière de la science et fit faire un grand pas à la théologie catholique. Le langage chrétien sur l'Incarnation, langage simple et purement traditionnel jusqu'alors, devint dès lors une langue raisonnée, ou plutôt cette partie importante de la langue théologique qu'on appelle la communication des idiomes. Les conciles qui furent assemblés contre les novateurs, et les troubles toujours renaissants qui suivirent, mirent dans un nouveau jour l'autorité universelle du pape, l'usurpation de plus en plus flagrante du pouvoir civil dans les questions de foi et dans les affaires de la religion, enfin la tendance des Orientaux à s'éloigner de Rome, en se créant un nouveau centre dans Tévêque de la seconde Rome, et leur lâche adulation pour le pouvoir.

^.Eglise latine ou occidentale. — Une seule hérésie l'agita dans les premières années du cinquième siècle. Malgré son origine grecque, le P^agianisme touchait à l'action, à la pratique, et convenait sous ce rapport au génie de l'Occident. Il en fut toutefois repoussé assez promptement par l'esprit exact et positif des évêques, après avoir soulevé une discussion théologique et féconde, la première sur les questions ardues de la grâce et de la prédestination.

Cette polémique nécessaire eut son cours au milieu des premières invasions; mais dès que l'autorité pontificale eut fait justice des sectaires, les évêques; ces vrais pères des peuples, n'eurent plus d'autre soin que de fléchir et civiliser les Barbares, de consoler et secourir les villes et les provinces ravagées. Les papes apparaissent surtout dans • cette grande révolution : ils s'élèvent à mesure que l'em-

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pire s'abaisse, et demeurent enfin seuls sur le sol romain pour y recueillir les débris de Tanciei^ monde et les éléments d'un monde nouveau.

6. Ainsi prise dans son ensemble, FÉglise ne cesse de marcher au milieu des troubles religieux en Orient et des bouleversements de TOccident ; elle s'avance : 4** par le progrès théologique, en complétant sa théologie expositive (ou positive) ', surtout par saint Cyrille et saint Léon sur l'Incarnation, et par saint Augustin, qui en est la plus large expression ; 2* par le progrès social. Les premières lois de la • société nouvelle, données dans le quatrième siècle, furent recueillies au milieu du siècle suivant dans le Code Théodosien. Ainsi, lorsque les Barbares se jetèrent sur l'empire, une législation chrétienne les attendait : la plupart y étaient préparés par la foi; mais il fallait faire passer ces lois, ces nouvelles habitudes dans leurs mœurs^ et ce fut là un grand et long travail que l'Église commença au cinquième siècle.

C'était ainsi que Dieu tournait les hérésies grecques et les invasions barbares à ce double progrès de l'Eglise. Mais ce résultat était surtout sensible pour la papauté. En Orient, nous avons vu les évéques préparés au schisme : les uns, surtout ceux des grands sièges, par esprit d'erreur, ou d'ambition et d'indépendance; les autres par lâcheté et faiblesse ; et toutefois les papes y exercèrent, durant tout ce siècle, l'autorité supérieure la plus explicite, tant sur les évoques que sur les conciles eux-mêmes, sans qu'aucun de ces hommes intéressés osât les taxer d'usurpation. D'autre part, en Occident, les peuples, affligés et abandonnés, tournent leurs regards vers le pape et le proclament déjà tacitement comme leur dernier refuge et le restaurateur de la société en ruine.

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