PERSECUTION DE L'EMPEUEUR ANASTASE
jeûnes fréquents, l'abstinence de viande et de vin, le travail des mains entre les offices ef les lectures; et pour quelques-unes ce travail consistait à transcrire les livres saints. Saint Césaire, qui continuait dans l'épiscopat la vie monastique d'après les observances de Lérins, écrivit aussi pour les moines une règle presque semblable à celle des religieuses. Ces deux règles représentent le régime monastique tel à peu près qu'il se pratiquait à Marseille , où sainte Césarie s'était formée à la vie régulière, et à Lérins où saint Césaire avait vécu lui-même^. — L'élection du diacre Hormisdas efiTaça les dernières traces du schisme de Laurent. Ainsi l'Église romaine, et même tout l'Occident, excepté l'Afrique, se trouvait en paix après l'installation du nouveau pape. Il n'en était pas de même en Orient.
LEÇON LXXL
1 . L'état déplorable dans lequel nous avons vu, à la fin du cinquième siècle, l'Église d'Orient, ne fit que s'empirer dans les dix-huit premières années du sixième, c'est-à-dire jusqu'à la mort d'Anastase. Trompé par l'élection de Symmaque, dans l'espoir insensé que ce prince avait eu de faire recevoir l'Hénotique en Occident, il se déchaîna luimême contre le nouveau pape, et publia un libelle auquel Symmaque répondit avec autant de force que de dignité. Ne croyant avoir plus rien à ménager, Anastase se déclara plus ouvertement pour les Monophysites ou Acéphales et contre le concile de Chalcédoine. Il mit en œuvre les moyens les plus bas et les plus indignes pour chasser de
I . Voy. Holstenius, Collêet, reguîar, — D. Bnlteaa, Hi»t, de l'ordre de Saint' BenoUy \n. 11^ ch. xx, t. 1, p. 209 1 — Saccar., an. 5ft; — LongueT.,IiT. V, t. II, p. 157.
571 LBGON LXXI. saint H0RMISDA9. AN 618-533.
leurs sièges Macédonius de Gonstantinople» auquel il siibstitua le prêtre Timothée, et Flavien d'Antioche; ce dernier eut pour successeur intrus le moine Sévère, le chef le plus dangereux des Ëutychiens, qui furent souvent depuis appelés de son nom Sévériens, Un autre intrus» le Mani* chéen Xénalas, que Pierre le Foulon avait établi évêque d'Hiéraple, avait aussi un rôle principal dans toutes ces indignes scènes. Élie de Jérusalem fut le dernier chassé. Pour le siège d'Alexandrie> demeuré au pouvoir des hérétiques depuis Timothée Élure, l'empereur y i^encontrait peu de résistance; il n'y eut donc point d'éclat. Mais à mesure que les grands sièges succombaient, la violence s'étendait dans les provinces, et la persécution devenait générale.
2. Pour comprendre les troubles qu'une si odieuse tyrannie excita partout, il faut se représenter l'état des esprits. Les uns défendaient le concile de Ghalcédoine, la lettre de saint Léon, en un mot, tout le dogme catholique: c'était le parti des Orthodoxes, qui se subdivisaient en Schismatiques, séparés de la communion romaine par leur attachement h la mémoire d'Acace et de ses successeurs, et en Catholiqu^B, qui retenaient la communion romaine de cœur, et, en tout ce qui dépendait d'eux, à l'extérieur. Les autres, au contraire, anathématisaient le concile et la lettre, et n'admettaient qu'une seule nature en Jésus- Christ ; c'était le parti des vrais Monophysites ou Eutychiens. On les appela Acéphales dans Alexandrie, où ils se séparèrent même du patriarche schismatique. De là cette expression servit plus tard k caractériser généraleraeut ceux qui attaquaient le concile, tout en anathématisaiU Eutychès, alors môme qu'ils reconnaissaient un évêque de leur secte. On appelait Théopa$chit€8 ceux qui admettaient Taddition Qui crucifixus es, etc., de Pierre le Foulon au Trisagion. Enfin iJ y avait le parti intermédiaire, qui gardait volontiers le silence sur le concile et la doctrine, sa contentant de condamner Eutychès. Ce parti, caractérisé
h'IN DU SCHISME D*ACACË. ô:<)
par rHéiiotique qu'ils signaient, était celui des lâches et des faibles; il avait pour lui le plus grand nombre et faisait le moins de bruit, tandis que les Orthodoxes opposaient la sainte énergie de la foi aux fureurs fanatiques des Acéphales. Ces derniers, moins nombreux, mais violents et soutenus par Anastase, excitèrent de grands troubles à Antioche, et de plus grands encore à Gonstantinople. Anastase les y avait appelés; mais le peuple do la ville impériale, fidèle à ses pontifes orthodoxes, Euphémius, et après lui Macédonius, leur opposa une vive résistance. Il fit trembler plus d'une fois le lâche empereur, qui promettait tout pour l'apaiser et le lendemain oubliait tous ses serments. Lasses de ses parjures, les populations de plusieurs provinces mirent à leur tête Vitalion, et corn^rent deux fois Anastase dans Gonstantmople. Ce chef demandait surtout le rétablissement de Macédonius et de Flavien, et un grand concile qui satisfît à tous les griefs. Anastase promit tout et écrivit au pape en ce sens, Horniisdas envoya des légats à Constantinople, avec des instructions parfaites de convenance et d'adresse. Outre cette légation, il y eut encore plusieurs lettres pressantes et d# nouveaux légats de la part d'Hormisdas; mais tqut manqua par la perfidie de Tempereur. Dès qu'il se vit hors de péril, il se parjura de nouveau, et les Eutychiens, relevant la tôte, recommencèrent les violences et les meurtres, surtout en Syrie contre les moinits.
Dieu mit enfin lui-même un terme à tant de maux : Anastase mourut subitement (548), et le règne de Justin, son successeur, fut un règne de réparation. Le nouveau prince s'empressa de chasser les évêques intrus et de rappeler les orthodoxes. Il fallait surtout faire cesser le schisme. Justin écrivit à cet effet au pape Hormisdas, qui envoya des légats à Constantinople. La mémoire d'Aoaçe fut condamnée, son nom et ceux de ses successeurs, et les noms de Zenon et d'Anastase 6tés dos diptyques, le concile de Chalcédoine rétabli dans toute son autorité, enfin