‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 319 sur 329 · ÉTAT DE L'OCCIDENT · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'OCCIDENT

rendit la liberté aux Catholiques (523). Ce grand pape mourut cette même année, après avoir gouverné l'Église avec autant de bonheur que de sagesse et de gloire *.

LEÇON LXXIL

4 . Le pape Jean t, qui succéda à Hormisdas, fut grand lui-même par Théroïsme de sa mort. L'empereur Justin, voulant achever le triomphe de FÉglise catholique, avait prononcé la peine de mort contre les Manichéens, et ordonné par une autre loi de chasser les Ariens de leurs églises pour les rendre aux Catholiques. Cet édit mit en fureur Théodorîc. Le prince arien menaça des plus grandes rigueurs tous les Catholiques de ses États, si l'empereur ne rendait les églises aux Ariens et ne donnait à ceux qui avaient embrassé la foi catholique la liberté de l'abjurer. Il força le pape Jean d'aller à Constantinople pour intervenir auprès de Justin (523). Mais, avant de s'embarquer, Jean protesta généreusement qu'il ne remplirait pas une telle mission, au moins sur les deux points mentionnés. Lorsqu'il approcha de Constantinople, toute la population se porta au-devant de lui jusqu'à quatre lieues de la ville, avec des cierges et des croix. Justin voulut être couronné de nouveau par le pape, auquel on rendit tous les honneurs dus au chef de l'Église. Gomment le pape Jean s'acquitta-t-il en effet de sa difficile mission t Anastase répond que lui et les sénateurs qui raccompagnaient obtinrent tout par leurs larmes, et sauvèrent ainsi Vltalia. Mais les faits prouvent, au contraire, que Jean ne demanda nullement ce que Théodorîc avait le plus à cœur d'obtenir. Justin se

1. dur saiiit Ho(iiiisd«8. tôt», outre Labbe et Manu. 1« t. UCUl, Pçitr^ latin.^ éd. Migne.

contenta de laisser dès lors les Ariens en liberté et en paisible possession des églises qu'ils avaient encore; et c'était là sans doute tout ce que le pape avait demandé'. Celle conduite de Jean était .d'autant plus généreuse, qu'il ne •pouvait ignorer le sort qui l'attendait à son retour.

2. En effet, pendant l'absence du pape Jean, Théodoric, oubliant tout ce qu'il avait été jusqu'alors, s'était souillé de deux horribles attentats. Boëce et Symraaque, son beaupère et chef du sénat, étaient alors les plus illustres d'entre les Romains et les plus nobles enfants de l'Église catholique. Boëce avait de plus un génie supérieur, aussi profond en philosophie qu'exact et instruit dans les matières de la religion. Accusé de conspiration, on plutôt indignement calomnié, Boëce fut jeté dans une prison, où il composa son immortel livre de la Consolation, Il y fut torturé, puis mis à mort après un simulacre de procédure (525) *. Le vénérable Symmaque, mandé à son tour, eut lui-même la tête tranchée, sans l'ombre même d'une formalité. Outré de douleur en apprenant le meurtre de ses plus nobles amis, Jean hâta néanmoins son départ. A peine débarqué à Ravenne, il fut jeté dans un cachot, où on le laissa mourir d'épuisement et de besoin (526)*. Théodoric, poursuivi par l'ombre sanglante de Symmaque, si nous en croyons Procope, mourut lui-même trois mois après sa dernière victime*. — Athalaric, fils d'Amalasonte, fille 'de

i. Pour justifier sur cet article la mémoire du saint pape Jean, voy. Baronius, an. S25, n. 8 ; — Saccarelii, an 525, n. 2, t. ÎI, p. 167. — Ce serait l'objet d'une petite dissertatii».

2. Boëce, outre les litres de Consolatione philosophiœy écriTit encore sur U Trinité et rincamation avec autant de clarté que d'exactitude. Il publia plusieurs traités sur la philosophie, et traduisit quelques ouvrages d'Aristote, qu'il arait beaucoup étudié, et &?ec le secours duquel on peut dire que Boëce posa les fondements de la philosophie scolastique. On trouve la meiUeure édition des ouvrages de Boëce dans les t. LXm et LXIV, Patr, latin, de M. Migne.

3. Sur le pape saint Jean I, voir Labbe et Mansi, t. VUI, col. 599. ^

4. Sur Théodoric, voir Jomandès; — Stritteri, Gothieor. rw, cap. m; — Vie de Théodoric le Grcmdy par H. du Houre, et surtout les cinq premiers livres des Variœ, de Cassiodure, qui renferment toutes iM lettres et décrets de Théodoiic.

Page 1