Viia S. FulgenL, cap. xz, n
2. La meilleure édition de ses œuvres est celle de Luc Mangeant. -« Yoyez-Ie t. LXV, Pair, latin, de M. Migne.
3. Voy. Mabillon, Prxfat» in prim, saecuL Benedictinumj n. 24. ^
584 LEÇOK LXXII. BONIPACB II, ETC. AN 529-532.
encore adolescent, dans la solitude de Sublac, où il établit avec le temps douze monastères pour ses premiers disciples. Il se rendit de là au mont Cassin (529), et y fonda le célèbre monastère de ce nom, qui devint le berceau véritable et demeura le centre et comme la maison mère de tout son ordre. Ce fut là qu'il composa cette règle si sage dans ses prescriptions diverses et si belle dans son exprèssion ^, règle que les plus grands hommes ont louée^ et que saint Pierre Damien comparait à une vaste maison ouverte à toutes les conditions de Thumanité ^. Saint Benoît ouvrait, en effet, ses monastères à tous les âges et à tous les rangs, aux enfants comme aux vieillards, aux faibles comme aux forts, enfin aux hommes ayant les genres de vie les plus divers. En offrant ainsi aux vrais fidèles le moyen de pratiquer la ferveur des premiers siècles, il atteignait plus efficacement le but primitif de la vie religieuse. La règle de saint Benoît était de plus appropriée au climat et aux habitudes de l'Occident. Aussi elle se propagea rapidement. Saint Maur la porta dans les Gaules et saint Placide en Sicile ; elle devint enfin la seule règle monastique de l'Europe. Sans donner l'analyse proprement dite de cette règle de saint Benoît, qui est très-répandue, nous ferons remarquer que la prière et la récitation de l'office divin, l'abstinence perpétuelle, les jeûnes fréquents et les veilles, le travail manuel, les saintes lectures et l'étude, l'obéissance au supérieur (l'abbé, le père) élu par la communauté, la clôture et la solitude, les pénitences pour les fautes, que tous ces points, disons-nous, qui font le fond et comme la substance de cette règle, se retrouvaient déjà dans les règles monastiques antérieures, tant en Occident
i. Scripsit (Benedictus) monachorum Regulam discretione prscipuam, scrnione luculentam. -— D. Greg., Dialog,t lib. II, cap. zzxvi.
2. Sancla Régula quasi ampla quœdam capai et speciosa domas facta est, ad
omnia hominum geuera oapienda, pueros videUcet et senes, fortes et debil«s,
delicjosos et multîmoda morum iuœquaiitate diTeraos. ^~ D. Damian. , Opuscvhf 1 3, cap. m,
DENIS LE PETIT. âRE CHRÉTIENNE. G&S
qu'en Orient. Mais le mérite particulier de celle de saint Benoît fut de réunir tous ces articles et de les combiner avec cette mesure et cette sagesse qui lui ont mérité l'approbation universelle. — Sainte Scholastique, sœur de saint Benoît, et formée par cet illustre frère, fonda de son côté, près du mont Cassin, la première communauté des Bénédictines, qu'elle dirigea sous ses yeux. Le saint patriarche des moines d'Occident mourut vers Tan 543, moins d'un an après sa sœur^.
6. Cependant le pape saint Félix IV était mort dès l'an 529. Boniface II, son successeur, vit le diacre Dioscore lui disputer son élection. Mais l'antipape mourut dans le mois, et le schisme tomba avec lui. Boniface confirma le concile d'Orange et reçut l'appel d'Etienne, évêque de Larisse, que le patriarche de Constantinople avait déposé. Après un pontificat de deux ans, Boniface mourut et eut pour successeur Jean II (532) *. — Denis le Petit, moine originaire de la Scythie et prêtre du clergé romam, composa un Cycle pascal qui commençait à cette année 532, substituant ainsi à l'ère de Dioclétien l'ère chrétienne ou de l'Incarnation. Il fit aussi une collection des canons et des décrétales des papes, de Sirice à Anastase II. Ce père de la chronologie chrétienne mourut vers l'an 550'. Cassiodore, l'ami de Denis le Petit, a beaucoup loué sa science et sa vertu. — Mais il est temps d'aborder le règne mémorable de Justinien.
1. Sur saint Benoît et sa règle, Toir saint Grégoire le Grand, Dtal.,lib. II; — D. Habillon, Annales Bénéd.y t. I ; — D. Bultean, Abrégé de l'hist, de l'ordre de Saint-Benott; — D. Héliot, etc. — Le t. LXVI Pair, latin., de H. Migne, renferme la yie, la règle commentée et plusieurs pièces qui se rapportent à saint Benoît ou à sa règle.
2. Sur les papes saint Félix IV et Boniface II, Toir Labbe, t. lY, et Mansi, t. YIU; ~- Pair, laft»., t. LTIII, col. 890, pour saint Félix
3. Sur Denis le Petit, Toy. D. Cellier, t. XVI; — le P. Petau, de Doctrina Temfxyrumy et tous les grands chronologistes, sur son ère chrétienne; — Ballerini, 0pp. S. Leoniê, t. III, sur sa collect. des canons.
580 IiHÇON tXXlll. 9MAV lU AN 5di|*S85.
LEÇON LXXin.
1. Juâtinien commença à régner en Tannée 5â7. Ses premiers soins se portant sur la justice et les lois, il fit rédiger par Trébonien et d'autres jurisconsultes un corps de droit qui suffirait seul à immortaliser son nom. Il se composait de qnhlYe recueils différents, savoir: i® le Codca ou recueil de lois choisies parmi lea lois faites antérieurement depuis l'empereur Adrien. Il y en eut une seconde édition corrigée, qui parut dès Tan 534 et annula le premier code ; a<> le Digeste ou les Pandectes, recueil des meilleures décisions extraites des écrits des anciens jurisconsultes, publié en 533. C'est un chef-d'œuvi*e au-dessus de tous les éloges, dit de Ferriëres; il a aussi ses défauts; 3^. les Imtitutes, ou recueil de principes tirés, comme le Digeste, des écrits antérieurs, et présentés en forme d'éléments du droit pour les jeunes gens : les Institutes parurent dans Tannée 533; 4^ enfin les Nomlles^ ou recueil des lois de Justinien depuis la publication du Gode, dont elles sont le complément Elles furent publiées après sa mort. Tel fut le corps du droit romain qui constitua toute la législation de Tempire d'Orient, durant trois siècles, et s'altéra ensuite sous les empereurs grecs. En Occident, il fut adopté en quelques régions, se combina presque partout avec les lois barbares, et demeura enfin comme la haute législation des sociétés modernes^.
2. Tandis que ces nobles travaux s'exécutaient à Cotistantînople, Bélisaire combattait les Perses et commençait cette suite d'exploits militaires qui l'ont élevé au rang des plus grands capitaines dont parle l'histoire. Il reeonquit l'Afrique en quelques mois sur les Vandales (833); la Sicile lui coûta encore moins (535), et il s'ouvrit Tltalie par
t. Toy. VHiti, au Droit romain, par de Perrière».
rpSTIinlSN* BÉLtSÂlRE. L'ÂtfRlQÛB 4>âLlVftÉB. 587
la prise de Naples (536). Théodat avait succédé au jeune Athalaric, par le moyen de la reine Amalasonte, sa cousine, que cet ingrat fit mourir. Les Ostrogolhs le méprisèrent et lui substituèrent le brave Vitigès, qui assiégea vainement Bélisaire dans Rome. Assiégé h son tour dans Ravenne, Vitigès fut pris et envoyé à Gonslantinople (540), où déjà Gélimer, le roi des Vandales, avait orné le triomphe de son vainqueur. Théobalde et Alaric ne firent que passer, et les Ostrogoths conservèrent enfin Totila. Ce vaillant cajritaine reprit presque toute l'italie, d'où Bélisaire avait été rappelé pour la seconde fois (550). L'eunuque Narsès y entre à son tour et l'enlève de nouveau aux Ostrogoths. Il mit fin à leur monarchie, et fit régner la paix et l'abondance dans ces belles contrées, depuis si longtemps ensanglantées et ravagées (553-563).
3. Jusqu'ici Justinien se couvre de gloire. Il discerne les hommes supérieurs et sait les mettre en œuvre. Il créa un corps de droit civil par ses jurisconsultes, il fut conquérant par ses capitaines. Heureux s'il n'eût été théologien que par le pape et les évêques 1 mais, pour le malheur de sa gloire et de son règne, il voulut l'être par lui-môme. 11 faut le dire toutefois, Justinien était sincèrement zélé pour la religion et attaché à la foi orthodoxe. Il procura ou favorisa la conversion de quelques peuplades de Maures encore païens, en Afrique, et au nord celle des Hérules et des Abasges. Pour confondre les Sévériensy il ordonna une conférence de six évêques catholiques contre six acéphales, à Constantinople (532), laquelle eut pour résultat la conversion de la plupart des clercs et des moines présents, et de Philoxène, l'un des évêques acéphales*» L'année suivante, Justinien, dans un édit qu'il envoya partout comme sa profession de foi, condamna les hérésies
I. Yoy. Libbe, t. IT; **«Mu»i, t. vm, col. 8i7. «-^ Les adversaires de IW thcBtioité det livres de saint DeDÏs rAréûpagite prétendent que ce fat dans cette conférence que les Sévériens firent la première mentioil d6 MB livfet.
588 LEÇON LXZIII. S. AGAPET. AN 5»5. S. STLVERB. AN 535-538.
d'Eutychès et de Nestorius, Il l'envoya au pape Jean en lui dénonçant les Acéniètes. Ces moines, vivement prononcés contre les moines de Scythie, prétendirent que leur fameuse proposition, Un de la Trinité a souffert^ était hérétique, et nièrent que le Christ, qui avait souffert^ fût un de la Trinité, Le pape assembla son concile (534), approuva comme orthodoxe la proposition des Scythes, et condamna les moines acémètes. Cette sentence de Jean II, si contraire en apparence à celle d'Hormisdas contre les moines de Scythie, ne Tétait nullement en réalité. La proposition des Scythes, quoique orthodoxe en elle-même, avait néanmoins avec rhérésie des Monophysites une certaine analogie que les circonstances rendaient dangereuse au temps d'Hormisdas, et nulle au temps de Jean II ^.
4. Le pape Jean II mourut Tannée suivante (535). L'un des premiers actes de saint Agapet, son successeur, fut de féliciter les évêques d'Afrique, réunis en concile national à Carthage. Tandis qu'ils s'occupaient à remédier aux abus et à pourvoir aux besoins de leurs églises, Justinien leur faisait restituer tous les biens ecclésiastiques qui étaient devenus la proie des Vandales. Prenant lui-même souci de la discipline, il adressa plusieurs constitutions à Tévêque Épiphane sur divers points, et notamment sur le célibat ecclésiastique. Bélisaire menaçait alors TItalie. Théodat, roi des Ostrogoths, força à son tour le pape d'aller s'interposer à Constantinople auprès de Justinien. Cette démarche n'eut aucun résultat; mais Agapet profita de son
I • Sur la eondamnatton des Aoémètes, Toy. les XelfrM des papes Jean II e( Agapet, dans Labbe, t . IV, et Mansi, t. VIII ; — Noël Alex., saec. 60 ; -— SaccarelU, an 533 et 534 ; — Palma, t. II, part. 1, cap. n«
PROBtftKS.
Lt$ fmpêê HormUda» et Jean H ont-iU prononcé des jugement» contraOC' toires en matière de foi?
Pour l'affirmative t Forbet et quelques autres Protestants.
Pour la négative : Baronius, an 533 ; -^ le cardinal Norîs, Àpol, monachi icyth,; — Sandini, Fite SS. PP.; — Palma, ut supra. Les auteurs qui ont inSé ee point sont en petit nombre.
ViaiLE. 589
séjour dans la ville impériale pour démasquer Tévêque Anthyme, Eutychien caché, qu'il déposa et excommunia. Saint Agapet mourut après cet acte d'une générosité apostolique (535), et laissa le saint-siége à la merci des deux puissances qui se disputaient alors l'Italie. Théodat, le roi des Ostrogoths, fit élire forcément Sylvère. Mais l'impératrice Théodora, femme sans principes et dévouée au parti eutychien, exerçait sur Justinien un ascendant irrésistible. Ayant demandé inutilement au nouveau pape de rappeler révoque Anthyme et d'abroger les décrets de Chalcédoine, elle ne craignit pas de promettre le siège de Rome au diacre Vigile, alors apocrisiaire ou nonce du pape à Constantinople, s'il s'engageait à la satisfaire sur ces deux articles. L'ambitieux Vigile promit tout, et se rendit à Rome avec les lettres de Théodora pour Bélisaire. Le conquérant de l'Italie, vaincu par la crainte de l'impératrice ou par l'or de Vigile, se prêta à cette malheureuse intrigue; il exila à Patare, en Lycie, le pape Sylvère, sous prétexte de trahison en faveur des Goths, et fit élire à sa place le diacre Vigile. Rappelé par l'ordre de Justinien, et livré de nouveau par Bélisaire à Vigile, son rival, Sylvère fut conduit dans l'île de Palmaria, où il mourut martyr par la faim ou par le glaive (538)^.
5. Jamais le siège apostolique, le centre et la tête de l'Église catholique, ne se trouva dans une position aussi critique. Vigile, il est vrai, était devenu pape légitime par la mort de Sylvère et l'assentiment du clergé romain. Mais par quelle voie était-il arrivé à celte suprême dignité? et par quels terribles engagements ne se trouvait-il pas lié à l'égard d'une femme toute-puissante telle que Théodora I Quel homme et quelle tentation ! — L'événement a prouvé que Dieu ne l'avait permis ainsi que pour rendre visible
I. Yoy.tur les papet Jean II, A.g^apet et saint SyWère, Ciaconias, Vitse PP, i?., et le t. LXVl Pa<r. latin, de 1I> Higne, ainsi que le t. CZXYUI, 8* d'Anast. le BibUoth., éd. Vafior, de Blanefaini.
KM> leçon LXXIII. VlOîtft. AN 538-540.
auK yeux mêmes des plus incrédules Teffel des promesses divines faites à saint Pieire et à ses successeurs. En effet, Vigile, une fois pape légitime, devint un homme nouveau, le défenseur intrépide de la foi et de la justice. Sommé d'abord par Théodora d'accomplir ses promesses et de rétablir Tévêque Anlhyme : « Dieu m'en préserve, lui « répondit-il; lorsque je vous le promettais, je parlais en t insensé : Prius locutus sùm mak ei insipienter^. » Dans sa première lettre à Justinien, il se déclara hautement pour le concile de Chalcédoine, renouvela les anathèmes de ses prédécesseurs contre les principaux Eutychiens, sans omettre Anthyme, et apprit ainsi à l'impératrice ce qu'elle devait désormais attendre de lui. Aussi Théodora et son parti cherchèrent dès lors h nouer d'autres intrigues pour arriver à leur but, ainsi que nous le verrons bientôt. Pour le pape Vigile, il donna ses premiers soins ô la discipline, que tant de guerres et de révolutions troublaient sans cesse en Occident, et en écrivit à saint Gésaire d'Arles et à Profuturus de Brague. Les deux conciles d'Orléans (538 et 541) attestent aussi le zèle des évêques gaulois et leur liberté sous les trois rois cpii représentaient alors la monarchie française. En Italie, les papes étaient là pour remédier par eux-mêmes aux abus et aux désordres autant que les circonstances le permettaient.
6. Ces années remarquables auxquelles nous sommes arrivés présentent une phase sensible de là grande et souvent si douloureuse transformation qui s'opérait alors dans la société et les mœurs. Justinien abolit le consulat en le réservant exclusivement aux empereurs (842). C'était l'ancienne manière de compter les années et de dater les actes dans l'empire qui faisait place à l'ère cbré* tienne que Denis le Petit venait d'inaugurer dans l'histoire. — Les études littéraires et philosophiques essayaient de
«. Voy. Anastase, édit. deBIanchini, t. CXXV!!!,' i*ftl^ htm.. p.U.«.