‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 322 sur 329 · ÉTUDES LITTÉR. ET PHÎLOSOPH. TRAV. DB CASSIODORE · texte numérisé non relu

ÉTUDES LITTÉR. ET PHÎLOSOPH. TRAV. DB CASSIODORE

renaître chrétiennes dans le silence du cloître. Saint Benoît leur préparait de saints asiles, et plusieurs gi'ands hommes posèrent les premières bases de cette renaissance. Nous parlons de Glaudien Mamert dans les Gaules, de Fillustre Boëce en Italie, et surtout de Cassiodore, qui fit plus que d'écrire; il forma un établissement modèle auquel il consacra les dernières années de sa vie. Ce grand homme, qui fut questeur, préfet du prétoire, patricien, sénateur, consul, ministre et conseiller des rois barbares depuis Odoacre jusqu'à Vitigès, qui fut surtout Tâme du grand règne de Théodoric, l'appui de la bonne et infortunée reine Amalasonte, conçut le grand dessein d'établir dans l'Occident des écoles publiques de philosophie, ou de théologie chrétienne, h l'imitation de celles d'Orient.

Nous savons par Théodore le Lecteur^ qu'il existait à Édesse une école, dite l'école Perstque, qui devint un foyer de l'hérésie nestorienne, et que, pour cette raison, Zenon fut obligé de détruire. Elle fut rétablie quelques années plus tard à Nisibe, ville plus avancée encore vers les frontières de la Perse, où elle existait au temps de Cassiodore. Assémani parle des écoles de Séleucie, de Bérythe, de Constantinople et d'autres dans l'Orient^. Ces écoles étaient publiques et théologîques, ubi divîna texpermagistros publicos... regulartter traditut^. Mais elles se corrompirent durant le cinquième siècle, et devinrent des sources empoisonnées par le Monophysisme à Alexandrie, et par le Nestorianîsme en Syrie. En Occident, à Rome, à Athènes et sans doute en d'autres lieux, il existait des écoles publiques pour les sciences purement séculières, la jurisprudence, la médecine, les lettres, la philosophie; mais il n'y avait point de chaire pour les saintes lettres

i> Xheod. l^cU, libk a, p. 558 et ft66, édit. Valfli. S* Yoy. Assem., Biblioth. oriental., t. HI. 8. Voy* JuBiUai, IBpisL ad Primasiwn»

59î LEÇON LXXIII. VIGILE. AN 540-550.

OU la théologie. La doctrine chrétienne demeurait ainsi exclusivement entre les mains des évêques, qui l'enseignaient par eux-mêmes ou par des hommes de leur choix. La foi, il est vrai, conservait mieux de cette manière son caractère primitif de simplicité et d*amour; mais son développement scientifique était paralysé.

Ce fut donc pour la ranimer que Cassiodore songea à fonder des cours publics à Rome. Le pape saint Agapet, dont l'autorité d'ailleurs devait intervenir pour un tel établissement, partageait les vues de ce sage ministre, et le projet était assuré. Il échoua néanmoins au milieu des guerres dont l'Italie était le théâtre, et Cassiodore, âgé de soixante-dix ans, se retira dans sa chère solitude de Scylacium en Calabre (640). Il y fonda deux monastères, l'un de cénobites (Viviers) et l'autre d'anachorètes (Castel), et s'y voua lui-même à tous les exercices de la vie monastique, sous le régime de l'obéissance religieuse. Il y établit, en les combinant avec les travaux manuels, un ensemble admirable d'études qui faisaient de cette heureuse communauté une véritable académie; et enfin l'illustre sénateur, qui avait tout prévu, tout préparé, y mourut presque centenaire vers Tan 562, avec la consolation d'avoir pu réaliser au mo|ns en petit son grand dessein prinailif. Génie universel, Cassiodore écrivit sur les saintes Écrh tures et les sept arts libéraux ; il abrégea la Dialectique d'Aristote, renvoyant aux Traités complets que Boëce, son illustre ami, avait traduits; il fit traduire lui-même par Épiphane les histoires ecclésiastiques de Socrates, Sozomène et Théodoret, et en composa Y Histoire tripartite, qui eut tant de cours en Occident; il écrivit l'histoire des Goths en douze livres, qui ne subsistent plus que dans l'Abrégé de Jomandès; mais ses Variarumy ou recueil en douze livres des lettres et édits des rois goths et de ses propres lettres, et son Institution aux lettres divineSf où il décrit tout l'intérieur de sa vie et de ses monastères de Scylacium , sont les ouvrages de Cassiodore les

SECTES EUTYCHIENNES. 593

plus précieux et les plus curieux pour Thistoire de son temps ^ •*

Cependant de nouveaux troubles agitaient plus que jamais TÉgliSe d*Orient; nous voulons parler de la trop célèbre question des Trois Chapitres.

I . C'était en vain que le pape saint Agapet, et après lui Menu as et le concile de Constantin ople (535), avaient condamné Anthyme Sévère et les autres chefs du parti eutychien, et queJustinien les poursuivait lui-même de ses édits; la faction, soutenue par Timpératrice Théodora; se jouail de tout, jusque dans la ville impériale et à la cour du prince. Dans Alexandrie où les Monophysîtes régnaient sans obstacle, ils se divisèrent en différentes sectes. Nous avons vu les Acéphales, Ils eurent ensuite les Corrùpticoles, qui admettaient, avec Sévèf*i et les Catholiques, que le corps de Jésus-Christ avait éii corruptible, en ce sens qu'il éprouvait, comme les nôtres, les mêmes besoins de réparation, tels que la faim, la soif, etc.; et les Incorruptibles ou Phantasiasies, qui soutenaient le contraire, à la suite de Julien d'Halicarnasse, de crainte, disaient-ils, d'admettre deux natures. Tune corruptible et l'autre incorruptible; enfin, les Agnoîtes, qui prétendaient que Jésus-Christ avait ignoré le jour du jugement. Ces sectes se formèrent dans les premières années de Justinien. Plus tard, vers 538, Jean le Grammairien, dit Philopon, qui était Acéphale, s'avisa de soutenir trois natures en Dieu, confondant dès lors la substance avec la personne dans la Trinité. Cette singulière réminiscence de l'Arianisme entraînait à recon-

I. La meilleure édition de Cassiodore est celle de D. Garet, reproduite par M. Migne, t. LXIX et LXX Pair, latin.

tm LEÇON LXXtV. VIGILB. AN 550-555.

naître trois Dieux, ce qui fil donner le nom de Triihéites aux disciples de Philopon. Mais qui pourrait compter toutes les aberrations dans lesquelles le fanatisme et l'orgueil jetaient les esprits que la sainte autorité de l'Église ne dirigeait plus ?

Cependant deux, grandes dénominations surnageaient toujours au-dessus de ce chaos, savoir, le Nestorianisme, qui avait son siège en Syrie, et l'Eutychianisme, qui s'agitait partout. Les Nestoriens, comprimés après le concile d'Éphèse, se rejetèrent du côté de la Perse, et y firent de grands progrès, surtout aU moyen de l'école d'Édesse, et par leurs écrits. Ils établirent des évoques, une hiérarchie, une église enfin, dont le siège patriarcal fut fixé à Séleucie. Toute cette grande organisation, qui rendit la vie à la secte, fut l'ouvrage de Barsumaà, évêque de Nisibe, où 11 rétablit l'école interdite d'Édesse. Cette école devint alors le foyer le plus actif du Nestorianisme, qui se répandit de là dans tout l'Orient, jusque dans l'Inde et la Chine.— Dans les commencements, les Nestoriens s'efforcèrent de corrompre l'Arménie, qui fut préservée alors. Après le concile deChalcédoine, il se relevèrent dans Tempire, abusant de l'accueil qu'il avait fait à Théodoret, à Ibas et à la mémoire de Théodore de Mopsueste. Refoulés de nouveau sous le règne d'Anastase, ils reparurent avec une sorte d'éclat à sa mort, et à Cyrrhe ils promenèrent en triomphe l'image de Théodorct^ — Les Eutychiens, qu'on appelait Acéphales ou Sévériens, avaient eu aussi leurs bons et leurs mauvais jours.. Triomphants sotts Anâstase, poui^* suivis sous Justin, ils se voyaient, au temps où nous sommes arrivés, dans une situation mixte, accablés par les édits de Justinien, et en même temps puissants par l'appui de Théodora. Affaiblis parleurs divisions intestines,

1. Voy. Eut, du Nestorian,, par le P. Doucin, liv. III, p. i74, sous l'année 436; — Assémani, Bibîioth. orient,, t. lY; — Bcrgier, Dictionn., V* Neitori>n«; — Pluquet, V» Chaldéens] — Mosheim, Hist, EccUs,, 84BC» 6% p. ÎOOj - Renaudol et le P. Lebrun, pour les Liturgies,

ÉGLISE NESTORtEKNE. ORIGÈNÎSTES CONDAMNÉS. 595

ils retrouvaient au dehors une sorte d*unitè et une force réelle, en réduisant presque toute la controverse avec les orthodoxes à la question dû concile de Chalcédoine, qu'ils étaient unanimes h combattre, en anathématisant Eutychès. Ce fut précisément sur ce terrain du concile de Chalcédoine, et par la plus habile intrigue, qu'ils engagèrent la grande querelle des Trois Chapitres, qui agita TOrient et rOccidênt durant plusieurs années.

2. Cette querelle conmraença par les Origénistcs. Il n*est plus question ici de ces nobles disciples d'Orîgène que nous avons vus dévoués à sa personne, et non aux erreurs réelles ou apparentes répandues dans ses écrits. Les Origénistes du sixième siècle n*étaîent plus que des moines fanatiques et la plupart ignorants, parmi lesquels s'était perpétuée en Palestine une passion aveugle pour la doctrine ou plutôt pour les opinions du célèbre Alexandrin. Ils troublèrent par leurs fureurs les dernières années de rillustre saint Sabas, qui mourut en 532, et réussirent à ' faire monter sur deux sièges métropolitains deux des plus habiles d'entre eux, savoir : Déraétrius sur le siège d'Ancyre, et Théodore Ascidas sur celui* de Gésarée en Gappadoce. Ce dernier surtout gagna toute la confiance de Justinien, et mérita celle de Théodora en protégeant de tout son crédit le parti des Acéphales. Il ne put toutefois empêcher Pelage, apocrisiaire de Vigile, et le patriarche Mennas, pressés par les moines orthodoxes de Palestine, de tourner Tempereur contre les Origénistes. Justinien ne pouvait manquer une si belle occasion : il donna donc contre Origène et les Origénistes un édit raisonné en théologien (343), auquel tous les patriarches et le pape Vigile lui-même souscrivirent.

3. L'archevêque de Césarée, vivement blessé de ce coup, ne tarda pas à s*en venger. Profitant à son tour de la passion théologique du prince, il lui fit entendre que la réunion des Acéphales ne souffrirait aucune difficulté, si Ton condamnait Théodore de Mopsueste et ses ouvrages,

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