‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 38 sur 329 · ETAT DES JUIFS · texte numérisé non relu

ETAT DES JUIFS

constante et non interrompue; aussi jamais la tradition romaine n'a failli sur cet article, et c'est tout ce qui nous importe encore aujourd'hui de voir assuré. Ainsi ne soyons point étonnés, et encore moins scandalisés, des divergences qui se remarquent entre les Pères et dans les anciens catalogues des papes touchant ces points secondaires. Le seul inconvénient qui en résulte ne tombe que sur l'historien, souvent embarrassé pour se décider entre les divers systèmes chronologiques qui se présentent à lui, et parmi lesquels il est forcé de choisir*.

. i . Saint Lin venait de succéder à saint Pierre, lorsque la guerre des Juifs et la ruine de Jérusalem arrivèrent. Déjà, avant de mourir, les deux grands apôtres avaient annoncé l'imminent accomplissement des prophéties de Jésus-Christ contre un peuple également malheureux et obstiné. Le massacre des Juifs dans Alexandrie (38) et en Syrie (39), et la guerre des Samaritains sous Cumanus (49), en furent les préludes sanglants. Bientôt Jérusalem et la Judée se remplirent de voleurs et d'assassins, d'imposteurs de tous genres (57) : ce ne fut plus dès lors que brigandages et séditions; tandis que d'autre part le souverain pontificat, jouet de là famille d'Hérode, et tout l'ordre lévitique, méprisé et livré lui-même à de cruelles divisions, semblaient piévenir et hâter leur dissolution prochaine.

l.'Ponr cette «iccession des premiers papes^ nous suivrons Scbelstrat, Antiq, ËecUtise, t. I, diss. H, 2^ édit. — Nous nous conformerons ensuite au Liber Pontificalis, sur lequel il faut Toîr les Origines de l'Eglise romaifUj par le savant ibbé de Solesmes, D. Gnéranger, t. I, le seul paru. — Sur la suncession des papes dans les premiers siècles, voir Schelstrat. — Noël Alex., sœc. 1o, diss. XIY. — TiUeœont^ t. U, note 11 sur saint Clément. --•- Baron., an. 69^ § 35. — Palma, 1. 1| c. Tin. -~ Et surtout Bianchini, dans son édition Variorum d'Anastase^ etc.

68f LEÇON li. SAi^iTT tlit. AN 66-70.

Les gô^vertietifs romaittis ajôiïlâient à ces tnatùx les plus criantes vexatlion^, ef lâssèi'e'ftt enfin la patience des Juifs. Dès ce matnent, les esprits ardents, et aiVeC eiiK tous les partisans de troubles, flétris on décorés des noms de sicâires et dé zélâfteurs, formèrent uû parti violent contre la domination étràrïgère. Dans leuf fanatisme, ils se proclânoiaîent le parti flatîonati, les défendeurs de la religion antique, et lei^ plus sages conseils ne pdtetit catfeaer une exaltation portée Jué^qu' au délire. «^ A ces présaiges d'une pette infaillible, le ciel en ajouta de Jrltrs éffrâVaLùtà encore : nous parlons des sinistres lamentations de Jésus, fils d'Ananus; des chariots de guerre qui se promenaient dans les airs; des voix mystérieuses qui se firent entendre dans le temple; mais tout demeura impuissafnt sur des furieux, et la guerre éclata (66). — Le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, qui ouvrit la campagne, poussa les séditieux jusque dans, le temple, et se retira a» momeni oti la victoire allait lui en ouvrir les portes. Cette retraite étonnante,- que Josèpbe n'explique Ini-métae qu'en disant que la jastice divine n'était pas satisfaite, ranima loisrte l'audace dei& zélateurs. Ik triomphèrent des Romains au dehors, et errtraînèreiit au dedans loais les partis à une guerre insensée. Ce fut là le signal pour les Chrétiens : ils ne doutèrent plus^qu^e le jour des vengeances ne fût arrivé, et ils se retirèrent à Pella.

â. La défaite de Cestius- ayant fait corïrprendre aux Romains la granité d?es affaires de là Judéé,« Vespasien fui chargé de la guerre (67). Ce nêuteàtt généra*! la poussa,mais avec prudence; déjà il était maître dé tonle la GaBlée, lorsque, après la fin tragit|ûe de Néron (68), 6t tes règnes passagers de Galba, Othon, Vitellius, il fut proclamé luimême empereur. Tite, son filsy qu'il laissa en Judée^ marcha rapidement sur Jérusalem*, où il surprît une foule innombrable de Juifs que la fêté de Pâques y avait rassemblés (70). Trois factions ayant pour chefs Jean de Giscale, Éléazare et Simon, se faisaient une guerre cruelle, unies seulement pour opprimer ïes citoyenâ et combattre aiï de-

tlUINE DE JÉRUSALEM. 59

hors. Ce n'était déjà que pillage, meurtres et violences de tous genres, lorsque les horreurs du siège vinrent fondre m cette ville désolée. La famine, puis la peste, se firent proraptemént sentir à une multitude sans provisions, et Jérusalem ne fdt bientôt plus qu'un vaste tombeau. Toutes Jes causes de désespoir se réunissant, les malheureux habitants ne poilvaient échapper â rimpitoyable tyrannie des zélateurs que pour trouver au camp des ftomains une mort barbare'. Cependant le siège avançait; plusieurs enceintes de la ville aivàietit été emportées, et lés galeries extérieures du tempte, que les machines n'avaient pu ébranler, furent livrées atfi flaïnmes. Le général romain voulait sauver à tout prix le coi^ps de cet édifice merveilleux, mais l'arrêt divin était porté : « 0n soldat, soulevé par ses camarades et poussé par uiï mouvement surnaturel, dit Josëphe, jeta dans rintérieur an tison embrasé qui alluma.un mcendie. » Tite accourut pour en arrêter les progrès, mais en vain : ses cris, ses ordres, ses menaces, ses gestes, furent également mécoïinus. Six milïe personnes entraînées par un imposteur inondèrent de îeur sang les parvis sacrés. Jamais le soleil n'éclaira une' scène plus affreuse que celle de la ruine de ce fameux tempïe si intimement lié avec les destinées de la nation juive. — Les tlomains forcèrent les sédi* tieux dans leûfs derniers retranchements, et ne laissèrent que trois tours debout au milieu de tant de ruines, pour attester aux âges futurs la grandeur de leur victoire. Onze cent mille Juifs, selon Josèphe, périrent pendant le siège, quatre-vingt-dix-sept milïe furent vendus comme esclaves; le butin se trouva immense : et toutefois, au rapport de Kilostraté, le vainqueur refusa les couronnes qu'on lui offrit après un si mémorable exploit. Il n'avait été, disait-il, que Pinstrument dé la vengeance divine*. 3. Ainsi TÉtat des Juifs s'éteignit dans leur sang. Après

i- Voir Josèphe, l'historien juif^ témoin oculaire 4e la> piewe de» jhiid». -^ lillemont, Uitknre des empereurs, 1. 1*

cette catastropha qui les renversait à jamais, ils cherchèrent la plupart un asile dans les lieux- où ils avaienlj des synagogues florissantes. Ils affluèrent surtout eaJ Egypte et en Perse. N'ayant plus d'état politique,- répanduS| et étrangers partout, ils ne reconnurent plus d'autre autorité que l'autorité morale que la science et Thabileté pouvaient donner à leurs prêtres et à leurs docteurs. Ils arrivèrent ainsi à reconnaître la prédominance de deux chefs qui semblaient se partager une certaine direction générale sur les Juifs, divisés dès lors en orientaux et occidentaux. Ce fut à ces dénominations locales ou géographiques que se réduisit désormais toute la nationalité des Juifs. Or, ces deux chefs étaient le patriarche d'Occident, résidant à Tibériade, et le prince de la captivité, dont le siège fut plus ordinairement à Babylone ou à Bagdad. Ni la puissance romaine ni celle des Perses ne prirent aucun ombrage de ces chefs sans pouvoir réel comme sans autorité, et toutefois nous les voyons disparaître, les patriarches, au cinquième siècle, et les princes de la captivité, au onzième. Du reste, les Juifs n'apparaissent plus, dans l'histoire, que comme des masses isolées, errantes, trop souvent entraînées par les imposteurs qui surent s'en emparer, et constamment livrées sans défense aux fables de leurs rabbins. Pour nous, nous n'aurons plus à en parler, que pour mentionner les massacres fréquents qu'on a faits de ces malheureux, soit à la suite de leurs révoltes, comme il arriva plusieurs fois dans les premiers siècles, soit par une suite de la haine aveugle des populations, comme dans les derniers temps du moyen âge^

4. Profondeur des desseins de Dieul Les Juifs, dépositaires des promesses divines et des livres saints qui les renferment donnent naissance au Messie, forment le pre-

1 . Sur les Juifs après la ruine de Jérusalem, voir Basnage, HisU des M' ^ fnàis Jiius'Chritt, arec les Dissertât, critiques de M. de Boissy, le t. II. Voye* Introd', sect. 3, n. 103.

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