NAZARÉENS, ÉBIONITES
mier noyau de son Église, et lui remettent, avec les livres sacrés, les prophéties et les figures, tout ce qui annonçait rt préparait cette nouvelle alliance, et en constituait les premières preuves et les droits. Cependant, entraîné par des vues toutes charnelles, le corps de la nation s*aveugle; et après avoir mis à mort son véritable Christ, après avoir consommé elle-même par son déicide Taccomplissement des prophéties, cette nation ferme les yeux à sa propre lumière ; elle s'obstine à retenir la loi mosaïque contre la parole même de Moïse, et, loin de passer dans le nouvel ordre de choses sorti de Tancien, elle déclare une guerre implacable à l'Église chrétienne. Alors les Romains arrivent, balayent le sol juif; le temple, les sacrifices, les fêtes, le sacerdoce légal, la distinction des tribus, tout disparaît, et la loi est abrogée par l'épée romaine. Il ne resta, avec ce qui était devenu chrétien, que ce qui devait rendre un témoignage éternel au Christianisme, c'est-à-dire la loi elle-même et les prophéties. Les Juifs, qui les avaient conservées jusqu'alors pour les Chrétiens, les conservèrent encore pour les défendre, par leur témoignage irrécusable, contre les attaques de tous les ennemis de l'Église. Ils en avaient été jusque-là les dépositaires; il ne parurent survivre à leur propre ruine que pour nous en assurer, sur toute la face de la terre, l'invincible possession.
5. Les sectes juives, Pharisiens, Esséniens, Sadducéens, etc. , survécurent à cette ruine de la patrie et des anciennes institutions. Elles s'occupèrent encore de quelques discussions stériles reléguées au sein des écoles, puis elles s'éteignirent. 'L'esprit judaïque se soutint davantage dans les Juifs demi-convertis, qui prétendirent, par un faux moyen terme, unir dans la foi et le culte les deux alliances et les deux lois. Us formèrent au sein du Christianisme la secte des judaïsants, qui se trouva divisée en plusieurs sectes particulières. Nous avons parlé des Cériuthiens, qui parurent très-probablement avant la guerre des Juifs. Les Nazaréens et les Ébionttes sortirent des Chrétiens réfugiés
AAIIC. I. ^
65f LEÇON IX. SÀII^T LÏN. SAINT CLEMENT. AN. 77-100.
à Pella. Ces deux secles, qùî avaient beatTco(i|y de rapport entre elles, ne reconnaissaient, de toiït le Notiveaa Testament, qoe rÉvangile tronqué de sairtt Matthiett, ei s'attachaient, comme à leur point spécial, aux observances légales, qtf elles prétendaient allier au. culte chrétien. Ébion niait la divinité de Jésus-Christ, prétendait qu'il était né coTïïîBtô les autres hommes, et qii'îl avait mérité, par sa vertu, d'être appelé le Christ et le Fils de Dieu. Les Ébionites, ses sectateurs, se plongèrent dans la polygamie et leèplus hoTïteuses débauches*.
ft. Les Chrétiens étaient denieurés complètement étrangei*s aux malheurs des Jurfè : otî ne les avait vus ni du côté des vaingueursi ni pairmf les vîClimies. Lorsque la gitérre fut terminée, ils revinrent habiter les ruinés de Jérusalem/ conduits par saint Siraféon, successeur de saint Jacques, dès l'an" 62, s«r lé siège de cef(e Ville infortunée. Cette Église âe trotr<ra dès !oi*^ pîûs norribreusé et pïus flotîssanteV beaucoup de Juifs ayant ouvert les yeux à la vue du tempfe renversé et de ràbrogâtion àan^lanté de la loi; les fidèles s'y trouvèrent aussi désormais à î'abfî de la {Persécution (îes Jfàifs ojyiniàtres.
A Rome, suint Lin iriôùrut après avoir gonverrté dou^^e ans l'ÉgKse. Il eài porté comme martyr dans tous les martyrologes et dans le càiK)M de la miesseV quoique les an- CieVis Pères n'en aient pas parlé et que l'oti' fte trouve pas de persécution sous Véspasiien. Nous remarquerons par la igiiite, avec Tillemon^t ëï. An-saldi', que, dans l'ancien usage de' règlise, on dôrinaitlè tSre de martyr à ceux qui avaient ifeouffert quelque tournveftt m une dure prison pour la foi, quoiqu'ils tf en fusseirf pas-nïorts; c'est ainsi que plusieurs Fénténdent de saift! Lift et de quelques^iii^ns de ses sucéèsseurs. D'autres le.prennent danfe le sensr strict, et ib fso
1. Sur les Naiaréens et les Ébtonîtes* vote tillem'., t Itj Noël Alex., saw. *% e. M. et Diss. XXYIII.
2. Voy. dans Tillemoht, t. I et II, le mot Martyre j à la table des nîalièreBi -* insaldî, Dits, dé Aartyriàut $Mé sangùtiiej a'di^ii'tsu's DodioeHùni,
J2CEITS I>S SAINT CLÉMENT. • 63
fonde^jt sur ce quie dès lors i} n'étaU pas besoin d'édit die perséisïition : la fureur des païeijs contre les Chrétiens sufiisai( ppur fairie des ii^artyrs dans les localités où elle éclatait, fjfi Jivre d^s P/Oïitjifes romains, Liber PontificaliB, attribue à saint Jjiri une ordonnance qui défend au^ fem^nes d'entrer dan^ TégUse sans être voilées.
Saint CLet succéda à saint Lin sur la chairis de saint pierre, L'histoire ne nous apprend ^im de son gouverneipent, ^\nm qu'il établit vingt-cinq prêtres, selon le lAbei' Pontificafù, pour pr/endr^ soin des fidèles répandus dans tes diyiers quartiers de Bouje. Il niourut sous Doniitien (89), e^ son nom, inséré au canon de la messe, ne permet pas die douter qu'il n'ait mérité la qualité de martyr au même titre que saint Lin. Le pape sîiint Clet eut pour successeur saint Cléipent, qui se rendit pjgs leélèbre.
1^. Ce qui nous fpappe d'abprd dans rhislûire,ou plutôt dans les traditions dont saint Clément est le héros, c'est le grand nombre de livres qu'il aurait écrits^ multos libros^ di( le Liber Pontificali^. Or, 4^ tPu§ QP^ livres, il ne PQUS reste de bien authentique qu'une lettre précieuse dont voici
I . Sur saint Clément, pap^i et sur ses écrits, voir les auteurs et le| ouvrages ei-dessous Indiqués, et que nous ayons cru deypir réunif ici, sur le premier PèfjS et auteur ecclésiastiaue dans l'ordre des temps. .Cette indication servira ép^alefnent ppur la plupart des aijtre^ Pères et auteurs quf 8u|vrpnt^ et fious y renverr^qs souvent.
Noie bibliographique poi^r l'histoire critiqufi des Père^ et des aiiiçur^
ecclésiastiques ;
Saint Hritme, Liber de Viris illustribus; catalogue qui s'arrête à l'an 392, et • éié continué jusqu'aux derniers temps. Dellarmin, de Scriptar» eccles., i y(A., auquel le P. L^be a ajouté deux vol. de supplément et d^ continuation. Ou trouve la plupart des catalogues anciens dai^ la l^ibliptheca ecclesiast. de J.-A. Fabricj, in-fol. -r- Voy. aussi Wiest, Institutiones patrohgix. — Les auteurs suivants sont plus étendus : le F. Halloi», Hlustrior, Ecchsise orientalis scriplo-
l'occasion. La sédition avait troublé l'Église de Corinthe^ jusque-là que des laïques firent déposer des prêtres irréprochables. Pour rétablir l'ordre parmi eux, les Corinthiens s'adressèrent à l'Église romaine, et saint Clément leur envoya cette lettre si digne d'admiration, comme s'exprime Eusèbe, et que les Pères des premiers siècles ont tant louée. On la lisait publiquement dans l'Église de Corinthe plus de soixante-dix ans après l'avoir reçue, et même encore au quatrième siècle, au rapport d'Eusèbe. Elle renferme une puissante exhortation à l'obéissance des inférieurs envers leurs supérieurs, au respect de l'ordre hiérarchique dans l'Église et à l'union entre tous. On y trouve des traces précieuses des dogmes et dé la morale évangélique, et notamment l'inspiration des livres saints, des sentences, et même des citations textuelles des Évangiles de saint Mathieu et de saint Luc, des Actes, des Épîtres des apôtres, surtout
mm Vitse, 2 vol. in-fol. qui ne vont que jusqu'au troisième siècle. L'ouvrage manque un peu de critique. — Ellies Dupin, Nouvelle Biblioth. des auteurs ecclésiast,y 58 vol. in-8". On connaît son mauvais esprit. — D. Cellier, Hist. générale des aut. sacrés et ecclésiastiq.y 23 vol. în-4*'. Savant, mais un peu jansé-
niste. — D. Lumper, autre bénédictin : Historia theologico-critica de vita
scriptis SS. Pairum aliorumq. scriptorum ecclesiast.^ 13 vol. in-8o, pour les trois premiers siècles seulement. Ouvrage savant, très-utile, mais diffus et trahissant quelquefois, dans l'auteur, un esprit entaché de joséphisme. Sur ces trois auteurs voyez noire Introduction, sect. m^ n. 98. — D. Nicolas le Noury, Apparatus ad Bihliothecam maximam velerum Patrum, etc., 2 vol. in-fol. Ce sont de savantes dissertations, pleines d'érudition et d'une sage critique. — Le P. Noël Alex., Historia eccles,, où l'on trouve une discussion solide, quoique resserrée, sur les écrits des Pères. Voyez notre Introduction, n. 74. — Bcrli, Dissert. hist. '•' TiWemont, Mémoires pour servir à VMst. ecclésiat., 16 vol. in-4o, pour les six premiers siècles {Introduction, ibid.). — Les Bollandistes, Acta aanctorum, pour tous les Pères et les auteurs qui sont au martyrologe, jusqu'au 1 5 9ctobre. Us renferment beaucoup de pièces originales et de détails {Introduct,, n. 99, p. 2 il). On trouve aussi dans Godescard quelques notes utiles et savantes. — J.-A. Mœhler, fa Palrologie ou Histoire littéraire des trois premiers siècles, traduite de l'allemand par M. J. Cohen. Très-bon ouvrage, plein de science, et animé d'un bon esprit. — Pour les éditions, nous indiquerons, pour les Pères apostoliques t celle de Cotelier, 2 vol. in-fol.
Pour ce qui regarde spécialement saint Clément et ses écrits, nous renvoyons aux premières pages des auteurs ci-dessus indiqués.