ORIGINES DE L'ÉGLISE GALLICANE
celles de TOrient et de FÉgypte • ; et Tertullien montre aux Juifs la religion chrétienne établie dans les Espagnes, dans les différentes nations des Gaules, dans les régions de la Grande-Bretagne, inaccessibles aux Romains ^ Voilà donc, dans la seconde moitié du deuxième siècle, des Églises constituées dans les Gaules, ayant une doctrine, un enseignement régulier, constaté, et de plus apostolique, tel, en un mot, qu'il le fallait pour être opposé aux nouveautés des hérétiques. Ces Églises avaient donc des évoques, la hiérarchie, tout ce qui constituait une Église. S'il n'y avait eu alors dans les Gaules que les sièges de Lyon et de quelques villes voisines, fondés par les disciples de saint Pothin ou de saint Irénée, savoir : ceux de Vienne, Valence et Besançon, saint Irénée n'eût pu invoquer le témoignage des Églises des Gaules, témoignage qui se réduisait en définitive à cehii de sa propre Église; et Tertullien eût pu moins encore parler des différents peuples des Gaules. D'ailleurs toutes les opinions sont d'accord sur ce point, que l'Évangile a été annoncé dans les provinces gauloises, dès la fin du premier siècle, par des disciples des apôtres. Or, à moins de dire que les habitants de ces régions, plus barbares que les Barbares même, que les Scythes, les Sarmates et autres peuples dont parle Tertullien, ont contraint les hoiames apostoliques de sortir de leurs contrées en secouant la poussière de leurs pieds; à moins de dire cela, il
I. Toici' les paroles dit «aint Irénée : a ... Ecclesîam per uniTersum orbem « luque ad fines terrœ fuisse semmatam, et ab apostolis, et a discipulis eorum
• accepisse eam fidem.Et neque bœ, qaœmGermaïua sunt fundatœ ecclesiae, aliter « eredant, aut aliter tradunt, neque hœ quse in Iberia sunt, neque hœ quae in t Cc^tis, neque bœ quœ in Oriente, neque b% quœ in >Ëgypto, etc. » Lib. IT, cap. I, C<mtra kseresea.
%. « Getulorum yarietates, dit Tertullien, et Maurorum multi fines, Hispania- « mm omnes termini, et Galliarum divers» naliones, et Britannorum inaccessa « Romanis loea, Christo yero subdita, et Sarmatorum, et Dacorum, et Scytbarum, « et abditamun multamm gentium ; et proTinciarum et insularum muUarum nobîs
• ignotarum que enumerare non possumus : in quibus omnibus locis Christi no- « men, qui jam venit, regnat« • Advera, Judaeoêy e. tu.
BLAKC. I.
faut admettre que ces apôtres, qui évangélisèrent nos pères, laissèrent parmi eux, s'ils n'y demeurèrent pas euxmêmes, quelques-uns de leurs propres disciples, avec le caractère épiscopal, c'est-à-dire qu'ils y fondèrent les premières Églises. Leurs commencements furent sans doute faibles et obscurs, elles grandirent peu à peu, paulatim augebantur, comme dit Mamachi; mais elles durent conserver soigneusement le souvenir du culte de leurs apôtres. C'est peut-être tout ce qui est resté, pour l'histoire, de ces origines i>
3. Pour ces raisons que nous lie faisons qu'effleurer, et pour d'autres encore que nous ne pouvons même indiquer, nous croyons devoir substituer aux trois propositions qui résument le système du P. Longueval, dans sa dissertation préliminaire, en tête de son histoire, d'ailleurs excellente, de rÉglise gallicane, les trois assertions suivantes, comme le résumé de notre propre opinion.
1» Dès le premier siècle, ou au plus tard dans les premières années du deuxième siècle, plusieurs Églises ont été fondées dans les Gaules par les apôtres ou par leurs dis-^ ciples envoyés de Rome.
2® Ces Églises étaient dès lors constituées comme toutes les Églises, ayant un évêque, la hiérarchie, un enseignement régulier qui entrait dans là chaîne de la tradition apostolique.
30 Au milieu des ombres qui enveloppent le berceau de ces premières Églises, et en écartant les fables populaires, il est très-probable, pour ne pas dire certain, que leurs fondateurs et premiers évoques furent précisément ceuK dont les traditions accréditées dans ces mêmes Églises nous ont conservé les noms*
D'après ces assertions, qui nous paraissent autant de principes et de règles pour la discussion de l'origine de nos premières Églises, il faut recourir aux traditions de chaque Eglise, à ses monuments, à son histoire particulière, les soumettre à une sage critique, et déterminer en consé*
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qufencë qufel fut son premier apôtre et l'époque de sa fondation. Les Églises dont la tradition constante et non interrompue, aussi loin qu'on petit la suivre danô l'antiquité, fera temoriter leur établissement à quelque disciple des apôtres, doivent être considérées comme remontant en effet à une origine apostolique.
C'est ainsi qiie nous admettons pour premier évêque d'Arles saint Trophiiaie, envoyé par saint Pieî^re; pour premier évêque de Narbonne, saiîit Paul, envoyé par les apôtres, sans rien prononcer sur la tradition populaire qui le tient pour le même que Sergius Paulus, converti par saint Paul; pour premier évêqiîe de Limoges, saint Martial, envoyé par saint Pierre, et réputé l'uii des soixante-dix disciples par une tradition moins assurée; pour premier évêque de Paris, saint Denys, envoyé par le pape saint Clément, sans décider ici si cet honmae apostolique est le niême que saint Denys l'Aréopaglte, comme le soutiennent plusieurs auteurs, d'après une aîicienne opinion que nou§ écartons en ce moment. — C'est encore ainsi que nous regarderons saint Pothin, envoyé par saint Polycarpe, ou plutôt pai* le Saint-Siège, avant le milieu du deuxième siècle, pour premier évêqiie de Lyoîi; saint Ferréol, diâciple de saint Irénée, pour premier évèqiiè de Besançon, et saint Félix> envoyé également j)àr le même saint Irénée, pour premier évêque de Valence; saint Gatien, pour premier évêque dé Tours, envoyé par le pape saint Fabien, ainsi que saint Austrémoine, fen Auvergne, d'après le témoignage de Grégoire de Tours, qui n'est pas contredits ur ces deux fondations; saint Saturnin, pour premier évêque de Toulouse, à une époque qui est moine déterminée.
4. Nous ne pouvons parcourir ainsi toutes les Gaules; mais il est hors de dôUte qtle, dès le momeiit que nous y admettons plusieurs Églises dans les temps apostoliques, il faut supposer que plusieurs autres furent fondées dans le deuxième siècle et avant le milieu du troisième , indépendamment du siège de Lyon , fondé et gouvemé au
deuxième par les disciples de saint Polycarpe. Ce sera donc par une suite toute naturelle que nous rapporterons aux temps apostoliques, ou peu après, la fondation des Églises de la Gaule, que les historiens qui suivent l'époque de Grégoire de Tours placent, pour être conséquents avec eux-mêmes, sous le pape saint Fabien; et cette manière de raisonner deviendra rigoureuse pour les Églises dont la tradition constante attribuera leur établissement à quel; ques disciples des hommes apostoliques, envoyés les premiers dans les Gaules. Ainsi nous ferons remonter à la fin de ce premier siècle, ou au commencement du second, la fondation des Églises d'Évreux par saint Taurin, de Senlis par saint Rieule, de Beauvais par saint Lucien, de Meaux et de Verdun par saint Sanctin, de Saintes par saint Eutrope; ce sont autant de disciples de saint Denys de Paris, et ce ne sont pas les seuls. ÛÉglise de Bourges fut fondée par saint Ursin, disciple de l'un des sept missionnaires envoyés de Rome. Un plus grand nombre d'Églises font remonter leur établissement à la même époque à peu près que celles de Paris, d'Arles, de Limoges et de Narbonne; et si leurs traditions ne reconnaissent pas leurs premiers évêques pour disciples de ces premiers apôtres de l'Église gallicane, elles attestent du moins qu'ils furent également envoyés de Rome par saint Pierre ou ses premiers successeurs. C'est ainsi que Reims honore saint Sixte, Sens saint Savinien, le Mans saint Julien; Chartres saint Aventin, disciple de saint Savimen; Périgueux saint Front, Lodève samt Flour, Albi saint Clair, Nantes un autre saint Clair, Cahors saint Génulle^
. Pour compléter la question de ces fondations apostoliques dans les Gaules, nous ajouterons saint Lazare, honoré à Marseille comme premier évèque de cette ville; de même que saint Maximin, revendiqué par la ville d'Aix; de même aussi que sainte Madeleine ejt sainte Marthe, que les