‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 49 sur 329 · I. Apol.jC, u · texte numérisé non relu

I. Apol.jC, u

ces traditions, ditEusèbeS pour en assurer la connaissance à la postérité. Il écrivit, en effet, aux Éphésiens, aux Magnésiens, aux Tralliens, aux Romains, aux Philadelphiens, aux Smyrniens, enfin à saint Polycarpe, ces sept admirables épitres qui sont un monument précieux de la charité brûlante du saint martyr et de la doctrine catholique au premier âge de TÉglise. Elles furent écrites en l'année 107, qui fut celle du martyre de saint Ignace, selon Topinion la plus probable, et que Ton peut dire démontrée d'après les derniers travaux de la critique. — A peitie débarqué sur le rivage du Tibre, et après avoir prié à genoux sur les sables du fleuve, avec les frères qui étaient venus le recevoir, ce vrai disciple des apôtres fut conduit à Tamphithéâtre où les jeux allaient finir, et incontinent dévoré par les bêtes, comme il Tavait désiré. Il ne resta de son corps que les os les plus considérables, qui furent recueillis soigneusement et renvoyés à son Église*.

Vers le même temps, saint Siméon, évêque de Jérusalem, parent du Sauveur, et le dernier de ceux qui l'avaient entendu, souffrit, à l'âge de cent vingt ans, une cruelle torture, et mourut sur la croix, pour le double crime d'être chrétien et de la race de David. Il est probable que le pape saint Ëvariste succomba aussi sous la mênie persécution, étant mort vers l'année 408, et tous les mar-

i. Euseb., lib. III, e. zxxyi.

S. Sur taiot Ignace et ses lettres, Toir Ussérios et Vossius, qui en ont fait là précieuse déconTerte, et tous les auteurs indiqués plus haut (IX, i).

PROBLiUK.

Les sept lettres de saint Ignace sont-elles authentiques ?

Vom \h négative : Laroque, Basnage, Oudin, Biondelle, Daitlé, etc., c*^-^' dire les Protestants, qui ont senti pins vivement Va force de ees lettres en faveur des dogmes catholiques.

Pour VaffimMtwe : llsstfrius, Yossius, qui les ont publiées ; Pearsou et autres doctes protestants. — TiUemonC, 1. 1, p. 62f. — Mamachi, Originwn, t. IT. — ' Noël Alexandre, saee. lo, dissert. XXIII, avec les notes de Roncaglia et Mansi. — D. Lumper, t. I, p. 256, et tous les Catholiques, ou plutôt tous les critiques aif Jourd'hui. — Voir le texte dans le Gotelier.

OSSENIENS. MILLBNÂIRBS. • 89

tyrologes le portent comme martyr. Il distribua dans Kome les titres , ou maisons d'assemblées, aux prêtres, ou plutôt il étendit les anciens, et établit sept (Nacres qui devaient accompagner Tévêque lorsqu'il prêcherait; c'était pour relever la majesté de son ministère, et en même temps pour rendre, au besoin, témoignage à sa doctrine. Saint Alexandre succéda à saint Évariste.

3. Après le martyre de saint Ignace, saint Polycarpe, évêque de Smyrne et son illustre ami, demeura le père et l'appui des Églises d'Asie. Disciple de Tapôlre saint Jean, il était comme un monument vivant de la tradition apostolique. Il rendit alors un beau témoignage à cette tradition dans la lettre qu'il écrivit auxPhilippiens, après le départ de saint Ignace, par la mention qu'il y fit de nos dogmes sacrés. Cette lettre, peu étendue, est toutefois, avant tout, une exhortation morale aux fidèles touchant les devoirs de la vie chrétienne.

4. Ces saints évêques, dans les lettres que nous venons de mentionner, commençaient à prémunir les fidèles et les Églises contre les erreurs nées dans le premier siècle, et qui devinrent plus audacieuses après la mort des apôtres. Nous citerons d'abord les Osséniens ou Osséens, secte juive en Arabie, sortie probablement de quelques-unes des sectes dispersées après la ruine^de Jérusalem. Leurs fréquentes purifications semblent les rattacher aux hémérobaplistes. Vers les premières années du deuxième siècle, un certain Elxai ou Elci, Juif d'origine, mais au fond sans religion comme sans mœurs, les entraîna dans mille superstitions grossières, jusqu'à leur faire adorer l'eau comme purifiante, et abhorrer le feu et les sacrifices. Les Elcésaïtes furent dangereux en combattant la virginité, et en autorisant le parjure sur l'article de la foi, qu'il était permis, selon eux, de renier pour échapper à la persécution. Cette secte néanmoins fit peu de progrès.

5. L'opinion des Millénairesy que l'on rapporte à Cérinthe, se dépouilla, au contraire, dans les livres de Pa-

90 LEÇON XIIÏ. PAINT éVARISTB. AN 101-116.

pias, de ce qu'elle avait de plus * grossier. Papjas était évêquc d'Hiéraple en Phrygie, du temps de saint Polycarpe. Il n'avait point vu les apôtres, çaais seulement quelquesuns de leurs disciples. Il avait dé l'esprit et de l'éloquence, peu de jugement;; il était curieux des traditions, dont il s'enquérait avec soin, disant avec raison qu'il profitait moins des livres que de ce qu'il apprenait de vive voix. Malheureuseïnent il manqtja de discernement en recueillant ces traditions, et il donna dans l'erreur des Millénaires. Entendant trop littéralement ce passage mystérieux de l'Apocalypse, où il est dit que les jusles ressusciteront et régneront pendant mille ans avec Jésus-Christ^ Papias y vit un règne terrestre. Par une interprétation de ce genre donnée aux prophètes qui avaient parlé avec le plus de magnificence du règne du Messie, les Juifs terrestres rentraient dans leur idée favorite, Ils attendaient;, au second avènement de Jésus-Christ, cette gloire et ces délices qui avaient manqué au premier; et on ne peut douter qu'imbus de cette erreur qui ressortait si éminemment des idées juives à l'époque de la venue du Sauveur, ce3 hommes charnels n'aient été amenés, par ces espérances chimériques, à prétendre les concilier avec les idées chrétiennes,

Cérinthe et ses disciples se renfermèrent dans ce grossier millénarisme. Papias lui donna un sens plus relevé : il ne vit que des jouissaftces pures et spirituelles dans le règne de mille ans. Ainsi épuré et appuyé de l'autorité d'un homme vénérable, si voisin des apôtres, le millénarisme en imposa à quelques Pères qui l'adoptèrent de bonne foi. Cette erreur, peu dangereuse d'ailleurs, tomba d'ellemême sans que l'Église s'en soit alors préoccupée. —Papias écrivit cinq livres intitulés : Exposition des discours du Seigneur, dont il ne reste que quelques fragments.

6. Tandis que le Judaïsme essayait en toutes manières de se survivre à lui-même, au moins sous les formes chrétiennes, la multitude des Juifs préparait sa dernière ruine. Ils se révoltèrent en même temps dans l'Egypte, la Libye,

GNpSTïftUÎJS. SATURNIN. 91

l'île de Chypre , et commirent partout des massacres effroyables. Trajan y envoya de grandes forces, et les Juifs furent contenus pour un temps. Ce prince ne vit peut-être pas la fin de ces mQUvements, car il niourut h Sélinunte, ville de Cilicie, en il 7, et laissa la pourpre à Adrien. Plotine le présenta à Fermée comme fils adoptif de Trajan, et ce sceptre qu'il ne devait très-probablement qu'à une fourberie, Adrien n^ sut guère Thonorer que par des vertus hypocrites. Ce jugement sévère de l'histoire est justifié par les Yjçes réels de ce prince, par les faits qui démentent les bonnes qualités dont il semblait doué, et par une vanité quelquefpis sotte ^t puérile qui peut CKpliquer trop souvent ce qu'il fit de louable et de grand durant son règne.

Ce règne fut surtout remarquable pour TÉglise par le grand développement que prirent les idées et les sectes gnostiques^j

I,EÇON XIV.

I. Saturnin se prés^nte le premier, dans Fordre chroaologique suivi pommuuémept par les Pères, après saint Jrénée. Il était d'Antioche, djsciple de Ménandre, et, par lui, de Simon. Il admettait un premier être, le Dieu suprême, le père inconuu qui ayait produit les anges, les archanges et les autres uatures célestes. Sept d'entre les derniers de ces anges avaient, à l'insu du Dieu supérieur, créé le monde visible, puis l'homme sur l'image de Dieu. Rampant d'abord confine un insecte, cet homme ne put §e tenir droit que lorsque Dieu daigna l'animer d'une étin- . celle divine; mais Satan, l'adversaire de tout bien, le génie du mal, opposa à cet être bon une race d'hommes mauvais,

1. Sur ceg sectes gnostiques au temps d'Adrien, voir les auteurs indiquas plus btQt(ni, 5); et Noël Alex., ssc. ^^, dissert. XXV et XXYI. Ces dissertations contre le$ bérAtiques sont plus ordinairement théologiques qu'historiques.

esclave des passions. La race bonne, placée entre les mau vais génies et les hommes (Servers, se trouvait malheureuse et le Christ, fils du Père, était venu pour la délivrer, c'est à-dire pour dégager Tétincelle divine et la rappeler à soi principe. Saturnin ajoutait que ce Christ n'avait prisqu'ui corps apparent, et que dès-lors sa naissance, sa passion sa mort et sa résurrection n'avaient rien de réel. Il ensei gnait encore que la génération des enfants venait de Satan et il condamnait en conséquence le mariage. De là plu sieurs de ses disciples s'abstenaient de manger de ce qu avait eu vie. Pour réprimer la chair, comme ils disaient Saturnin et les siens affectaient une grande abstinence e des principes austères, ce qui trompait le vulgaire et n'empêchait pomt les Saturmniens de se livrer aux infamies reprochées aux gnostiques. Us niaient aussi, d'après Tertnllien, la résurrection, toujours en haine du corps. .

2. Basilide, né probablement en Syrie, fut aussi le disciple de Ménandre, à Aniioche, d'où il se rendit enEgypte^ pour y perfectionner sans doute son système et Je répandre. Selon lui, sept émanations primitives descendent du Dieu suprême et unique, savoir ; l'Esprit (mens), le Verèe^ là Prudence^ la Sagesse, la Vertu (^uv«^ç), lu Justice et k Paix. De. ces premières émanations sortent les sept premiers anges qui lorment le premier ciel; et sept autres anges, créateurs d'un deuxième ciel, et ainsi jusqu'au W cent soixante-cinquième ciel. Les sept anges de ce dernier ciel ont fait notre monde terrestre et le gouvernent. ^^^^^ la guerre ayant éclaté entre eux, les hommes furent malheureux, et ce fui pour les délivrer que le Père envoya son premier-né sur la terre, sous le nom de Christ. Ce Christ . n'avait pris que l'apparence de l'humanité en Jésus, et s'était retiré, au moment de la passion, sous la figure de Simon le Cyrénéen, crucifié à sa place ; d'où il suivait qu'on ne devait pas souffrir le martyre pour un tel crucifié.

Tenant la matière pour essentiellement mauvaise, Basilide niait la résurrection, et ne voyait dans le corps au'un

; GNOSTIQUKS. BASILIDE, CARPOCRATE. 93

vil inslrument de l'âme sensitive, étranger à Tâme intelligente, l'esprit, qu'il faisait passer dans différents corps pour la purifier. Les Basilidiens se regardaient du reste comme une race privilégiée, impeccable, ce qui flattait également leur orgueil et leurs plus grossiers penchants. Enfin Basilide admettait des combinaisons numériques, dont la plus remarquable est celle du nombre 365, lequel, exprimé en lettres grecques, prises selon l^ur valeur arithmétique, donne le mot abraxas. L'idée mystérieuse qui s'attacha à ce terme barbare en fit un talisman que la superstition a multiplié à l'infini. Tel était le système de Basilide, tout mêlé d'idées pythagoriciennes, qu'il poussait jusqu'à soumettre ses plus intimes disciples à un silence et à des épreuves de cinq ans. — Basilide fut réfuté de son vivant par Castor Agrippa, loué par Eusèbe, mais dont l'ouvrage est perdu.

3. Carpocrate, contemporain de Basilide, eut aussi son principe unique ou premier Père, ses anges révoltés, créateurs du monde; en un mot, son système gnostique, que son fils Épiphane sut enrichir de ses propres conceptions. U regardait Jésus-Christ comme un pur homme, né de Joseph et de Marie; mais ce qui le distingua parmi les autres sectaires, ce fut son impudence à renverser ouvertement tous les principes de la morale et de l'honnêteté publique, et à faire une obligation de l'impureté. Tous ceux qui n'avaient pas satisfait à tous les désirs de la concupiscence étaient condamnés à passer ^n d'aiftres corps et à parcourir ainsi le cercle de toutes les infamies. Et Carpocrate, par ^n abus aussi incroyable qu'impie de l'Écriture sainte, osait fonder une si honteuse doctrine sur ces paroles de l'Evangile de saint Matthieu : Faites la paix avec votre adversaire (la concupiscence), joenrfûn^ que vous êtes en che- ^in}y etc. Aussi les mœurs des Carpocratiens, réglées sur de tels principes, n'étaient qu'un tissu d'abominations

t. lUlth., ▼, 15.

que Ton ne peut, dit saint Irénée, ni entendre ni raconter.

4. Ce furent là les principales sectes gnostiques au temps d'Adrien. On y retrouve partout le premier Père, puis des être intermédiaires qui en émanent, et dont plusieurs se corrompent et créent le monde visible; la haine de la matière, du Dieu créateur et de l'Ancien TestamenI qui impose son culte > la haine du corps et du mariage; une race privilégiée, une âme bonne et impeccable, Tindifférence des actions, et toutes les abominations qui suivaient de tels principes. Plusieurs Pères, surtout saint Épiphane, ont consacré un chapitre particulier aux Gnostiques en général. On dirait qu'ils ont voulu réunir les traits qui forment le fond commun de toutes les sectes diverses qui constituent la grande secte gnostique. Us y mêlent toutefois des traits particuliers qui dénotent en même temps une secte distincte; circonstance qui importe peu. Il est plus intéressant de se demander s'il faut attribuer à toutes les sectes, et dès celte époque, les abominations que les Pères imputent aux Gnostiques en général? Nous ne le pensons pas. Toutes les sectes posaient, il est vrai, le principe de l'immoralité, soit en déclarant toutes les actions indifférentes, soit en proclamant ce Quiétisme, ou faux Mysticisme, par lequel l'âme intelligente devenait, dans son union intime avec le Père et premier principe, inaccessible à toutes les souillures de l'âme sensitive et du corps; mais toutes n'arrivèrent pas d'abord aux dernières conséquences de ces funestes doctrines,, quelques-unes même surent s'arrêter à certains degrés; ce que les Pères venus après n'ont pu toujours assez distinguer pour attribuer exactement à chaque époque et à chaque secte ce qui lui convenait.

Tel était le Gnosticisme à la fin du règne d'Adrien, et depuis son apparition dans le Christianisme) par Simon de Samarie. Ce fut sa première époque. Nous y voyons dominer des idées grossières et des habitudes immorales qui lui venaient du Paganisme, au sein duquel nous l'avons vu

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