‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 51 sur 329 · MARTYRS SOUS ADRIEN · texte numérisé non relu

MARTYRS SOUS ADRIEN

2. Tout concourait donc à livrer à Fopinion égarée les Chrétiens sans défense. Aussi ce fut dès les premières années d'Adrien que Ton vit plus fréquemment ces tumultes populaires contre eux, et que l'on entendit ces cris de mort qui firent tant de martyrs. La haine s'était déjà montrée à un de^é très-sensible a^i temps de Trajan; elle devint une sorte de fureur sous le règne de son successeur. L'esprit superstitieux d'Adrien, et son attachement, que les Païens eux-mêmes traitaient de puéril, pour les cérémonies de la religion, ne favorisèrent que trop ces dispositions de la multitude. Aussi la persécution, qui s'était ralentie dans les dernières années de Trajan, se ralluma vers l'an 120. Adrien n'ayant pas fait d'édit, même indirectement, contre les Chrétiens, elle n'est pas comptée ordinairement, sinon comme persécution locale.

Le pape saint Alexandre était mort dès Tannée précédente, la troisième d'Adrien. Le livre Pontifical lui attribue un décret touchant la bénédiction de l'eau mêlée de sel, et le souvenir de la Passion avant la consécration, souvenir exprimé par ces mots : Qui pridie quam pateretur, Ciaconius ajoute qu'il institua l'usage de mettre de l'eau avec le vin dans le calice. Il faut dire plutôt que ce pontife ne fit que mettre par écrit ou régler ce qui pouvait concerner ces usages, qui. sont d'institution apostolique; d'ailleurs la lettre ad omnes orthodoxos, qu'on lui attribue, et qui est reconnue apocryphe, en tant que décrétale, parle de ces trois points, comme d'usages existants. Saint Alexandre est porté avec le titre de martyr dans le Martyrologe, ce qui peut être vrai littéralement, malgré le peu de confiance que méritent ses actes. En l'admettant ainsi, ce serait une preuve que la persécution se ranima dès l'année 119. — Saint Sixte lui succéda.

Parmi les martyrs couronnés à cette époque, l'Église honore surtout sainte Symphorose, qui souffrit à Tivoli avec ses sept fils, tous immolés de diverses manières. On compte encore sainte Sabine, veuve, et sainte Sérapie vierge, dans

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rOmbrie ; sainte Zoé avec son mari et ses enfants, dans la Pamphylie. 11 y eut des martyrs dont les histoires, plus célèbres dans les souvenirs des fidèles, ont fourni mcltièro aux légendaires. Le plus illustre de ce genre est saint Eustache, grand capitaine, qui souffrit à Rome avec sa femme et ses enfants. En général, 4es actes des martyrs de ce temps sont peu authentiques. Mais il est certain qu'il y eut un assez grand nombre de victimes, surtout en Tan 125, où la persécution redoubla de violence. Leurs noms furent écrits seulement dans le ciel.

Les gouverneurs des provinces ne se montrèrent pas tous également hostiles ou injustes à Tégard des Chrétiens. Entre autres, Servius Graniahus, proconsul d*Àsie, se crut obligé d'en écrire à Tempet'eur, et de lui représenter combien il était inique de condamner les Chrétiens sans forme de justice et sur les clameurs de la inultilude. Adrien, qui craignit que cet état de choses ne compromit la tranquillité publique et sa réputation de prince juste, répondit qu'on ne devait écouter contre les Chrétiens que ceux qui procéderaient, non par des cris tumultueux, mais par une accusation régulière, et que, si on les trouvait coupables d'infractions aux lois, il fallait les punir selon la grdvité des délits; que si, au contraire, Tàccusation était fausse, le calomniateur lui-même devait subir un châtiment proportionné. Le prince envoya de semblables fesorits aux gouverneurs des provinces de la Grèce, arf universoB Grœcos, qui lui avaient sans doute écrit dans le mêtiie sens que Survins. Ce rescrit était évidemment favorable aux Chrétiens, qu'il soustrayait du moins légalement aux fureurs populaires, et donnait moyen aux gouverneurs plus justes de les traiter avec équité; mais, ne décidant point si la profession même du Christianisme ne demeurait pas une transgression des lois de l'empire, il laissait encore, pw son ambiguïté, une arme terrible entre les mains de ses ennemis.

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