‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 56 sur 329 · Éphés., m · texte numérisé non relu

Éphés., m

anéantie^ si Dieu, Bythos, n'eût produit un éon nouveau, E(yru$, le Terme, génie de la modération, qui la fit rentrer dans ses justes limites. Horus apaisa également les autres éons plus ou moins émus du même désir qui avait troublé la Sagesse. Pour rétablir complètement le calme dans cet empire agité, Nous engendra le Christ, Christos, et lui donna pour compagne l'esprit, Pneuma. Le Christ fit entendre aux éons le mystère des manifestations de l'Être suprême, et leur impuissance absolue de s'élever par euxmêmes jusqu'à lui. L'harmonie étant ainsi rétablie, par les soins du Christ et de l'Esprit, les éons, dans leur joie commune, enfantèrent Jésus le Sauveur, lé fruit parfait du Plérome, le premier-né delà création, appelé aussi Christ, et Verbe. Les anges formèrent son cortège. Cependant la Sagesse avait produit elle-même une fille, née de son désir violent de s'unir à Bythos. Cette fille appelée Acha- ^tk, enfantée si imparfaitement et dans les agitations de sa mère, ne jpouvait la suivre dans le Plêrome. Elle se précipita de désespoir dans le chaos : ses larmes produisirent l'élément hiimide, la matière naquit dô sa tristesse, et de son sourire, la lumière. Pour lui porter secours, le Christ du Plérome la fit assister par Borus, qui lui envoya Téoû Jésus, auquel elle devait être unie. Délivrée par ce Sauveur et la verlu de sa croix, et rappelée à la lumière, Achamoth reçut la science et les. remèdes des passions. Les passions condensées devinrent la matière corporelle, dont une partie était mauvaise, formée des mauvaises affections. L'autre partie devint l'âpe sensitive, soumise aux passions, dépendante des sens, mais capable de retour où de conversion vers le bien. Relevée de son abaissement, SopWa, Achamoth contempla les anges et enfanta un esprit qui leur était semblable. îl y eut ainsi trois substances produites, la substance spirituétie ou pneumatique, incorruptible et essentiellement bonne; la substance animale, psychique, capable de corruption et de retour, de bien et de mal, du salut ou de la mort (de la

destruction); enfin la substance matérielle^ hylique, mauvaise et périssable. — Nous ne voyons là encore que des éléments prépai'és. Achamoth étant toute spirituelle et trop élevée au-dessus de la matière, Valentin lui fait produire un être intermédiaire, le Démiurge, qu'elle tira de la substance animale. Il fut le créateur, ou plutôt l'ordonnateur et comme le Dieu de toutes les choses qui sont hors du Plérome. Il fit sept cieux qui devinrent son empire, et de cette création il recevait le nom A'Bebdomade, Ces cieux ou mondes avaient leurs anges; mais Achamoth, la fille de la première Sophia, plane sur ces mondes et au-dessous du Plérome. Le paradis domine le troisième. Les éléments corporels qui composent le monde inférieur sortent des passions les plus ignobles, la stupeur et Tanxiété. Le diable et les esprits pervers émanent de la tristesse. Tune des passions mauvaises qui deviennent la matière. C'est le diable, Satan, ou l'adversaire, qui représente ce qu'il y a de pire dans cette matière inerte, sa résistance à Faction divine. Il est le génie du mal et comme l'ange du monde inférieur, ce qui le fait appeler Cosmocrate.

Procédant à la formation de l'homme, le Démiurge composa son corps d'une matière subtile, et l'anima d'un souffle divin que sa mère Achamoth avait déposé en lui. Il y ajouta l'âme sensitive, milieu entre l'esprit et la matière, qu'il tira de sa propre nature. De ces trois éléments Valentin faisait sortir trois classes et comme trois races d'hommes, tria gênera, caractérisées sans doute par l'élément dominant en chacune. La première de ces races était celle des Pneumatiques ou * spirituels, animés du principe divii d' Achamoth , et par elle du Plérome où ils devaient rentrer. En eux tout était bien et comme divin par nature. La deuxième classe comprend les Psychiques ou animaux. Ce sont les hommes mixtes, qui vivent de la vie animale; le bien et le mal s'y rencontrent, mais le bien comme fruit dès efforts de l'homme. Ainsi les Psychiques peuvent se J sauver par les bonnes œuvres, en ce sens qu'ils peuvent

s'élever jusqu'au Démiurge, mais sans perdre la vie sensible, essentiellement exclue du Plérome. Enfin la troisième classe, la race infime, est celle des Hyliques, ou f terrestres, qui vivent de la vie matérielle et ne peuvent ' échapper à là dissolution.

^ 3. Telles étaient la théodicée de Valentin, sa cosmogonie et sa psychologie. Son système sur Tlncarnation et la Rédemption est moins facile à présenter clairement; ce qui semble venir de ce que saint Irênée et les Pères qui Tont suivi auront mêlé à la primitive combinaison quelques modifications imaginées par les disciples de Valentin. Voici ce qui nous paraît de plus positif ; Téon Jésus est le Sauveur descendu sur la terre. Il y paraît, en cette qualité, formé de quatre éléments pris à des sources diverses. D'abord le principe pneumatique et divin communiqué par Achamoth; ensuite une âme sensitive prise du Démiurge; un corps fait d'une matière toute céleste; enfin une forme admirable reçue de Tart. Aux éléments qui forment le Christ humain il faut joindre^ la nature supérieure du Sauveur Jésus, de l'éon même du Plérome, qui descendit en lui sous la forme d'une colombe, au moment de son baptême. Il s'en retira au temps de la passion, ainsi que le principe pneumatique, l'esprit, étant l'un et l'autre du Plérome et impassibles. Le Christ psychique, durant son union avec le Christ ou Jésus supérieur, avait enseigné une doctrine sublime aux hommes spirituels, aux Pneumatiques, et par cet enseignement divin il les avait dégagés du monde [inférieur et rappelés dans le Plérome, pour y devenir les épouses des anges qui entourent le Sauveur. Le même Christ animal, délaissé du Christ supérieur, avait opéré seul la rédemption des Psychiques en mourant sur la croix. C'était là une imitation de ce qui s'était passé dans le Plérome pour la rédemption de Sophia Achamoth. Mais la vertu de la croix ne devenait efficace qu'autant que les Psychiques méritaient, par la foi et les bonnes œuvres, d'en recevoir l'effet. Ceux qui

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font, en ce sens, un bon usage de leur liberté sont dégagés eux-mêmes des liens de la matière et élevés aux régions moyennes du Démiurge; ceux, au contraire, qui se rendent indignes de cette délivrance partagent le sort des Hyliques, condamnés à périr par l'imperfection même de leur nature. Cet anathème contre la matière détruisait le dogme de la résurrection.

4. Venons à la morale de Valentin et de ses sectateurs. Pour Tapprécier, ilsuffit de savoir que lui et les sietis prétendaient former seuls la classe des Spirituels ou Pneumatiques. Us ajoutaient que les Catholiques étaient les Psychiques, et que les Païens appartenaient à la classe des Hyliques ou charnels. Cette classification, dictée par l'orgueil excessif de ces hommes qui n'avaient que du dédain et une sorte de pitié pour les Catholiques, ne favorisait pas moins l'immoralité profonde que les Pères, après saint Irénée, leur ont reprochée. Raceprédestinée et élevée au-dessus des sens et des passions, ils avaient le privilège de se livrer aux plus brutales convoitises, sans contracter de souillures. En possession d'une justice inamissible, ils regardaient la foi et les œuvres comme leur étant également inutiles. Aussi on retrouvait chez les Valentiniens les turpitudes des autres Gnostiques : comme eux, ils se livraient à la débauche, condamnaient le martyre, se trouvaient les premiers dans les festins et les jeux des païens, mangeaient des viandes immolées aux idoles; et cette conduite déréglée, les Valentiniens savaient la dérober à l'opinion par une dissimulation si habile que les fidèles s'y trompaient au point de murmurer contre les évêques qui les repoussaient de leur communion.

Tel fut le système de Valentin. Au premier coup d'œil, on serait tenté de n'y voir que les rêves d'un cerveau malade; mais, en le considérant avec plus d'attention, on aperçoit une combinaison rationnelle, à la fois, et chrétienne en un certain sens. Comme philosophie, le système valentinien présente tous les éléments de la gnose, à la prendre

ëNOSTÎQUES. MAROIOÎ^. lll

depuis Simon fe Magicien, savoir î les émanations et généalogies des êtres, les éons^ la création par un être inférieur» Mais ce qui le caractérise avant toutj c*est son paiitiiéisme, qui est net et absolu. La matière, le mal, Satan ou le génie du mal, découlent eux-mêmes de la source divine et unique de tous les êtres; mate ils en sont les dernières émanations; ce sont les scories, lés degrés infimes de l*être. ** Comme théologie, on peut dire que le système de Valentin est en quelque sorte saturé d'idées chrétiennes. Nous voyons parmi les éons de son Plérome le Père, le Fils, le Saint-Esprit, FÉglise, la Foi, TEspérance, etc. Il citait, à l'appui de ces différentes races d'hommes, les épîtres de saint Paul où il parle de Fhomme spirituel et de Thomme terrestre, du combat entre la chair et Tesprit, et tournait ainsi toutes les Écritures à son sens. Mous croyons même que Valentin transporta la notion des trois personnes divines de la sainte Trinité aux éons du Plérome, dans lesquels nous ne pouvons voir, avec quelques-uns, des êtres réels, des substances distinctes; ni, avec d'autres, de simples allégories. •*- En ce qui concerne leé institutions, ce sectaure habile ne manqua point sans doute d'imiter les rites et lés usages catholiques, et de former ainsi une Église schismatique, une secte hérétique. En un mot, la gnose, presque toute païenne encore jusque-là, devint moitié chrétienne dans Valentin et mérita, par ce caractère Iplus dangereux^ les premiers anathèmes de l'Église contre elle. Toutefois il manquait à la gnose païenne, pour compléter sa transformation^ de revêtir sa morale des apparences de la sévérité évangélique, et Marcion se chargea de lui donner ce com-* plément.

B** Ce nouveau sectaire était originaire de Sinope,.dân9 le Pont, fils d'un saint homme qui devint évêque et réleva

!• S«r Msrftioti et md iràtagé à ROUm» «f i sur êette question, s'il appela ad pape, Toir partiealièremett Noël Aleiandret siec. Sv, diis. 2, où il soutient la né.* gative sur l'appel^ ^ue vm annotaUnr, Honcaglia ou Uansi, défend au moins oQaiM probable*

très-chrétiennemenl;. Il s'était appliqué à la philosophie ' stoïcienne; depuis il se voua à la continence dans la solitude, c'est-à-dire, selon saint Épiphane, qu'il fit profession delà vie monastique. Il est probable qu'il était prêtre, et toutes les circonstances de la jeunesse de Marcion nous le montrent comme un Chrétien instruit, ardent et austère. U eut néanmoins le malheur de succomber à une passion : il corrompit une vierge, et son père, après avoir excommunie ce fils dont l'ignominie retombait sur lui, demeura inflexible. Marcion se rendit à Rome, où il arriva après la mort du pape Hygin. Le clergé romain refusa lui-même de le recevoir dans sa communion, jusqu'à ce qu'il y fût autorisé par une lettre de son père, qui était son évêque. Irrité d'un refus dicté néanmoins par une loi rigoureuse de discipline, Marcion se sépara en menaçant l'Église d'un schisme éternel.

Gerdon dogmatisait alors à Rome, où il avait été condamné et excommunié lui-même. C'était un disciple de Saturnin, imbu de tous les principes de l'école de Syrie, dans laquelle dominait le Dualisme persan. Il le professait avec plus de rigueur que son maître, mais avec peu de succès, lorsque Marcion se joignit à lui. Celui-ci devint bientôt le maître et le chef de cette école. Les idées et les habitudes chrétiennes le rendirent séduisant; il entraîna surtout, parmi les hommes orgueilleux et indociles qui sont comme la matière première des sectes hérétiques, il entraîna les esprits mélancoliques et tournés à la sévérité. Or voici son système : il posait comme fondement l'existence de deux principes, l'un bon et l'autre mauvais; le premier, supérieur à l'autre, comme déjà primitivement l'Orosmade des Perses, ou plutôt comme leur Mithras, le père d'Orosmade. Le principe ou dieu mauvais avait créé, c'est-à-dire formé le monde avec la matière que Marcion, comme les Stoïciens, disait éternelle. C'était ainsi qu'il expliquait l'origine du mal. Le reste suivait comme conséquence. Tout ce qui recon-' naissait le Créateur et venait de la matière était mauvais;

il rejetait donc Moïse et toute l'ancienne loi comme l'ouvrage du Créateur, ainsi que le Christ des prophètes, qui devait délivrer les Juifs. Le Dieu bon, pour ruiner les

' œuvres de son rival, avait envoyé Jésus, son Christ, dont le corps et ce qui se rapporte au corps, sa iiaissance, ses souflrances, sa mort et sa résurrection, n'étaient que pures apparences. Ce Christ puissant, dans sa descente aux enfers, en avait délivré Caïn, Coré, Dathan, Abiron, les Sodomiles et, en général, tous ceux qui s'y trouvaient condamnés comme contraires au Créateur, et il y avait laissé Abel, Noé, Abraham, c'est-à-dire ceux qui avaient obéi à ce même Créateur et encensé ses autels. Marcion se plut à relever les oppositions entre les deux Testaments, et composa dans ce but ses Antithèses, — Il paraît avoir admis les éons de Valentin, modifiés d'après son système dualiste, mais sans y insister, son attention principale étant tournée vers la morale.

6. Les Gnostiques jusqu'alors avaient déclaré au corps une guerre dérisoire, qu'ils savaient convertir en un sensualisme grossier. Marcion parut prendre cette guerre au sérieux. En haine du corps, lui et les siens jeûnaient pour le mater, et c'était de préférence le samedi, jour que le Créateur avait fait honorer par les Juifs ; ils prêchaient la virginité et avaient des vierges austères; ils allaient jusqu'à condamner le mariage et ne recevaient au baptême que ceux qui vivaient dans la continence. Toujours par le même principe, ils exaltaient le martyre et prétendaient le rechercher. Il ne serait pas impossible, du reste, que quelques-uns se fussent portés à des actes d'ostentation et de fanatisme en ce genre; du moins, Eusèbe rapporte l'exemple de. plusieurs Marcionites martyrisés avec des Catholiques. On conçoit tout le parti que le fils du saint évêque de Sinope dut tirer des maximes évangéliques pour autoriser son système moral, qui n'en était toutefois qu'une contrefaçon très-exagérée et pleine d'erreurs. Ce qu'il y a de

* vraiment honorable pour les Marcionites, c'est d'avoir évité

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les impuretés des autres Gnostiques; car les Pères ne leur en font pas le reproche , et nous aimons à voir dans ce silence la preuve de la pureté de leurs mœurs. Mais, en tirant la gnose du sale bourbier où elle s'était traînée jusque-là, Marcion la rendit plus dangereuse parmi les Chrétiens, è regard des faibles qui conservaient assez d'honnêteté naturelle pour fuir les sectes dégradées. Cette circonstance explique les progrès rapides des Marcionites en Orient et en Occident, progrès attestés par saint Justin, alors que le sectaire vivait encore.

Il est très-vraisemblable que Marcion conserva plus que Valentin lui-même le régime et les institutions de l'Église, en les modifiant à sa inanière. Il ne paraît pas qu'il ait altéré la forme du baptême, quoique cela soit arrivé plus tard, d'après ThéodoretS qui fit rebaptiser plus de dix mille Marcionites; mais il le conférait jusqu'à trois fois, et autant qu'on voulait, et permettait aux femmes de l'administrer. Saint Épiphane accuse Marcion d'avoir admis la métempsycose et les idées pythagoriciennes sur l'abstinence de tout ce qui avait eu vie; Théodoret fait aux Marcionites le reproche de magie, et Tertullien celui d'astrologie. Mais nous ferons observer que les traits mentionnés seulement par les Pères des quatrième et cinquième siècles ne cour viennent souvent qu'aux sectaires de leur temps.

Ainsi fut accomplie cette première transformation du Gnosticisme païen en une hérésie demi-chrétienne par Valentin et Marcion. Les Pères contemporains, saint Justin, saint Irénée, Tertullien, etc., comprirent le danger et s'ap-* pliquèrent particulièrement à réfuter ces deux sectaires.

LEÇON XVIL

1, Tandis que l'hérésie, perdant sa couleur païenne, menaçait de plus près l'intérieur de l'Église, les calomnies

t. Epist, 44 S, ad ContianHn, Moneufhas,

0AINT JUSTIN. m& EOEITS, 115

répandues contre les Chrétiens s'étendaient au loin et produisaient leurs fruits, .Rarement protégés par quelques gouverneurs justes et humains, ils étaient partout victimes de la haine et du fanatisme des peuples, de l'avarice et de la cruauté des magistrats et des prêtres des idoles. C'est ^ dans cet état que saint Justin représente les Chrétiens sous un empereur sage, et après les rescrits favorables d'Adrien. 11 ne ifaut donc pas s'étonner de trouver sous Antonin lui^ même plusieurs martyrs dont les noms ne nous sont pas parvenus. Il en est aussi qu'on attribue à d'autres règnes, comme saint Télesphore, qu'on met sou3 Adrien, et sainte Félicité et ses enfants, qu'on rejette jusqu'à Marc-Aurèle, et qui appartiennent peut-être au règne d* Antonin. Mais la preuve irrécusable de ces sanglantes vexations, c'est l'éloquente apologie qu'elles inspirèrent h saint Justin en fa^* veur des Chrétiens, et dont elles peuvent seules expliquer

l'existence.

2. ^ Né à Naplouse en Palestine, et engagé dans les erreurs du Paganisme, ce beau génie se tourna d'abord vers la philosophie profane, et demanda successivement aux différentes écoles la vérité qu'il cherchait et qu'il ne ren^ contra dans aucune. Croyant l'avoir trouvée chez un Platonicien, il se retira dans un lieu solitaire pour méditer avec plus de recueillement sur les idées de Platon ; et ce fut là que Dieu l'éclaira. Un vieillard, qu'il ne revit plus depuis, s'approcha de lui et, ayant engagé la conversation sur la sagesse, sur Dieu et ses perfections, sur les destinées de l'homme, il lui fit comprendre combien la philosophie, même celle du divin Platon, était impuissante à éclairer l'esprit humain sur ces points fondamentaux. Puis, tournant le discours sur la doctrine des Chrétiens, l'inconnu

1* Sur saint Justin et ses ouyrages, voir les BoUandistes, l*' juin ; TiUemont, t. n, p. 377. — Le P. Halloix, VitaJuitini; D. Cellier* EUies Dupin; Noël Alexandre, saec. 2^, eap. ly, édit. de Mansi; D. Lumper, t. II, 7, et Hœhler, Patrologit, t. l (XI, I]. — La meilleure édition est ceUe de D, Maran, où l'on trouve la Tie et la justification de saint Justin.

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lui enseigna comment nos livres saints, les prophètes surtout, lui donneraient cette précieuse connaissance de la vérité après laquelle il soupirait.

Éclairé par ce vénérable et mystérieux interlocuteur, et pressé intérieurement par la grâce, Justin se mit à lire avec une incroyable ardeur les livres des prophètes et des apôtres; et de cette lecture, unie à la prière, il sortit Chrétien, ou, comme il le dit lui-même, il devint vraiment philosophe : Sic igiturego, et per talia, evasi philosophus. Une âme aussi droite eut bientôt reconnu rmnocence des 'Chrétiens qui souffraient avec joie les tortures et la morrpour une doctrine si pure, et Justin se fit gloire de devenir l'un de ces hommes si injustement persécutés : il conserva, dans son nouveau genre de vie, le manteau de philosophe et le goût de la philosophie. Rome devint son séjour habituel; il est même probable qu'il y reçut la prêtrise et fit partie du clergé romain". Il ouvrit, près de la chaire apostolique, la première école, ludum liiterarium^ qu'on puisse citer dans les annales de l'Église, et bientôt sa réputation lui attira des disciples illustres, entre autres le célèbre Tatien, qui s'égara depuis.

3. Avec saint Justin et son école, nous voyons commenrer la théologie catholique proprement dite. Elle ne fut et ne devait être qu'une polémique. Trois sortes d'adversaires s'élevaient contre l'Église : les Païens et les Juifs au dehors, et les Gnostiques au dedans; saint Justin les coffl. battit tous dans les ouvrages suivants : * 1° Contre les Gentils, il composa son Discours : Oratio ad Grœcos^ où il rend compte des motifs de sa conversion; Son Exho7'tation : ad Gentes Exhortatio ; et sa Monarchie: de Monarchia, dont il ne reste qu'un fragment; enfin sa grande Apologie adressée à Antonin, et une Apologie plus courte qu'il présenta au même prince ou à Marc-Aurèle.

I, Voy. Tillemont, Mémoirti, t. II, p. 389» et D. Maraa, Pras/v P*'** '"» cap. ir.

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